‹ De l'influence de l'hérédité sur la production de la surexcitation nerveuse, sur les maladies qui en résultent et des moyens de les guérirChapitre 6 sur 25 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'INFLUENCE DE L'HÉRÉDITÉ SUR LA PRODUCTION DE LA SUREXCITATION NERVEUSE,

Le mot hérédité, emprunté au langage ordinaire et à celui de la jurisprudence , n a pas tout-àfait la même signification en médecine ; il s'entend , non pas du droit de recueillir ou de succéder, mais bien de la transmission par voie de génération et de descendance de certaines circonstances physiologiques ou morbides de l'organisation. Ainsi, lorsqu'on remarque chez un ou plusieurs enfans de la même famille, des dispositions physiques ou morales qui ont une analogie plus ou moins frappante avec celles que présentaient leurs pères ou leurs mères, ou quelqu'un de leurs ascendans en ligne directe , l'on dit qu elles leur ont été transmises par voie d'hérédité. Ainsi , lorsqu'à une époque quelconque de leur existence on observe chez certains individus des affections maladives dont avaient été atteints pareillement l'un ou l'autre des auteurs de leurs jours ou quelqu'un de leurs ascendans, toujours en ligne directe, Ton

dit encore que l'hérédité a été la cause de ces affections.

A l'exception de quelques maladies virulentes et contagieuses, il n'en est pas peut-être parmi celles réputées héréditaires, qui se développent immédiatement ou peu de temps après la naissance : ce développement n'a lieu, au contraire, le plus ordinairement, qu'à certaines périodes plus ou moins éloignées et assez bien exactement déterminées. Prenons pour exemple la plithisie et l'apoplexie , maladies dont la transmission héréditaire nous semble incontestable. Quoique le fait ne soit pas sans exemple , ce n est pas néanmoins dans la première enfance que se manifeste communément l'affection tuberculeuse; mais jusqu'à l'âge de dix-huit à quarante ans, l'individu dont le père ou la mère auront été atteints de la phthisie, présentera dans son organisation, dans sa manière d'être, des caractères qui serviront à le faire distinguer d'autres sujets. Sa peau blanche et fine , ses membres grêles, sa poitrine étroite et sériée, ses omoplates saillantes , ses pommettes habituellement colorées d'un rouge vif et circonscrit , etc. , inspireront à l'observateur attentif des craintes sérieuses pour l'avenir. Il en est de mémo de l'apoplexie, qui, lorsqu'elle s'évit chez l'enfant nou\ eau-né ou dans le très-jeune âge, reconnaît le plus souvent pour causes des circonstances accidentelles. Mais le su-

( 53 ) jet qui a reçu le jour de païens apoplectiques, sera doué d'une constitution éminemment sanguine et pléthorique; il aura le cou court, les épaules larges, la face colorée; et ces particularités de son organisation existeront maintes fois à un degré qui permettra même à des personnes étrangères à la médecine de deviner, en quelque sorte, la maladie dont il sera atteint plus tard. Il suit de là qu'en étudiant l'hérédité au point de vue étiologique, il faut reconnaître d'abord son influence sur la production de la prédisposition à une maladie ou à une série de maladies, et, en second lieu, celle qu'elle exerce sur la maladie elle-même , qui n'est en définitive que la réalisation de la prédisposition déjà existante. Ainsi donc , toutes les fois qu'il sera acquis à l'observation qu'un état particulier de l'organisme à été transmis des parens aux enfans, ce fait devra suffire pour établir que la maladie , qui a trouvé dans cet état particulier une des principales conditions de son dés eloppement , existe également sous l'influence de l'hérédité. Cette remarque est de la plus haute importance dans tous les cas ; mais elle doit surtout être prise en sérieuse et constante considération dans le sujet qui nous occupe.

