‹ De l'influence de l'hérédité sur la production de la surexcitation nerveuse, sur les maladies qui en résultent et des moyens de les guérirChapitre 5 sur 25 · LA SLREXCITAB1LITÉ ET DE LA SUREXCITATION NERVEUSES · texte numérisé non relu

LA SLREXCITAB1LITÉ ET DE LA SUREXCITATION NERVEUSES

Puisqu'il demeure démontré que l'innervation centrale ou périphérique ne se produit qu'en vertu de l'excitabilité de l'appareil nerveux, mise en jeu par l'action des causes excitantes physiques ou morales, il est aisé de concevoir que ces causes, si elles agissent avec trop d'intensité ou de persitance, au lieu d'avoir pour effet la production d'actes purement fonctionnels , doivent nécessairement provoquer des phénomènes anormaux, indices d'une excitation exagérée. Mais ces phénomènes anormaux ne sont pas uniquement le résultat de sensations trop vives ; on les voit souvent se manifester à la suite d'impressions modérées : aussi peut-on établir en premier heu , que la surexcitation nerveuse est de deux sortes : l'une passagère, et pouvant être indistinctement provoquée chez tous les sujets par des excitans trop actifs ; l'autre habituelle, en quelque sorte, et se développant chez certains individus sous l'influence de causes peu

violentes , quelquefois même dans les circonstances les plus ordinaires de la vie. Or , comme, dans le premier cas , les phénomènes de surexcitation ne peuvent tenir qu'à un accroissement momentané de l'excitabilité naturelle de l'appareil innervateur, il est impossible, dans le second cas, de ne pas les rapporter à une manière d'être particulière , innée ou acquise de cet appareil , et qu'il convient de désigner sous le nom de surexcitabilité nerveuse. Ne nous y trompons pas , en effet : de même que l'excitation physiologique, la surexcitation nerveuse ne peut être envisagée que comme un résultat , un fait accompli; dès-lors ces deux expressions de surexcitation et de surexcitabilité nerveuses seront indifféremment employées dans le cours de ce travail ; et toutes les fois que la première le sera seule , elle supposera la préexistence de la disposition organique dont elle est la manifestation immédiate.

Si maintenant on nous demande en quoi consiste cette disposition , nous avouerons que les modifications organiques qui la constituent sont loin de nous être parfaitement, bien connues. Mais il faudrait bien se garder d'en conclure que la surexcitabilité nerveuse n'est autre chose qu'une hypothèse; autant vaudrait peut -être nier la cause première de la pensée, parce que sa connaissance échappe à nos investigations. Tous les jours, au reste, en physiologie comme en pathologie, et dans

( 29 ) des questions moins ardues que celle-ci, il nous suffit de constater des effets pour remonter à la nécessité dune cause dont les théories ou les systèmes dominans fournissent des explications plus ou moins satisfaisantes. Eh bien! si, comme nous l'espérons , nous parvenons dans la suite à signaler des phénomènes morbides qui ne peuvent être rapportés qu'à une exagération dans la faculté de sentir, il faudra bien admettre comme une réalité l'existence de la surexcitabilité nerveuse. Examinons d'ailleurs si le fait précédemment établi de l'intervention du sang artériel dans la production de tout phénomène d'innervation, n'est pas susceptible de faire rejaillir quelques rayons de lumière sur un sujet qui paraît tout d'abord, enveloppé de tant d'obscurité.

Il nest pas nécessaire de connaître la nature intime des rapports suivant lesquels se combinent l'élément nerveux et l'élément artériel, pour admettre que l'excitation nerveuse normale se trouve essentiellement liée à l'identité et à la régularité constantes de ces rapports préétablis par une loi toujours invariable. Mais en dehors de Tordre physiologique , la participation de chacun de ces élémens , au lieu de s opérer dans les strictes limites qui lui ont été imposées , peut ne pas les atteindre ou les dépasser ; elle peut, en d'autres termes, être défectueuse ou excessive; et de là résultent les quatre formes fondamentales de la surexcitabilité

nerveuse, que nous allons successivement passer en revue d'après les principes développés par M. le docteur Cerise (1).

