‹ De l'influence de la position dans les maladies chirurgicalesChapitre 3 sur 18 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Jffectians congestives , hémorrhagiques , inflammatoires, etc.

Parmi les forces qui agissent sur le sang contenu dans les vaisseaux, et concourent à l'accomplissement de cette série de phénomènes physiologiques qui constituent la circulation, i| en est deux qui doivent surtout

fixer noire attention : l'une active , représentée par l'action du cœur; l'autre purement physique, c'est la pesanteur. Or, il y a dans le mode d'action de ces deux puissances une différence capilale : la première agit dans un sens déterminé par les rapports du cœur avec l'arbre artériel ; quelle que soit la position , quelle que soit l'attitude du corps , elle tend à pousser le sang des troncs vers les capillaires. Quant à la seconde, elle s'exerce dans une direction invariable, non pas relativement au corps sur lequel elle agit, mais relativement au centre terrestre ; suivant donc que le corps sera placé dans telle position , elle agira sur lui dans telle direction ; elle pourra tantôt s'ajouter à l'impulsion du cœur, tantôt lutter contre elle et lui faire obstacle. Ce que je dis de la circulation artérielle est également vrai pour la circulation veineuse , avec celte différence que l'action du cœur se faisant sentir dans les artères avec bien plus d'énergie que dans les veines , la pesanteur, qui ne représente qu'une force d'un ordre secondaire dans le premier cas, devient très importante dans le second.

Cette vérité n'avait échappé ni aux physiologistes , ni aux chirurgiens; Haller dit qu'il a souvent constaté l'influence de la pesanteur sur la circulation dans les expériences qu'il a faites sur les animaux vivants: il a vu le sang veineux parcourir rapidement tout le syslème des veines mésentériques ; puis, ayant renversé le mésentère, afin que les intestins fussent dans une position déclive , il a constaté que le cours du sang était ralenti ; bien plus il a vu quelquefois le sang refluer du cœur vers le mésentère , et distendre les veines intestinales;

les intestins étaient-ils élevés? à l'instant môme le sang se précipitait vers le cœur (1).

En même temps que cette expérience mettait dans tout son jour l'influence de la pesanteur sur la circulation veineuse, elle démontrait en outre que cette force est à peine sensible sur le mouvement du sang dans les artères.

Saucerotle et Didelot, Spallanzani, cités par M. le professeur Gerdy, A. Lacroix, Boyer reconnaissent également l'influence de la pesanteur sur les liquides contenus dans les vaisseaux. M. Isidore Bourdon la signale particulièrement comme cause des congestions sanguines et des phlegmasies de la membrane pituitaire, du cerveau, du poumon, des organes pelviens, etc. M. le professeur Piorry la proclame également, et en déduit des préceptes de thérapeutique dont nous aurons l'occasion de faire ressortir l'importance. -Mais personne n'a plus contribué que M. Gerdy à généraliser, à féconder, et à faire entrer dans le domaine de la science, par son enseignement officiel, par

(1) « Demum eam vim ponderis in vivis animalibus, multa per expe- * rimenta confirmavi. Vidi sanguinem venosum celeriter ad cor redire » et per lolum venarum mesentericarum systema expedito fluento ferri. » Inverti mesenterium, et vidi cum nunc inteslina loco inieriori essent «sanguinem venosum in reditu retardari, et neque infrequcnter » demum omnino contra nalurœ legem a corde in mesenterium relabi » venasque intestinales congestum distendere. Resliluto vero favore - ponderis ut inteslina certe corde non humiliera essent, continue venas » mesentericas iterum evacuari suumque cord. sanguinem reddere » experiebar. »

(Haller, Ifb. VI, secl. i,Sanguinis per arterias moins progressifs, S XXXIII, Vis pondvris.)

ses publications, par les exemples tirés de sa pratique, les idées qui découlent de cette loi physiologique.

§ L Congestions.

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Les congestions dues à l'influence de la position ou hypostatiques , les seules dont nous ayons à traiter dans cette thèse, se présentent souvent à notre observation.

Il n'est personne qui n'ait observé sur soi-même ou sur autrui la coloration de la face , accompagnée d'une sensation de tension, de turgescence de la tête, déterminée par une position déclive de cette partie. Un membre placé dans la position verticale, de manière que la pesanteur lutte contre le retour du sang veineux, Èé tuméfie et prend une coloration légèrement violacée.

