‹ De l'influence des excitations cutanées sur la circulation et la calorificationChapitre 9 sur 9 · II. — Excitations prolongées et a effets moins immédiats · texte numérisé non relu

II. — Excitations prolongées et a effets moins immédiats

ou ÉLOIGNÉS.

Les modes d'excitation qui trouvent place dans cette classe et dont le vésicatoire est le plus usité s'éloignent des précédents par un point essentiel. Presque toujours il se produit non pas seulement une excitation locale, mais bien une inflammation plus ou moins profonde, avec exsudât séreux ou purulent et dont la durée sera tantôt passagère et tantôt plus longue. Les vésicatoires volants qui sont presque encore des excitations rapides, les vésicatoires permanents, les cautères, les sétons, les badigeonnages de teinture d'iode, les huiles irritantes, etc., donnent ainsi lieu à ces deux phénomènes, douleur et inflammation avec prédominance de l'une ou de l'autre. C'est surtout à propos de ces agents thérapeutiques que nous pourrions soulever l'ancienne question de la révulsion et de la dérivation, mais nous ne le ferions pas avec beaucoup plus de fruit que nos devanciers ; on ne trouve rien dans les recherches modernes qui puisse donner quelque éclaircissement sur le mode d'action de ces inflammations cutanées. II n'est pas douteux, l'observation clinique le prouve comme l'expérimentation physiologique, que l'on ne produise de la sorte des modifications dans la circulation et dans la température, mais les prévoir est chose souvent impossible chez le malade.

Chez un sujet sain, l'application prolongée d'un large vésicatoire en donnant naissance à une inflammation aiguë sur une grande surface déterminera des phéno-

mènes fébriles, et par conséquent l'augmentation de la chaleur centrale et du nombre des pulsations. Il existera un certain rapport entre l'intensité de la cause et les effets obtenus. Ainsi un vésioatoire de peu d'étendue, laissé seulement en place pendant quelques heures, ne donne lieu qu'à une réaction inflammatoire très-légère, et l'effet local est alors prépondérant. C'est de la sorte qu'il faut agir lorsque par exemple on place un emplâtre vésicant loco dolenti pour diminuer la douleur : le mode d'action du yésicatoire se rapproche ainsi de celui du sinapisme et des moyens étudiés dans leparagraphe précédent, c'est sans doute plutôt l'excitation douloureuse qui agit que le processus inflammatoire peu intense que l'on a produit. Du moins on peut l'admettre en considérant que souvent on obtiendra le même effet par des excitations uniquement douloureuses, telles par exemple que la faradisation cutanée. Mais déjà ce raisonnement est fort attaquable. En même temps que le vésioatoire a produit une excitation sur les extrémités terminales des nerfs sensitifs en son point d'application, il a suscité un trouble nutritif dans les éléments de la peau et plus particulièrement l'exsudation d'une certaine quantité de sérosité. C'est même ce travail exsudatif qui, pour les anciens , jouait le rôle principal en soustrayant à l'économie ses principes morbides; c'est encore à cette inflammation thérapeutique que Broussais attribuait le rôle curatif lorsqu'il enseignait que l'on arrêtait une phlegmasie en lui substituant une autre phlegmasie artificielle assez violente pour faire taire les manifestations de la première. De sorte que humoristes et solidistes ont trouvé dans leur doctrine l'explication des phénomènes observés.

Plus récemment on a voulu expliquer la révulsion par les doctrines modernes et l'on ne s'estpas toujours aperçu que le seul progrès obtenu dans cette voie ne consistait souvent que dans l'emploi d'un langage nouveau : au lieu de sympathie on a dit acte réflexe. Nous avons prouvé dans la première partie de ce travail que c'était en effet par acte réflexe qu'agissent les irritations de la peau, on a vu quelles modifications locales se produisent dans les points excités directement et quelles modifications générales surviennent dans la circulation et la calorification. Mais peut-on trouver dans ces enseignements de la physiologie rien qui explique soit l'action sédative qu'il exerce sur la douleur, soit son action résolutive sur les phlegmasies. Quel rôle joue ici l'excitation de la peau? Quel rôle joue son inflammation, et jusqu'à quel degré d'intensité celle-ci doit-elle être produite ? L'expérimentation, jusqu'ici, du moins, ne répond à aucune de ces questions.

Il faut encore ajouter que pour le vésicatoire, son action locale se complique des effets produits par l'absorption de la cantharide : « Quant à ses efi'ets thérapeutiques, dit M. Gubler, ils découlent naturellement des modiflcations anatomiques et fonctionnelles produites directement ou indirectement par les cantharides agissant localement pour produire un vésicatoire, ou faisant sentir leurs effets à distance sur les reins ou autres organes, après difl'usion de leur principe actif par le moyen de la circulation sanguine » (1). Personne cependant n'attribue à l'absorption de la cantharidine l'action du vésicatoire.

(11 Gubler, Dict. encycl., t. XII. Cantharide, p. 238.