1.° L'appareil nerveux peut ne pas avoir acquis un degré de développement convenable : dans ce cas, l'élément qu'il fournit à la production de chaque excitation est insuffisant , et, par suite, l'afflux du sang nécessaire à cette production , ne se fait qu'en déterminant dans l'organisme nerveux un épuisement rapide et une congestion plus ou moins active, qui doivent nécessairement troubler ses opérations. ( Surextitabilité hyponévrique.)

2.° L'appareil nerveux peut avoir acquis un développement trop considérable et posséder une activité prédominante. Dans ce cas, l'élément qu'il fournit à la production de chaque excitation est surabondant , tandis que l'élément artériel , ne pouvant entrer en rapport avec lui , demeure insuffisant. ( Surexcitabilité hypernévriqite. J

3.° Les principes actifs du sang artériel peuvent être en défaut. Dans ce cas , la production de chaque excitation normale nécessitera un afflux plus considérable de ce fluide , et cet afflux stérile , en congestionnant l'organisme nerveux , rendra opérations douloureuses, imparfaites ou désordonnées. C SwrexdtabiUté hypohémique. J

(!) Ouvrage cité, pag. 45*.

4.° Les principes actifs du sang artériel peuvent £tre en excès : dans ce cas , sa participation à la production de chaque excitation normale congestionnera encore l'organisme nerveux ; mais cette fois il sagira toujours d'une congestion véritablement sthénique, et essentiellement différente , par conséquent, de la précédente. ( ' Surexcitabilité hijperhémique. )

A chacune de ces formes de la surexcitabilité nerveuse correspondent assez exactement certains faits de surexcitation qu'il suffira de signaler par quelques traits généraux. Ainsi, tandis qu'à la surexcitabilité hyponévrique viennent se rattacher ceux de ces faits qui s'observent particulièrement chez les individus dont l'organisation nerveuse se trouve incomplètement développée par le défaut d'exercices convenables ou appauvrie par ime cause quelconque , la surexcitabilité hypernévrique , au contraire, comprend ceux qui appartiennent exclusivement aux personnes dont cette organisation a acquis un développement trop considérable par le fait d'excitations trop fréquentes ou trop prolongées. Tandis qu'à la surexcitabilité hypohémique se rapportent les faits de surexcitation présentés par les sujets faibles, lymphatiques, anémiques ; la surexcitabilité hyperhémique renferme ceux qui ne sont guère observés qus chez les sujets doués d'une constitution pléthorique. Avoir un système nerveux

( M ) incomplet ou prédominant , posséder on sang appauvri ou riche en principes actifs, ce sont là certainement des conditions organiques bien distinctes, mais dont cependant les résultats pathogéniques se rapprochent et se confondent presque par leur identité.

D'après ce qui vient d'être expose, il est constant que la surexcitabilité nerveuse n'appartient pas exclusivement à un seul tempérament ; mais il faut reconnaître néanmoins quelle est le principal attribut de celui qu'on désigne sous le nom de nerveux , et que, toutes choses égales, elle se rencontre bien plus fréquemment chez les sujets qui en sont doués que chez ceux dont l'organisation offre des conditions physiologiques opposées. Aussi, sans négliger entièrement les autres formes de surexcitabilité, nous aurons plus particulièrement en vue celle qui tient à la prédominance de l'organisation nerveuse, parce que c'est à elle que nous a paru devoir se rapporter le plus grand nombre des faits de surexcitation qu'il nous a été donné de recueillir, et que nous aurons à mentionner dans la suite.