Une semblable congestion , lorsqu'elle se produit accidentellement sur des tissus exempts de toute allération, et sur un sujet en état de santé, se dissipe, sans laisser de traces appréciables de son passage, aussitôt que la cause qui la produisait cesse d'agir. Mais. lorsque, par suite de certaines professions, ces congestions se reproduisent souvent, lorsqu'elles deviennent pour ainsi dire un état habituel, elles finissent, à la longue, par modifier les tissus et leur font perdre une partie du ressort dont ils ont besoin pour réagir sur le sang qui les pénètre. Cependant, tant que les choses en restent là, il y a plutôt une prédisposition morbide qu'un état pathologique; à peine les sujets qui présentent cette disposition éprouvent-ils un peu de gêne, une sensation de tension à la partie inférieure des membres abdominaux vers la fin de la journée ; mais ces symptômes

disparaissent pendant la nuit, et cet état peut se perpétuer ainsi, sans s'aggraver notablement, pendant fort longtemps, jusqu'à ce qu'une cause occasionnelle vienne donner naissance à une maladie réelle.

Mais il n'en est pas de même lorsqu'il existe déjà une cause capable d'entraver le mouvement circulatoire ; ainsi, chez les sujets atteints de maladies du cœur, les congestions sanguines, dans les parties déclives, prennent plus rapidement des proportions assez considérables.

Dans aucun cas, la congestion sanguine passive ne se montre à nous avec des caractères aussi tranchés que chez les sujets qui, par suite de quelque blessure du membre abdominal, telle qu'une fracture, une brûlure, un phlegmon de la jambe, etc., ont été longtemps retenus au lit. En effet, dès que ces blessés se lèvent, on voit leur membre prendre en quelques instants une coloration bleuâtre, violette, très foncée, presque noire, la peau se tendre. Cet état inspire ordinairement beaucoup de crainte aux malades; cependant il n'entraîne pasordinairementdesuitesfâcheuses. La station droite et la marche, qui d'abord ne peuvent être supportées que pendant un court espace de temps, finissent par pouvoir être tolérées plus facilement, et cette congestion, qui, portée à un degré extrême, constitue réellement un état pathologique, cesse bientôt de se produire en même temps que toutes les fonctions reprennent leur énergie première.

N'est-il pas rationnel d'attribuer à la congestion qui se fait vers les organes pelviens, et spécialement vers l'utérus, les douleurs ressenties dans la position ver-

licales par certaines femmes, dont l'utérus s'éloigne à peine des conditions normales, par sa situation et son volume?

Avoir indiqué sous quelle influence se produisent les accidents que je viens de signaler, c'est presque en avoir indiqué le traitement. Éviter la position qui les a fait naître, tel est le point capital; ne sait-on pas en effet avec quelle rapidité une position élevée fait disparaître une congestion sanguine; ne voit-on pas la main que l'on tient élevée pâlir presque instantanément? Parmi les faits qui démontrent avec quelle rapidité la position peut faciliter le transport du sang d'une partie du corps dans une autre, il en est un qui ne sortira jamais de ma mémoire et que je ne puis m'empêcher de citer ici :

Il y a deux ans environ, peu de temps après l'époque où l'on commença à employer le chloroforme comme agent anesthésique , je faisais l'extirpation d'une tumeur cancéreuse à la main ; le patient était assis sur une chaise, et pour l'empêcher de glisser sur son siège pendant la période de résolution , je l'avais fait fixer à l'aide d'une alèze qui, passant dans le pli des deux aines, allait se nouer en arrière aux pieds de la chaise; l'inhalation de chloroforme durait depuis dix minutes environ, et l'opération était sur le point d'être terminée, lorsque je m'aperçus que mon opéré venait de tomber dans un état de syncope des plus effrayants; la respiration, le pouls, les battements du cœur étaient suspendus, la résolution complète, les pupilles largement dilatées, une pâleur cadavérique couvrait la face et toutes les parties exposées à nos regards; en un mot, l'aspect du malade était celui d'un cadavre. Je fis renverser le dossier de la chaise en arrière, je comprimai méthodiquement la base de la poitrine avec mes mains pour provoquer quelques mouvements d'inspiration ; celte manœuvre, exécutée pendant quelques instants, qui nous parurent bien longs, ne produisant rien, je Os saisir par deux aides la chaise sur laquelle

le malade était attaché, et je la fis renverser de manière que celui-ci eût la tête directement en bas; à l'instant même on put voir la face prendre une coloration qui indiquait l'abord du sang daus la tête, et au même moment la circulation et la respiration furent rétablies.

