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IMPORTANCE DES POSITIONS AVANCÉES

Le 3o juillet, l'investissement de la place était complet : toutes les troupes du Kouantong avaient été refoulées dans la région fortifiée de Port- Arthur et la montagne du Loup avait été évacuée. L'ennemi commençait à y installer ses batteries.

La ligne d'investissement était sensiblement parallèle à la ligne des forts, mais en se refusant pourtant aux deux ailes par suite de l'occupation par les Russes des montagnes Ouglovaia et Takouchan, ce qui faisait ressortir immédiatement la grande importance de ces deux positions. Tant que ces montagnes seraient en la possession des détenteurs de la forteresse, il était clair en effet qu'ils domineraient la baie du Taho, celle du Pigeon et en plus toute la plaine comprise entre cette dernière baie et le front ouest. De même, jusqu'à la prise d'Ouglovaia, l'investissement de ce dernier front était impossible.

Cette grande importance tactique des deux collines était bien connue des Japonais pour qui leur prise aurait présenté non seulement l'avantage d'une poussée vers la ville, mais encore celui de pouvoir établir des batteries de siège rapprochées. Par conséquent, pour atteindre

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ces divers buts et surtout dominer l'enceinte et les ouvrages fortifiés, Tennemi devait avant tout s'emparer de ces positions avancées. Aussi commença-t-il l'attaque le 7 août, lorsqu'il eut concentré derrière la montagne du Loup une bonne partie de son armée de siège. Après de nombreux assauts, Takoucban et Siaokouchan étaient prises. Cette fois on avait tenu bon sur Ouglovaia, ce qui empêchait l'ennemi d'étendre sa ligne d'investissement à gauche. Mais la possession de^ deux premières collines lui ouvrait un nouveau champ d'action et lui permettait d'essayer des attaques brusquées sur le front nord-est.

De cette chute rapide des fortifications élevées sur les montagnes à l'esl de la place, certains ont conclu à la faillite des positions avancées. A ce nombre appartient Timtchenko Rouban, l'auteur de l'ouvrage déjà cité. Il dit que les positions avancées n'ont joué à Port-Arthur qu'un rôle secondaire et il écrit même : «... si on ajoute que les redoutes Panlong, qui étaient dans le périmètre de la place, étaient prises le 22 août, il est clair que les conceptions étaient erronées sur le rôle des positions et ouvrages avancés (^) ».

Le lieutenant-colonel von Schwarz ne partage pas cette opinion radicale et estime que, dans certains cas, les positions avancées peuvent être très utiles à l'assiégé.

Lorsqu'on fait un projet de défense, on dispose naturellement les forts sur des points ayant une importance technique particulière. Il est bien évident que si l'on a à fortifier une place en pays de plaine où tous les ouvrages auront des vues 1res étendues, la défense se concentrera sur la ligne principale qui se trouvera être celle des forts. Mais de tels cas sont rares et généralement on trouvera

(•) Cette discussion sur le rôle des positions avancées a déjà été ouverte dans la Revue du Génie (1906, t. XXJCII, p. 270), à propos d'un article du major du génie autrichien Kuchinka, où il est fait allusion à Topinion de Timtchenko Rouban.

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en avant des ouvrages de la ligne de défense des terrains découpés et accidentés. Alors selon leur situation, leur hauteur, leur facilité d'occupation, certaines des collines, montagnes ou groupes de montagnes acquerront pour le temps de siège une importance égale à celle d'un fort et cela aussi bien pour l'assiégé que pour l'assiégeant. Par économie, en temps de paix, on ne construira rien sur ces positions qualifiées d'avancées, mais pour la mobilisation il faudra y prévoir des travaux.

C'était justement le cas pour Port-Arthur où il existait un enchevêtrement de collines et de ravins tel qu'à i km des foFts, il y avait nombre de points non battus permets tant ainsi à l'adversaire d'amener ses troupes à couvert et de les concentrer dans les villées à l'abri des vues du défenseur.

Bien plus, à des distances de i,5 à 2 km des forts, se trouvaient des massifs importants tels que Takouchan, Siaokouchan, Vysokaia, Ouglovaia dominant fortement la place. Le colonel Velitchko avait projeté de les occuper par des ouvrages permanents, mais on s'en abstint par mesure d'économie et on ne s'en souvint que bien peu de temps avant le commencement du siège.

Takouchan avait un commandement important sur tous les forts et ouvrages du front est. De son sommet, on voyait: non seulement les forts, mais encore toutes leurs communications entre eux ou avec la place ; les batteries temporaires ; l'enceinte centrale ; la ville et même une partie du port et des vaisseaux qui s'y trouvaient. Elle constituait donc un excellent observatoire pour les Japonais, à tel point qu'après l'établissement de leurs obusiers de 28 cm, le réglage du tir était quelquefois effectué au deuxième coup. Enfin, elle permettait de rassembler sur les pentes nord-est des troupes et du matériel qui ne pouvaient être décelés d'aucun des ouvrages de la forteresse. Il est donc facile de comprendre les efforts de l'ennemi pour s'en emparer et l'énergie avec

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laquelle on la défendit, mais ce que l'on conçoit moins c'est l'apathie montrée pour organiser sa défense aussi bien en temps de paix qu'après la mobilisation : les hostilités avaient commencé le 8 février et ce n'est que le 19 juin qu'on pensa à y établir des retranchements pour deux compagnies et huit canons, et cela dans un sol rocheux et sous la menace immédiate de l'ennemi ; le 3o juillet, l'investissement était complet et ce n'est que le 2 août qu'on décida et qu'on ordonna au capitaine Rachevski de construire sur Takouchan et Siaokouchan deux ouvrages fermés. Cet ingénieur mena énergiquement les travaux sous une pluie de shrapnels, mais, cinq jours après, l'assaut était commencé, et, le 9 août, Takouchan était prise.