La surexcitabilité nerveuse ne s'observe pas avec une même fréquence chez l'un et l'autre sexe, à tous les âges de la vie, et dans chaque constitution physique considérée seulement sous le rapport de la force et de la faiblesse, et abstraction faite du tempérament qui l'accompagne. D'un autre côté , cette

( 33 ) disposition pouvant être originelle ou acquise, il nous importe de connaître les circonstances qui ont pour effet de la développer : elles sont relatives au degré de civilisation , à l'éducation physique et morale, à la position sociale, aux professions, à la religion, aux institutions et aux révolutions politiques , enfin à l'influence combinée de l'exemple et de l'imitation. Exposons donc sur chacune de ces particularités et de ces circonstances quelques considérations rapides qui, en nous fournissant l'occasion de développer plus amplement ce qui a été sommairement établi à l'occasion de quelques formes de la surexcitabilité , rendront peut-être plus facile et plus méthodique l'appréciation que nous devrons bientôt faire de l'influence qu'exerce l'hérédité sur la production de la surexcitation nerveuse. l.° Sexe. — La femme diffère essentiellement de l'homme sous le rapport de sou organisation physique, qui offre une frappante analogie avec celle de l'enfant. Ainsi chez elle le système musculaire est moins développé , la peau plus lisse et plus transparente , l'épidémie plus mince ; la pulpe nerveuse participe à la délicatesse de tous les tissus : de là cette influence généralement plus marquée que les corps ambians exercent sur les organes de ses sens ; de là cette sensibilité vive et changeante qui la soumet à une foule d'impressions et qui la fait passer rapidement d'un sentiment à un autre tout op-

[)<im> ; de la cotte facilité avec laquelle se développent ces deux moyens d'expression, le rire et les larmes; de là encore ee besoin incessant de plaire et de s attacher , que la femme ne peut puiser ailleurs que dans le sentiment de sa faiblesse; de là cette sagacité instinctive, pour ainsi dire, souvent cachée sous les dehors de letourderie ou d'un timide embarras , et qui la fait pourtant exceller dans la connaissance du cœur humain ; de là , enfin, ce goût fin, ce tact parfait des convenances, cette pitié tendre, cette commisération affectueuse, toujours empressée et toujours efficace ; de là, en un mot, cet ensemble d'attributs moraux et de facultés affectives, qui font le plus bel apanage de son sexe , et qui donnent à son esprit tant de grâces et de séduction. Aussi a-t-on dit , avec juste raison , que la femme sent plus qu'elle ne pense , et que l'homme pense plus qu'il ne sent.

Si nous ajoutons que l'appareil utérin, plonge dans une inertie à peu près complète tant que dure l'enfance , acquiert à l'approche de la puberté et conserve jusqu'à l'âge critique une aeti\ité vitale en vertu de laquelle il de\ ienl aisément le centre d'où émane une impressionnabilité particulière , surtout à chaque époque mensuelle et pendant la grossesse, nous arriverons à conclure que la surexcitabilité nerveuse doit se rencontrer bien plus généralement chez la femme que chez l'homme, comme le prouve

( 35 ) d'ailleurs la plus grande fréquence des maladies dont elle est la cause éloignée.

2.° Ages. — Le système nerveux est fréquemment surexcité dans le très-jeune âge ; mais ce n'est pas le cerveau , comme on la dit et répété bien des fois, qui est le point de départ de cette surexcitation; il suffit, pour s'en convaincre, d'examiner de quelle manière s'exécutent les fonctions cérébrales dans l'enfance. Les sensations sont vives, il est vrai, mais elles sont très-rapides. La réflexion, la comparaison, sont nulles, ou elles ne s'exercent que sur la superficie des impressions : c'est donc une erreur bien évidente, d'attribuer au cerveau une prédominance d'action qu'il ne peut encore posséder. Les fonctions nutritives jouissent, au contraire, d'une grande activité chez les jeunes enfans; il semble que la nature ne soit occupée que d'un but unique, l'accroissement de l'individu. Aussi, dans l'immense majorité des cas , les nerfs chargés de ces fonctions doivent-ils être considérés comme le siège primitif de cette surexcitation, qui se communique ensuite sympathiquement au cerveau , et dont la douleur est presque toujours la cause provocatrice.

