QUATRIEME PARTIE, CHAPITRE XV TK
est de longue durée elle sera mortelle; dans quel* ques cas elle peut être utile , si elle est de courte durée. Lorsqu'un animal est plongé sous l'eau, à la température de 4o° * ses mouvemens sont beaucoup plus énergiques , mais trains nombreux qu a des températures inférieures. Il est donc des circonstances où la chaleur peut être appliquée momentanément pour exciter les mouvemens de la poitrine. L'immersion d'une grande partie du corps dans de Peau chaude est souvent un moyen efficace pour ranimer un enfant qui vient de naître •sans donner de signes de vie. Dès que le mouvement est produit, ou qu'il tarde à se manifester, il faut renoncer à une méthode dont l'usage, plus prolongé1, deviendrait funeste»
Nous devons , d'après tout ce qui précède y envisager l'influence vivifiante de l'air, celle qui appartient exclusivement à ce fluide, sous deui points de vue, son action directe sur le système nerveux par le contact; son action sur le sang par les changemens qu'il y opère. De même la vitalité des individus peut être modifiée par une foule d'autres causes qui agissent immédiatement, soi* sur le système nerveux , soit sur le sang. Un grand nombre de faits dans cet ouvrage donnent des exemples de l'un et de l'autre mode. Je ne me sois pks proposé d'entrer dans toute la série d'actions qui amènent ces changemens; mais de déterminer quelques-unes des conditions dans lesquelles changemens s'opèrent»
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De t Electricité (i).
L'iufluencb du fluide électrique dans les opérations de la nature se manifeste aujourd'hui d'une manière si éclatante, qu'il est presque impossible de la contester désormais. La matière n'éprouve presque aucune modification, quelque faible qu'on puisse la supposer, sans! qu'il en résulte un mouvement électrique plus ou moins considérable. On se trouve donc réduit à une alternative dans laquelle on restera peut-être encore pendant quelques années , et dont les découvertes récentes permettent de prévoir le terme. Ou bien l'on admettra, conjointement avec un grand nombre d'hommes célèbres, que les phénomènes dont nous sommes témoins sont véritablement produits par le fluide électrique, et dans ce cas, ce serait en lui que nous devrions placer la force universelle qui préside aux opérations de la nature. Ou bien nous pourrons admettre seulement qu'il existe des modifications dans l'état électrique des corps dès l'instant qu'ils éprouvent les altérations même les plus légères. Dans ce dernier cas, les mouvement électriques ne devront plus, être envisagés comme
(0 Voyçz Unir o duc lion.
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cause , et l'on se bornerait à les considérer comme des effets propres à nous indiquer des modifications de la matière que les autres réactifs laisseraient inaperçues. Quoi qu'il en soit de l'opinion à laquelle on voudra s'arrêter, il n'en est pas moins certain, d'après ce que nous Tenons d'exposer, que le fluide électrique mérite toute notre attention, et qu'il doit jouer dans les phénomènes delà vie un rôle fort important, soit comme effet, soit peut-être comme cause.
Mais avant de nous engager dans une discussion aussi délicate, nous devons définir, autant qu'il est possible , la nature dé l'être dont nous voulons étudier les modifications.
Pour le plus grand nombre des physiciens, il existe deux fluides électriques dont il est facile de démontrer la présence. En effet, si l'on frotte un bâton de cire, ou d'une matière résineuse quel* conque , sur un morceau de drap sec , il acquiert diverses propriétés qui doivent être attribuées à la présence du fluide résineux ou négatif. Si Ton emploie au contraire un tube de verre , et qu'on le soumette à la même opération, on verra qu'il se charge d'un, fluide doué de propriétés analogues, mçis qu'il est cependant facile de caractériser spécifiquement : c'est le fluide vitré ou positif. Quelques principes simples vont nous montrer maintenant comment on peut concevoir le* propriétés par lesquelles ces deux êtres se semblent, et celles qui servent à les dUtingi
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L'un fct fautre sont impondérables, et il existe dans les molécules des fluides de même nom une propriété répulsive remarquable par son intensité; enfin les fluides de nom contraire s'attirent avec une énergie que les physiciens se sont occupés de mesurer.
Dans les cas dont nous avons parlé jusqu'à présent, le fluide électrique offre toujours une tendance singulière à se porter à la surface des corps, et lorsqu'il y est accumulé , Ton ne peut l'enlever qu'au moyen de certains arrangemens qui metteiri cette surface en rapport avec le globe terrestre, ^h appelle conducteurs les corps qui jouissent de la propriété d'offrir un écoulement facile à la matière électrique, et l'on désigne par celui de cohibens ceux qui lui refusent le passage. Dans le but de cet ouvrage, il suffira de rappeler ici que les métaux sont les meilleurs conducteurs connus, que le tissu nerveux rivalise avec eux en énergie , et qu'enfin les dissolutions acides, alcalines, salines, et l'eau elle-même, occupent le dernier rang. Les oxides métalliques sont, au contraire , des conducteurs fort imparfaits, et présentent au plus haut degré la propriété cohibente lorsqu'ils ont été vitrifiés. D'après cela nous concevrons aisément qu'un corps chargé d'une espèce d'électricité quelconque attirera tous ceux qui posséderont l'électricité de nom contraire, et repoussera ceux qui seront doués de l'électricité de même nom. C'est là précisément le caractère que les physiciens emploient pour re-
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connaître dans un corps la présence de l'électricité libre, ainsi que sa nature.
On pourrait également démontrer qu'au moyen de l'analyse rigoureuse des faits on peut se passer de l'un de ces fluides, et que tous les phénomènes s'expliquent en admettant qu'il n'existe réellement que l'électricité vitreuse. Dans cette supposition , un corps chargé d'électricité vitrée posséderait un excès de ce fluide unique, et celui qui manifeste les propriétés que l'on attribue à la présence de l'électricité résineuse se trouverait, au contraire, privé d'une pBfcion plus ou moins considérable de son fluide naturel. Dès-lors toutes les modifications que les corps éprouvent relativement à leur état électrique deviennent des propriétés de relation comparables et analogues à celles que nous offre la distribution du calorique , et les rapports bien connus de la température.
Quoi qu'il en soit de ces deux opinions , également propres à classer les phénomènes qu'on a pu constater jusqu'ici , nous nous en tiendrons à la première, plus généralement adoptée, et qui d'ailleurs , par la forme du langage , se trouve presque toujours forcée d'exprimer les faits par les mêmes mots que l'on serait obligé d'employer si l'on donnait la préférence à l'autre.