S'il n'est pas possible actuellement do démontrer par quel mécanisme précis un vésicatoire agit sur an foyer phlegmasique, peut-on comprendre plus facilement les modifications qu'il produit dans certains cas sur le pouls et la température. A priori^ puisque le vésicatoire chez l'homme sain produit la fièvre, avec fréquence plus grande du pouls et élévation de la température, on pourrait en conclure que chez le malade il déterminera une aggravation de ces symptômes. Parfois il en est bien ainsi, mais dans d'autres cas, ce serait le contraire que l'on observerait sinon pendant son application, du moins très-rapidement après, et cette différence dans les résultats dépendrait principalement de la période de la maladie. C'est ainsi que dans la pneumonie « quand l'inflammation est très-accentuée, que la fièvre est vive, la température élevée, l'excitation générale très-prononcée, le vésicatoire n'est d'aucune utilité, il peut même devenir dangereux en augmentant l'éréthisme général ; quand, au contraire, la fièvre a diminué et qu'il ne reste plus qu'une fréquence relative du pouls et une excitation modérée, alors le vésicatoire a l'avantage de faire cesser tous les phénomènes, en faisant tomber le pouls et en abaissant la température» (1). D'après M. Laugée à la thèse duquel cette citation est empruntée, ce serait cette ligne de conduite que conseillerait M. Gubler, après Grisolle, Ghomel, etc.

Notre but n'est pas de passer en revue tous les cas dans lesquels on devrait avoir recours au vésicatoire, ni de donner les indications et les contre-indications de ce

(1) Armand Laugée. Etude thérapeutique sur le vésicatoire cantharidé, Th. de Paris, 1875, n» 102.

mode de traitement; pour le moment nous voulons seulement attirer l'attention sur les particularités suivantes: Le vésicatoire produirait dans certains cas pathologiques des effets opposés à ceux qu'il détermine chez l'homme sain. C'est ainsi que d'après la citation précédente on le voit faire disparaître ce qui persistait des symptômes fébriles « en faisant tomber le pouls et en abaissant la température. » D'autre part , à une période moins avancée de la maladie, il produit un effet inverse ; « il peut même devenir dangereux en augmentant l'éréthisme général. » Enfin, il est aussi des conditions où tel praticien en retirera des effets qui lui feront louer le moyen, et tel autre des effets nuls ou malfaisants. Gendrin le recommande par exemple dans la période congestive de la pneumonie, et Grisolle prescrit son usage u non au début, mais à une période plus avancée (1). » A propos de la pleurésie, M. J. Besnier, dans un travail intéressant (2), tout en admettant qu'il est inconte -itable- que quand la fièvre existe, il y ait une certaine augmentation du mouvement fébrile pendant et après l'application du vésicatoire (fièvre du vésicatoire) a cherché à établir leur utilité au début de la pleurésie aiguë.

Ajoutons qu'il y a aussi des médecins qui n'accordent que bien peu de valeur thérapeutique au vésicatoire dans la plupart des cas où son emploi est habituel, et leur opinion s'explique par l'inconstance des résultats obtenus. Ne serait-ce pas le moment de répéter ce que nous

^1) Grisolle. Path, int., p. 354.

(2) J. Besnier. De l'emploi du vésicatoire dans la pleurésie aiguë,

disions dans les premières pages de ce mémoire : On pourra bien mesurer l'intensité d'une excitation, sa surface d'action et la durée de son application, mais on ne pourra jamais d'avance en annoncer l'effet tant qu'on ne pourra pas mesurer l'excitabilité du système nerveux.

11 nous faut cependant faire mention d'expériences intéressantes faites sur le mode d'action du vésicatoire en tant qu'irritant cutané. Nous néglig'erons complètement le rôle plus ou moins marqué que joue l'absorption de la oantharidine auquel quelques auteurs accordent une grande importance et sur lequel M. Galippe (1) attirait dernièrement l'attention.

Zùlzer (2) a étudié les effets locaux du collodion cantharidé sur le chien. Il fit sur la peau plusieurs applications, et après quinze jours, il constata la dilatation des vaisseaux et l'inflammation non-seulement de la peau et du tissu cellulaire sous-cutan mais encore de la partie la plus superficielle des muscles sous-jacents. Au contraire, les muscles profonds étaient pâles, et la plèvre et le poumon du même côté paraissaient anémiés. Avec unséton, les résultats étaient les mêmes. W. AinslieHoUis (3), qui mentionne les recherches précédentes, tend à accorder beaucoup de valeur aux modifications locales apportées dans la circulation par le vésicatoire. Pour nous, nous croyons trouver là l'explication de certaines exagérations commises dans l'emploi des vésicants et auxquels on doit rapporter quelques cas de trans-

(1) Galippe, Recherches sur l'empoisonnement par la poudre de cantharidé. Soc. de biol., 1874.

(2) ZuLZER. In Nothnagel Bandb. d. Arznei und Ellectr., 1870.

(3) W. AiNSLiE Mollis. Saint-Bartholomew's hospital reports, 1874, vol. V, p. 265.

formation purulente des épancheraents pleurétiques. Du reste, M. Laborde dans ses expériences sur le chien a produit plusieurs fois la pleurésie purulente par l'application du vésicatoire.

On voit donc les difficultés de la question se multiplier à chaque pas ; les effets .sont tour à tour salutaires ou nuisibles, attribués par les uns à une action locale, par d'autres à un retentissement à distance dans le point malade, par d'autres encore à une intoxication. M. Peter (1) attribue un rôle à l'action de voisinage et à l'action à distance, et l'on ne peut pas en effet séparer ces deux modes d'action.

IIl. Excitations a répétition et a effets éloignés.

11 ne sera question dans ce parag-raphe que de l'hydrothérapie, non pas que l'eau soit le seul agent employé pour les excitations à répétition et à effets éloignés, mais parce que la médication par l'usage extérieur de l'eau a une importance que ne peuvent lui disputer ni le massage, ni la faradisation cutanée, etc.