A mesure que l'enfant grandit, il éprouve le besoin d'acquérir des connaissances nouvelles : I intelligence se développe et se perfectionne; aussi, vers In fin de la première enfance, le cerveau

( 36 ) commence à avoir réellement une activité prédominante. C'est alors, et seulement alors, que peut aller retentir de prime-abord sur cet organe la surexcitation nerveuse, qui, susceptible de se manifester sons L'influence d'excitans variés , reconnaît le plus fréquemment pour cause l'exercice immodéré des facultés cérébrales.

Les changemens qui s'opèrent dans l'organisation physique et qui signalent la puberté, amènent aussi des changemens notables dans l'existence morale de l'adolescent. Il éprouve de nouveaux besoins ; il se sent surtout agité par un sentiment do volupté dont il ne sait se rendre compte , par un penchant irrésistible à aimer, à s'attacher, alors même qu'il ne connaît pas l'objet qui doit le captiver. Il se met de plus en plus en rapport a\ec le monde extérieur ; son imagination s'agrandit , s'exalte, et le rend éminemment accessible aux affections et aux passions qui sont une conséquence de ses dispositions et île ses relations sociales. Sans la crainte de donner à ces considérations trop d'étendue, nous examinerions la position respective des deux sexes à celte période de la vie, et cet examen nous fournirait de nombreuses circonstances qui viendraient continuer ce qui a ele dit plus haut, savoir, que la surexcitation aerveuse doit être plus fréquente chez la femme que chez I homme.

Parvenu à la virilité, l'homme na plus cette vivacité de la jeunesse , mais il conserve celle qui lui est nécessaire pour occuper un rang dans la société , à laquelle il appartient tout entier. Son organisation physique est complète, son intelligence a acquis toute son énergie ; c'est alors qu'il se livre avec plus d'ardeur aux travaux de l'esprit; c'est alors aussi, qu'au milieu des intérêts positifs qui l'agitent, des obstacles de tout genre qu'il doit surmonter pour conserver ou pour améliorer sa position sociale, toutes les passions, toutes les affections sont aisément mises en jeu , et , parmi elles , c'est surtout l'ambition qui devient dominante.

La femme commence à perdre sa fraîcheur et ses grâces, et les regrets occasionés par cette perte entraînent à leur suite des affections morales telles que les chagrins domestiques, la jalousie, auxquelles ne font pas toujours diversion les jouissances de la maternité. On peut voir par ce court aperçu combien cette période de l'existence doit être féconde , chez l'un et l'autre sexe , en exemples de surexcitation nerveuse.

La vieillesse est caractérisée par l'affaiblissement graduel des facultés intellectuelles : la mémoire seule semble persister ; aussi le vieillard en use-t-il largement , et se plaît-il à raconter tout ce qu'il a fait dans sa jeunesse : laudator temporis acti se pwro; comme s'il éprouvait le besoin d'entourer

( 38 ) des souvenirs d'autrefois une existence dépourvue de charmes par elle-même. L'appareil locomoteur et les organes des sens perdent insensiblement leur énergie , peu à peu les idées ne sont coordonnées que confusément , et , par suite , le jugement présente peu de justesse et de précision. Les affections morales vives ne sont plus ressenties , les émotions pénibles sont accueillies avec indifférence , parce que legoïsme et le découragement ont remplacé tous les senthnens affectifs. Cette période de la vie est presque entièrement négative pour la surexcitation nerveuse , chez l'homme du moins ; Ion observe cependant assez souvent des maladies qui sont une conséquence de surexcitations antérieures.

Chez la femme , le passage de l'âge adulte à la vieillesse est désigné sous le nom d'âge critique , à cause , sans doute , des dérangemens qui précèdent ou qui suivent la cessation de la menstruation. Les organes reproducteurs n'ont plus mie vie particulière ; ils n'inlluencent plus l'économie ; cependant , toujours dominée par le désir de plaire , la femme s'efforce , par une foule d artifices , de consen er ce qui lui reste de charmes, jusqu'à ce que, eon\ aincue de son impuissance, pour se dédommager ou se consoler, ou plutôt pour ne pas faillir à sa mission d'amour et de dévouement , elle imprime à ces sentimens affectifs tme nouvelle direction, en

( 39 ) s'adoimant tout entière aux pratiques de la dévotion et de la bienfaisance.