Cette observation nous fournit plus d'un enseignement; en effet, elle nous montre les dangers de l'éthérisation pratiquée sur un malade dans la position verticale; elle nous fait voir les inconvénien ts des inhalations anesthésiques soutenues sans interruption pendant un temps assez long; elle nous indique combien il est nécessaire de surveiller les deux grandes fonctions de la respiration et de la circulation sur des sujets qui sont soumis à l'inspiration du chloroforme ; enfin , et cela a plus directement trait à notre sujet , elle nous montre l'influence immense et presque instantanée de la position déclive de la partie supérieure du tronc dans la syncope.

Le grand principe que nous venons de rappeler relativement au traitement des congestions sanguines ne doit pas être exagéré dans son application. Lisfranc conseilla, pendant plus de quinze ans, le décubitus dorsal à toutes les malades atteintes d'affections utérines. Ces malades se soumettaient facilement à ce mode de traitement qui faisait cesser leur douleur; elles restaientdesmois, des années, unepartie de leur vie étendues sur unechaise longue. Mais les médecinsont pu reconnaître les effets souvent fâcheux qui résultaient de celte position : les fonctions digestives paraissaient surtout influencées, l'appétit se perdait, la digestion devenait difficile, une constipation opiniâtre s'établissait, il ne lardait pas à survenir mie sorlo d'étioloment Mi.

la

néral ; aussi Lisfrane qui, dans les dernières années de sa vie, en avait lui-même reconnu les inconvénients, avait-il restreint l'application du décubitus dorsal aux cas de douleurs utérines très prononcées et aux pertes abondantes de sang.

Tous les auteurs s'accordent à ranger, parmi les causes des hémorrhoïdes, la station assise, longtemps prolongée , principalement sur un coussin troué, dont le milieu, ne soutenant pas l'anus, favorise la congestion. On a cru trouver dans la disposition anatomique de la veine mésentérique inférieure , qui reçoit une partie du sang qui revient du rectum, une explication plus précise encore de l'affection hémorrhoïdale ; ainsi on a dit que cette veine étant dépourvue de valvules, la colonne sanguine qui la parcourt, exerce sur le sang contenu dans les radicules veineuses une pression en rapport avec sa hauteur, et favorise la dilatation des veines de l'anus.

On a invoqué un argument tiré de la pathologie comparée; ainsi on a dit que les quadrupèdes, dont le rectum n'occupe point, comme chez l'homme, une position déclive, ne sont point sujets à cette maladie; mais ce fait est-il établi d'une manière incontestable? Et en admettant môme qu'il le fût, ne devrait-on pas tenir compte des causes si nombreuses et si variées qui chez l'homme concourent à la production de cette maladie, et qui ne se rencontrent pas au même degré chez les animaux?

Lorsque des causes nombreuses concourent à la production d'une maladie, il est bien difficile de faire rigoureusement la part d'influence qui revient à cha-

cune d'elles. Cette observation, très générale, s'applique surtout aux hémorrhoïdes; mais il y a un point de leur histoire pathologique sur lequel on ne saurait conserver des doutes, je veux parler de l'influence exercée par la position droite sur les tumeurs hémorrhoïdales déjà produites ; cette position amène une congestion de la partie inférieure du rectum , détermine une tension douloureuse de ces tumeurs lorsqu'elles sont sorties de l'anus, et les sujets hémorrhoïdaires savent, par expérience, que le meilleur moyen de remédier à cet accident consiste à prendre et à garder la position horizontale.

M. Guérin, de Vannes, a consacré un article de sa thèse à faire ressortir l'utilité de la position élevée, après l'application de certains appareils destinés au traitement des fractures et spécialement des appareils dextrinés.