« L'application locale du froid sur des parties enflammées ne doit pas être soudaine et temporaire, mais progressive, graduelle et permanente. C'est ainsi que se justifient les succès obtenus par la glace, la neige, appliquées sur diverses parties du corps pour prévenir ou réduire l'inflammation.... On sait très*bien que l'action locale du froid s'étend à tout l'organisme. On arrête une hémorrhagie pulmonaire en mettant les pieds dans l'eau froide, ou en continuant l'application du froid sur

(1) Peter. Leçon de clinique médicale, p. 583 et suiv.

le pénis et les bourses. » (1) Dans cette citation de Gurrie se trouvent indiqués les effets que la thérapeutique peut retirer de l'usage du froid soit au point même de l'application, soit sur tout l'organisme, soit enfin sur quelque organe éloigné. On retrouve là la classification que nous avons suivie dans la partie théorique de ce travail mais nous ne croyons pas ntUe de la maintenir ici, et nous préférons envisager surtout les modifications apportées par l'emploi del^eau àla circulation et à la calorification. A ce point de vue, les opérations de l'hydrothérapie peuvent être divisées de la façon suivante :

1° Opérations oiî l'on recherche le resserrement durable des vaisseaux.

2° Opérations où l'on recherche la dilatation durable des vaisseaux.

3" Opérations oii l'on recherche une suractivité circulatoire et surtout nutritive.

4° Opérations ayant pour but de modifier l'activité du cœur.

5° Opérations ayant pour but d'abaisser la température.

6° Opérations ayant pour but d'élever la température. ^ Cette classification tout artificielle permettra, nous l'espérons du moins, de jeter rapidement un coup d'œil. d'ensemble sur l'hydrothérapie :

1° Opérations où l'on recherche le resserrement durable des vaisseaicx.

Il y a lieu de citer tout d'abord les cas oii l'on se propose d'arrêter localement une hémorrhagie ou de s'op-

(1) James Currie. Médical reports of the effects of vvater cold and warm, etc , 5« édition. London, 1814, p. 299.

poser à une dilatation inflammatoire des vaisseaux, et oii par conséquent le froid est employé comme agent hémostatique ou antiphlogistique. On fait alors des applications locales de compresses froides, de sachets de glace, ou bien l'on a recours à l'irrigation continue, ou bien encore utilisant les recherches mentionnées précédemment de Winternitz, on fera sur le trajet des gros troncs nerveux correspondants des applications froides.

L' emploi du froid dans ces conditions exige un certain soin/et plus particulièrement l'application doit être constante et de longue durée. On ne doit pas employer un refroidissement trop considérable, dans la crainte d'obtenir l'épuisement des vaisseaux, et finalement leur dilatation. Le froid sera maintenu à une température à peu près constante, et par-dessus tout, il n'y aura pas d'interruption dans les applications. 11 faut bien se souvenir que plus les vaisseaux se seraient contractés longuement et énergiquement sous l'influence du froid, plus grande serait la dilatation que l'on verrait survenir. C'est pour avoir négligé de se mettre dans ces conditions absolument indispensables au succès de la méthode que nombre de médecins et de chirurgiens n'en ont pas tiré tous les avantages possibles.

Le choix de la température à laquelle on aura recours variera suivant les cas; nous le répétons, il faut n'employer que la moindre excitation, pour ne pas arriver à l'épuisement des muscles des vaisseaux. En général, dans l'inflammation, on devra employer un froid d'autant plus vif que seront plus marqués les phénomènes de phlogose. On pourra ainsi provoquer le resserrement des vaisseaux de la région enflammée, et en même temps on agira sur les autres éléments de l'inflammation : la

douleur sera calmée, la température diminuée et le gonflement moins considérable.

Mais ce n'est pas seulement localement que l'on peut provoquer le resserrement des vaisseaux, on peut obtenir cet effet à distance, par action réflexe. Ici nous touchons à une des questions les plus intéressantes de l'hydrothérapie. De tout temps on a admis qu'il existe entre certaines régions de la peau et certains organes éloignés ou profonds, une relation qui permet d'obtenir des modifications dans ces derniers en agissant sur les premières. C'est ainsi qu'on arrête les saignements de nez par des applications froides périphériques, surtout sur le dos ou sur les pieds. L'hydrothérapie empirique a depuis longtemps utilisé cette action, et l'exemple le plus saisissant que nous puissions présenter est celui des effets obtenus sur la rate et le foie par la douche splénique et hépatique. C'est à Fleury que l'on doit l'emploi si utile de ce moyen (1). Quelle que soit l'explication que l'on donne du résultat obtenu, il est utile de savoir que l'on obtient des effets semblables, quoique moins accentués, par l'application de sachets de glace sur ces régions.

Il faut également mentionner ici les moyens utilisés pour arrêter les métrorrhagies: glace sur l'abdomen, applications froides sur les régions internes des cuisses, bain de pieds froid plantaire (Beni-Barde) (2), sachets de glace sur les seins (Scanzoni). C'est à cet ordre de moyen qu'il y a lieu de rapporter les sacs froids ou chauds que Chapmann applique sur la colonne vertébrale; c'est là un moyen auquel son auteur attribue de trop

(1) Fleury. Traité d'hydrothérapie, 1875, p. 300. C2) Beni-Barde Traité d'hydrothérapie, 1874.

JofiFroy. g

beaux résultats pour que nous n'en disions par quelques mots (1).