Il est évident que, pour pouvoir transmettre à leur progéniture une modalité organique quelconque, un père ou une mère doivent la posséder au moment même de la génération, ou, du moins,

pavoir possédée antérieurement, soit quelle n'ait constitué chez eux qu'une simple piétlisposition , soit quelle ait favorisé la manifestation de quelque affection morbide. Mais il n'est nullement nécessaire pour que cette transmission puisse avoir lieu, que le père ou la mère aient directement reçu de leurs I irions la modalité dont il s'agit. Celle-ci ayant existé seule ou avec la maladie à laquelle elle prédispose , chez l'un ou l'autre des aïeux , peut avoir franchi une génération et se montrer chez la suivante; elle peut aussi avoir été acquise par dos circonstances accidentelles; et, dans lun et dans l'autre cas , il non faut pas moins admettre la possibilité de sa transmission par voie d'hérédité.

Ce que nous venons de dire des dispositions organiques accidentelles et de leur transmissibilité héréditaire , nous conduit naturellement à mentionner celles qui résultent de diverses influences auxquelles la mère peut avoir été soumise pendant sa grossesse.

Nous ne saurions guère concevoir l'importance de la distinction établie par les auteurs, entre les prédispositions ou les maladies dites héréditaires , parce que, provenant indistinctement du père ou de la mère, elles sont communiquées par le fait seul de la génération, et celles qui ont été designées sous la qualification de connées, parce qu'elles sont transmises de la mère à l'enfant postérieureuieni

( 55 ) à sa conception et pendant sa vie intra-utérine. Mais ne s agit-il pas, clans l'un et dans l'autre cas, d'un résultat parfaitement identique, c'est-à-dire, d'un état anormal constituant un véritable héritage, et dont la préexistence originelle ou acquise chez les parons a réellement décidé la transmission? Peutêtre les prédispositions communiquées au fœtus pendant la grossesse sont-elles moins prononcées, moins persistantes; peut-être aussi se réaliserontelles bien plutôt que d'autres sous une forme maladive; peut-être, enfin, seront-elles plus contestables quand cette réalisation ne se manifestera qu'à une période éloignée de la naissance. Mais ces nuances ne sauraient suffire, selon nous, pour séparer les prédispositions en question de celles qui dépendent de l'hérédité proprement dite; aussi n'hésiterons-nous pas à les comprendre dans une même catégorie étiologique.

Nous arrêterons-nous maintenant à l'examen des théories à l'aide desquelles on a cherché, à diverses époques de la science , à expliquer la transmission héréditaire des prédispositions et des maladies? mentionnerons-nous les hypothèses bien connues de Van-Helmont, de Stahl et d'Hoffmann? rechercherons-nous si les germes préexistans ou instantanément produits et \ i\ ifiés sont susceptibles de contracter une altération quelconque, cause première de cette transmission? essaierons-nous > enr

lin , de déterminer si nous pouvons nous en rendre compte par un vice primitif existant exclusivement clans les solides ou dans les fluides de l'économie ? Dans les opinions les plus opposées nous trouverions peut-être des raisons également bonnes ou mauvaises; mais leur examen ne nous fournirait sans doute pas des déductions utilement applicables à la pratique , car elle gagne toujours beaucoup plus à la constatation des faits qu'à leurs explications; et puis, il faut bien L'avouer aussi, il est des faits généraux si intimement liés à l'essence de la vie, qu'ils doiveut rester inexplicables comme elle. Contentons-nous donc d'avoir établi comment il convient de comprendre l'inlluence de l'hérédité dans la production des prédispositions ou des maladies en général , et occupons-nous maintenant d'exposer les pieuses que nous fourniront successivement l'analogie et l'observation, à l'appui de l'influence exercée par eette cause sur la production de la surexcitation ner\ euse. Parmi les particularités physiques ou morales (jiif1 présente notre organisation, et qui sont susceptibles de se transmettre par voie de descendance, il en est de tellement saillantes, quelles sont saisies et appréciées même par le vulgaire. « On voit, dit Montaigne, escouler des pères aux enfans , non-seulement 1rs marques du corps, mais encore une ressemblance d'humeurs , de coin-

( 57 ) plexion et d'inclinations de Pâme ». L adage dés long-temps consacré : tel père , tel fils , semble venir assez à l'appui de cette vérité pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y insister plus longuement.

