ÉTHER, CHLOROFORME, CHLORAL
Comme nous venons de le voir, la méthode des émissions sanguines régnait en souveraine à peu près absolue dans le traitement de l'éclampsie, quand une nouvelle découverte vint, dans ces dernières années, lui susciter une rivale redoutable ; nous voulons parler de la méthode anesthésique.
En 1846, Jackson trouvait la solution de l'anesthésie chirurgicale, et le 19 janvier 1847, un an après l'application de l'anesthésie aux opérations chirurgicales. Simpson, à Edimbourg, eut l'audace d'employer le premier les inhalations éthérées dans les accouchements. Le succès justifia cette audace, et dès lors, les observations ne tardèrent pas à se multiplier.
Nous empruntons à la thèse M. Fredet, la partie historique de cette question.
Huit jours après la publication de Simpson, un Français, Fournier Deschamps, faisait paraître dans la Gazette des hôpitaux, une observation d'application de forceps, chez une femme éthérisée. En Angleterre, Murphy, Lansdowne, Proteroe, Smith, Skey.
En Allemagne, Kiehl de Nuremberg, Siebold, Hammer de Manheim, Grenser de Leipsig, Haller, publièrent de nouvelles observations ; en France, P. Dubois, lisait un mémoire à l'Académie de médecine, le 23 février 1847. Au mois de mars de la même année, Stolz, à Strasbourg,
Delmas, à Montpellier, répètent les mêmes expériences que confirment celles de Cazeaux et Smith; à la clinique d'accouchements, de Chailly, de J. Roux, de Toulon, de MM. Villeneuve, Maie et Gobât.
En Amérique, Ghanning, Glarck, Puttmann, publient à leur tour d'importants travaux sur ce sujet.
Au mois de novembre, Soubeyran, en France et Liebig en Allemagne, découvrent le chloroforme et montrent sa supériorité sur l'éther.
C'est encore Simpson qui en fit le premier essai sur les femmes en travail. Accepté avec enthousiasme, il fut l'objet de travaux nombreux, de la part de Gream, de Merriman, Murphy, Stallard. En Allemagne, de Breit, Krieger, Orlowski, Sachs.
Puis viennent les publications de Bouisson, de Montpellier, de Denham, à Dublin, de Houzelot, de Meaux;la discussion de la Société de chirurgie, par Laborie, Danyau, Forget et Voillemier, 1853 ; suivie des travaux de Broca ; de Montgomery, Beatty, Rigby, Snovv, Kaufmann, en Angleterre, de Hueter, Helft, Hamer, en Allemagne ; de Salvolieri, en Italie.
Mais jusque-là fanesthésie était réservée pour les opérations obstétricales et le travail dans l'accouchement simple; à partir de cette époque l'idée vint d'appliquer le chloroforme au traitement de l'éclampsie, et en 1855 paraissent les importantes publications de Bouchacourt, Timermans, Macario, Fremineau, Liégard de Gaen, Scanzoni,'Spiegelberg, 1855, 1856. En 1857, Blot publie sa thèse de concours.
Depuis cette époque les faits se sont multipliés, et le chloroforme est entré dans la pratique journalière des accouchements,
Citons encore les noms de Snow, Kicld, J. Brown, Samson, Horand de Lyon, 1860 (mémoire qu'ilnous a été impossible de nous procurer) Braun, Wieger, Scanzoni, et les nombreuses observations recueillies dans cette thèse.
Les 1ers résultats obtenus avaient été si favorables que bientôt le chloroforme fut employé, nous dirions presque avec fureur, dans le traitement de l'éclampsie; mais bientôt des faits où il resta impuissant se montrèrent, et alors les opinions se partagèrent : les uns voulant en faire une médication héroïque dans le traitement de l'éclampsie, les autres lui faisant opposition et affirmant que le chloroforme atoujours été employé associé à d'autres agents et qu'il est impossible de croire à son efficacité.
Tandis que Richet, Gros (de Sainte-Marie-aux-Mines), Spengler Scanzoni, Braun, Spœth, Meisinger, Blot, Charrier, Frémineau, Richardson, Barrier, Macario, Wittle, Liegard, Maugenest, Fearn et Derby (Lond. med. journ.), Beatty, Kiwisch, Valleix, Scanzoni, Leuclet, Wieger, Braun, Chailly, Channing, Seyfert, se montrent partisans déclarés du chloroforme.