Au moyen de sacs allongés remplis de glace ou d'eau chaude suivant les cas, on fait sur la colonne vertébrale, à différents niveaux, des applications dont la durée varie de deux à huit heures par jour. C'est non-seulement contre les métrorrhagies que Ghapmann emploie ce mode de traitement, mais contre beaucoup d'autres états morbides, tels que : paralysie, céphalalgie opiniâtre, hallucination, hémianesthésie, tics de la face, épilepsie, menstruation irrégulière, leucorrhée, constipation, diarrhée, diabète, etc.

Voici maintenant la théorie de la méthode: On agirait localement, au niveau des applications, sur la moelle et les ganglions sympathiques correspondants. On produirait ainsi des modifications circulatoires dans la tête en faisant des applications sur la partie inférieure de la région cervicale, dans les membres supérieurs par des applications sur 'la partie supérieure du dos, et dans les membres inférieurs par des applications sur la région dorsale inférieure.

Par les applications froides on rappelle ou augmente le flux menstruel, par les applications chaudes on diminue la menstruation profuse ou trop abondante, etc.

11 est bien certain que les sacs de Chapman peuvent et doivent dans certains cas agir sur les circulations locales, mais il n'est pas vraisemblable que ce soit par le mécanisme que suppose le médecin anglais. Quant à

(1) Chapman. Functionnal diseases of women; cases illustrative of a new method of treating them through the agency of the nervous System by the means of cold and beat. Also an appendix containing cases illustrative of a new method of treating épilepsy, paralysis and diabètes. London, 1863.

l'appréciation de ce moyen thérapeutique, elle a été donnée par xM.Vulpian dans les termes suivants : « Je ne sache pas que d'autres médecins, en France, aient obtenu, à l'aide de ce moyen thérapeutique, des effets bien satisfaisants. Je n'oserais pourtant pas, d'après ce que j'ai vu, porter un jugement définitif sur cette médication qui paraît avoir souvent réussi entre les mains de M, Chaproan (1). »

Pour ces effets vasculaires à distance, la durée de l'application change avec elle. C'est ainsi que les sacs de Chapman sont laissés en place plusieurs heures, les sachets de glace sur le ventre jusqu'à plusieurs jours, tandis qu'au contraire la douche splénique . devra être très-courte afin de ne pas dépasser le but.

Ainsi, l'excitation produite sur la peau par l'eau froide ou chaude peut, dans des conditions déterminées, produire soit localement, soit à distance, le resserrement des vaisseaux et agir de la sorte comme hémostatique, comme antiphlogistique, ou comme révulsif par le mécanisme de l'action réflexe.

2° Opérations où T on recherche la dilatation durable des vaisseaux.

On applique ici, comme le dit Fleury, la méthode révulsive proprement dite ou par dérivation (2).

Dans cette méthode, on cherche à provoquer une congestion artificielle dans une région pour modifier la circulation dans une autre. C'est une action analogue à celle des ventouses sèches. En variant les applications

(1) VuLPiAN. Loco cit., t. II, p. 457.

(2) Fleury. Loco cit., p. 74.

on est, en effet, en mesure de produire une congestion cutanée aussi étendue que l'on veut, depuis la simple hyperémie locale jusqu'à l'hyperémie de toute la surface cutanée, et cette hyperémie peut être aussi passagère ou aussi prolongée que l'on veut. Comme on recherche ici la paralysie des vaisseaux et que le plus souvent cette paralysie doit être prolongée, c'est aux températures les plus propres à épuiser le système nerveux vaso-moteur qu'il faut avoir recours. A cet effet, on fera usage d'eau à basse température au-dessous de 12° ou bien à température élevée au-dessus de 35"; souvent, aux applications alternatives dans lesquelles après l'application d'une température élevée on fait intervenir une température basse. Le plus souvent, on ajoutera l'action mécanique de la percussion, de la division et de la friction à celle de la température. Dans cet ordre d'applications nous trouvons les bains très-froids de courte durée, les affusions à température très-basse, les frictions froides avec ou sans enveloppement, les douches froides animées d'une grande force de percussion et très-divisées, les douches écossaises ou alternatives dont l'effet révulsif est encore plus puissant. On emploie encore les bains chauds et différents procédés de sudation. Pour obtenir l'effet révulsif par la sudation, il est nécessaire d'utiliser des étuves à 45 ou 50" et, ensuite, l'on fera ou l'on ne fera pas une appHcation courte d'eau froide. En tous cas, cette dernière ne doit pas être longue pour ne pas trop abaisser la température du corps ; le retour à la réaction serait plus difficile. Les étuves à air humide sont encore plus révulsives que les étuves à air sec, le pouvoir calorifique de la vapeur étant bien plus grand que celui de l'air sec, la saturation de

l'air par la vapeur humide mettant obstacle à la perspiratioti cutanée.

La révulsion par la, chaleur s'obtient aussi par les emmaillotements soit secs soit humides. Ici, avec la chaleur propre du corps qui élève peu à peu la température de l'air enfermé par l'appareil, il y a obslacle à la déperdition du calorique -par le maillot: Enfin, parmi les applications destinées à dilater les vaisseaux, se trouvent les opérations oii l'on cherche à provoquer la sudation proprement dite ; c'est ce que certains auteurs, et Fleury (1) entre autres, désignent sous le nom de médication dépuralive. Ici, il faut employer une chaleur plus modérée pour que l'action puisse être prolongée plus longtemps sans inconvénient. L'opération est suivie ou non d'une application froide, selon qu'on veut arrêter la sudation ou la laisser se continuer. Enfin, nous citerons les compresses excitantes, au moyen desquelles on cherche à activer localement la circulation pour produire une action dérivative sur des organes profonds.