Les principes généraux, que nous avons rappelés cidessus, font aisément comprendre le mode d'action de la position élevée dans ce cas particulier, et nous dispensent d'insister plus longuement sur ce point.

§ II. Héinorrhagies.

Ce n'est pas seulement dans les congestions sanguines que la position, et' par conséquent la pesanteur, exerce son action ; certains flux sanguins et même do véritables hémorrhagies sont influencés par celte cause d'une manière évidente. La plupart des femmes ont remarqué que la position droite accélère l'écoulement menstruel, dont elle augmente d'ailleurs l'abondance ; la môme remarque a élé faite relativement aux hémor-

rhagies utérines, quelle que soit d'ailleurs leur cause ; qu'elles tiennent à la présence d'un polype, d'une dégénérescence cancéreuse, d'ulcérations, etc. Les pertes de sang déterminées par une affection de l'anus, du rectum, de la vessie, de l'urètre, en un mot, des organes qui occupent la partie inférieure du tronc, sont dans le même cas. Dans les hémorrhagies dont la source se trouve aux membres inférieurs, l'influence de la pesanteur n'est pas moins évidente; aussi la position horizontale est-elle recommandée comme un des meilleurs moyens de traitement que l'on puisse alors employer.

Dans les pertes utérines très abondantes, M. Piorry ne se borne pas à prescrire la position horizontale, il veut que la malade soit placée dans son lit de manière que le bassin soit plus élevé que l'abdomen et la partie supérieure du tronc. Ce moyen est sans doute rationnel, mais on doit convenir qu'il n'est pas d'une application possible, et qu'il peut môme présenter des inconvénients sérieux, quand la position doit être longtemps conservée.

Pour terminer ce qui est relatif à l'influence de la position dans les hémorrhagies , disons un mot de la méthode hémostatique proposée par M. Négrier, contre l'épistaxis. On sait que ce médecin conseille, pour arrêter cette hémorrhagie , de boucher la narine d'où le sang s'écoule et d'élever fortement le membre thoracique du côté correspondant. Voici comment il explique l'effet de cette position : le bras étant élevé, le cœur éprouve une résistance plus grande que dans l'état normal pour faire arriver jusqu'à la main la colonne de sang artériel qu'il lance dans le

membre; la force dépensée pour vaincre ce surcroît de résistance se trouvant en moins du côté de l'impulsion dans la carotide, il en résulte que le sang aborde vers la tête avec moins de violence , et qu'il a moins de tendance à s'échapper par les vaisseaux de la membrane pituitaire. Cette explication, que M. Négrier donne d'ailleurs avec toute la réserve que l'on pouvait attendre d'un esprit aussi éclairé, nous paraît plus que contestable , et comme d'ailleurs le moyen échoue souvent , nous pensons, jusqu'à ce que des faits plus nombreux et plus probants que ceux que nous possédons aujourd'hui aient été produits , que l'on pourra conserver des doutes sur la part que la position indiquée a pu prendre à la. production du phénomène dans les cas où elle a paru réussir.

§ III. Phlegmasies.

Les idées que nous venons d'exposer sur la congestion sanguine étant admises , la théorie pouvait faire prévoir l'influence considérable que la position exerce sur les phlegmasies. Il était rationnel, en effet, de penser qu'un état pathologique dans lequel la congestion joue un rôle aussi important, doit être puissamment modifié par la pesanteur. C'est ce que l'expérience journalière nous démontre; sans parler delà pneumonie hypostatique des vieillards ou des sujets débilités, que l'on tient longtemps dans le décubitus dorsal, nous voyons dans une foule d'affections de nature inflammatoire, l'érysipèle, le phlegmon simple et diffus, le panaris, la phlébite, l'angioleucite, les brûlures, l'inflammation des mamelles, dans lorchite, l'adénite, la inétrite, les phlegmasies arti-

culaires , etc., etc., la position exercer une action manifeste.

Dans quelques phlegmasies légères, la position suffit quelquefois pour enrayer rapidement, pour faire avorter, en quelque sorte, le mouvement inflammatoire. L'inflammation est-elle plus intense, les effets de la position, quoique moins rapides, n'en sont pas moins appréciables.