Les nombreux élémens de surexcitation dans cette période de la vie de la femme , s'accroîtront encore , sans aucun doute , si elle ressent la douleur d'être restée fille, si elle éprouve les ennuis et les chagrins du veuvage ; si , au lieu de cette tendre affection et de cette protection qu'elle devait attendre de celui dont elle a embelli l'existence , elle ne trouve que l'indifférence , le dédain ou l'abandon ; si elle ne peut ou ne sait pas jouir du bonheur de ses enfans ; si , enfin , il ne lui est pas donné de recevoir d'eux ces soins pieux et empressés dont la reconnaissance seule leur fait un devoir sacré.

3.° Constitution. — La faculté de sentir vivement les impressions semble être généralement le partage des individus faibles et délicats. L'histoire des grands hommes nous apprend que plusieurs d'entre eux n'ont dû leur supériorité dans les sciences et dans les arts, qu'à la faiblesse de leur système musculaire et de leurs organes nutritifs, disposition qui a laissé plus d'activité à l'organe chargé des fonctions intellectuelles. Il est vrai de dire toutefois que la délicatesse de la constitution et la débilité de l'appareil digestif sont souvent une conséquence des travaux de l'esprit. Plutarque rapporte que Gicéron avait l'estomac si faible, qu'il

ùe pouvait supporter qu'une petite quantité d<nourriture. Sénèque, Virgile, Ovide, Pope, étaient maigres, pâles et décharnés. Mais toujours est-il qu'une faiblesse native on acquise des muscles et des organes digestifs, favorise singulièrement Le développement de la puissance nerveuse. Cette puissance ayant en effet pour but l'entretien de la vie , il semble qu'elle doit s'accroître en raison des dangers qui la menacent ; et c'est là d'ailleurs ce que nous démontre l'activité des sensations éprouvées pendant le cours des maladies aiguës, lorsque du moins elles n'ont pas eu pour résultat immédiat ou secondaire d'anéantir ou de diminuer la sensibilité. 4.° Instruction. — Education morale. — Genre de vie. — Une instruction non proportionnée au développement de l'organisation , des méthodes d'enseignement exigeant l'exercice des facultés qui n'existent pas encore ou qui né sont qu'incomplètement dé\ eloppées ; une éducation morale qui ne s'est pas constamment appliquée à retenir dans de justes limites les penchans naturels et les facultés affectives, à inspirer de bonne heure des habitudes régulières seules capables de mettre en harmonie les besoins instinctifs moraux et intellectuels; la vie sédentaire consacrée à des occupations sérieuses el utiles, tout aussi bien que celle que l'on peut dire inoccupée, parce qu'elle se passe an milieu de futilités nuisibles; l'oisiveté, cette source

féconde de l'ennui et des affections morales tristes, surtout si elle succède tout-à-coup à une vie active; les habitudes de luxe , la lecture des romans , la fréquentation des cercles , des bals , des spectacles ; l'abus des liqueurs alcooliques, l'usage immodéré des plaisirs de l'amour, etc. : voilà tout autant de circonstances bien propres à surexciter le système nerveux , et qui , conséquences presque inévitables des progrès de la civilisation, se trouvent réunies au plus haut degré dans les cités populeuses. Aussi observe-t-on une immense différence , sous ce rapport, entre les habitans des villes et ceux des campagnes. Ceux-ci , livrés constamment à un exercice musculaire pénible, habitués de bonne heure au malaise ou à la misère, occupés sans cesse des moyens qui doivent pourvoir à leur existence matérielle , éprouvent rarement des secousses morales. Les émotions les plus vives les trouvent presque insensibles ; la perte d'un ami, d'un fils, d'un père, dune mère, est supportée avec un calme surprenant, avec une froide résignation. Ici , en général , point de tendre sollicitude , point de douleur profondément sentie ; les soins donnés à un malade sont assez ordinairement proportionnés aux services quïl rendait et qu'on peut encore attendre de lui; les regrets qu'inspire sa mort sont basés sur la même considération. Combien de fois n'avons-nous pas vu le vieillard in-