Uji corps chargé d'électricité présente uu état particulier que l'on désigne sous le nom de tension électrique, soit positive, soit négative, ce qui de* pciid de la nature du corps d'une part, et de Tau*
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tre des conditions auxquelles il a été soumis. Ainsi que nous l'avons déjà fait entendre, les circonstances les plus légères suffisent pour attribuer à ki matière l'un de ces deux états. Si l'on met, par exemple, en contact deux corps hétérogènes, l'un se charge instantanément d'une certaine quantité de fluide négatif, et l'autre prend aussitôt le fluide positif correspondant. C'est à cette propriété remarquable, fécondée par le génie de Volta, que nous devons l'immortel instrument qui porte son nom. La pile voltaïque n'est en effet qu'un système composé de pièces métalliques qui présentent cette condition. 11 ne nous conviendrait pas d'entrer ici dans les détails d'une construction qui ne laisse pas d'être compliquée , et nous nous bornerons à présenter dans sa plus grande simplicité le fait fondamental sur lequel elle repose. Qu'on prenne deyx lames, l'une de zinc et l'autre de cuivre ; qu'on les soude bout à bout à l'une de leurs extrémités , et elles se trouveront par cela même placées dans des conditions qui doivent amener des tensions électriques différentes dans chacune d'elles. Le zinc prendra l'électricité positive, le cuivre se chargera de l'autre, et Ton pourra facilement en accuser la présence dans les deux cas, au moyen des électroscopes que la physique possède. La tension qui résulte de ce contact est subite; à l'instant même oit on vient de la détruire, elle se reproduit au même degré , et cette faculté persiste tant qu'on ne détruit pas le rap-
536 appekwx,
port intime des deux métaux. Plongeons maintenant dans un liquide conducteur les extrémités des deux lames que nous ayons laissées en liberté ; les fluides positif et négatif Tiendront se neutraliser au travers du liquide; et comme la tension se re* nouvelle sans cesse, il s'établira nécessairement lin courant continuel,
Cette nouvelle modification de l'électricité possède des propriétés particulières qui ont eu déjà la plus grande influence dans l'étude des sciences naturelles, et qui doivent bientôt en reculer singulièrement les limites. Elles peuvent pourtant se rattacher toutes à deux lois principales découvertes par Af* Ampère. Deux courans qui vont dans le même sens s'attirent , et lorsqu'ils vont en sens contraire ils se repoussent, C'est au moyen d'une telle influence que cet illustre physicien est par-* venu à démontrer l'identité tJes fluides électrique et magnétique, Il suffit , en effet , de supposer dans l'aimant des courans circulaires , disposés obliquement à la direction de son axe , pour expliquer à la fois tous les effets observés jadis entre deux aimaps , tous ceux que M. OErstedt a découverts entre le courant électrique et l'aimant lui-même, et ceux enfin qui résultent de l'action des aimans sur le courant électrique dont nous devons la connaissance à MM. Ampère, Àrago et Faraday «
Ces deux conditions sous lesquelles le fluide électriqi^e peut s'offrir diffèrent , comme on voit , \ bieai^coup 4'égardst et doivent, par conséquent,
amener des résultats Tartes. £11 effet, la tension électrique se manifeste principalement à la surface des corps ; le courant électrique se propage au contraire au travers de ses molécules avec uniformité, sans offrir aucune espèce de préférence. L'on sera moins étonné de cette dissemblance si Ton se rappelle que la tension électrique résulte de l'accumulation d'une seule espèce d'électricité à l'état de repos, tandis que le courant provient du mouvement continu des deux électricités en sens contraire. Cette dernière circonstance donne lieu à certains phénomènes qui ont produit la révolution chimiquedont nous avons été témoins. Lorsque le courant se propage au travers d'un corps élémentaire , celui-ci ne tarde pas à se réchauffer , et peut arriver même à l'incandescence. Si la matière au travers de laquelle s'établit le courant consiste en deux ou plusieurs élémens réunis par l'effet d'une combinaison chimique, ceux qui jouent le rôle de base se transportent à l'instant vers le corps duquel provient l'électricité négative, tandis que les autres sont amenés autour de celui qui fournit l'électricité positive,
C'est le seul exemple connu dans l'histoire de la nature d'une force, très-faible en apparence, et pourtant capable de détruire les combinaisons chimiques sans en produire de nouvelles ; car le calorique et l'électricité elle-même sous forme de tension Peuvent bien quelquefois présenter des
effets analogues; mais il faut qu'ils soient l'un et l'autre dans un état d'intensité qui né permet pas de les employer dans les explications relatives aux phénomènes bien connus des sécrétions.
Au moyen des notions que nous venons d'exposer sommairement, il ne sera pas difficile de concevoir tous les "faits que nous avons à cnuraérer. Si cependant il restait encore quelque difficulté dans l'esprit du lecteur , nous serions obligés de le renvoyer aux ouvrages de physique destinés par leur nature à approfondir un tel sujet.
Relativement à l'économie animale , les phénomènes électriques peuvent se partager en deux classes : l'une comprendra les réactions du fluide extérieur sur le corps de l'animal, et l'autre sera réservée aux influences électriques qu'il exerce sur lui-même.
Examinons, en premier lieu, les effets produits par la tension. Que l'on place un homme on un animal quelconque sur un tabouret isolant , et qu'on le mette en communication avec un corps chargé d'électricité libre : dès l'instant du contact il donnera les signes qui annoncent la présence de cette espèce d'électricité. Jusqu'à présent ou a donné peu d'attention à cet ordre de phénomènes. jNous sommes forcés d'avouer que nous connaissons peu les effets qu'une tension plus ou moins violente serait capable d'amener dans l'état physiologique de l'individu soumis à l'expérience.
Passons maintenant aux effets qui proviennent
àppendix. 55g
du passage (Tune seule espèce d'électricité au travers d'un corps conducteur interposé entre la source qui fournit le fluide et le réservoir commun dans lequel il va se perdre. Pour plus de simplicité, supposons-le d'abord homogène dans toutes ses parties ; les molécules dont il est composé tendront à se séparer , à cause de Faction répulsive qu'elles acquièrent en se chargeant d'une électricité semblable. Lorsque cette influence sera devenue suffisamment énergique, pour surmonter la force d'agrégation qui les maintenait unies, le corps qp trouvera réduit en poudre. Il en sera de même si, au lieu d'être simple, nous le supposons composé; car la tension qu'il éprouve s'oppose à la force de cohésion, et ne détruit les combinaisons chimiques que d'unemanière accidentelle. Cette propriété s'applique sans difficulté aux phénomènes connus en physiologie, et les explique d'une manière qui laisse peu de chose à désirer. En effet, que l'on fasse passer une étincelle électrique au travers d'une petite goutte de sang, et l'on verra les molécules que celui-ci renferme prendre à l'instant un aspect framboise qui indique la séparation partielle des globules élémentaires dont elles sont formées. Si l'on fait la même tentative sur un liquide qui contienne des animalcules spermàtiques ou infusoires, on observera le même effet , et ces divers êtres perdront à l'instant le mouvement spontané dont ils se trouvaient doués. Dans tous ces cas il semble que la
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désorganisation consiste simplement dans l'écar— tement forcé queprouvent les globules organiques dont le tissu se trouvait composé. Mais si Ton fait subir la même épreuve à des corps composés de divçrs tissus hétérogènes, il est manifeste que l'action la plus forte sera perçue par les portions les plus propres à transmettre le fluide électrique. Dans un animal vertébré , ce sera donc le tissu nerveux qui souffrira le plus des effets d'une commotion électrique, et si Son intensité se trouve telle que les globules qui composent les fibres nerveuses puissent en être désunies, toutes les fonctions de ce système seront à l'instant détruites, et la vie se dissipera sans retour. Tel est l'effet d'un coup de foudre , et tels sont aussi les symptômes généraux qui se manifestent dans l'homme et les animaux foudroyés. A la vérité, l'on n'a point encore fait d'expériences propres à constater la nature de la désorganisation que l'encéphale et ses dépendances ont pu subir dans de telles occasions; mais on sait fort bien que l'irritabilité musculaire disparait au moment même où la vie se trouve détruite par un choc électrique, tandis qu'elle se conserve long-temps après la mort quand celleci a été amenée par d'autres causes. Cette circonstance suffit à elle 6eule , et nous en verrons plus loin la raison , pour démontrer que l'action de l'électricité sous cette forme rend le système nerveux incapable de transmettre le fluide nerveux ou le courant électrique* qui sont les agens connus
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de l'irritabilité. L'explication la plus naturelle qui se présente à l'esprit consiste donc à supposer que les fibres nerveuses ont perdu cette propriété par la séparation survenue entre lès molécules dont elles sont formées , et par l'introduction accidentelle entre ces mêmes molécules du corps gras qui sert à isoler les fibres nerveuses les unes des autres dans l'état de santé.
Outre l'abolition complète de l'irritabilité musculaire , on observe encore dans les animaux frappés par la foudre une particularité qui se rattache également aux principes que nous avons posés. Leur sang ne se coagule pas , comme cela se remarque presque toujours après la mort; il reste, au contraire, fluide, ou ne présente du moins que des caillots rares et -peu considérables. Or, comme il semble suffisamment démontré aujourd'hui que la coagulation du sang résulte d'une attraction moléculaire entre les globules qu'il renferme, on conçoit qu'elle devient nécessairement nulle lorsque, par l'effet du passage du fluide électrique, cette attraction se change en répulsion.
Mais de ces deux résultats il semble pourtant fort probable que celui qui se rapporte au,sys- * tème nerveux joue le plus grand rôle dans ce phénomène , et que les animaux foudroyés perdent la vie en faison des désordres occasion es par la présence du fluide électrique dans le cerveau et les nerfs qui en dépendent.
11 reste encore beaucoup de recherches à faire ,
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beaucoup de notions à acquérir ayant que l'on puisse espérer de connaître dans tous ses détails l'effet qui résulte d'une quantité faible d'électricité libre accumulée dans les divers organes. Cet effet varie sans doute suivant la nature de l'organe; il varie probablement aussi d'après l'intensité de la charge électrique, et des expériences multipliées et délicates pourraient seules nous fournir une histoire satisfaisante des modifications que l'état électrique de l'atmosphère peut amener sur l'état physiologique de l'homme et des animaux qui peuplent la surface du globe.
