CHAPITRE V
Influence des Saisons sur la production ,
de Chaleur.
Dans les régions où la température subit de grandes variations dans le cours de l'année , l'homme et les vertébrés à sang chaud , lorsqu'ils ont une constitution appropriée au climat, ne laissent pas d'y vivre avec ce sentiment de bien-* être et de force qui constitue la santé.
Tout ce que nous remarquons bien en nousmêmes dans la diversité des saisons , c'est la différence des sensations qui résultent des changemens dans les conditions extérieures. Si nous bornons là nos observations, nous n€ trouvons rien d'étonnant dans la facilité avec laquelle nous subissons l'influence des saisons opposées; car il est de l'essence de notre être d'éprouver une variété de sensations compatibles avec la longue durée de la vie ; et si elle dépendait d'un degré déterminé de température , elle serait aussi passagère que cette température même. Il est donc de toute nécessité que nous puissions nous accommoder de températures diverses. Si , dans les commencemens d'une saison, nous éprouvons une impression désagréable de la chaleur et du froid, elle s'ef-
CHAPITBB V. a53
face bientôt, et nous l'attribuons à une propriété de la sensibilité en vertu de laquelle les affections vives s'émoussent par la répétition même de l'impression. C'est ce que nous appelons l'-cffet de l'habitude. Ainsi , le sentiment et la réflexion concourent à nous persuader, lorsque nous jouissons d'ufce santé parfaite , que nous n'éprouvons d'autre changement essentiel , . dans le cours des saisons , que dans le degré de notre sensibilité. Ainsi rien de plus naturel que de penser que nous ayons tout expliqué lorsque nous disons que nous supportons les diverses températures des saisons , hors lés cas extrêmes, toujours nuisibles à l'économie, parce nous nous y accoutumons; et d autant mieux lorsqu'on passe, comme dans les climats tempérés , par des nuances insensibles aux limites* opposées de chaleur et de froid, condition la plus favorable aux effets de l'habitude.
Cependant , il est un phénomène relatif à l'état du corps, pendant les diverses saisons, qu'on ne sa\irait expliquer par l'habitude, parce que c'est on état physique qui doit dépendre d'autres conditions physiques dans l'économie, quelle que soit leur cause première. C'est la température du corps dans le cours de l'année. Avant qu'il y eût des moyens exacts pour la déterminer, on n'ignorait pas qu'elle est très-haute en hiver, et bien supérieure à celle des corps environnans; mais <m devait croire qu'elle s'élevait successivement
454 QUATRIÈME fAfiftE?
avec la chaleur extérieure pour revenir ensuite avec le déclin de Tannée à son point de départ.
Aussi n'y eut-il aucun phénomène de chaleur découvert par l'application du thermomètre qui excitât plus d'étonnement que la constance de la température de l'homme et des animaux des classes supérieures. L'explication en resta long-temps hypothétique, jusqu'à ce qu'on eut découvert un nouvel ordre de faits. Dès qu'on reconnut dans la formation des vapeurs une cause physique de refroidissement , on se servit de ce principe pour se rendre compte de cette uniformité de la chaleur animale. La transpiration devient plus grande à mesure que la chaleur de l'air s'accroît ; la forma-» tion plus abondante de vapeurs enlève plus de chaleur au corps ; et de la compensation entre cette source de refroidissement et l'élévation de la chaleur extérieure pouvait résulter l'égalité de la température du corps.
Cette cause influe sans doute pour tempérer la chaleur; nous en donnerons les preuves fondées sur l'expérience dans un autre endroit de cet ouvrage; mais elle est insuffisante; et, sans nous arrêter ici & la démontrer par des faits relatifs à la transpiration , nous ferons voir qu'il y a un autre élément très-important qui entre dans la solution de la question.
En attribuant & la transpiration le pouvoir de régler la température , on suppose nécessairement