TRAITEMENT ANTIPHLOGISTIQUE
Sàigfiêes générales.
Avant de prendre nos propres relevés, voyons un peu quelles sont les opinions des auteurs. C'est de beaucoup la méthode la plus ancienne et Mauriceau, Dionis, Sauvages, Dewees, Burns, Hamilton, Chaussier, Baudelocque, et depuis P. Dubois, Cazeaux, et surtout Depaul, se sont fait les défenseurs de cette méthode qui compte parmi ses adversaires, des hommes tels que Braun Maygrier, Peterson (Lond. med. Gaz. 1844), Kiwisch, King, Blot, Sedywick, Churchill, Litzmann, Williams, Miquel [Traité des convulsions. 1823), Schwartz [Rigder Zeitt. t. II, 1850) Legroux, Thomas.
Mais même parmi ses partisans il y a des distinctions à établir. C'est ainsi que pour ne citer que les deux maîtres de cette école, tandis que M. Depaul est pour les saignées copieuses etmultipliées, M. Pajot s'exprime ainsi (Thèse de Barquissau 1871) : « Il y a encore quelques médecins français qui saignent les éclamptiques à outrance. J'ai vu cette méthode employée tant de fois sans succès que je ne la conseille pas. Ce n'est pas pourtant qu'il faille bannir complètement la saignée du traitement de l'éclampsie; chez certaines femmes robustes et pléthoriques, elle réussit. »
Tandis que M. Depaul n'hésite pas à porter les émissions sanguines générales assez loin pour faire perdre à une femme 1,500 à 2,000 gr. de sang en quelques heures, M. Pajot admet la saignée mais modérée et encore avec une certaine hésitation.
En Angleterre, tandis que Dewees veut qu'on saigne presque à chaque attaque, que Hamilton propose une saignée de trois livres, répétée au besoin, Gollins s'est élevé avec force contre cette pratique et lui oppose les brillants succès de la sienne.
J'emprunte au mémoire de Wieger les faits suivants :
Mauriceau. — Eclampsie avant l'accouchement. 17 cas.
7 saignées : 5 guérisons (obs. 3, 156, 323, 376; et 2e série, 112).
— 2 mortes (obs. 582; 2e série, 6).
3 non saignées : 3 mortes (36 a et 6 ; 2e série, 129). 7 trait, non indiq. — j guérison. — 6 mortes (obs. 86. 90, 343,
420; 2e série, 93, 146).
Eclampsie en couches. 12 cas.
9 saignées; guérisons 8, (21 a, 553, 581, 620, 670; 2e série, 26, 41 , 43*. — Morte 1 (552).
1 pas saignée. Morte 1 (21 b).
2 Traitement pas indiqué. Mortes 2 (594, 659).
Saignée ne prévenant pas les attaques : 2 (194, 331).
Obs. 91. Primipare. 7e mois; accouch. par les fesses; enfant putréfié. Céphalalgie, éblouissements , 3 saignées. 1 mois après convulsions. Mort.
Braun repousse la saignée.
Dans 11 cas il l'a employée modérée, jamais répétée.
5 fois avant l'accouchement.
2 fois avec tartre stibié ; arrêt des attaques avant l'accouchement,
2 fois, mort avant l'accouchement.
1 fois, avec tartre stibié, ricin; tamponnement guérison.
6 fois après l'accouch. sans effet. — {\ fois eclampsie en couches).
2 fois mort.
1 choléra.
1 péritonite.
1 guérison (opium).
1 attaque le lendemain de la saignée. Guérison.
Mortalité générale. — il saignées. ... 6 morts =± 54 0/0. — 33 non saignées. 9 morts — 27 0/0.
Répartie ainsi :
Eclampsie avant travail ou au début : 23 cas.
16 sans saignée : guéries, 9; mortes, 7.
7 saignées : guéries, 5; mortes, 2.
Eclampsie pendant V expulsion : 10 cas.
8 sans saignée : mort 1 ; guérisons, 7.
2 saignées : guérie, 1 mort, 1.
Eclampsie pendant délivrance et couches .11 cas.
9 sans saignée : guérisons, 7 ; mort, 2. 2 saignées : guérison, 1; mort, 1.
Lee de son côté, sur 19 cas où l'on a employé les grandes saignées cite 19 cas de mort; sur 35 cas où l'on s'est borné à des saignées modérées cite 35 cas de guérison.
L'ouverture de la temporale, la saignée du pied, de la jugulaire sont aujourd'hui abandonnées ètc'est à la saignée au pli du coude que l'on donne la préférence, la veine assez largement ouverte pour obtenir un écoulement con tinu, ce qui n'est pas toujours facile à obtenir à cause des mouvements des malades. La saignée est pratiquée à quelque période que se manifestent les convulsions , avant le travail, pendant le travail, après l'accouchement, avec cette réserve, que si la maladie survient pendant le travail ou après l'accouchement, on doit tenir compte de la sai-
gnée que produit la délivrance. M. Barquissau résume ainsi la question avec M. Bailly (Dict. de méd.) : «Toujours est- il, de l'aveu du tout de monde, que la saignée et les émissions sanguines locales ont une valeur curative réelle dans l'éclampsie; elle diminue la masse générale du sang, défluxionne les centres nerveux qui ont de la tendance à se congestionner et en olighémiant le centre bulbo-spinal amortit l'excitabilité réflexe, qui entretient l'hyperémie et de laquelle dérivent les accès convulsifs. D'après ce mode d'action, pour obtenir de bons effets de la saignée, il faut qu'elle soit large, copieuse, déplétive, et alors ses avantages se trouvent contrebalancés par de graves inconvénients, pour le présent et pour l'avenir. Pour le présent il est à craindre que poussée au delà de certaines limites la déplétion du système vasculaire ne devienne elle-même une cause d'excitation pour le bulbe et la moelle comme cela s'observe à la suite des grandes hémorrhagies dont les symptômes ultimes sont presque toujours ceux des convulsions. — Pourl'avenir, la saignée appauvrit le sang de l'éclamp tique déjà très-pauvre, plonge la malheureuse dans un état chloro anémique dont l'intensité et la persistance inspirent toujours de grandes craintes. Il en résulte que si la saignée faite avec mesure est utile à la femme pour le moment de l'accès, elle lui prépare pour l'avenir un état d'affaiblissement organique d'où il lui est souvent bien difficile de sortir. »
Braun de son côté, si opposé aux saignées, déclare que « l'expérience a établi que dans certains cas particuliers, une saignée générale modérée n'est pas malfaisante lorsqu'on la pratique sur une femme vigoureuse et pléthorique, s'il y a de violentes pulsations dans les carotides, si la face reste d'un rouge noir longtemps encore après