Ce que l'on remarque pour la faiblesse et pour la force de la constitution, pour les dimensions et les défectuosités de la taille, pour la coloration de la peau, pour les traits de la face, pour divers vices de conformation, pour les attitudes, les gestes, pour les nuances du caractère, etc., etc., on l'observe également pour les divers organes de l'économie, avec cette différence néanmoins, que les dispositions qu'ils présentent, loin d'être persistantes et de pouvoir être constatées de prime-abord, ne deviennent appréciables que dans certaines circonstances qui sont presque exclusivement du domaine de l'observation médicale. Combien de fois, en effet, l'exercice de notre art ne nous fournit-il pas l'occasion de reconnaître dans un viscère quelconque, et souvent même dans un appareil organique tout entier, une prédominance d action ou une susceptibilité qiù avaient pareillement existé chez les ascendans des individus soumis à notre examen? Il n'est pas jusqu'à l'action de certains médicamens qui ne nous mette parfois à même de confirmer l'influence de l'hérédité sur l'existence d'une manière d'être particulière de telle ou telle autre partie de l'organisme. Baillou, pour faire re-

( SB ) marquer combien il importe au médecin d'avoir égard aux idiosyncrasies, cite le cas dune famille illustre composée de plusieurs cnfans, dont les uns ressemblaient à la mère et les autres au père. Celui-ci était purgé par le médicament le plus léger, et il en était de même chez les cnfans qui lui ressemblaient. Chez la mère, au contraire, pour procurer des évacuations alvines, il fallait avoir recours à des purgatifs énergiques , et l'on était dans la même obligation pour les enfans qui avaient une ressemblance avec elle (1).

Considérées sous le rapport physiologique , les modalités organiques constituent les tempéramens et les idiosyncrasies; sous le rapport pathologique, elles forment à elles seules la plus grande partie des causes éloignées ou prédisposantes d'une foule d'affections morbides. C'est là une vérité qui n'était pas ignorée d'Hippocrate , et qui a été formulée par lui, dans le passage de ses écrits où il parle de l'hérédité de l'épilepsic. « Si enim , dit-il , ex pituitoso pituitosus , et ex bi/ioso biliosus oriùuft; et ex tabido tabidm , et ex lienoso lienosus ,• qtrid relut ut cujits parentes hoc morbo detineanùur , eo quoque et posteront m aUquis eorripiutur (-2) ». 11 est

(1) Ballonii, Epid. et Ephemerid., lib. 1, pag. T>S.

(2) Opéra omnia , edenteKuhc, tom. I, pag. 594; lib. «K Moi ho tacro-

( M ) vrai que pour expliquer la transmission par voie d'hérédité de ces diverses dispositions organiques, le vieillard de Cos supposait que le fluide prolifique émane de toutes les parties du corps; « cîim nempè genitura aJb omnibus corporis partibus procédât à sanis sana et à morbosis morbosa » (1). Mais que nous importe une explication qui ne pouvait être différente à une époque si éloignée de celle où la science physiologique a fait de véritables progrès ? Elle n'a pas moins servi à constater un fait confirmé depuis par l'observation de tous les jours ; et d'ailleurs , il faut bien en convenir , c'est vainement que nous chercherions aujourd'hui à en fournir une plus complètement satisfaisante.

La transmission héréditaire des conditions qui se rattachent à la conformation extérieure comme à l'organisation intérieure, a été presque unanimement reconnue comme une vérité incontestable : nous disons presque unanimement, car elle n'a guère trouvé qu'un seul contradicteur. En 1748, l'Académie des Sciences de Dijon proposa pour sujet de prix, la question suivante : Comment se fait la transmission des maladies héréditaires? Dans le mémoire qu'il adressa au concours, et qui fui imprimé l'année d'après, le célèbre Louis nia formellement l'existence des dispositions et des maladies héré-

(t) Ibid.