Il est bien certain que, si on avait apprécié l'importance de cette montagne à sa juste valeur et qu'on l'eût fortifiée convenablement au moment favorable, elle n'aurait été enlevée ni aussi facilement, ni aussi rapidement.

Et cependant, tandis que sur la montagne du Loup, où personne ne pouvait les gêner, les Japonais avaient terminé leurs batteries une semaine après le 3o juillet, à Takouchan elles n'étaient prêtes que dix jours plus tard, vers le 16 août. Leurs attaques brusquées avaient donc été reculées de ce laps de temps : toute journée perdue pour l'assiégeant est gagnée par son adversaire.

Après l'occupation de cette position et la construction d'un bon observatoire, la direction du tir et des colonnes assaillantes était facile et on pouvait mener les assauts du 22 août sur tout le front est en conduisant la bataille comme sur une carte.

Ainsi qu'on le sait, ces assauts amenèrent la prise des redoutes Panlong, puis l'attaque progressive de Kikouannord et d'Ehrlong. Tout cela se serait-il produit si les Russes avaient conservé Takouchan ? Certainement non ! Est-il alors possible d'affirmer que les positions avancées

sont inutiles et qu'elles ne sont qu'une occasion de dépense de force et de matériel ? Oui, si elles sont constituées par une montagne nue ! Non ! si on a pris le soin de les occuper fortement : il vaut mieux qu'il y ait de bonnes fortifications et peu de défenseurs que trop de ceux-ci et pas assez de celles-là.

L'auteur du projet de Port-Arthur avait reconnu l'importance de la position et avait proposé un ouvrage permanent. Il ne fut pas réalisé en temps de paix pour des causes diverses, mais on aurait au moins pu faire quelque chose pendant les cinq mois de la période de mobilisation et ce qui était possible dans ce laps de temps ne l'était plus en trente jours.

Ceci montre donc que l'organisation des positions avancées doit être exécutée en temps favorable.

On trouve encore une image plus frappante de l'importance de ces positions à propos de Vysokaia (colline de 2o3 m). Là, les retranchements étaient beaucoup plus développés qu'à Takouchan et Théroïque 5* régiment y résista pendant quatre mois à des attaques endiablées des Japonais qui y perdirent 20 000 hommes. Ce point unique était attaqué avec d'autant plus d'ardeur par les uns qu'il était défendu avec plus d'opiniâtreté par les autres. Aussi, le 5 décembre, quand les Russes durent se retirer, Kondratenko disait-il : « Cela, c'est le commencement de la fin. » Trois jours après en effet, ce qui restait de l'escadre reposait dans le fond de la rade intérieure, et en moins d'un mois la place tombait.

La position de la Conduite d'eau ou de l'Aqueduc, qui avait été fortifiée beaucoup plus soigneusement que les autres, tint pendant deux mois et remplit parfaitement son rôle d'avant-garde.

Une partie de Panlongchan resta longtemps aux mains des Russes et, avec la montagne de la Division, empêcha les Japonais de répéter l'habile manœuvre qui leur avait si bien réussi en i894«

Tous ces exemples monlrent bien rimportance de Toccupation de certaines positions avancées et on voit que, loin de nuire à l'organisation de la ligne principale de défense, elles la complètent plutôt. Il y aura toujours intérêt à étendre le plus loin possible la résistance de la place et à ne reculer que pied à pied.

Par suite du non-achèvement des travaux de Port-Arthur, il est bien certain que Tutilisation des positions avancées n'a pas été très efficace, mais si la place avait été terminée d'après les projets rédigés, n'eût-on pas été appelé à occuper d'autres positions que celles envisagées précédemment ?

En jetant les yeux sur une carte de la presqu'île du Kouantong, on voit de suite l'existence d'une colline importante située à 2 ou 3 km de la ligne des forts et à laquelle on a donné le nom de montagne du Loup. Derrière cette chaîne haute et escarpée s'étend une plaine de lo km où on trouve les principaux chemins d'accès dans la place. C'est par cette vallée seulement qu'on pouvait amener, à l'abri des vues, tous les accessoires du corps de siège ; c'est là aussi qu'on pouvait constituer des magasins, des entrepôts et des camps pour les troupes. Si cette montagne avait été occupée par les Russes qui y auraient établi des canons à tir rapide et à longue portée, est-ce que les Japonais auraient pu aussi facilement organiser leur ligne d'investissement ? Est-ce que la conduite du siège n'en aurait pas souffert ? Il est permis d'en douter I

Certes, dans l'état où se trouvait la place au début des hostilités, on ne pouvait songer à occuper solidement la montagne du Loup, mais si les travaux avaient été menés à bonne fin au moment voulu, on eût dû s'établir sur cette position avancée.

Tout ceci porte à croire qu'il est impossible pour la défense d'attendre paisiblement que l'ennemi vienne attaquer la ligne des forts, il faut absolument empêcher l'ad-

versaire de s'organiser, le gêner autant qu'on le pourra et retarder par cela même le resserrement de la ligne d'investissement. La défense active de la place consiste d'une façon générale dans l'organisation de la bataille sur les positions d'avant-garde, ce qui a l'avantage de relever le moral des troupes. Bien entendu, il est impossible de recommander d'occuper et de défendre chaque monticule en avant des ouvrages, mais seulement les positions qui parleur situation, leur facilité de défense, leur hauteur et leur distance des ouvrages peuvent avoir une grande influence sur la marche des opérations. Plus la position est favorable pour l'ennemi, plus il sera nécessaire de l'occuper, de la fortifier et de la défendre afin de retarder ses approches.

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