La diminution, quelquefois même la cessation de la douleur est un des phénomènes qui se montrent le plus promptement. C'est ce que Ton observe lorsque l'on maintient, dans une position élevée, la main d'un malade affecté de panaris ; c'est ce que l'on voit également lorsque, dans le cas d'orchite, on relève fortement les bourses, de manière à tenir le testicule au-dessus de l'anneau inguinal. Nous sommes loin de prétendre que, dans ce cas, la déplétion des vaisseaux soit le seul élément dont il faille tenir compte dans l'appréciation du phénomène que nous venons de signaler ; il ne faut pas perdre de vue que l'on fait cesser, par la position élevée, la traction douloureuse exercée par le testicule sur le cordon. Nous aurons, d'ailleurs, occasion de revenir sur ce sujet lorsque nous traiterons de l'action de la pesanteur sur les organes.

La tuméfaction, ainsi que nous l'avons dit, ne cède pas aussi rapidement que la douleur à l'influence de la position, cependant la diminution dans le volume des parties engorgées est un phénomène constant. C'est ce que nous allons démontrer par quelques exemples.

M. Marc Dupuy, qui a étudié, sous la direction de M. le professeur Gerdy, cette décroissance des parties

enflammées, a cherché à préciser d'une manière exacte la rapidité avec laquelle ce phénomène se produit. C'est ainsi que, chez une malade, atteinte d'un phlegmon de la jambe (IIP observation) , il a pu constater que le membre malade, qui avait 39 centimètres de circonférence, n'en offrait plus que 3/l, après avoir été placé pendant quinze heures dans une position élevée. Sur d'autres malades, le même auteur a observé une diminution également rapide, et, si elle n'a pas été aussi considérable, c'est que la tuméfaction était moins grande.

La diminution de volume de la tumeur est encore manifeste dans les phlegmasies à marche chronique; cependant elle s'y fait avec plus de lenteur, ainsi que le démontrent aussi les observations rapportées par M. Marc Dupuy. Celte différence dans les résultats s'explique facilement, si l'on songe que, dans ce dernier cas, ce n'est plus seulement à une congestion phlegmasique qu'on a à affaire, mais, en outre, à une hypertrophie des tissus qui se sont transformés à la longue en s'assimilant la matière plastique infiltrée dans leurs aréoles. 4»

La rougeur, la chaleur de la partie malade tendent aussi à décroître d'une manière évidente sous l'influence d'une position élevée.

D'après ce que nous venons de dire de l'influence de la position sur chacun des symptômes principaux de l'inflammation, est-il besoin d'ajouter que la position élevée exerce, sur le mode de terminaison des phlegmasies, une action des plus favorables ?

Par un antagonisme facile à concevoir, la position déclive produit autant de mal qu'avait pu en prévenir

Ja position opposée. Non seulement elle aggrave les affections phlegmasiques, mais encore elle peut les produire. Nous ne saurions mieux faire, pour présenter ces deux faits dans leur véritable jour, que de citer les passages suivants, empruntés au Traité de chirurgie pratique de M. le professeur Gerdy.

« La situation d'une partie aggrave tellement les lésions physiques les plus légères , les contusions , les écorchures , les piqûres d'aiguilles, d'épingles, de lancettes au pli du bras , aux doigts , aux veines des malléoles., les coupures des cors aux pieds en les compliquant d'inflammations érysipélateuses ou phlegmo- «cuses , de lymphile , de phlébite, qu'elle aggrave elle-même, lorsque les malades continuent à marcher et à se tenir debout, que nous croyons rendre un immense service à la science et à l'humanité en mettant cette importante vérité dans tout son jour.

» Nous voyons à chaque instant des malades réclamer l'entrée dans nos hôpitaux pour des tuméfactions inflammatoires énormes, rouges, chaudes, luisantes, des mains ej. des pieds, assez peu douloureuses pour leur permettre encore de travailler et de marcher. Ces tuméfactions sont des érysipèles phlegmoneux commençants ou des panaris qui sont survenus quelquefois à la suite de marches forcées et le plus souvent à la suite d'une blessure légère comme celles que nous avons indiquées. Dans les cas où ces tuméfactions ne sont pas accompagnées de blessures, si le malade ne peut entrer à l'hôpital , il est possible que le phlegmon diffus, continuant à marcher, fasse de tels progrès en quelques jours, que le malade se trouve dans un état fort grave.