( 60 ) ditaires , et soutint , en s'appuyant , non sur des faits contradictoires, mais seulement sur des argumens spécieux, que tout ce qui était accepté à cet égard , n'était qu'un préjugé consacré par l'ignorance et le défaut de réflexion. A cette époque, Louis n'avait pas acquis cette profondeur de jugement qui le distingua plus tard; aussi sa doctrine, si opposée à celle professée par tous les bons observateurs anciens et modernes , ne résiste pas à un examen sérieux , et si elle figure dans les annales de la science, ce n'est plus que comme un exemple de ces flagrantes erreurs dont ne savent pas toujours se garantir les esprits les plus éminens. Ainsi donc nous avons pu admettre comme un fait suffisamment démontré en thèse générale, la transmission de certaines dispositions organiques , et si nous n'avons pas produit les preuves physiologiques qui la mettent hors de doute, c'est que nous avons mieux aimé les réserver pour les développemens qui se rattachent plus directement à la solution de la question proposée1; et puis, tes généralités qui ont été exposées nous ayant paru suffisantes, nous avons tenu à éviter des longueurs inutiles.

S'il est M'ai que toutes les parties de l'organisme \i\ant peuvent présenter dans Unir texture ou dans leurs manifestations fonctionnelles des manières d'être particulières , dont l'origine, dans certains

( 61 ) cas donnés, ne peut être rapportée qu'à l'influence de l'hérédité , l'appareil nerveux ne saurait faire exception à cette loi générale : bien loin de là , au contraire, le rôle important qu'il joue dans l'accomplissement des actes de la vie , doit le rendre plus apte que tout autre système organique à ressentir cette influence.

En étudiant dans le chapitre précédent les conditions individuelles et générales qui offrent les plus fréquens exemples de surexcitabilité nerveuse , nous avons vu qu'elle semblait être, en quelque sorte , l'apanage des constitutions faibles et délicates. Or , puisque la faiblesse et la force de la constitution se transmettent par voie de descendance , elles doivent nécessairement se propager avec leurs conséquences , et , sous ce rapport, il ne saurait y avoir d'exagération à dire qu'il suffit en général d'hériter d'une constitution chétive, pour hériter en même temps d'une aptitude à la surexcitation nerveuse. Qu'un père doué d'une constitution délicate native ou accidentellement acquise , vienne à procréer des enfans, ils présenteront toujours quelques particularités susceptibles d'être rapportées à cette disposition, qui, si elle n'est pas modifiée à temps par des précautions hygiéniques convenables, les rendra, toutes choses égales «Vailleurs, plus sensibles, plus impressionnables que des sujets procréés dans des conditions opposées

( 6* ) Qu'une mère jusqu'alors bien portante et bien constituée, se trouve soumise pendant sa grossesse à un régime alimentaire qui ne suffise pas à ses fonctions nutritives, ou bien encore quelle soit épuisée par une maladie longue ; l'enfant quelle mettra au monde sera doué d'une constitution plus ou moins chétive, par cela seul que sa nutrition a été incomplète et viciée pendant sa vie intra-utérine , et les résultats définitifs seront les mémos que dans le cas précédent , avec les particularités qui ont été mentionnées quand nous avons parlé des prédispositions transmises de la mère à l'enfant pendant la gestation. Qu'un père ou une mère présentant à un degré plus ou moins manifeste les attributs d'un tempérament nerveux exagéré , donnent le jour à des enfans, ceux-ci présenteront aussi à une époque quelconque de leur existence, parfois plutôt , parfois plus tard , des dispositions analogues par suite desquelles la surexcitation nerveuse se développera plus facilement chez eu\ sous l'influence des causes diverses capables de la déterminer. Enfin, qu'une femme dont le tempérament n'avait donné lieu jusque-là à aucune remarque particulière , s'abandonne pendant sa grossesse aux égaremens de son imagination , qu'elle se livre aux emportemens des passions , qu'elle éprouve dt^s émotions morales subites; ces excitations insolites donneront à son système ncr-

( 63 ) veux une activité prédominante qui ira nécessairement retentir sur celui de l'enfant qu'elle nourrit dans son sein , et c'est ainsi que se seront préparées pour le nouvel être des conditions organiques en vertu desquelles il sera dans la suite plus apte à recevoir l'atteinte des causes déterminantes de surexcitation.