firme, abandonné presque sans secours, et cela parce que sa main débile ne pouvait plus remuer le sol qui le nourrissait ? Que de fois encore , après sa fin , n'avons-nous pas entendu cette allégation froidement invoquée , pour imposer silence aux simulacres de la douleur !

5.° Professions. — Georget, considérant dans les professions la nature des exercices quelles nécessitent , les a partagées en trois classes. La première comprend les professions purement mécaniques, et qui exigent seulement Faction du système muscuculaire. Dans la seconde , il place celles qui nécessitent des combinaisons intellectuelles , telles que la profession d'artiste , d'homme de lettres, de savant,' d'administrateur. Dans la troisième se trouvent les professions intermédiaires, qui exigent à la fois l'action des facultés cérébrales et L'exercice musculaire, telles que celles de négociant, de mécanicien , d'orfèvre , etc. L'observation, d'accord avec le raisonnement , démontre que ce n'est guère que dans les deux dernières classes que se rencontrent des exemples plus ou moins fréquens de surexcitation nerveuse.

G.0 Religion. — Il est un besoin moral profondément empreint dans le cœur de l'homme, aussi nécessaire à l'individu qu'à la société , se traduisant en affection et en foi religieuse , se manifestant par un pur amour pour la < 1 i \ ï 1 1 i 1 * * et par une

( M ) ardente charité pour le prochain. Si la religion vraie et bien entendue est une source inépuisable d'espérances et de craintes également salutaires , si elle assure à ceux qui la pratiquent la paix de lame et les consolations si nécessaires au bonheur ; il est constant qu'une dévotion exagérée, celle surtout qui traîne à sa suite les superstitions , les idées mystiques, les contemplations ascétiques, est une cause fréquente de surexcitation nerveuse, comme le prouvent les nombreuses manies religieuses que l'on observe dans les établissemens d'aliénés.

7.° Institutions et révolutions politiques. — On pourrait établir en principe que, dans un gouvernement libre , l'homme, maître de l'exercice de ses droits moraux, développe ses facultés intellectuelles, et se trouve par cela même plus exposé à surexciter l'organe qui en est chargé. Mais cette surexcitation est bien plus fréquente et plus remarquable à la suite des bouleversemens politiques ; en effet, on a toujours observé un plus grand nombre d'aliénations mentales dans les époques qui ont suivi les grandes révolutions.

8." Exemple et imitation. — De tous les actes de l'économie capables de provoquer l'instinct d'imitation dont l'homme est doué comme quelques animaux , il n'en est pas de plus puissans que ceux qui mettent en jeu la faculté de sentir. En présence de l'attendrissement et des larmes, nous nous

( ^ ) attendrissons et nous pleurons par une détermination tout-à-fait sympathique et instinctive, de même aussi nous participons, pour ainsi dire, malgré nous à la joie de ceux qui nous entourent; car les pleurs et le rire sont les phénomènes qui peuvent certainement être considérés comme les plus susceptibles de se reproduire par une sorte de contagion sympathique. La colère, l'enthousiasme et le courage, la crainte et la peur, se communiquent dans certaines circonstances avec une extrême rapidité. « Limitation , dit Alibert , règne en souveraine sur le monde sensible » (1). La propension imitative ne se développe pas seulement dans l'état physiologique ; on la voit fréquemment favoriser à elle seule la propagation plus ou moins étendue de certaines maladies, et particulièrement de celles qui ont pour caractère principal la surexcitation nerveuse. Bailly rapporte le fait suivant, dans son Rapport sur le magnétisme animal. Un jour de première communion, à l'église Saint-Roch, une jeune fille fut prise tout-à-coup de \ iolentcs convulsions pendant la messe. Aussitôt cinquante à soixante en eurent de semblables dans L'espace d'une demi-heure, et on ne put les guérir qu'en les séparant les mus des autres. Oui ne connaît l'histoire racontée par Hecquel , de cette