Fleury (2) a montré les bons effets que l'on pouvait retirer de l'hydrothérapie comme agent de la médication révulsive dans nombre de circonstances ; c'est ainsi qu'il a administré la douche révulsive sur les parties supérieures du corps pour arrêter les métrorrhagies, ou sur les extrémités inférieures pour obtenir une dérivation salutaire dans les phénomènes de congestion céphalique. Il a expliqué par la révulsion l'effet curatif obtenu par la sudation à haute température suivie de douche froide, dans les cas de névralgies et de douleurs

(1) Fleury. Loc. cit., p. 312.

(2) Fleury. Loc. cit., p. 293.

rhumatismales. Dans ces dernières affections les procédés qui congestionnent le plus fortement la peau sont ceux qui donnent les meilleurs résultats et la douche écossaise doit être placée en premier rang. En dernier lieu, nous citerons les effets remarquables des applications révulsives dans le traitement abortif de certaines maladies a frigore, rhumes, bronchites, angines. L'effet des compresses excitantes locales sur le cou, sur la poitrine et sur l'estomac dans les affections aiguës ou chroniques de ces organes s'explique aussi de la même manière.

3° Opérations où Fort recherehe une suractivité circulatoire générale et surtout nutritive»

Dans cette catégorie nous rangerons les opérations au moyen desquelles on recherche en hydrothérapie les effets excitants, toniques, prophylactiques, etc. Une part plus grande doit être attribuée ici à l'action directe des agents thermiques sur le système nerveux central, action que nous avons démontrée précédemment. Pourtant le rôle des modifications qu'éprouve la circulation est considérable encore. Par suite des oscillations imprimées chaque jour à la circulation générale par des applications souvent répétées, on arrive à produire dans l'organisme les modifications les plus salutaires. Sous l'influence de ces opérations, la circulation générale devient plus active, plus régulière, les phénomènes d'assimilation et de désassimilation sont facilités, les sécrétions augmentées; la vie est plus active.

Les moyens de cette médication sont directement stimulants : à cet effet, on utilise surtout l'eau froide,

SOUS les formes les plus variées, bains froids à eau dormante, à eau courante, frictions froides, ou frictions au drap mouillé, douches à forte percussion, en jet ou en pomme d'arrosoir. Si l'on a recours auparavant à des moyens artificiels de caléfaction pour préparer l'action du froid, on utilisera soit les bains d'étuve sèche de courte durée et suivis d'une courte application d'eau froide, soit la douche écossaise oii la douche chaude et froide sont de durée à peu près égale et peu prolongée, Ici surtout l'état actuel du sujet, son impressionnabilité spéciale, doivent être prises en grande considération si l'on veut obtenir de la médication tous les effets qu'elle peut produire. Il faut se rappeler, comme l'a dit Fleury, que parfois quelques secondes de plus ou de moins dans la durée de l'application peuvent donner des résultats absolument contraires à ceux que l'on recherche. C'est ainsi que chez un sujet très-faible, très-anémique, de constitution primitivement débile, l'application devra être très-courte, autant pour ne pas lui soustraire trop de calorique dont il n'a qu'une faible provision que pour ne pas épuiser son système nerveux peu résistant.

Chez un sujet peu affaibli, de nature primitivement forte, la durée de l'application pourra déjà être plus longue. Elle pourra l'être enfin davantage encore chez un individu sain et chez lequel l'on ne recherche que les effets hygiéniques. Mais là même il vaut mieux se garder des opérations par trop violentes. Fleury avait résumé ces principes en disant qu'une douche peut être trop longue, mais qu'elle n'est jamais trop courte. C'est en suivant ces préceptes que l'on arrive à modifier avantageusement, l'anémie, la chlorose, les congestions chroniques, les dyscrasies sanguines, les intoxications pa-

ludéenne (1), métallique, la goutte, la scrofule, Tarthritisme, l'herpélisme, la phthisie pulmonaire (2), l'hystérie, etc., en un mot la plupart des affections chroniques. C'est aussi dans ces opérations que les médications hygiéniques et prophylactiques puisent leurs meilleures ressources. Nous rappellerons à ce sujet que Currie avait cru pouvoir conclure de ses observations que les affusions froides préservaient de la fièvre maligne et de la scarlatine. Les hydropathes modernes ont égalelement insisté sur l'immunité des personnes attachées aux établissements hydrothérapiques et des malades en traitement dans ces établissements pendant les épidémies de choléra. Il y a là évidemment de l'exagération, il n'en est pas moins vrai qne la pratique usuelle de l'hydrothérapie en fortifiant l'organisme le met plus à même de résister à l'action des agent morbides.

4° Opérations ayant four but de modifier C activité du cœur.

Nous avons peu de chose à dire de cette catégorie d'opérations. Les expériences de Johnson, Fleury, Richter, etc., ont prouvé que laplupart des opérations hydrothérapiques à l'eau froide, diminuent les battements du cœur. Ce résultat doit être pris en considération dans les effets généraux de l'hydrothérapie. Par des applications locales de glace sur la région précordiale, sur la nuque, par le manuluve froid, on arrive au même résultat, et ces moyens peuvent être employés dans le cas où l'on ne peut pas faire d'applications générales. On

(1) Curie et Giannini cités par Lorain. Etudes de médecine clinique, 1877, t. II, p. 515 et suiv.