Quoique les considérations qui précèdent ne s'appliquent qu'aux deux formes de surexcitabilité qui nous paraissent le plus susceptibles d'être influencées par l'hérédité (forme hyponévrique , forme hypernévrique) , elle peuvent être aisément appliquées aux deux autres formes ( hypohémique et hyperhémique ) , et il serait tout-à-fait inutile d'insister sur de nouveaux développemens à cet égard.

La surexcitabilité nerveuse se développant souvent au milieu de certaines conditions sociales qui ont été examinées dans le chapitre précédent , il peut être difficile , dans certains cas , de distinguer celle qui est acquise, de celle qui est uniquement le résultat de l'influence héréditaire. Mais la fréquence même de cette disposition dans les circonstances indiquées comme le plus propres à favoriser son développement, loin de nous permettre de considérer l'hérédité comme une coïncidence indifférente, ne pourrait-elle pas, au contraire, être en- \ isagée comme un fait général à l'appui de cette influence étiologique ? Nous ne saurions en douter

( 64 ) un instant, puisque Ton peut établir, sans crainte d'émettre une hypothèse , que par le l'ait seul de leur constitution native, certains individus plutôt que d'autres ressentiront plus constamment et plus inévitablement, en quelque sorte, l'action des influences précitées. D'un autre côté, que penser de l'existence bien constatée de l'aptitude à la surexcitation nerveuse, on dehors de ces conditions variées qui ont pour effet de la développer insensiblement, si ce n'est qu'elle nous démontre évidemment son origine et son mode de transmission? Eh bien ! disons-le d'avance , les faits particuliers que nous aurons à citer dans le chapitre suivant , seront presque tous de nature à fournir cette démonstration irrécusable.

Jusqu'ici nous n'avons produit que des preuves déduites de l'analogie, nous avons dit ce qui devait être d'après ce qui est réellement ; mais interrogeons les annales de la science, et voyons si la transmission par voie d'hérédité d'une prédisposition aux affections nerveuses, n'a pas été admise comme un fait constant, quoiqu'elle ait été diversement comprise et dénommée,

Daniel Senneii , au milieu des divagations que lui fournissent ses théories Immorales et sa croyance ù L'intervention de l'esprit malin, par laquelle il explique certains phénomènes des maladies nerveuses, n'en reconnaît pas moins le rôle que

( 65 ) jouent dans leur manifestation des dispositions organiques qu'il suppose transmises des pères aux enfans par le moyen de la semence et du sang. C'est surtout dans la mélancolie et 1 epilepsie qu'il fait ressortir l'influence de ces causes éloignées , comme on peut s'en convaincre en consultant les descriptions qu'il a données de ces deux affections (1).

Willis admet, dans plusieurs passages de ses écrits , que l'organisation du cerveau peut être viciée de diverses manières, et présenter des dispositions particulières susceptibles de se transmettre par voie d'hérédité, Ces dispositions, qu'il place tantôt dans la structure délicate du cerveau et dans la laxité de ses fibres, tantôt dans un vice du sang et des sucs nerveux, constituent pour lui la cause éloignée principale des maladies convulsives. « Quod spectat , dit-il, ad ipsius cerebri malam dispositionem , eadem aliqiiando hœreditaria existit. Itœ , parentibus epilepticis ant convukioni obnoxiis oriundi, in eosdem affectas phrumque et ipsi proclices sunt : et quidem constitulio cerebri à partu multis modes fieri potest viotiosa » (2).

Frédéric Hoffmann mentionne souvent comme cause des maladies nerveuses, une disposition maladive des parties solides et motrices qui s'est pro-

(1) Opéra omnia , toro.5, cap. Il, png. 97, et cap. 31 » pag. 155.

(2) De Alurb. convuls., cap. 1, pgf. 8.

pagée par la génération. L'auteur attribue à une faiblesse originelle de la libre nerveuse, à une trop forte cohésion de ses molléculcs, la facilité avec laquelle sont produits les niouvemcns désordonnés qui constituent les spasmes; et il ajoute que si cette disposition innée et héréditaire existe, alors les causes déterminantes les plus légères produisent des désordres tels, qu'on n'en voit jamais de semblables chez les sujets différemment constitués , môme sons l'influence de causes bien pins violentes. <( Quôcl si naliva ac hœreditaria prœsto fuerit dispositiOj tune accedentes caitsœ occasionaks vel lerissimœ , tantos excùare valent tumultiis quantos in aliis sanis ac robustis subjectis ne quidem gravissimœ progenerare possunt » (1).