Tels sont les divers phénomènes que Ton peut regarder comme constatés relativement à l'action qu'exercent les tensions électriques sur l'économie •animale. Mais il est un autre genre d'influence qui mérite plus d'attention encore, puisqu'il parait que c'est à lui que doivent se rapporter les réactions que le corps d'un animal est capable d'exercer sur lui-même.
La contraction musculaire avait fixé , depuis les expériences de Haller, l'attention d'un très-grand nombre d'expérimentateurs. On s'était assuré qu'on excitait des convulsions dans les muscles en pinçant le nerf qui va s'y distribuer, en le brûlant, pu bien encore en le soumettant à l'influence des acides , des alcalis , et en général des réactifs chimiques puissans. Mais tous ces phénomènes étaient accompagnés d'une désorganisation qui jusqu'alors avait semblé suffisante pour les expliquer»
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Eu 178g 9 Galvaui vint ouvrir une route nouvelle, par l'importante découverte dont les conséquences ont produit une révolution si remarquable dans les sciences chimiques et physiques. Il observa par hasard qu'un arc métallique composé de deux métaux hétérogènes placé en rapport, d'une pAt avec les muscles, et de l'autre avec les nerfs, produit instantanément des «contractions du système musculaire compris dans ce circuit. Il saisit habilement cette donrfée et parvint à la généraliser avec beaucoup de sagacité. L'explication physique du fait n'a pourtant été fournie que par Volta , qui parvint à démontrer que deux corps conducteurs en contact se chargent d'électricités de nom contraire. Cette analyse délicate d'un fait que rien ne pouvait faire supçonncr jusqu'alors, nous fournit une explication très-claire du phénomène observé par Galvani. Deux métaux hétérogènes en contact prennent chacun des électricités de nom contraire, et lorsqu'on vient à les réunir par un troisième corps capable de transmettre le fluide électrique , il s'établit dans son intérieur un courant dû à la neutralisation du fluide qui s'est rassemblé dans les métaux. C'est ce courant qui détermine la convulsion des muscles lorsque c'est le nerf d'un muscle qui sert de conducteur, et la sensation lorsqu'on fait usage d'un nerf qui va se distribuer dans l'encéphale.
Prenons en ce moment les convulsions des mus-
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cles et les perceptions cérébrales comme tin fiiit 9 sans nous embarrasser des causes qui les amènent, et nous dirons que toutes les fois que les nerfs sont compris dans un arc composé de deux substances hétérogènes, pourvu qu'elles soient conductrices , il en résultera les effets que nous venons de décrire. Cette donnée ifous suffira pour comprendre, et les expériences de Galvani, et celles non moins remarquables que Ton trouve consignées dans un ouvrage plus ancien , intitulé Théorie du plaisir, et composé par Sultzer. Deux plaques métalliques hétérogènes , l'une d'argent ou de cuivre, l'autre de zinc, par exemple, que Ton place sur les deux surfaces opposées de la langue et que Ton met en contact en dehors, produisent à l'instant une sensation particulière , distincte du goût des métaux , et qui peut se comparer au genre de saveur que nous appelons styptique.
Dans plusieurs cas même cette sensation se répand jusqu'aux organes voisins, et les yeux perçoivent au même moment une espèce d'éclair lorsqu'on les ferme ou qu'on se place dans un endroit obscur.
Ce» expériences , qu'il serait très-facile de multiplier et de varier, nous fournissent une preuve claire de l'émihente faculté conductrice des nerfs dans leur état physiologique , et nous prouvent en même temps que le passage de l'électricité dans leurs extrémités les plus déliées peut produire le mou-
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vément lorsqu'il est question d'un muscle, et la sensation lorsqu'il s'agit du cerveau.
Examinons de plus près chacune de ses propriétés! et nous verrons à quel ordre de phénomènes il est aujourd'hui permis He les rapporter.
Il est bien connu des physiologistes que l'intégrité de la branche nerveuse qui se rend dans le muscle, et la libre circulation du sang au travers des vaisseaux qui s'y distribuent, doivent être considérées comme les conditions nécessaires de la faculté contractile.
Nous trouvons dans un inuscle divers élémens organiques dont il importe de fixer, par expérience, l'usage et la nécessité relativement au phénomène qui nous occupe. Ce sont les fibres musculaires elles-mêmes , le tissu cellulaire qui les réunit , les tendons auxquels elles vont aboutir, outre les vaisseaux artériels, veineux, lymphatiques , et le nerf, qui viennent s'y distribuer. Établissons en premier lieu, dans les limites que nos moyens actuels d'observation nous imposent, quels sont les rapports que l'on remarque dans la situation relative de ces diverses parties , en pretuftit la fibre musculaire pour point de départ. Tous les anatomistes savent que les muscles présentent une grande analogie chez les animaux dans lesquels on peut les observer avec une netteté suffisante. Ce sont des faisceaux de fibres molles, flexibles, peu résistantes et de longueur très-variable. Un tissu cellulaire d'une grande finesse
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les unit entre elles , et leurs extrémités se perdent dans la masse commune, ou bien vont se fixer sur les tendons qui forment le moyen d'union entre le muscle et les parties qu'il est destiné à mouvoir. La manière dont ces fibres se groupent est fort variée, ce qu'on peut prévoir en réfléchissant à la diversité des fonctions que les muscles ont à remplir ; mais l'élément musculaire paraît strictement le même dans tous les cas. Sa couleur est blanche comme celle de la fibrine retirée du sang ; et si, chez les animaux à sang chaud, elle parait rouge , on doit l'attribuer uniquement au liquide qui le baigne : quelques injections d'eau le démontrent sans réplique. Afin d'éviter des répétitions ou des longueurs , nous subdiviserons la fibre musculaire en trois ordres, Lesfibres tertiaires seront pour nous ces filamens musculaires qu'on rencontre en fendant- le muscle dans le sens de sa longueur : nous appellerons Secondaires celles qu'on obtient parla subdivision des précédentes : elles sont fort bien déterminées /en ce qu'il est impossible de les soumettre à aucune altération mécanique sans arriver à la fibre primaire > que les travaux de M. Home , les nôtres et ceux de M.Henri Edwards ont fait connaître d'une manière très-satisfaisante. 11 serait trop long de discuter ici les opinions des anciens anatomistes sur ce point. H nous suffira de poser en fait qu'aucune de leurs recherches expérimentales n'implique contradiction avec les résultats publiés par M. H.
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Edwards. On sait qu'il a trouvé la fibre élémentaire identique dans tous les animaux et dans tous les âges , et formée , dans tous les cas , d'une série de globules de même diamètre. C'est de la réunion d'un faisceau de pareils chapelets que résultent les fibres secondaires , et celles-ci méritent toute notre attention , en ce que les mouvemens de la contraction s'opèrent par leur moyen. Lorsqu'on les examine avec un grossissement de trois cents diamètres , elles se montrent souvent sous une forme très-particulière qui v serait susceptible d'induire en erreur sur leur véritable composition. On les voit comme des cylindres barrés en travers par un nombre considérable de petites lignes sinueuses placées à la distance régulière d'un trois centième de millimètre. Cet aspect paraît dû à la gaine membraneuse dont ils sont revêtus , et on ne le retrouve pas dans les fibres secondaires qui ont été fendues ou déchirées. Il disparaît également sous certaines conditions d'éclairement , et l'on arrive à la véritable structure musculaire. La fibre secondaire se montre alors , comme l'a fort bien vue M. Edwards , et parait composée d'un très-grand nombre de petits filets élémentaires placés parallèlement ou à-peu-près, et de même forme que ceux dont M. .Home a signalé l'existence. Si Ton prend un muscle assez mince pour être examiné par transparence, sans qu'il soit nécessaire de le diviser , on voit qu'il est produit par la réunion d'un certain nombre de fibres secon-
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daires placées quelquefois sans ordre Tune cAtéde l'autre dans une situation parallèle ou à-peu-près, et souvent groupées de manière à produire les faisceaux musculaires qu'on remarque dans les muscles épais. Tout cet échafaudage est maintenu par un tissu cellulaire adipeux, et sillonné en divers sens par les vaisseaux et les nerfs , qui semblent parcourir le muscle sans avoir avec lui des liaisons faciles à observer. Nous ne pourrions pas eu ce moment faire l'histoire de la circulation propre à ces organes sans sortir de notre sujet , et nous nous bornerons à observer que , s'il existe une communication matérielle entre les masses musculaires et les vaisseaux sanguins , cela ne peut se concevoir que dans la supposition d'une imbibition au travers des parois vase ula ires. Le passage des artères aux veines se trace aisément , et ne présente point la division excessive qui serait indispensable à la nutrition de l'organe, si elle se passait réellement comme on l'imagine en général.