D'autres avec Depaul, Pajot, Tarnier, Jacquemier, Guéniot, Bailly, Desoyre, Mascarel, se montrent plus réservés, sinon tout à fait opposés, il est donc fort intéressant de chercher à se rendre compte de la valeur réelle de cet agent et c'est ce que nous allons essayer de faire d'après la somme d'observations que nous avons recueillies. Malheureusement ici, comme toujours, deux causes d'erreur viendront entacher nos statistiques, La première, déjà signalée bien des fois, c'est que, il est rare que l'on ait employé le chloroforme seul, et alors il reste à savoir quelle est l'influence des médications antérieures.
La seconde, c'est que si les observateurs publient leurs succès, il est rare qu'ils publient leurs défaites, de là une difficulté à arriver à des résultats exacts, il se produit là ce qui se passe pour l'opération césarienne en particulier.
Amestfoésiques. (Obseev.)
Les accès sont survenus :
eu .
03 cti M &
AVANT
l'accouchem.
APRÈS
l'accouchem.
Chloroforme,
Ether,
Chloral.
bo
en co
99 ter, 99 bis.
4 cas d'inhalation d'éther, 4 morts.
9 cas par chlorof., 9 gu^risons.
6 cas d'inhal. d'éther, 6 guérisons.
Ether.
Chloral en pot. ou en suppositoires.
Nous avons essayé dans notre tableau de résoudre la question et nous l'avons divisée en trois catégories :
1° Cas où la maladie n'a pas été influencée parle chloroforme ;
2e Cas où non-seulement elle n'a pas été enrayée mais où elle a continué sa marche ascendante, que cela fût dû à la maladie elle-même ou à l'influence du médicament sans qu'il soit possible de rien préciser;
3° Cas où l'administration de l'anesthésique a paru amener une diminution ou la cessation des accès.
Nous nous sommes ainsi rapproché de la division de M. le Dr Samson dans son traité du chloroforme. Ce médecin établit trois divisions:
1° Les cas où la maladie a cédé au chloroforme;
2° Ceux qu'il modère simplement;
3° Ceux dans lesquels on doit s'abstenir de l'administrer.
Le comité de la Société médico-chirurgicale de Londres a du reste établi dans un rapport que l'anesthésie peut être employée avantageusementpour combattre les convulsions dans l'éclampsie puerpérale, mais dans la majorité des cas, son usage ne suffit pas pour dispenser de l'emploi des autres moyens usités en pareil cas, tels que la saignée qu'on ne peut négliger impunément.
Cette conclusion ne simplifie pas comme on le voit la question. Voyons donc si nous pourrons à l'aide de notre tableau, arriver à un résultat plus précis.
On a donné le chloroforme de différentes façons, en potion à l'intérieur, et alors il a toujours été associé à d'autres médications. Voir l'observation de Frémineau, où il y a eu 4 ou 5 saignées, pour ne pas parler des autres médications, et ces faits sont absolument nuls, on le comprend.
En inhalations, et alors le mode d'administration a varié encore. Tantôt, les inhalations ont eu lieu au moment de l'accès et d'une façon intermittente, le traitement étant interrompu immédiatement après l'accès pour n'être repris qu'au début des autres accès. Tantôt, au contraire, le médicament employé dès le début de l'accès a été continué dans les intervalles des accès pendant un temps plus ou moins long, la femme restant toujours plongée dans un demi-sommeil anesthésique que l'on rendait seulement plus profond lorsque la menace d'un accès se faisait sentir. Il est très-important, on le comprend, de commencer par établir ces divisions, qui ont une part considérable sur les appréciations que nous pourrons porter sur cette médication.
Voyons d'abord les résultats que nous donne notre tableau sur l'influence du chloroforme sur les accès, quel que soit son mode d'administration à l'intérieur ou en inhalations. Nous essayerons ensuite de préciser davantage les faits. Les trois faits de la clinique (tableaux de Soyre ne se trouvent pas réunis à nos observations) deux cas ont été suivis de mort. Dans le troisième, l'influence a été nulle.
Nous trouvons dans notre tableau 84 cas où les anesthésiques ont été employés. Ils se décomposent ainsi :
Chloroforme 63
Ether 14
Ghloral 7
Total. ... 84
Sur 63 cas pris en bloc où le chloroforme a été administré, soit en inhalations, soit à l'intérieur, nous trouvons :