With range parmi les causes prédisposantes des maladies nerveuses, une délicatesse et une sensibilité trop grandes de tout le système nerveux, et il reconnaît que ces dispositions peuvent être naturelles, c'est-à-dire, m vice originel dans la constitution , ou bien produites par des maladies. Ce passage peut bien, selon nous, se rapporter à l'hérédité, sur laquelle (Tailleurs l'auteur ne s'exprime pas formellement (2).

(1) Opcru omnia , cap. 3, pag. 35 ei 56.

(2) Les Vapeurs et Maladies nerveuses , trad. par Lebègue de Presle, tom. I, pag, 377-

Dans l'extrait des principaux ouvrages sur la

nature et les causes des maladies nerveuses ,

ajouté par le traducteur au traité de With, on

trouve le document suivant, emprunté à Georges

Cheyne: «.... Le quatrième genre de causes est la

» faiblesse naturelle ou acquise ainsi que la dimi-

» nution du ton et de leslasticité , venue soit de la

» structure ou formation naturelle ou accidentelle

» de ces fibres nerveuses et des autres organes

» du corps. Tel est le cas de ceux qui sont nés de

» parens faibles, vieux, ou qui ont beaucoup souf-

» fert de la goutte , du scorbut , de la lèpre , des

» maladies vénériennes ou nerveuses » (1).

Selon Raulin , les maladies ou incommodités

héréditaires , sont les causes éloignées les plus

manifestes des affections vaporeuses. « Un père

» hypocondriaque, dit-il , dont les viscères obs-

» trués auront depuis long-temps troublé les di-

» gestions , interrompu les sécrétions , dépravé

» les récrémens , etc.; ce père, dont le genre ner-

» veux et le suc qui en entretient la souplesse, qui

» en facilite les fonctions, auront sensiblement dé-

» généré, pourra-t-il avoir des enfans qui ne par-

» ticipent pas aux mêmes vices? Comment la nature

» les garantirait-elle des effets du principe qui les

» a formés?

(1) Ib'ul, tom. 2, pag\ *98.

)> Y ne mère dont les infirmités auront succédé à )) une jeunesse passée dans l'oisiveté , à une façon » de vivre plus propre à satisfaire le goût, àexci- » ter et nourrir les passions, qu'à former des nieni- » bres et des viscères capables de fournir aux » fonctions de la nature , pourrait-elle nourrir dans » son sein un enfant bien conditionné ?

» Les femmes qui depuis leur jeunesse ont été » sujettes aux vapeurs,, sont pleines d'obstruo- » tions; elles digèrent mal, leur suc nerveux a » dégénéré sensiblement, le concours des prin- » cipes des liquides ne se soutient pas, leurs nerfs » sont d'une sensibilité et d'une délicatesse qu'on ne » peut pas exprimer; tout les agace, tout les irrite » et les met en désordre.... Si les femmes conçoi- » vent dans cet état , leurs enfans participeront » infailliblement à la qualité des substances qui leur » ont donné l'être ; ils seront sujets aux mêmes )> incommodités ou à d'autres qui tiendront tou- » jours de la nature de celles de leurs parons » (1).

Pomme, après avoir développé ses idées sur la sécheresse et le racornissement de la libre nerveuse, et indiqué les causes éloignées des affections vaporeuses , s'exprime ainsi :

» Qu'on cesse, après cria, d'être surpris si ces » maladies sont devenues si communes. Lo genre

(I) Traité (hs Jffect, vap. du \exet pag. Ir6 et i~.