Considérons maintenant ces faisceaux musculaires, sans nous occuper des organes accessoires , et examinons-les avec un grossissement très faible, pour éviter toutes les objections qu'on peut faire à l'emploi du microscope : nous n'y verrons qu'une certaine quantité de fibres parallèles, droites si le muscle est en tepos , très-flexibles et disposées de telle sorte qu'elles puissent changer facilement de position relative au moindre veraent du muscle.
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Lorsque cette apparence est devenue familière h l'œil, on se trouve dans les conditions convenables pour apprécier les changemens qui s'opèrent au moment de la contraction. A cet effet, nous prenons un muscle frais et mince, le fascia* lata de la grenouille , par exemple , ou bien encore le muscle sterno-pubien du même animal. Nous le transportons sous le microscope et nous le soumettons à l'influence galvanique, au ihoyen d'un petit arrangement fort simple qui se trouve suffisamment décrit dans notre Essai sur les animalcules spermatiques. Dès l'instant où le courant est établi le muscle se contracte et nous offre le spectacle le plus remarquable. Les fibres parallèles qui le composent se fléchissent tout-à-coup en zigzag, et présentent un grand nombre d'ondulations régulières. Si le courant se trouve interrompu, l'organe reprend sa première apparence*, et se fléchit de nouveau lorsqu'on le rétablit. Il est même facile, lorsqu'on rencontre un muscle fort et irritable, de répéter l'expérience un grand nombre de fois. En général cependant on est obligé de le renouveler après deux ou trois essais.
La précision etl'instantanéitéde ces changemens font de ce phénomène un des plus curieux de la physiologie. En l'examinant avec* attention , on ne tarde pas à s'apercevoir d'une circonstance importante, c'est que les flexions ont lieu dans des points déterminés et ne changent pas de position, ce qui semblerait indiquer que c'est un rapprochement
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occasioné par l'attraction momentanée de ces mêmes points entre eux. D'ailleurs il ne survient aucune autre altération , et l'on peut assurer que la seule circonstance appréciable de la contraction Consiste en cette disposition angulaire de la fibre.
Dans tous les muscles on retrouve la même propriété : les animaux à sang chaud l'offrent aussi bien que ceux à sang froid; les oiseaux comme les mammifères. On l'aperçoit aussi sans peine dans les muscles de l'estomac, des intestins, du coeur, de la vessie, de la matrice , etc.
On rémarque à la surface des fibres secondaires et à la partie interne du coude qu'elles forment, lorsqu'elles sont contractées , des rides ou plis dus évidemment à la courbure forcée à laquelle ils se trouvent soumis. Cette apparence est souvent trèsprononcée , dans d'autres circonstances elle le semble moins. Ceci provient uniquement de l'énergie de la contraction. Lorsqu'elle est faible, l'angle se trouve obtus , et la fibre n'éprouve pas une flexion suffisante pour donner naissance à ces rides; mais si l'angle devient plus aigu, la partie intérieure du faisceau doit nécessairement être comprimée, et forme ainsi de petits bourrelets bien prononcés. Il est même probable que cette cause limite l'énergie des contractions , et ne leur permet pas de dépasser un certain angle. Du moins est-il bien certain que, dans les muscles de la locomotion, nous n'avons jamais pu produire des contractions assez fortes pour que les angles de la
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fibre fussent de cinquante degrés ou au-dessous, même en augmentant beaucoup l'intensité du courant galvanique» C'est ce qu'on aura peu de peine à concevoir, si l'on réfléchit aux conditions de structure que nous avons développées.
Il semble pourtant que les muscles intestinaux font exception à cette règle, et leurs fibres se montrent souvent sous des angles plus aigus. Mais, d'un côté, les sommets des angles sont sensiblement plus distans entre eux que dans les autres muscles , et de l'autre leurs fibres secondaires sont plus minces et étalées sur un large champ. On conçoit qu'elles se trouvent par là dans une situation tout-à-fait particulière, et que chaque fibre se contracte, pour ainsi dire, indépendamment des voisines et pour son propre compte, sans être gênée par les faisceaux environnans.
Après avoir saisi les phénomènes qpe nous venons de décrire, il était essentiel d'en déterminer toutes les conditions. Il était possible que la fibre musculaire fût soumise à d'autres changemens matériels que ceux dont nous avions eu la perception par ce procédé , et nous avons compris que > dans cette supposition , elle devait éprouver une variation de volume. En effet, ou bien on la considère comme un cordon solide dont les extrémités se rapprochent parce qu'il passe de la direction rectiligne à une forme sinueuse , et , dans ce cas , le volume doit rester le même ; ou bien on admet ; îles conditions que nous n'aurions pu apprécier v
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et comme un corps ne saurait subir d'altération que dan§ sa forme ou dans son volume , ce dernier caractère était le seul dont la valeur pût varier. Nous avons mis toute notre attention à déterminer cette donnée du problême, et nous avons trouvé, dans les écrits de quelques physiciens, des démonstrations très-précises, qu'il a suffi de soumettre à une vérification convenable. D'anciens anatomistes, entre lesquels Ton remarque Borelli, avaient cru que le volume du muscle éprouvait une augmentation sensible au moment où il vient à *se contracter. Cette opinion , qui n'était basée sur aucune mesure, fut renversée par Glisson. Celui-ci faisait plonger dans un baquet rempli d'eau le bras d'un homme dans l'état de repos , et croyait apercevoir un abaissement de niveau dès l'instant où les muscles entraient enjeu. On a lieu d'être surpris aujourd'hui qu'on ait pu se contenter pendant long-temps , dans l'enseignement public, d'une expérience aussi grossière. Elle a été répétée avec plus de soin par M. Carlisle, et ce savant est arrivé constamment à des résultats opposés. Un homme enfonçait son bras jusqu'au deltoïde dans un cylindre dont l'entrée avait àpeu-près la circonférence du bras près de l'épaule. Ce vase communiquait avec un tube mince et gradue, disposé verticalement. L'appareil était rempli d'eau , et sa partie ouverte se lutait sur le bras: de manière que, lorsqu'il se contractait i à un signal donné , la variation de volume devait s'indi-
quer toute entière sur la colonne d'eau renfermée dans le petit tube gradué, et se mesurer par son mouvement. Il la vit monter dans tous les cas , et en conclut naturellement que le volume d'un muscle augmente lorsqu'il passe du relâchement à la contraction. Des observateurs plus judicieux ont cependant senti que ces résultats étaient illusoires, puisqu'on n'y tenait aucun compte des altérations survenues dans la peau et le tissu cellulaire sous-cutané, qui doit être plus ou moins comprimé par l'effort des masses musculaires. Ils ont donc cherché à dégager l'expérience de cette cause d'erreur. M. Blanc suivit un procédé analogue à celui de M. Carlisle; mais il eut le bon esprit de se servir d'une masse musculaire compacte , et plaça dans le vase un tronçon d'anguille , qu'il stimulait au moyen d'une tige métallique acérée. Cette méthode, déjà bieri plus correcte, ne lui ayant montré aucune altération dans le niveau du liquide, il en déduisit l'égalité du volume sous les deux états du muscle. Mais avant lui, et sans qu'il en eût connaissance, M. Barzoletti, par une expérience bien plus élégante, était parvenu de son côté précisément à la même conclusion. 11 suspendait dans un flacon la partie postérieure d'une grenouille , remplissait celui-ci d'eau, et le fermait avec un bouchon traversé par un tube étroit et gradué. Il forçait alors le muscle à se contracter, au moyen d'une excitation galvanique, et, dans aucun cas , il ne put observer de variation
554 ÀPHBNDIX.
dans la colonne que le tube contenait. Nous n'avions, pour ainsi dire, rien à ajouter à ce résultat, qui se présente dégagé de toute objection plausible. Nous ayons désiré toutefois lui donner un degré de certitude plus positif encore.
L'appareil que nous avons employé ne diffère pas , quant aux principales conditions, de celui de M. Barzoletti ; mais nous ayons mis dans le flacon des masses musculaires plus considérables, afin de multiplier l'effet dû à la variation de volume présumée ou possible. Nous n'avons pas aperçu de trouble dans le niveau du petit tube, et nous en avons conclu , comme MM. Blanc et Barzoletti, que si le muscle éprouvait quelque changement de cette espèce, il devait être bien faible.