(1) Physiologie des passions , loin. 1 , pag. I87i

( »5 ) affection vaporeuse dont les accès , caractérisés par un miaulement étourdissant , se manifestaient tous les jours, à la même heure , dans une communauté religieuse de filles , et le moyen moral promptement efficace auquel on eut recours ? C'est aussi la menace d'un remède énergique qui réussit à Boërrhaave pour mettre fin à la rapidité effrayante avec laquelle se propageaient les affections convulsives parmi les femmes de l'hôpital de Harlem. Qui ne connaît aussi les histoires de ces véritables épidémies convulsives ou extatiques , mentionnées dans tous les ouvrages, et notamment celles qui sont relatives aux bonzes et aux fakirs de l'Inde, aux trembleurs de la Provence et des Cevennes, aux religieuses de Louviers et de Loudun , aux convulsionnaires de Saint-Médard ? Dans ces cas divers , la propension imitative , provoquée par l'exemple d'un seul individu ou de quelques-uns, ne tardait pas à se répandre et à devenir générale.

Sans doute , à 1 époque où nous vivons l'on n'observe pas des faits analogues à la plupart de ceux que nous venons de rappeler ; mais toujours est-il qu'il convient de tenir compte, dans la pratique, de l'influence plus restreinte de l'exemple et des propensions imitatives sur le développement de la surexcitabilité et de la surexcitation nerveuses. Nous avons été à même dans plus dune occasion de constater l'action de cette double circonstance étiologique.

Les considérations qui précèdent pourraient sembler;, au premier abord, étrangères à celles qui doivent Taire le sujet de ce travail; elles s'y rattachent pourtant d'une manière bien directe. En effet, la dispotition à la surexcitation nerveuse ne reconnaissant pas pour cause unique l'hérédité , il était nécessaire de connaître les principales circonstances écologiques qui peuvent aussi lui donner naissance, soit pour établir si elles ne doivent pas avoir des résultats nécessairement plus certains chez des individus héréditairement disposés à ressentir leur action , soit pour rechercher si cette prédisposition organique ne peut pas exister en dehors des circonstances précitées, et par le fait seul de l'influence héréditaire. Cette connaissance était indispensable , en un mot, comme nous lavons déjà dit, pour déterminer de la manière la plus précise possible la part qui revient à l'hérédité dans les productions de la surexcitation nerveuse.

Après avoir esquissé les principales conditions qui peuvent insensiblement donner naissance à la surexcitabilité nerveuse, il nous faudrait peut-être indiquer les causes qui la mettent en jeu. Mais comment espérer de pouvoir passer en reuic les variétés infinies que présentent ces causes déterminantes de la surexcitation nerveuse? Tel individu qui restera impassible" à une impression vive, se trouvera surexcite'1 par une autre qui le sera

( 47 ) beaucoup moins; de même que des circonstances paraissant quelquefois tout-à-fait indifférentes , produiront constamment chez certains sujets une excitation plus marquée qu'elle ne devrait l'être dans l'ordre physiologique. Nous pourrions à cet égard multiplier des citations qui seraient plus curieuses qu'utiles; mais qu'il nous suffise d'établir ici que ces causes, quelque variées quelles soient, peuvent néanmoins être rapportées à deux chefs principaux, suivant quelles sont physiques ou morales. Distinctes par leur nature , elles se confondent, en quelque sorte, sous le rapport des effets qui leur appartiennent, c est-à-dire que l'on voit assez communément des influences physiques déterminer des troubles de la vie intellectuelle, et réciproquement des influences morales ouvrir la voie aux désordres fonctionnels de la vie nutritive. Il n'est aucune des parties constituantes de l'organisme nerveux qui ne puisse recevoir en premier lieu l'atteinte de certaines causes déterminantes de surexcitation; mais en vertu de la solidarité que nous savons exister entre elles , cette excitation exagérée restera rarement limitée et circonscrite dans son siège primitif ; elle se propagera, au contraire, de la périphérie vers les divers centres , elle ira retentir des centres vers les épanouissemens périphériques , et dans l'un et l'autre cas se manifesteront, tantôt avec rapidité, tantôt avec plus ou

