‹ De l'influence des excitations cutanées sur la circulation et la calorificationChapitre 8 sur 9 · I. EXCITATIONS DE COURTE DUREE ET A EFFETS RAPIDES · texte numérisé non relu

I. EXCITATIONS DE COURTE DUREE ET A EFFETS RAPIDES

Les excitations cutanées constituent parfois le principal ou l'unique moyen dirigé contre certains accidents dont la disparition est due aux modifications vasculaires qu'elles produisent. Parfois les accidents que l'on aura à combattre n'auront aucune gravité, du moins immédiate, d'autres fois, au contraire, le danger sera grand et pressant et exigera une action rapide. Dans le

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premier cas il s'agira, par exemple, d'une épistaxis survenue chez une jeune fille, et l'hémorrhagie prendra fin par le simple contact d'un corps froid appliqué sur la partie supérieure de la colonne vertébrale. Parmi les cas de la seconde catégorie, on peut citer la syncope, l'asphyxie, la mort apparente, l'hémoptysie, etc. La soudaineté des accidents, leur gravité exigent une médication instantanée et c'est presque instinctivement que l'on s'adresse à la sensibilité, surtout à celle de la peau, pour obtenir, par action réflexe, le retour régulier des fonctions du cœur, des vaisseaux, des poumons, etc.

Les excitations cutanées auxquelles on a recours dans ces cas graves sont généralement très-énergiques et elles doivent l'être. Souvent, en effet, la sensibilité cutanée sera émoussée et une excitation faible ou modérée ne serait pas perçue; parfois même la sensibilité cutanée sera presque partout abolie et l'on devra porter les excitations les plus violentes dans quelques points qu'il faut bien connaître. Duchenne (de Boulogne) (1) a indiqué le mamelon comme devant être excité violemment par la faradisation pour faire disparaître l'accès d'angine de poitrine. Dans les cas de syncope, d'asphyxie, de mort apparente, etc., les excitants cutanés tiennent une place importante parmi les nombreux moyens employés. Si nous prenons l'asphyxie comme exemple, parmi les moyens recommandés on peut mentionner plus particulièrement les frictions, qui doivent activer la circulation capillaire, et que l'on pratique souvent méthodiquement de la périphérie vers le centre dans le but de venir en aide au rétablissement de la circulation veineuse.

(1) Duchenne (de Boulogne). De l'électrisation localisée, 1872, p. 809.

Les frictions doivent être énergiques, mais ce conseil n'a pas, à ce qu'il semble/ besoin d'être donné si Ton en juge par les traces qu'elles laissent souvent sur le corps ou sur le cadavre ; elles sont plus actives sur le tronc que sur les membres. La flagellation, les piqûres, les tractions sur la barbe et sur lés cheveux, etc., ne sont pas plus actives que les frictions.

Les affusions froides doivent aussi être citées ici en première ligne : D'après Harmant (1), le promoteur de ce moyen, l'eau aussi froide que possible sera projetée violemment par verrées sur le visage jusqu'à ce que le patient ait recouvré connaissance. On excite ainsi les extrémités cutanées du trijumeau et l'on produit dans le bulbe une irritation dont l'effet est de remettre en activité les poumons et le cœur. On pourra exciter de cette manière, non-seulement la face, mais la partie supérieure du tronc, mais il y aurait inutilité à faire porter l'excitation sur tout le corps par des afl'usions générales dont l'inconvénient serait de produire une diminution -considérable de la chaleur.

La faradisation très- violente de la région précordiale serait, d'après Duchenne (de Boulogne) (2), un moyen également très-puissantpour remédier aux troubles graves de l'innervation du cœur et de l'appareil respiratoire dans l'asphyxie.

On pourrait même, jusqu'à un certain point, suppléer ainsi à la faradisation des nerfs phréniques, mais en tout cas on ne s'exposerait pas aux mêmes dangers.

(1) Harmakt, cité par Tourdes. Dict. encycl. des se. méd., 1875, p. 630.

(2) Duchenne (de Boulogne). Arch. gén. de méd., 6° série, XVI, juillet 1870, p. 378 et suiv.

C'est donc ce moyen que l'on doit recommander à ceux qui n'ont pas une habitude suffisante du maniement des agents électriques. Son efficacité est surtout manifeste pour empêcher le sujet de retomber dans le coma après un retour plus ou moins long à la connaissance. D'après Duchenne, cet emploi de félectricité serait indiqué dans l'asphyxie des nouveau-nés.

Les recherches de cet auteur établissent qu'il y aurait grande importance à'exciter la région précordiale ' au voisinage de la pointe du cœur dans les cas de syncope et ou de troubles fonctionnels cardiaques ; ce serait en ce point qu'on obtiendrait les meilleurs résultats, tandis que pour exciter les mouvements affaiblis ou disparus de la respiration, l'excitation devrait porter sur la partie postérieure du thorax.