Les expériences que nous venons de rapporter suffisaient à nous démontrer que le muscle n'éprouvait pas d'altération , si ce n'est dans la direction de ses fibres. Cette incertitude donnant une grande importance à l'examen des sinuosités qu'elles décrivent, nous avons fait quelques tentatives à ce sujet. Il est évident que nous pouvons considérer la fibre musculaire comme étant composée d'un certain nombre de petites lignes droites susceptibles de s'incliner l'une sur l'autre sous des incidences variées , ce qui rend très-aisée la solution de tous leurs mouvemens. Nous avons dd nous occuper en premier lieu de la détermination précise de ta longueur de ces petites lignes.
APPEHDIX.
Sur un des muscles de la cuisse d'une grenouille, placé soiis le microscope et contracté par le moyen de la pile, nous ayons relevé en divers endroits les lignes brisées ci- dessus, que nous avons soigneusement comparées aux sinuosités naturelles , en nous servant des deux yeux , comme dans beaucoup d'occasions qui se sont présentées dans les recherches que renferment nos mémoires précédens. Nous avons ensuite complété les triangles au moyen des lignes ponctuées et pris les mesures que nous allons rapporter.
556 AtoBKDIX.
ToUl...~— i3o
06—10 car— 16
c/i—io «^— 16
mf — 10 £? — 4a
•m— 10 T-"^ m/— xi
Ai — 10 ik — ii A/-n
ff — 12 *f — II
tu— ia iw— 12 vx— io,5 */— m
Total.* •••—172,5
Si nous supposons que les 16 lignes comprises dans ce tableau forment une série , nous aurons 172,5 pour la distance des points aetjr lorsque la fibre est droite, et i3o seulement pour le cas où elle est contractée. Ceci nous indique un raccourcissement de o,23 dans une telle fibre.
Mais nous pouvions nous assurer directement de la vérité de ce fait , en prenant le même mus* cle et le mesurant avec soin dans les deux états, de relâchement et de contraction. À cet effet, dès l'instant où on l'avait enlevé du corps de ranimai, il, était placé sous le microscope pour s'assurer que ses fibres étaient bien droites , et on déterminait sa longueur au moyen d'un compas ; il
iPPBNDII. " 557
suffisait de le stimuler ensuite par le courant d'une pile faible , et de prendre une nouvelle mesure dans cet état.
Muscle relâché a5 id. ao
id. ao
contracté
I7mB
id.
id.
id.
La diminution de longueur dans cette série était donc de 0,27 , tandis que par la méthode indiquée ci-dessus nous l'avions trouvée de o,a5. Il est évident que des expériences de ce genre ne peuvent fournir des rapports plus rapprochés. Il est donc permis de conclure que la flexion de la fibre représente bien réellement la quantité dont elle s'est raccourcie , <:e qui prouve que le changement qu'elle a subi porte sur sa direction seulement.
Cette considération est d'autant plus importante que beaucoup de faits vulgairement connus nous démontrent évidemment l'élasticité de la fibre, et l'on pouvait avoir quelque raison de penser que cette propriété se trouvait intéressée dans le phénomène de la contraction. Nous allons exposer ici ce que nous savons de précis sur ce sujet. Le muscle vivant, abandonné à lui-même, prend toujours l'élat régulier sous lequel nous l'avons soumis à l'examen; mais lorsqu'on fixe ses deux extrémités et qu'on éloigne les points d'attache,
558 àppejs ix.
la fibre s'allonge en vertu de son élasticité, comme l'ont prouvé d'anciens expérimentateurs qui ont cherché à déterminer la valeur du poids nécessaire pour amener sa rupture. Il est évident que cette action est de nature qpposée à celle qui produit la contraction et qu'elle doit la contrarier dans ses effets ; du moins sommes-nous autorisés h le penser d'après les expériences suivantes. Nous avons pris des grenouilles femelles peu de temps avant la ponte. Leur abdomen était fort distendu par les œufs, et les muscles sterno-pubiens avaient dû se prêter par leur allongement à cette augmentation de volume. Nous les avons isolés du tissu cellulaire et de la paroi de l'abdomen ; nous avons déterminé leur longueur, puis nous avons coupe une de leurs extrémités. A l'ins^nt même ils ont éprouvé un raccourcissement notable; mais en les examinant au microscope , on a pu s'assurer que -ce phénomène n'était accompagné d'aucune flexion de la fibre, et qu'il différait par conséquent de la contraction. Soumis ensuite à l'influence galvanique, les mêmes muscles diminuaient de nouveau de longueur, en présentant les sinuosités ordinaires. Nous donnerons ici les rapports numériques qui expriment les conditions de ces deux phénomènes.
Muacle en place 4^**
id. coupé 34*"
id. contracté aa1
id. 4g
id. 36
id. a5
id. 5i
id. 3j
id. V}
APfENDIX. 559
Ces nombres sont entre eux , à bien peu de chose près, comme 3o— -20— i5j ce qui signifie, en d'autres termes , qu'un muscle dont les contractions fortes équivalent à un quart de sa longueur seulement peut être amené, au moyen d'une traction continue, à la distension exprimée par le rapport de 2 : 5 , sans éprouver d'altération dans sa faculté contractile.
En raisonnant sur ce fait, il se présente à l'esprit une vue qui lève en grande partie, ou, pour mieux dire, qui détruit tout-à-fait l'objection qu'on pourrait tirer de certains cas de contractions extraordinaires , difficiles en apparence à concevoir dans notre théorie. En effet, l'estomac, les intestins, la vessie, nous offrent des variations de volume presque incroyables; et, quoique leur disposition musculaire soit telle qu'il est facile d'expliquer pourquoi leur faculté contractile produit des résultats bien plus énergiques que ceux dont nous avons mesuré l'intensité dans les muscles de la locomotion , il n'en est pas moins vrai qu'on se trouverait toujours au-dessous de la réalité si l'élasticité de leurs fibres ne jouait un grand rôle dans ce phénomène.- L'explication des faits devient fort aisée si l'on fait usage des deux principes suivans : i°. Les muscles sont élastiques, par conséquent susceptibles de s'allonger sous l'influence d'un tiraillement exercé dans leur point d'attache. 20. Leur faculté contractile peut agir dans tous les cas; ipais elle augmente probablement en énergie & mesure
56o ÀPPESDiX.
qu'on se rapproche davantage de l'état naturel au muscle. Il résulte en effet de ces deux propriétés que l'estomac et l'intestin , par exemple , peuvent être distendus par la présence des matières alimentaires , de façon à se présenter ivec un volume beaucoup plus considérable que celui qu'ils offrent dans l'état de vacuité. Si, dans de telles circonstances , ont fait agir sur eux un stimulus quelconque , ils éprouveront des contractions successives, qui chasseront peu à peu les corps étrangers renfermés dans leur cavité , et ils finiront ainsi par atteindre leur point de repos. Leurs fibres musculaires étaient droites pendant qu'ils étaient distendus, elles le sont encore sous ce dernier état. Une circonstance particulière favorise beaucoup cette faculté d'extension. Les fibres secondaires de ces muscles sont fort minces et trèslongues. Elles sont disposées à-peu-près sur le même plan , et réunies au moyen d'un tissu cellulaire fort lâche. Ces diverses conditions leur permettent de se séparer facilement; elles le font effectivement lorsqu'on tiraille l'organe, et, si Ton pousse trop loin cette épreuve, la rupture se manifeste toujours entre leurs intervalles.