Vainement on le soumettra aux méthodes antiphlogistiques les plus énergiques, et parfois les plus cruelles, comme les incisions multipliées qu'on a recommandées contre ces terribles maladies, pour opposer un remède d'une activité proportionnée au mal ; on n'arrachera que très difficilement le patient aux dangers qu'il court, et on ne le sauvera souvent qu'après bien des souffrances, et aux dépens de mutilations qui le laisseront infirme pour le reste de sa vie.

» Si l'on cherche à pénétrer la cause d'affections aussi graves et aussi fréquentes, on remarquera d'abord que bien qu'il se présente aux hôpitaux au moins un aussi grand nombre de contusions à la tête et au tronc^ avec ou sans fractures du crâne et des côtes, qu'aux pieds, aux mains et aux avant-bras, le phlegmon diffus, les inflammations cutanéo-cellulaires graves se montrent rarement à la tête, au tronc et même à la partie supérieure des membres , tandis qu'ils sont très communs aux deux tiers inférieurs de ces derniers. Cependant le tissu cellulaire, dont les inflammations se terminent si souvent par suppuration, est moins abondant aux parties inférieures des membres qu'au tronc, mais les membres sont dans une direction qui est verticale et très déclive ; dans une situation basse, le sang tend toujours à les engorger par sa pesanteur, et s'y accumule très rapidement sous l'influence de la moindre blessure. »

Les considérations précédentes conduisirentM.Gerdy à modifier les théories régnantes sur le phlegmon diffus, le panaris , le mode de destruction des téguments si fréquent dans les phlegmons diffus des membres infé-

rieurs, et si rares lorsque cette affection se développe à la tête. On sait que Dupuylrcn expliquait la destruction de la peau dans le phlegmon diffus des membres par la mortification de la couche celluleuse sous-cutanée dans laquelle sont comprises les ramifications vasculaires destinées à entretenir la vie dans le derme. Si la gangrène du cuir chevelu est si rare, c'est, suivant ce chirurgien, parce que les artères de la région crânienne sont logées dans l'épaisseur du derme qui, bien qu'isolé des parties sous-jacentes , contient en lui-même ses éléments de nutrition et de vie.

j| Là où Dupuytren voyait une gangrène par défaut de nutrition, M. Gerdy reconnaît une gangrène par excès d'inflammation. Cette différence d'intensité des phénomènes inflammatoires s'explique, suivant lui, par la position, déclive pour les membres, élevée pour la tête.

§ IV. Ulcères.

L'influence de la position sur les ulcères n'est pas moins évidente que celle qu'elle exerce sur les phlegmasies ; elle intervient comme cause prédisposante d'abord , et lorsque l'ulcère est formé, elle a sur sa marche et sur son traitement une action des plus marquées. Lorsqu'un ulcère est dans une position déclive, on voit la couche de bourgeons charnus qui tapisse son fond et ses bords prendre une teinte livide, indice d'une hyposlase sanguine. Une exhalation sanieuse, sanguinolente se l'ait à sa surface; les parties voisines sont congestionnées, tendues, douloureuses; et, tant

que le malade conserve la même position, ces dispositions fâcheuses tendent à se prononcer davantage. Quelle que soit la partie affectée, tout ulcère est soumis à l'influence de la pesanteur, et présente à des degrés variables, les phénomènes que je viens d'exposer, lorsqu'il est dans une position déclive: ceux de l'utérus ne font point exception.

Le membre est-il placé de manière que l'ulcère occupe une situation élevée relativement au tronc, voici la série des phénomènes que l'on observe; ils ont été très exactement décrits par M. Marc Dupuy : Dans les premiers jours la sécrétion morbide est diminuée , elle se concrète , se dessèche à la surface de l'ulcère ; les parties circonvoisines tuméfiées se détendent; les granulations pyogéniques perdent la teinte violacée que leur donnait la déclivité , elles deviennent d'un rouge vif; la sensation de brûlure , que le malade éprouvait, est considérablement diminuée , quelquefois même entièrement supprimée. Au bout de quelques jours, on remarque sur divers points de l'ulcère une pellicule d'une finesse extrême qu'il faut respecter parce qu'elle prendra bientôt de la consistance et formera une cicatrice solide. Il est à remarquer que cette cicatrice ne se fait pas toujours en s'étendant graduellement de la circonférence au centre. Il n'est pas très rare de voir une large pellicule cicatricielle apparaître vers le milieu , quelquefois même couvrir d'emblée toute la surface de l'ulcère.