(2) SoKOLOWSKi. Berlin, Klin, Wochens, n» 39, p. 564; n» 40, p. 577; n« 43, p. 621, et n» 45, p, 635. 1876.

les utilisera plus particulièrement dans les palpitations nerveuses du cœur, dans le goitre exophthalmique oià l'effet des applications froides est des plus manifestes soit comme palliatif, soit même comme moyen curatif dans les cas favorables. La parésie cardiaque sera aussi avantageusement traitée par des procédés hydrothérapiques de cette catégorie. Disons en passant que dans les maladies organiques du cœur, on paraît obtenir dans certains cas, de bons effets de l'hydrothérapie ; ici la médication, outre qu'elle agira en stimulant directement l'organe central, agira encore par voie indirecte en facilitant la circulation périphérique, et en diminuant les obstacles que rencontre le cours du sang. Fleury (1) qui, le premier s'est engagé dans cette voie avec l'appui de Bouillaud, a pubhé quelques remarquables observations d'affections organiques du cœur, avantageusement modifiées par l'hydrothérapie. Selon lui, la plupart de ces affections pourraient être soumises à cette médication, la seule contre-indication absolue serait un anasarque trop accentué ; l'anasarque modifiant l'impressionnabilité cutanée et s'opposant par conséquent au développement de la réaction. Depuis Fleury, d'autres auteurs ont publié quelques observations de maladies du cœur traitées par l'hydrothérapie, nous citerons Hirtz (2) et Siffermann (3) et notamment Winternitz (4) dont le dernier ouvrage renferme plusieurs observations des plus intéressantes. Selon lui, dans bien des cas et surtout dans les affections mitrales, on voit sous l'influence d'un trai-

(1) Fleury. Cliniques de Plessis-Lalande, 1867, 2« fasc,

(2) HiRTz. Gazette médicale de trasbourg, 1872.

(3) SiFFERMANN. Gazclte médicale de Strasbourg, 1874.

(4) Winternitz. Loc. cit., p. 44.

tement hydrothérapique méthodique, les urines augmenter, l'albumine disparaître rapidement des urines, et l'œdème se résorber. 11 ajoute cependant que ces effets sont loin de se produire d'une façon constante. D'autres hydropathes, Delmas, Leroy-Dupré, Béni-Barde disent n'avoir jamais obtenu de résultats satisfaisants dans ces maladies. Ils les rejettent du cadre de la médication. Comme on le voit, cette question est encore fort controversée, mais les observations de Fleupy, Winternitz^ etc., en établissant que les affections cardiaques n'étaient pas une contre-indication absolue à l'emploi de l'hydrothérapie, en montrant que dans certains cas on obtenait, au contraire, d'excellents résultats, ont posé la question en ses véritables termes : quelles sont les indications et les contre-indications de l'hydrothérapie dans les maladies du cœur? C'est à l'avenir à répondre.

5° Opérations ayant 'pour but d'abaisser la température.

Ces opérations font partie de la médication antiphlogistique, elles s'adressent à l'élément fièvre. La tempéture étant surélevée, on a pensé que ce qu'il y avait de mieux à faire était de l'abaisser, et, pour atteindre ce but, on a fait agir l'eau, par sa température et par sa masse. Plus la température de l'eau serait abaissée et plus la quantité de liquide employé serait considérable, plus grand pourrait être l'effet obtenu.

Pour répondre à ces indications, on a utilisé les lotions, affusions et bains froids, les emmaillottements humides de courte durée et souvent répétés, les sacs et les matelas à glace.

Barement on a eu recours aux douches, l'excitation

due à l'effet mécanique de la douche ne produisant a •priori aucun abaissement de température. Cependant, elles ont été employées quelquefois, entre autres, par Dimidale (1), Bartels (2) et Jûngersen(3), dans le traitement du typhus.

La question du traitement des affections fébriles par la soustraction de calorique est une de celles qui ont le plus vivement préoccupé les esprits dans ces dernières années.

L'idée de combattre la fièvre par l'eau froide est trèsancienne, mais c'est à Currie qu'il convient de rapporter le mérite d'en avoir fait une méthode de traitement. Les premières expérimentations du médecin anglais eurent lieu en 1786, pendant une épidémie de typhus, à l'hôpital de Liverpool. Currie obtint des effets si remarquables des affusions froides, qu'il n'employa plus d'autre mode de traitement. Il précisa dès ce moment le mode d'emploi des affusions, les faisant faire au moment où l'exacerbation était à son maximum, ou bien à celui oii elle commençait à décroître. Il évitait de les pratiquer pendant le stade de froid et pendant la période où la transpiration était générale et abondante. Employées dans les trois premiers jours, les affusions ont en général arrêté la maladie; au quatrième ou cinquième jour cet heureux effet a encore été obtenu, mais plus rarement. Plus tard, elles ont toujours eu pour résultat de modifier les principaux symptômes, et particulièrement l'agi-

(1) Cité par Currie, II« volume.

(2) Bartels. Rathschlâge fur die Behandlung des Typhus im Felde (Kiel u. Hadersleben, 1870 5 in Schmidts Jahrb. Bd., 146,)

(3) JuNGERSEN. Klinische Studien uber die Behandlung des abdominal typhus, etc. Leipzig, 1866.

tation et le délire, de conduire la maladie à une terminaison plus prompte et plus souvent heureuse. Gurrie a aussi employé les affusions froides au début de la variole ; il a vu l'éruption se faire plus facilement et plus promptement. Dans la scarlatine les effets n'ont pas été moins manifestes , surtout pour prévenir les complications. L'emploi des affusions froides fut adopté en Angleterre par la plupart des médecins ; il en fut de même en Italie, où Giannini fit paraître un remarquable Traité, commentaire de celui de Gurrie, et oïi il confirme les idées du maître. En outre, il applique ce mode de traitement à d'autres affections, comme le rhumatisme aigu, la goutte, etc., etc.