La contraction de ces organes diffère donc entièrement de celle des muscles de la locomotion. Ceux-ci sont fixçs d'une manière invariable à leurs extrémités, et ne peuvent éprouver qu'une seule contraction , ou biep , s'ils en éprouvent un certain nombre , elles sont alternatives, et ramènent
4H>fcfti>tiu £6*
toujours l'organe au même point. Dans les appareils abdominaux , au. contraire > c'est au moyen d'une série de contractions que les muscles par-* viennent à retrouver leur point de repos , et cha^ cane d'elles est employée à faire équilibre à une fraction de la force qui les distende
Examinons maintenant quelles sont les liaisons qui existent entre les phénomènes que nous venons de passer en revue et le système nerveux* Avant de traiter la question sous un point de vue particulier, nous serons obligés de rappeler quelques données générales bien connues des physiologistes» Dans l'état habituel de l'existence animale, les contractions s'effectuent dans les muscles au moyen d'une- influence quelconque exereée sur eux par l'encéphale; mais, dans certaines circonstances accidentelles, on peut arriver au même résultat après, avoir supprimé toute communication avec cette partie, et l'on substitue alors une action étrangère à celle que l'organe- musculaire recevait antérieurement du cerveau ; et , pour ne pas entrer dans des détails inutiles, nous rappellerons ici comme des vérités suffisamment connues que le muscle se contracte : i°. lorsque son nerf communique librement avec l'encéphale et qu'il existe dans cet organe la volonté de produire une contraction; 2°. lorsqu'on pince le nerf après avoir &I>oli ses rapports avec le cerveau ; 3°. lorsqu'on Je fait traverser par le courant d'une pile galva- »ique; 4°* lorsqu'on le touche avec des réactifs
56a AFPEivmx.
chimiques actifs , tels que les acides minéraux coucentres, leschlorures'd'antimoine, debismuth,etc.; 5°. lorsqu'on le met en contact avec un corps chaud. H s'agit d'examiner tous ces cas particuliers ayec attention , et de s'assurer s'il n'existe pas entre eux. quelque condition de ressemblance qui nous permette de les réunir an moyen d'une seule expression ; et comme il est bien évident que la présence du cerveau n'est point nécessaire à l'exercice de la faculté contractile , nous allons en faire abstraction toui de suite , et passer à l'étude des contractions déterminées au moyen de la pile.
Les expériences nombreuses et variées que (on a tentées peuvent toutes se ramener aisément aux deux principes suivans : si l'on met . un des pôles d'une pile galvanique eu contact avec le nerf, et l'autre en rapport avec le muscle, ce dernier éprouve des contractions. Il en est de même si Ton fait passer le courant dans une portion du nerf seulement, sans que le muscle y soit intéresse. Nous reviendrons plus bas sur la seconde proposition , et nous nous bornerons ponr le moment & faire usage de la première. L'expérience qu elle représente consiste donc à conduire un courant galvanique au travers du nerf et du muscle; et pour nous former une idée nette de la marche de ce 'fluide , il est nécessaire d'étudier de plus près les rapports qui existent entre ces deux organes. Nous '^connaissons déjà là structure du muscle ; il nous reste à mettre en évidence l'organisation du nerf et sa distribution.
AfPHfbix* 565
Les nerfs présentent , à l'œil nu , une appa* rence satinée , dont Fontana a donné le pronier une histoire complète et exacte. Elle«st très-nette, surtout dans ceu* du chat , du lapin , du cochon d'Inde» de la grenouille,. etc. Lorsqu'on les examine avec un grossissement de i o à 1 5 diamètres seulement, on voit alors sur leur surface des bandes alternativement blanches et obscures, qui simulent , dans beaucoup de cas , d'une manière frappante , les contours d'une spirale serrée qui serait située sous le névrilème. Nous avions cru même pendant long-temps que leur organisation était telle, et ce n'est que par une suite d'expériences variées , contradictoires à cette opinion , que nous nous sommes déterminés à la soumettre à un nouvel examen. Nous avons pu nous convaincre alors que cette apparence , comme celle des tissus tendineux ,' était due à un petit plissement des fi-*bres du névrilème, qui perd sa transparence dans certaines parties et la conserve dans lés autres* Celles qui sont devenues opaques réfléchissent toute la lumière qui arrive sur leur suriace; les antres la laissent au contraire passer en quantité suffisante pour éclairer les corps colorés qu'on place sous le nerf. Dès qu'on essaie de tirailler celui-ci , toute cette apparence s'évanouit , et si l'an fend le névrilème , on ne trouve rien qui la rappelle. Elle ne mériterait donc aucune attention si elle ne présentait un critérium très-sûr pour reconnaître les petits filets nerveux et les rendra
feciles h distinguer des vaisseaux sanguins on lymphatiques. Mais lorsqu'on prend un nerf, et qu'après* avoir divisé longitudinalement son névrilème, on ctale sous l'eau la matière pulpeuse intérieure , on la trouve composée d'un très-grand nombre de petits filamens parallèles , égaui en grosseur, et qui semblent continus dans toute U longueur du nerf; du moins ne les voit-on jamais se diviser ni se réunir , quelle que soit la partie * qu'on examine. Ces filamens sont plats et composés dequatre fibres élémentaires disposées à-peuprèfe sur le même plan , ce qui leur donne l'aspect de rubans. Celles-ci sont elles-mêmes formées de globules comme k l'ordinaire, et présentent une circonstance remarquable, en ce que les deux extérieures sont celles qui se distinguent le mieux. «Les séries moyennes ne se laissent voir que de temps» en temps, sans doute parce que*la pression qu'elles éprouvent fait disparaître la ligne qui dessine les globules dont elles sont composées. L* nombre de ces fibres nerveuses secondaires est très- Considérable, ainsi que le montre le calcul suivant, quand bien même on se refuserait à regarder les donnée» de l'observation comme rigoureuses. Sap* posons que chaque fibre nerveuse élémentaire betiupe dans la section du nerf un trois-centième de millimètre carré , nous en aurons quatre-vingt* dix mille pour chaque millimètre carré. Mais nous savons que les fibres nerveuses secondaires renferment quatre fibres élémentaires : il detn
àppetoix. 565
donc s'en trouver vingt-deux mille cinq cents dans le même espace 9 ou bien environ seize mille, pour un nerf cylindrique de un millimètre de diamètre , tel que le crural de la grenouille , par exemple.
Si Ton examine un nerf à son entrée dans le muscle , et qu'on le suive attentivement, on le verra se ramifier d'abord d'une manière peu régulière en apparence , si ce n'est toutefois qu'on s'apercevra d'une tendance marquée dans les rameaux à se diriger perpendiculairement aux fibres musculaires, Cette observation peut se faire aisément sur tous les muselés , ceux du bœuf, du chat , etc. ; mais elle exige dans ce cas des précautions d'éclairement qui la rendent pénible et fatigante. Il est au contraire très-aisé de là répéter sur les muscles minces de la grenouille , dont nous ayons déjà fait si souvent usage, et elle n'est alors •accompagnée d'aucune fatigue, à cause de leur transparence qui permet de les observer par trans» •mission. Après avoir ainsi poursuivi l'une dés branches nerveuses aussi loin que le permettent l'observation à l'œil nu et celle qu'on peut faire à l'aide d'une loupe , il devient aisé de fixer le point auquel on a été forcé de s'arrêter, et de continuer l'examen en s'armant de grossissemens plus forts. Il peut se présenter deux cas : le premier est celui où le nerf se dirige parallèlement -aux fibres , le second est celui où sa marche les . coupe à angle droit. Dans l'un et l'autre , il montre , .an moyen d'un grossissement de- deux ou trois
566 mxwwx.
cents diamètres ,' un aspect tout .particulier , qui ne permet pas de le confondre avec aucune autre partie du muscle. En effet, à mesure que le nerf arrive ainsi à ses dernières ramifications, il s'élargit, et ses fibres secondaires se séparent, s'étalent précisément comme dans le cas où il a été dépouillé de son névrilème. Ce petit tronc nerveux offre alors l'aspect d'une nappe fibreuse , dont on Toit se séparer de temps à autre quelques filets qui se jettent dans le muscle perpendiculairement / à ses propres fibres. Mais ici il arrive plusieurs circonstances possibles qui mènent toutes au même résultat , bien qu'elles soient fort différentes entre elles* Tantôt ce sont deux troncs nerveux parallèles aux fibres du muscle, qui cheminent à quelque distance l'un de l'autre, et se transmettent mutuellement de petits filets qu'on voit passer au travers de l'espace musculaire qui les sépare, en le coupant \ angle droit. Tantôt le tronc nerveux est déjà lui-même perpendiculaire aux fibres du muscle , et les filets qu'il fournits'épanouissentenconservantcette direction, parcourent l'organe, et reviennent sur eux-mêmes en forme d'anse* Mais, dans tous les cas, on observe deux conditions qui paraissent constantes : la première , c'est que les extrêmes ramifications nerveuses se dirigent parallèlement entre eHes et perpendiculairement aux fibres du muscle ; la seconde, c'est qu'elles retournent dans le tronc qui les a fournies, ou bien qu'elles vont s'anastom*
ÀPFKNDIX. 567
dans un tronc voisin. Mais, dans tons les cas, il paraît bien certain qu'elles n'ont pas de terminaison , et que leurs rapports sont les mêmes que ceux des vaisseaux sanguins. Ce résultat est lç premier de ce genre, et, jusqu'à présent, aucune considération anatomique ou physiologique n'avait porté à le soupçonner. Nous verrons pourtant plus* tard avec quelle facilité il se lie à des laits d'un autre ordre.