Sur les plaies, la position exerce également une influence que le chirurgien ne doit pas perdre de vue. Coque nous avons dit de la position sur les phlogmasies

et sur les ulcères, nous dispense d'entrer ici dans de plus longs détails.

§ V. Déductions thérapeutiques.

La thérapeutique se déduit directement des faits que nous venons d'exposer. Quel que soit l'organe enflammé, il faut, autant que cela sera praticable, lui donner une position telle que la circulation en retour, sur laquelle la pesanteur exerce principalement son action, trouve dans cette puissance un auxiliaire et non un obstacle.

Est-il besoin de décrire en détail la manière de placer le membre? Je ne le pense pas. Il suffit d'avoir posé le principe. Je ne suppose pas qu'un chirurgien puisse jamais être embarrassé lorsqu'il s'agira de donner à une partie enflammée la position qui lui convient le mieux.

Dans les affections des membres abdominaux , lorsque l'on est parvenu au terme de la maladie , il est bon de modifier graduellement la position du membre , de le faire passer d'abord de la position élevée à la position horizontale, et lorsqu'on le met pour la première fois dans une position déclive, de ne permettre d'abord cette position que pendant un temps assez court, jusqu'à ce que le membre ait repris , pour ainsi dire , ses habitudes physiologiques ; on prévient ainsi les récidives.

Quelques malades, auxquels on tient le membre élevé, éprouvent dans la partie enflammée une sensation très pénible de picotement, d'engourdissement, analogue à celle que produit la ligature ou la compression du tronc

artériel principal d'un membre; la douleur, produite dans cette circonstance, est quelquefois si prononcée , que l'on est obligé de renoncer momentanément à la position élevée. C'est ce que nous voyons dans une observation recueillie par M. Giraldès, et rapportée dans la thèse de M. Guérin , de Vannes. J'ai eu l'occasion d'observer le même phénomène.

Toute-puissante, pour ainsi dire, au début de l'inflammation, la position n'a plus la même influence quand la trame organique de nos tissus a été profondément modifiée, quand le tissu cellulaire est ramolli, quand la suppuration a commencé et surtout quand la gangrène est confirmée; ce n'est plus alors, comme le dit M. Gerdy, qu'un adjuvant utile.

Ce serait donner une idée très incomplète de l'influence de la position que de se borner à exposer ses effets locaux ; il ne faut pas perdre de vue qu'en entravant la marche du sang dans une partie considérable du corps telle qu'un membre abdominal, on répartit dans le reste de l'organisme la portion du sang qui était destinée à ce membre; qu'on produit ainsi une sorte de pléthore artificielle; que cette pléthore, dans certaines conditions, peut donner naissance à des accidents qu'il est bon de prévoir, et de rapporter à leur véritable origine; c'est ainsi que chez des sujets, d'ailleurs prédisposés, on a pu observer des congestions céphaliques et pulmonaires, des hémoptysies, des épistaxis , etc. , accidents qui disparaissent promptement dès que l'on rend aux membres leur position naturelle.

Avant de terminer ce qui est relatif à l'influence de la position sur le sang contenu dans les vaisseaux

ao

capillaires, et par conséquent sur les congestions sanguines, disons un mot des névralgies. L'expérience a, en effet, appris que les sujets atteints de ces maladies, éprouvent par le fait d'une position déclive de la partie souffrante, une exacerbation notable dans leur douleur ; on peut se demander si la congestion qui se produit dans le névrilème n'est point la cause de ce phénomène, s'il n'y aurait pas dans ce cas quelquecbose d'analogue à ce qui se passe lorsque l'on fail naître la douleur en mettant une partie enflammée dans une position déclive. Dans les conditions physiologiques, un nerf ne serait certainement point impressionné par cette circonstance, mais un état pathologique étant donné, on peut présumer que la congestion exercera sur lui une influence ; on comprend, d'ailleurs, qu'une semblable proposition n'est point susceptible de démon stration.

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