Les idées de Gurrie et de Giannini eurent un sort variable dans les différents pays, et même finirent par tomber dans l'oubli, jusqu'en 1861, époque à laquelle Br^xnd publia son ouvrage. Le médecin de Stettin apportait une statistique des plus encourageantes. Gette publication eut un grand retentissement, et de tous côtés l'on se mita appliquer sa méthode. Nous disons sa méthode, car le mode d'emploi et le but cherché sont bien personnels à Brand, et en particulier différents des pratiques de Gurrie et du résultat qu'il cherchait. Brand veut soustraire au malade des calories, Gurrie veut le faire réagir, a Gurrie n'est pas un frigidiste^ il ne cherche pas à soustraire directement de la chaleur à ses malades : c'est un médecin qui veut arriver à la réaction (1). »

Aujourd'hui, après un moment de vogue peu réfléchie, de nombreux travaux ont été produits, dès lors il

(1) LORAiN. Loc. cit., t. II, p. 515.

y a lieu d'examiner et de juger cette question. Nous allons donc mettre en regard les avantages et les inconvénients que présente l'application des bains froids dans le traitement de la fièvre typhoïde, car c'est plus spécialement à cette affection que l'on s'est adressé.

La méthode de Brand consiste à donner au malade des bains froids de 10 à 20" et d'une durée de dix minutes. Pendant la durée du bain, on fait en outre, sur la tête du patient, une affusion de deux litres d'eau glacée. Les bains doivent se répéter environ toutes les trois heures, aussi longtemps que la température se relève dans cet intervalle jusqu'à 39°. On réduit leur nombre à mesure que l'élévation de la température devient plus faible dans l'intervalle de deux bains. Le traitement, du reste, doit être variable pour la température de l'eau, le nombre et la durée des bains, suivant des indications particulières à chacun des cas. C'est ainsi que parfois on est obligé, pour maintenir la température au-dessous de 40°, de donner les bains coup sur coup, ce qui ne doit pas se faire au début, c'est-à-dire à une période où l'on ne sait pas encore comment le malade supportera la médication. En règle générale, c'est d'après la chaleur fébrile que l'on se guide pour recourir plus ou moins fréquemment au bain comme moyen de réfrigération.

La soustraction de chaleur obtenue doit être de 1° à 3° ; quand elle n'atteint pas i% on doit admettre que le bain a été trop chaud ou trop court. La température doit être prise dans le rectum ; celle prise dans l'aisselle pouvant donner de fausses indications. Au bout de deux ou trois minutes, un typhique dans la stupeur, plongé dans le bain d'eau froide, revient à lui, paraît étonné, quoique-

fois se plaint et s'agite ; souvent quand il existe de la céphalalgie, la douleur se calme. Au bout de cinq à dix minutes survient un frisson violent, il y a tremblement de tous les membres, avec claquement de dents , le pouls est petit et fréquent, la respiration haletante, en un mot on voit se produire tous les phénomènes ordinaires des immersions dans l'eau froide, mais à un degré plus fort que chez l'homme sain. L'aspect des malades, dit Glénard (1), est à fendre l'âme, cependant on doit le retenir dans le bain pendant quelques minutes encore. Puis, essuyé avec soin, il est remis dans son lit. Le frisson continue encore pendant un temps plus ou moins long, après quoi survient généralement une période de calme, pendant laquelle le malade s'endort.

Mais parmi les phénomènes qui se sont produits, le plus important est l'abaissement qu'à subi la température du corps, variant en général entre 1° et 4^* G., et pouvant même dépasser cette dernière limite. Le maximum de l'abaissement se produit, selon Libermann, de jb à 30 minutes après le bain ; bientôt après la température commence à remonter lentement, pour atteindre le chiffre primitif au bout de deux à trois heures. Selon Brand, la fièvre typhoïde, traitée de cette manière, évoluerait d'une façon beaucoup plus bénigne que la fièvre abandonnée à elle-même ou traitée différemment. Les phénomènes nerveux, la céphalalgie, le coma, le délire ne se produiraient pas ; ce serait à croire que l'on a affaire à une tout autre affection que la fièvre typhoïde. Les seuls phénomènes qui persisteraient, outre la fièvre,

(1) Glénard. Du traitement de la fièvre typhoïde par les bains froids à Lyon. Lyon médical, 28 septembre, 1873, n°» 3, 4, 6, 7, 1874.

seraient le gonflement de la rate et le catarrhe des bronches.

Tel est, en résumé, le mode d'application de la méthode de Brand, et tels sont les résultats qu'il aurait obtenus. Nous allons voir maintenant si, en d'autres mains, la médication a tenu toutes les promesses que la statistique du médecin de Stettin avait fait entrevoir : sur 381 typhiques, il n'aurait eu que 15 morts, et ceux-ci seulement à l'hôpital ; dans sa pratique civile, sur 257 malades, il n'aurait compté que des guérisons. Il s'en faut beaucoup malheureusement qu'il en soit toujours ainsi. Selon Brand, les complication ordinaires de la fièvre typhoïde seraient absolument évitées par le traitement antithermique ; mais l'observation vient démontrer que ces complications existent , et d'après quelques auteurs , M. Peter en particulier, elles existeraient plus souvent et parmi elles beaucoup seraient directement imputables à la médication employée. Quelles sont ces complications?