( 69 ) » de vie des hommes qui leur a donné naissance , m les a rendues héréditaires. Des parens valétudi- » naires engendreront-ils des enfans robustes? S'ils )> le paraissent quelque temps, c'est que la nature )> a fait tons ses efforts ; mais elle a épuisé ses for- » ces; aussi les voit-on bientôt attaqués des mêmes » maladies que leur père, et affligés des mêmes » infirmités dont le principe a germé pendant leur » jeunesse , avec ce désavantage , qu'il a pris de » nouvelles forces en ne se développant que plus » tard.

» Un père et une mère hypocondriaques , dont » le fluide nerveux aura dégénéré, pourront-ils » avoir des enfans qui ne participent point aux » mêmes vices? » (1)

Tissot , qui attribue à un vice humoral , à un défaut d'élaboration du sang, la transmission des maladies en général , s'exprime ainsi au sujet de l'hérédité des maladies nerveuses. « Il y a peu de » parties qui ne soient faibles dans certaines fa- )> milles, et il est aisé de comprendre que la fai- » blesse du système nerveux doit être aussi » héréditaire que celle d'aucun autre » (2).

Il est bon de remarquer que quoique le méde-

( I ) Traité des Affcct. vap. des deux sexes, tom. 1, 6.e édit., pag. 12 et 13.

(2) Traité des Nerfs et de leurs maladies, tom. 2, pag. x.

( 70 ) cin de Lausanne parle ici de la faiblesse comme cause éloignée des maladies nerveuses, il insiste dans d'autres passages de ses écrits sur le rôle important que joue, dans leur manifestation, l'accroissement de la sensibilité physique et morale.

Georget explique le peu de développement des

facultés intellectuelles chez les habitants des régions

équatoriales, par la transmission héréditaire des

dispositions organiques. « Cette transmission héré-

» ditaire , dit-il, est si manifeste, qu'il n'est personne

» qui voulût la nier. On l'observe journellement

» pour la conformation extérieure , le caractère ,

» les mœurs, l'intelligence, par conséquent pour le

)) cerveau ». Après avoir rapporté les expériences

faites par le docteur Dannecy, sur des lapins, des

pigeons, des souris, et dont les curieux résultats

prouvent incontestablement que les dispositions

organiques se transmettent par voie d'hérédité,

le même auteur ajoute : « La pathologie nous

)> fournirait de nombreux exemples de transmis-

» sion des maladies du cerveau des ascendans

» aux descendans : aucun organe n'est certaine-

» ment autant que lui susceptible d'affections hé-

» réditaires » (1).

Au premier abord, les opinions qui viennent d'être résumées semblent étrangères aux démons-

(I) Physiologie du système nerveux, i i

traitions qui doivent faire l'objet de ce travail , puisqu'il n'y est pas fait mention de la surexcitation nerveuse, ni de la constitution organique dont elle est la manifestation. Mais que l'on veuille bien mettre de côté les interprétations à l'aide desquelles les auteurs anciens cherchaient à se rendre compte des actes physiologiques aussi bien que des phénomènes morbides, et alors il restera au moins un fait incontestable, savoir, que certaines maladies nerveuses trouvent les premières conditions de leur développement dans une manière d'être particulière de l'économie, manière d'être susceptible de se transmettre, et qui se transmet réellement des parens aux enfans. Faisons abstraction des théories humorales ou mécaniques, et alors ce qui dépendait autrefois d'un vice du sang, de la dépravation des sucs nerveux , de l'épaississement ou de l'acrimonie des fluides, d'obstructions viscérales, d'une laxité ou d'une cohésion trop forte dans les mollécules de la pulpe cérébrale, etc., etc., sera uniquement aujourd'hui le résultat de la surexcitabilité dont se trouve doué l'appareil de l'innervation.

Il serait facile d'emprunter à la pathologie un plus grand nombre de preuves à l'appui de l'influence qu'il s'agissait de déterminer ici; mais il faudrait pour cela anticiper sur les développement qui doivent faire le sujet du chapitre suivant. En

effet , les désordres nerveux susceptibles d'être rattachés à quelqu'une des formes de la surexcitation que nous allons bientôt passer en revue, bien que produits par des causes de terminantes évidentes, sont néanmoins inséparables de la modalité organique, sans laquelle ces causes déterminantes resteraient le plus souvent sans résultat, il est évident dès-lors que les faits sur lesquels s'appuieront nos considérations ultérieures, constitueront autant de preuves particulières destiuées à donner successivement plus de valeur aux considérations générales qui viennent d'être exposées, et que nous allons maintenant résumer, pour qu'elles soient plus facilement applicables au sujet, de nos études.