Enfin, nous indiquerons encore la cautérisation superficielle, linéaire ou ponctuée, pratiquée au niveau des quatrième ou cinquième côtes et qui a été indiquée par Faure (1) comme un des moyens les plus énergiques pour rappeler la respiration et l'énergie des battements du cœur dans les cas d'asphyxie^ surtout par la vapeur de charbon. On emploie ainsi le cautère actuel, le marteau de Mayor, le moxa, l'amadou, la cire à cacheter ou une cuiller dans laquelle brûle de l'alcool. Il est utile de savoir que ce que l'on cherche c'est de provoquer une excitation des nerfs sensibles et, en conséquence, il est contre-mdiqué de produire des lésions profondes.

L'action des sinapismes n'offre guère d'utilité tant que

(1) Faure. I/asphyxie et son traitement. (Arch. gén. de méd., 1856, 5» série, t. VII, p. 20 et 299).

Le chloroforme et l'asphyxie (Arch. gén. de méd., 1S58; 5« série,

t. X. et Xll).

le malade a perdu connaissance mais, en revanche, leur emploi peut être cause d'accidents, la douleur n'avertissant plus de leur action trop énergique sur la peau. Je citerai à ce propos le rapport du professeur H. Friedberg (1), de Breslau, sur un cas de mort causé par l'emploi de cataplasmes de farine de moutarde. Il s'agit d'un cas de paraplégie par myélite à frigore. On appliqua sur toute l'étendue des membres paralysés des cataplasmes de farine de moutarde qu'on laissa en place pendant 18 heures, et qui produisirent une vésication très- vive, suivie de gangrène et d'accidents mortels d'infection purulente.

Il est à remarquer, que l'excitation produite par l'application d'un sinapisme , varie singulièrement avec son étendue et sa durée. Laissé en place seulement pendant quelques minutes, il provoque d'abord un resserrement vasculaire, puis une dilatation des vaisseaux avec vitesse plus grande de la circulation. Laissé en place plus longtemps, par exemple, pendant douze minutes, il produira une dilatation vasculaire considérable avec ralentissement local de la circulation et, par conséquent, abaissement de la température en ce point, comme Naumann , Wunderlich (2) et d'autres l'ont observé.

Mais ce n'est pas l'action locale seule qu'il y a lieu d'envisager dans les applications de sinapîsmes, et il y aurait matière à étude si l'on voulait rechercher quelles sont les modifications générales que l'on produit de cette ma-

(1) H. Friedberg, Rapport sur un cas de mort causée par l'emploi de cataplasmes de farine de moutarde. Wiener med. Wochenschrift, 1874, p. 313.

(2) Wunderlich, De. la température dans les maladies. Traduction Labadie-La^Tave, 1872, p. 135.

nière. Celte étude serait d'autant plus justifiée que remploi des sinapismes est plus fréquent; cependant, on ne trouve dans les travaux modernes aucune recherche clinique sur ce point. Nous avons prié notre ami, M. Landouzy, d'examiner avant, pendant et après, une application sinapisée, le pouls, la respiration et la température centrale du sujet. Voici, avec tracés sphyg'mographiques, l'observation qu'il nous communique.

Clinique de la Charité, salle Sainte-Anne, 10. Service de M. le professeur Hardy, (Examen par M. Landouzy, chef de clinique).

Chartier (Marie), 23 ans, blanchisseuse, entrée le 25 février 1878 pour tuberculose pulmonaire des deux sommets. d6 février d878, 9 heures 3/4. P. 100, régulier, faible. Resp. 32. Temp. vaginale, 37°,7. Voir le tracé A.

Traué A.

9 heures 55. Deux sinapismes sont posés sur la partie antérieure de la poitrine, sur les grands pectoraux.

10 heures. La malade accuse des pi^iotements forts et douloureux, mais supportables. Rougeur des pommettes. Aucune modification des pupilles. P. 120. Resp. 36°. T. v., 37°, 7. Pouls plus fort, à amplitude plus élevée. Voir le tracé B.

Tracé B.

10 heures 2, les sinapismes sont enlevés.

Rougeur très-vive (douleur presque éteinte) sur les régions pectorales.

10 heures 6, P. 92, ua peu moins fort que quelques minutes avant. Voir le tracé G. La ligne ascendante e.st moindre qu'en B, le dicrotisme est moins marqué, le tracé tend à se rapprocher un peu du tracé A. Resp. 28. Temp. vag., 31°,1.

Tracé C.

(Le sphygmographe est resté en place pendant tout le temps de l'expérience.)

Dans cette observation on remarquera que les modifications observées ne sont pas complètement en rapport avec les données physiologiques exposées dans la première partie de ce travail. Il n'y a là rien qui doive surprendre, si l'on considère que le sujet de l'expérience actuelle est dans un état pathologique qui porte surtout son action sur les organes de la respiration. C'est peut être à l'existence des lésions pulmonaires que l'on doit d'observer d'abord une accélération des mouvements respiratoires en même temps qu'une accélération du pouls, alors que théoriquement les inspirations devraient être plus profondes et plus lentes.

Les mêmes modes d'excitation dont il a été question dans ce paragraphe ont pour but non-seulement de ranimer la circulation, mais encore d'élever la température, qui présente généralement un abaissement plus ou moins notable. Mais pour atteindre ce but, il convient souvent de s'adresser en même temps à des moyens plus spéciaux qui seront, au moins partiellement, indiqués plus loin.

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