( *8 ) moins de lenteur, des désordres fonctionnels qui révéleront cette participation ou ce retentissement. De ce fait , démontré par l'observation de tous les jours , il résulte que la surexcitation nerveuse envisagée d'une manière générale, est toujours initiale et idiopathique, ou irradiée et sympathique : ajoutons que ce fait convenablement interprété est peut-être à lui seul capable de faire rejaillir la plus satisfaisante clarté sur la pathogénie des diverses névroses.

Les troubles fonctionnels susceptibles d'être rattachés à la surexcitation nerveuse, constituent des états maladifs extrêmement nombreux dont les \ ariétés et les nuances infinies doivent échapper à une indication générale aussi bien qu'à une classification méthodique. Comment , en effet , comprendre dans des généralités les degrés intermédiaires qui se rencontrent entre une simple exaltation de la faculté de sentir ou un spasme léger , et les plus violentes convulsions épileptiqucs ; entre un simple emportement ou un accès de colère, et le délire furieux d'un maniaque? Contentons-nous d'établir ici que ces divers états morbides, quelque multipliées que soient leurs variétés et leurs nuances , peuvent néanmoins être rapportés à une série de groupes distincts, non en prenant pour point de départ les principes de localisation anatomique , mais bien en ayant égard aux points d'analogie qu'ils

( M ) offrent dans leurs manifestations extérieures. Celle coordination systématique , basée sur la considération des symptômes , ne répond pas , nous le savons bien, à toutes les exigences, mais elle offre au moins L'avantage d'éviter le plus possible Terreur et la confusion; aussi c'est celle que nous suivrons plus tard , lorsque nous aurons à étudier , sous le rapport de l'hérédité , les maladies qui résultent de la surexcitation nerveuse.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

I. Il existe une disposition particulière de l'organisme , caractérisée par l'impossibilité dans laquelle se trouve l'appareil innervateur de recevoir sans trouble faction des causes excitantes extérieures ou intérieures.

II. Cette disposition, qu'il convient de désigner sous le nom de surexcitabilité nerveuse , est originelle ou acquise : dans un cas comme dans l'autre, elle se trouve liée au défaut d'harmonie dans les rapports préétablis qui doivent exister entre l'élément nerveux et l'élément artériel, pour former la condition constante et invariable de l'excitabilité physiologique.

III. Ce défaut d'harmonie ne pouvant dépendre que d'une activité défectueuse ou prédominante de l'un on de l'autre des élémcns constitutifs de l'ex-

citabilité normale, la surexcitabilité nerveuse ne peut, par suile, se présenter que sous quatre formes principales; c'est-à-dire (pic, suivant la modification organique de laquelle elle dépend, elle sera hyponévrique ou hypentoévrique, hypohémique ou lryperhémique.

IV. Mise en jeu par les influences physiques ou morales, la surexcitabilité nerveuse a pour résultat constant et immédiat la surexcitation : il faut donc la considérer comme la cause éloignée ou prédisposante de cette surexcitation ainsi que des maladies qui en résultent.

V. La surexcitation nerveuse s'annonce tantôt par une simple exaltation de la sensibilité normale, tantôt par des phénomènes morbides , variables dans leurs formes et dans leur intensité , mais que Ton peut néanmoins réunir en groupes distincts , d'après la prédominance et l'analogie des symptômes qui leur appartiennent.

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