RÉSUMÉ 2T CONCLUSIONS

I. L'hérédité exerce sur la production de la surexcitabilité nerveuse une influence dont la réalité se trouve démontrée, en thèse générale, parles preuves déduites de l'analogie , aussi bien que par celles que fournit l'observation directe.

II. Les deux formes de cette modalité organique, dépendantes d'une adi\ ité défectueuse ou prédominante de l'appareil inuervateur (hyponévriqne, hyperné\rique) , semblent être, surtout cette dernière, plus particulièrement et plus fréquemment

( 73 ) produites par l'hérédité, que celles qui tiennent au défaut ou à la surabondance des principes actifs du sang artériel (hypohéiniquc, hyperhémique). Cellesci néanmoins n'existent pas toujours en dehors de l'influence héréditaire.

III. La surexcitabilité nerveuse , considérée comme la prédisposition générale à une série d'affections morbides qu'il faut rattacher à un type unique, à la surexcitation, peut cependant exister pendant plus ou moins long-temps, sans que Ton voie se manifester quelqu'une de ces affections, dont elle favorise seulement le développement dans des circonstances données; mais dans cet état de simple prédisposition , elle n'en est pas moins susceptible de se transmettre héréditairement. D'un autre coté , comme sans la surexcitabilité nerveuse les causes déterminantes des troubles de l'innervation resteraient le plus souvent sans effet , on est en droit d'établir que l'influence de l'hérédité , une fois reconnue pour cette modalité organique, il faut la reconnaître aussi pour les phénomènes de surexcitation qui en sont une manifestation immédiate.

IV. Les faits qui démontrent de la manière la plus évidente l'influence de l'hérédité sur la production de la surexcitabilité nerveuse existant seule ou avec quelqu'une des affections morbides dont elle constitue la prédisposition , sont ceux qui

en constatent la transmission du père on de la mène aux enfans, ou de l'un des aïeux aux petitsenfans. Les faits qui tendraient à établir que cette transmission a pu se faire des bisaïeux aux arrièrepetits-fils, sont au moins contestables, e( ceux qui n'ont poui- élémens (juc des constatations sur des païens en ligne collatérale, ne peuvent avoir aucune signification.

V. Diverses influences débilitantes auxquelles la mère peut être soumise pendant sa grossesse . de môme que certaines impressions morales momentanées ou habituelles, doivent nécessairement aller retentir sur le fœtus. Les conséquences de ce retentissement sont des conditions organiques en vertu desquelles le nouvel être sera , dans la suite , plus apte à ressentir les effets des causes déterminantes de surexcitation ; et comme ces conditions ont, à quelques nuances près, la plus grande analogie avec celles qui résultent de l'hérédité proprement dite, il convient de les comprendre dans une même catégorie étiologique.

VI. Il doit être bien difficile, dans certains cas, de distinguer la surexcitabilité acquise accidentellement , de celle qui résulte uniquement de l'hérédité. Cependant la fréquence même île cette disposition peut , jusqu'à un certain point , être considérée comme un lait gênerai a l'appui de linfluence héréditaire; <"t puis, l'existence bien cous-

( 75 ) tatée de la surexcitabilité nerveuse en dehors des circonstances qui ont pour effet de la développer insensiblement, démontre de la manière la plus irrécusable son origine et son mode de transmission , alors surtout qu'on l'observe sur plusieurs individus issus des mêmes parens,

VII. Bien que les propositions précédentes soient l'expression des développemens généraux exposés dans ce chapitre, il ne faut pas oublier qu'elles recevront de nouveaux élémens de confirmation de la part de chacun des faits sur lesquels s'appuieront les considérations qiû vont faire le sujet du chapitre suivant.

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