Que l'on fesse passer maintenant uu courant galvanique au travers d'un muscle examiné dq cette manière , et l'on verra que les sommet» de» angles Correspondent précisément an passage det ces petits fikatoen» nerveux. On conçoit qu'avant d'admettre ce fait, nous Fa vans soumis à toutes les vérifications qu'il nousa étéposiible d'imaginer, et ce n'est qu'après avoir répété et varié nos expériences à l'infini , que nous avons cru pouvoir l'adopter. Toutes les préparations né réussissent pas; mais on trouve dans les muscles délicats de la mâchoire inférieure de la grenouille les meit* leurs échantillons qu'on puisse désirer.
Il devient donc très- probable que ce sont les nerfs qui se rapprochent et déterminent ainsi la phénomène de la contraction. Maintenant , quelle est la cause qui les force à s'avancer l'un vers l'autre ? C'est ce que la nature des ageus physiques propres à réveiller l'irritabilité musculaire temhle avoir voulu nous indiquer d'avaibce* Il est impossible de méconnaître ici l'application de la beUe '
loi découverte par M. Ampère , et <il nous reste seulement à chercher jusqu'à quel point elle est applicable. Si deux courans s'attirent lorsqu'ils yont dans le même sens, il suffira de supposer que le nerf transmet le fluide galvanique plus aisément et en quantité plus considérable que la matière nnusculaire elle-même , ce qui est bien d'accord avec l'expérience , pour se former une idée nette du phénomène dont nous nous occupons. En effet, si nous interposons un muscle entre les pôles d'une pile , il se trouvera traversé par le fluide, mais d'une manière inégale , à cause de la meilleure faculté conductrice du nerf. Les rameaux de celuici se trouvant parallèles entre eux , et placés à de très-petites distances , s'attireront réciproquement, et détermineront ainsi la flexion de la fibre et le raccourcissement du muscle.
En admettant la réalité de cette opinion , on concevra facilement que le muscle vivant se trouve être un véritable galvanomètre , et la petite distance qui sépare les branches conductrices d'une part , et leur ténuité de l'autre , concourent k lui donner une sensibilité extraordinaire. Nous allons maintenant le considérer sous ce point de vue » et comparer les phénomènes de la contraction musculaire avec les expériences électro-motrices dont la physique s'est enrichie dans ces derniers temps.
Tout le monde connaît les belles expériences laites par Tes physiciens italiens sur les contractions produites parle contact des matières hétérogènes,
A*PEirDix. 56g
et Ton a, plus que jamais, aujourd'hui de bonnes données pour assurer qu'elles sont dues au passage d'un petit courant galvanique. Mais, au milieu de tous ces résultats on remarque celui queM. de Humboldt a si bien constaté , et dans lequel les contractions se manifestent au moment où la communication entre le nerf et le muscle se trouve établie au moyen d'un arc métallique homogène. On l'explique généralement en supposant que le mé- -tal et le muscle se mettent dans des états électriques contraires , et que lfc neutralisation des deux fluides ^s'opère au travers du nerf. Voici ce que l'expérience prouve.
Si l'on adapte aux deux bouts des branches du galvanomètre de Schweigger des lames de platine semblables, que l'on fixe autour de l'une d'elles une masse musculaire de quelques onces, récemment enlevée d'un animal vivant, et qu'on •les plonge alors dans du sang ou de l'eau légèrement salée, l'aiguille aimantée se déviera et le courant ira du métal au muscle.
Il parait donc que la manière de voir qu'on -avait adoptée est d'accord avec l'expérience, et nous pouvions regarder cette méthode comme un excellent moyen de comparaison entre le galvanomètre de Sehweigger et la grenouille. En effet , si -nous armons les muscles et les nerfs de l'animal avec des portions du fil qui ferme le galvanomètre, et qu'on amène ensuite les deux bouts de l'appareil ««u contact des armatures , les contractions seront
5?0 ÀPPEUD1X.
vives et fréquentes. L'aiguille aimantée ne changera pourtant pas de situation dans le plus grand nombre des cas ; et si quelquefois on croit apercevoir des oscillations légères, elles ne servent qu'à prouver encore mieux le défaut de sensibilité de l'instrument.
D'ailtairs, l'animal perçoit avec force tous les courans que le galvanomètre indique lui-même. L'action d'un métal incandescent sur un meta} froid, celle d'un alcali sur un acide, celle de deux fils oxidables plongés dans un acide d'une manière inégale, toutes sont vivement signalées par la grenouille. Cependant il est bien certain que si l'on ne possédait pas le galvanomètre , il serait impossible d'êffrir une analyse exacte de ces divers phénomènes ,, puisque la grenouille n'indique pas le sens du courant.
Nous voyons bien, dans tout ce qui précède, l'efficacité du fluide électrique pour amener les contractions musculaires, et nous savons, par d'autres expériences, qu'il est indispensable que ce fluide soit en mouvement. Que l'on approche en effet une grenouille préparée et isolée du plateau chargé d'un électropbore , les nerft seront attirés vivement comme tous les corps légers, la grenouille donnera des signes très-prononcés d'électricité libre ; mais, las contractions ne se manifesteront qu'au moment ou l'on tirera i étincelle. Ainsi , toutes les fois que le courant galvanique traverse un muscle vivant, les contractions de cet
A*PEM>IX. Sj I
organe accusent son passage. Il s'agit maintenant de montrer que dans tous le cas au les contractions se produisent, il existe aussi un développement d'électricité. Ha lier et ses disciples employaient comme excitans l'acide sulfurique ou, nitrique concentrés, le chlorure d'antimoine, ksi métaux rouges de feu, enfin la pression ou la piqire, qui sont évidemment deux phénomènes identiques. Nous allons examiner toutes ces conditions d'irritabilité.
. Adaptons à cet effet deux filsde platine identiques aux extrémités des branches du galvanomètre ; plongeons l'un d'eux dans les muscles de la grenouille, et touchons les nerfs de l'animal avec Vautre, après l'avoir chauffé au rouge; les contractions seront vives et la déviation de l'aiguille très-sensible. Ces deux phénomènes se reproduiront, mais avec moins d'intensité, Si le métal rouge est porté sur les muscles..
Substituons maintenant & l'un de ces fils une coupe d* platine remplie d'acide nitrique, et fixons à l'autre un fragment de nerf, ou de muscle, ou de cerveau : à chaque contact l'aiguille sera déviée et le courant ira de l'acide à là «ratière astimale. On obtiendra des effets analogues au moyen du chlorure d'dntimeine.
Quant à la pression, On à la piqûre, qui n'en est qu'une? modification ? nous n'avons pu, dans ce genre d'expériences, accuser l'électricité qu'elles doivent exciter; mais les belles découvertes de
57* JkPPENDïX.
M. Becquerel ne laissent aucune incertitude sur ce point; et les difficultés que nous avons éprouvées tiennent à des conditions qui rendent nécessaires des modifications dans l'appareil.
D'ailleurs, nous savions , par d'autres essais entrepris dans le courant de l'hiver dernier , que, par La pression la plus légère, deux matières animales vivantes se constituent dans des états électriques contraires. Il suffit que deux personnes isolées se touchent la main pour qu'elles se retirent du contact avee un excès d'électricité libre suffisant pour dévier4 Pélectroscope de Coulomb.
Il est bon de remarquer que la plupart de ces -effets ne sont point liés à l'état de vie ; mais il est bien évident que lorsque la mort a frappé les organes qu'on soumet à ce genre d'action, la faculté conductrice des nerfs a pu être modifiée essentiellement. Il est même possible que ce soit là la seule condition qui détermine l'irritabilité des muscles, sans quoi l'on aurait peine à concevoir pourquoi le courant galvanique, par exemple , ne produirait pas toujours le rapprochement de leurs branches nerveuses. Mais l'arrangement des tissus est si délicat que lorsque la matière abandonnée à ellemême se trotave soustraite à la puissance qui l'avait organisée, elle doit perdre en peu [de temps les propriétés dont elle avait été douée.
