MÉNINGES
L'altération des méninges accompagne souvent les lésions des centres nerveux, et dans les méningites le cerveau ou la moelle sont toujours altérés dans leurs parties superficielles. Les études liistologiques ont mis hors de doute cette intime solidarité. Ces études ont également éclairé certains points fort obscurs de la méningite tuberculeuse et des tumeurs des méninges. M. Cornil, par exemple, a montré que dans la méningite qui survient aux individus tuberculeux, alors même qu'à l'œil nu il serait impossible d'apercevoir sur la pie-mère des granulations miliaires, il est toujours possible d'en découvrir au moyen du microscope et d'une préparation laite avec soin (1). M. Liouville a prouvé aussi que dans un grand nombre de cas de méningite tubercu-
(1) Cornil, Arch. phys., 1868.
leuse La pie-mère et l'arachnoïde rachidienne sont parsemées de granulations (1). Je ne parlerai dans cette section que de l'hématome de la dure-mère et de la pach y méningite interne.
L'hématome de la dure-mère et la pachymèningite
interne.
L'interprétation exacte de la nature de l'hématome de la dure-mère et de la pachymèningite interne appartient tout entière aux études hislologiques.
M. Baillarger soutint, en 1837, que le sang, dans l'hémorrhagie méningée, ne s'épanche pas entre la dure-mère et le feuillet pariétal de l'arachnoïde, dont on admettait l'existence alors, mais bien dans la cavité même de la membrane séreuse; et voici comment il explique l'enkystement du sang épanché :
Le sang s'épanche dans la grande cavité de l'arachnoïde.
Si la mort est prompte, le sang est fluide.
Si le malade ne succombe que plus tard, le sang se coagule et s'entoure d'une fausse membrane libre du côté de l'arachnoïde, adhérente à la dure-mère par sa face supérieure et par ses bords.
La fausse membrane est consécutive à l'épanche-
(1) Liouville, Bull. Soc. biol., 1870.
ment et à la formation du caillot ; d'abord librineuse, elle s'organise plus tard, et alors elle est parcourue par des vaisseaux, etc. (1).
Cette théorie de la formation de l'hématome de la dure-mère fut considérée comme lumineuse et fut universellement acceptée, jusqu'aux travaux histologiques de M. Virchow.
M. Virchow commence d'abord par déclarer que le feuillet pariétal de l'arachnoïde n'existe pas. Ensuite, il démontre que, sous l'infftience d'une phlegmasie chronique de la dure-mère, il se forme à sa face interne une végétation consécutive qui aboutit à la formation d'une membrane délicate, fort ténue et libre du côté de l'arachnoïde. Les vaisseaux de cette néo-membrane sont larges, très-minces, peu soutenus et faciles à déchirer.
Eh bien, d'après M. Virchow, c'est dans l'épaisseur de cette fausse membrane souvent composée de plusieurs feuillets superposés, ou bien entre elle et la dure-mère, que se produisent les épanchements sanguins.
M. Virchow affirme donc que, dans l'hématome de la dure-mère, l'hémorrhagie est secondaire et procède des vaisseaux d'une fausse membrane déjà formée (2).
En 1860, MM. Charcot et Vulpian. a propos d'un cas d'hémorrhagie méningée, décrivirent avec le plus grand soin l'état des vaisseaux de la fausse
(1) Baillarger, llièse. Paris, 1837.
(2) Voj>. Virchow, Tr litè cfe.s tumeur*, t. |( (,, 125.
membrane. Je reproduis cette description;, qui permet de comprendre combien doit être facile La rupture de leur paroi.
Dans le cas étudié par eux, le tissu fondamental de la fausse membrane était formé de fibrilles conjonctives mêlées à une substance finement granuleuse et amorphe, au sein de laquelle se trouvaient disséminés des noyaux larges, elliptiques, appartenant pour la plupart à des éléments fusiformes embryonnaires.
Les vaisseaux contenus dans la fausse membrane étaient nombreux, ramifiés et larges. Beaucoup atteignaient 2 à 3 millimètres de largeur.
Leur paroi, remarquable par sa faible épaisseur, était formée de deux couches ; couche interne constituée par des noyaux larges, elliptiques, à grand axe dirigé suivant l'axe du vaisseau; couche externe formée de noyaux très-étroits dirigés dans le même sens que les précédents. Dans quelques vaisseaux, entre ces deux couches, se trouvaient des noyaux transversaux musculaires, mais rarement cette couche était continue et régulière, si ce n'est dans les plus gros vaisseaux. Enfin, la paroi de quelques-uns d'entre eux était chargée de granulations graisseuses, etc. (1).
M. Lancereaux a repris à nouveau cette qnestioo, et dans son Mémoire sur les hémorrhagies méningées, il prouve, lui aussi, que la plupart des hémorrhagies sus-arachnoïdiennes sont subordonnées à l'exis-
(1) Vulinan et Cliarcot, Gaz. lœbil. , 1860.
tence d'une fausse membrane vascularisée, faiblement adhérente à Ja face interne de la dure-mère ; et, pour lui comme pour M. Virchow, comme pour tous les pathologïstes de notre époque, l'hématome de la dure-mère n;est pas autre chose, dans son principe, qu'une variété de l'inflammation de cette membrane, la pachyméningite hémorrhagique (1).
La théorie de M. Baillarger serait-elle donc détruite sans retour? Il paraît que non ; MM. Luneau et Laborde ont cherché à démontrer expérimentalement qu'elle peut fort bien s'appliquer, même encore, à quelques cas d'hématome (2); et la formation du kyste hématique sus-arachnoïdien que M. Blachez a présenté, l'an passé, à la Société de biologie, ne peut guère s'expliquer, je crois, que par cette théorie (3).
(1) Lancereaux, Arch. de méd., 1862 et 1863.
(2) Luneau, thèse. Paris, 1873.
(3) Blachez, Société de biologie, 1874.