AFFECTIONS GASTRO-INTESTINALES ET PALUDISME
Le paludisme a, à l’origine, l'allure d'une affection gastro-intestinale : les vomissements, la diarrhée sont constants dans les fièvres d’invasion estivo-automnales. L’on peut à ce sujet faire deux hypothèses : cet état gastro-intestinal est dû à l'infection malarienne ; ou bien l’éclosion de la malaria est la résultante de l’anergie due à uneinfection du tube digestif.
Je serais tenté de pencher pour la seconde hyÿpothèse, et mes raisons sont les suivantes :
1° La quinine, bien que très souvent administrée à haute dose, n’a pas d'action, ou a/une action très minime, sur ces élats gastro-intestinaux (fébricules continues, formes typhoïdes, etc.). Lorsque l’on n’administre pas de quinine, la fièvre garde à peu de chose près la même évolution ;
2" Ues fièvres d’invasion palustre ont une allure clinique sisgulièrement identique aux embarras gastriques (colibacilloses, typhoïdes atténuées, elc.), où le paludisme n'entre pas en jeu ;
3° Les fièvres d’invasion de la période estivoautomnale sont invariablement suivies d’un état
— 4j — saburral intense du tube digestif, qui se prolonge souvent assez longtemps ;
4° L'infection palustre contractée exceptionnellement en hiver donne le plus souvent lieu à des accès ressemblant à l'accès dit franc, sans état gastrique prolongé, L'accès intermittent du paludisme secondaire ne comporte pas cet état gastro-intestinal (à peine un ou deux vomissements alimentaires, ineonstants), et, postérieurement à l'état fébrile, il n’y a pas d'état saburral des voies digestives, tandis que cet accès peut avoir en été la même allure que la fièvre d’invasion ;
9° Quand on donne de la quinine pendant et après ces fièvres d’invasion, elles ne sont suivies que de une ou de deux légères reprises de la fièvre (accès plus ou moins frustes), tandis que si l’on ‘s'abstient de la médication quinique, les reprises de la malaria sont violentes, et ont très souvent lieu sous formes d'accès francs :
6° Les éméto-cathartiques (recommandés par la majorité des auteurs), ont une action manifeste dans ces fièvres d'invasion, et nulle dans les accès francs.
J'ai recherché si les causes habituelles de ces états gagstro-intestinaux, avaient une action sur le paludisme : .
a) J'ai souvent constaté que la morbidité palustre coïncidait avec les périodes de consommation par les troupes de denrées avariées,
Le détachement dont j'ai parlé plus haut (page 19) était resté longtemps indemne ; un mercanti grec vint
han 42 kms
s'installer à proximité, vendant des denrées de qualité douteuse,et en particulier un vin dont la moindre adultération Ctail un mouillage copieux par une eau suspecte ; habitué par mes observations antérieures à tenir un grand compte de l’hygiène alimentaire, je prévins le chef du détachement ainsi que les hommes du danger que faisait courir la consommation de ces marchandises,mais il ne fut évidemment tenu aucun compte de mes avis. Quelque temps après, j’observai plusieurs cas, avec quelques formes graves, de paludisme, et les hommes durent tous être évacués, en très peu de temps ;
b) Le rôle de l’eau me semble capital :
À la Compagnie 0/5, l’on consommait, à l’éclosion de la maladie, une eau très suspecte, puisée en terrain marécageux, non stérilisée. Je me mis en quête d’une eau meilleure et trouvai à une certaine distance, une source sortant d’un terrain plus élevé, non marécageux. La source fut convenablement aménagée et les abords soigneusement nettoyés : en quelques jours les cas graves devinrent bien plus rares.
Je pense que l’un des facteurs qui ont empêché l’éclosion du paludisme à la compagnie 5/14 qui, durant les mois de juin et d’aoutest restée tout à fait indemne de paludisme, alors qu’elle était environnée d'unités impaludées, a été le constant souci que l’on y a pris de l’eau potable, et la stérilisation bien conduite qui en était faite (procédé au permanga-