On pourrait craindre que cette hypothèse ne fût point susceptible de se prêter à toutes les circonstances de la contraction ; mais au -moyen des
ÀPPEKDIX. 57$
résultats consignés dans notre Mémoire, cette notion peut s'obtenir avec une grande facilité. En effet y nous avons (ait usage d'un grossissement de 45 diamètres, et lions avons trouvé 172,5 millimètres pour la longueur d'une fibre musculaire susceptible de fournir huit angles de flexion. En supposant les côtés de ces angles égaux entre eux , supposition conforme à l'expérience , comme nous l'avons prouvé dans notre Mémoire , nous trou~
MB* mm* ■■• mm»
Yons^- = 3,83, et ^=0,^4; nous avons donc 0,24 pour la longueur de chacun des côtés. Prenons-en deux, et, complétant le triangle, nous en formerons un triangle isocèle , dans lequel le côté opposé à l'angle de flexion exprimera la distance réelle des extrémités de la fibre ainsi fléchie, fine s'agit donc que de connaître la valeur dé l'angle de flexion , et d'en déduire celle de ce côté. Prenons d'abord le cas fourni par l'expérience , et nous aurons un angle sensiblement droit, puis* que ceux que nous avons déterminés plus haut varient entre 80 et 1 io°. Au moyen de ces données, on trouve o,34 pour la longueur du côté
opposé; l'expérience avait fourni ^ =2,88, et
ém. mm.
— = o,36. La différence 9 comme on voit, n'est p£$ sensiÛe pour des déterminations de cette espèce.
Nous joignons ici un tableau destiné à montrer Jes raccourcisseraens correspondant à des angles donnés.
5«74 àPPENOTX.
Longueur 4ea 4«m Ait* {ni foratot l'taglft. n» Minnff >■■■■■!
Angle, 90° côlé opposa, o,33g=: 70 o,3o
60* o,«40=a So o,5o
i5tf 0,062= i3 0,87
On voit par là que notre hypothèse peut se prêter théoriquement aux conditions les plus énergiques de la contraction musculaire; et s'il existe quelquefois des obstacles au raccourcissement du muscle , ils proviennent, comme nous l'avons dit précédemment # de la disposition mécanique de ses fibres , et non point du principe en vertu duquel elles se fléchissent.
D ailleurs, en ce qui concerne l'état d'isolement dans lequel se trouvent les fibres nerveuses , il eft produit par cette matière grasse abondante dont nous devons la connaissance aux travaux de M. Vauquelin. Elle entoure chacune des fibres, et ne permet pas au fluide électrique de passer de Tune à l'autre.
Outre cette disposition, qui a lieu dans l'intérieur du nerf , sous le névrilème, il y a toujours, autour du tronc nerveux lui-même et à l'extérieur de son enveloppe, une autre couche graisseuse, qui se montre jusque dans ses plus petites ramifications» On conçoit qu'au moyen de ces précaurtions, le fluide électrique qui est arrivé dans le nerf ne peut plus se dévier pour prendre une autrs route.
ÀPPENDJX. * 575
L^s particularités de la contraction musculaire se trouvent expliquées de la sorte au moyen d'une action mécanique entre les branches nerveuses qui se distribuent dans le muscle. Mais jusqu'ici nous ayons plutôt envisagé les effets résultant -d'une action étrangère sur l'économie animale; il nous reste à montrer que dans les appareils Organiques il se manifeste des phénomènes intérieurs des réactions d'un organe sur les organes voisins qui peuvent aussi recevoir quelque lumière si l'on fait usage des notions physiques qui nous sont connues.
Dès l'instant où la chimie a commencé à acquérir une exactitude analytique suffisante , on a soumis à l'examen la plupart des liquides qui se rencontrent dans les animaux. Nous n'entrerons pa,s ici dans le détail des matières diverses qu'on y a rencontrées ; nous nous arrêterons seulement sur quelques points de vue qui suffisent à notre objet.
Le système sanguin est rempli par un fluide dont nous avons déjà parlé sous plus d'un rapport; mais ce fluide présente une quantité de soude caustique libre assez considérable pour lui donner des propriétés alcalines manifestes. Or, la plupart des matières séparées du sang par les organes sécréteurs différent entièrement de lui sous ce rapport. Les unes, telles que la bile, la salive, sont alcalines aussi; mais elles renferment, relativement à la quantité de matière animale qu'on y trouve, une proportion de soude incontestablement
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plus considérable que celle du sang. Les autres, telles que le lait, le chyme, sont au contraire toujours acides, et doivent cette propriété à la présence des acides lactique, phosphorique, etc., qui se rencontrent aussi dans le sang , mais qui s'y trouvent neutralisés par des bases alcalines- Enfin , l'urine et la sueur, dans l'état de santé, peuvent s'offrir sous deux conditions différentes. Elles* sont généralement acides et quelquefois neutres. Ce que nous appelons sueur , dans l'acception ordinaire du mot , est toujours acide ; mais le liquide qui s'évapore continuellement de la peau présente , si on le recueille , des propriétés analogues à celles de l'eau qui accompagne l'air à sa Sortie des poumons , c'est-à-dire qu'ils ne sont ni l'un ni l'autre acides ou alcalins , et que leur analyse ne montre qu'une petite proportion de ma* tièreanimaleaccompagnéede quelques traces d'hy* dro-chlorates alcalins. L'urine est toujours acide dans Tétat de santé; mais ce caractère devient presque nul si l'individu chez lequel on l'examine a bu une grande quantité d'eau quelques beures auparavant» t
Mais il .est évident que, sans entrer ici dans les détails des variations que les diverses sécrétions peuvent nous offrir, il nous suffit d'établir qu'elles diffèrent du liquide dont elles sont extraites par leur acidité ou leur alcalinité, et que cette différence est constante*
Si nous cherchons parmi les faits connus en
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chimie une explication propre à nous satisfaire sur ce point important > nous ne tarderons pas à nous convaincre que l'action de la pile voltaïque est la seule qui puisse lui être comparée. Cet appareil est le seul qui jouisse de la faculté de séparer d'un liquide hpmogène les matières acides ou alcalines qu'il renfermait à l'état de neutralité saline. Or, comme l'action ^écrétoire est absolument telle, no us avons quelque raison de la rapporter à cet ordre d'effet.
Bien plus, c'est qu'il paraît possible d'imiter artificiellement les conditions principales des sécrétions, et de séparer du sang, au moyen de la pile , un liquide analogue au lait , et des alimens eux-mêmes une matière semblable au chyme.
Ces faits et beaucoup d'autres de même nature se trouveraient sans doute bien placés ici; mais leur intelligence exigerait des détails que la forme de cet ouvrage ne comporte pas. Il nous suffit de poser en fait que l'emploi des forces électriques explique pleinement et d'une manière satisfaisante , les propriétés qui caractérisent les diverses sécrétions. D'ailleurs, ce point de vue nous éclaire beaucoup sur leur équilibre mutuel/ et nous indique l'influence quelles peuvent exercer l'une sur l'autre. En effet , les sécrétions acides ne peuvent se manifester sans qu'il n'en résulte en même temps une sécrétion alcaline correspondante , et les causes qui augmentent ou diminuent les unes doi-
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vent aussi produire des effets analogues sur les autres.
Nous recommandons ce point de vue aux médecins , en ce qu'ils peuvent trouver dans son application des vues précieuses relativement à l'emploi de divers médicamens. Plusieurs d'entr'eux agissent trop évidemment sur les fonctions secrétaires, et en troublent trop clairement l'équilibre pour que leur action ne doive pas en grande partie être attribuée à cet effet particulier. Nous nous contenterons de citer le mercure pour la bile et la salive , les diurétiques pour les fonctions urinaires, etc.
Dans cette esquisse rapide nous n'avons pu faire entrer toutes les particularités de l'économie animale qui doivent se rapporter aux forces électriques, tous les faits qui pourraient venir à l'appui du point de vue que nous avons embrassé. Mais nous ne terminerons pas ce chapitre sans remarquer que, si le mouvement musculaire et les sécrétions peuvent être envisagés comme dus à des mouvemens électriques, la chaleur animale se trouverait par cela seul convenablement expliquée; car il est connu des physiciens que le fil conducteur s'échauffe considérablement pendant l'action de la pile, et M. de la Rive, savant professeur de chimie à Genève, a eu le premier l'heureuse idée de rapporter à la même cause les phénomènes de la chaleur animale.
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JVinsi ce puissant agent se trouverait de la sorte capable de réunir diverses fonctions de la vie sous une même loi, et nous devons espérer que l'attention des physiologistes, réveillée par les découvertes nombreuses et importantes des physiciens, excitée par la grandeur des résultats que l'on peut entrevoir déjà, ne tardera point à produire des recherches dirigées vers ce but si digne de notre curiosité.
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