En premier lieu se trouvent les complications intestinales. Contrairement aux assertions de Brand, la lésion intestinale existe dans la fièvre typhoïde traitée par les bains froids. Les autopsies de M. Glenard le prouvent absolument.

D'après M. Peter, et beaucoup d'autres, les hémorrhagies intestinales seraient également très-fréquentes. On a pu, dit M. Peter, différer sur la valeur pronostique de ces hémorrhagies; il était réservé aux bains froids de couper court à toute controverse (1), l'entérorrhagie qu'ils provoquent étant parfois rapidement meurtrière.

(1) Peter. Union médicale, avril, mai, 1877.

Le D'' Schultze (1), d'Heidelberg , a constaté également une augmentation considérable dans le nombre des hémorrhagies. M. Robert (2) cite le cas d'un malade dont l'état général était d'ailleurs fort grave, qui fut pris une heure après avoir été mis au bain d'une hémorrhagie intestinale extrêmement abondante , et qu'il fut impossible d'arrêter; il mourut dans la nuit. Nous avons observé personnellement des cas semblables.

M. Lereboullet et d'autres ont observé les mêmes accidents. Sans doute l'hémorrhagie n'est pas toujours aussi grave, mais elle existe, contrairement aux premières affirmations de Brand, et il faut bien admettre, avec M. Peter, que dans certains cas elle peut être directement imputée à la méthode. Le fait n'a, du reste, rien de bien extraordinaire quand on pense aux effets de refoulement qui doivent se produire par suite de l'anémie totale de la peau, et à l'état de fragilité dans lequel peuvent se trouver les vaisseaux, et plus particulièrement ceux de l'intestin dans la fièvre typhoïde.

Parmi les autres complications hémorrhagiques imputées à la méthode de Brand, nous trouvons les épistaxis, les hémorrhagies bronchiques et interstitielles Les épistaxis ont présenté quelquefois assez de gravité pour nécessiter l'usage du tamponnement. Leur gravité augmente nécessairement, selon la remarque de M. Robert, quand il se fait concurremment d'autres écoulements sanguins. Dans ces cas la mort peut survenir.

Les hémorrhagies pulmonaires sont aussi, selon

(1) Schultze. Revue médico-chirurgicale allemande, 1875.

(2) Robert. Etude sur les complications de la fièvre typhoïde dans le traitement par les bains froids. Thèse de Paris, 187.7.

M. Peter, plus fréquentes dans le traitementpar les bains que par les méthodes ordinaires. Elles né sont cependant pas en général bien sérieuses et Fon ne cite pas de cas de mort survenue à la suite d'hémoptysie. Les hémorrhagies interstitielles seraientplus graves. MM. Mayet et Weil (1) ont cité un exemple de destruction des poumons avec formation de cavernes. Enfin, on anotédu côté des poumons des indurations du sommet et l'éclosion rapide dans certains cas de lésions tuberculeuses. M. Robert ne doute pas que ces lésions ne soient imputables jusqu'à un certain degré aux effets du refroidissement pendant les bains.

On a signalé également la fréquence des complications laryngiennes, ulcérations de la muqueuse, diphthérie, œdème de la glotte^ accidents attribués par Libermann à une congestion plus vive de ces organes ; on a observé de même la pleurésie et la pneumonie. Du côté des membres, on a observé des accidents qui paraissent se rattacher directement à l'influence du froid sur la circulation. Ce sont des douleurs intolérables des pieds et des mains cessant par la suspension des bains, des œdèmes, des gangrènes. Par contre, les accidents du décubitus sont plus rares de l'avis de tous les observateurs. Enfin, l'on a observé des congestions delà moelle, de l'encéphale et des reins. La syncope, si redoutable dans la fièvre typhoïde, peut aussi survenir pendant l'application du traitement. Plusieurs exemples en ont été cités, et nous-même en avons observé un cas.

Comme on le voit, les faits se sont chargés de modérer

(1) Mayet et Weil, Discussion sur la lièvre Ijphoïde traitée par les bain? froids, Lyon médical, 1876-77.

Joffroj, y

l'enthousiasme excité par les statistiques de Brand; aussi n'est-il pas étonnant que l'on ait cherché, pour ainsi dire, à amoindrir la méthode , pour éviter les complications qu'elle paraît engendrer. C'est ainsi qu'on a préconisé les bains tièdes progressivement refroidis (Ziemssen) (1), ou non refroidis (Schùtzenberger (2), Obernier (3) , Laure (4) , Dujardin-Beaumetz, Libermann, etc.). Cette méthode a été adoptée par un certain nombre de médecins français, enparticulierparM.Potain. D'autres, comme M. Jaccoud, répètent fréquemment les lotions froides. C'est encore parmi les méthodes mitigées que doit trouver place la modification que Leube (S), pendant la guerre, a expérimentée sur des prisonniers français.

Trouvant que les petits sachets de glace n'amenaient pas l'abaissement de température qu'il désirait, il augmenta la surface, et coucha ses malades sur de petits matelas renfermant un mélange réfrigérant de glace et de sel marin, à la température de — 10 C°. Au contact de ce mélange, la peau devenait excessivement froide, mais ne présenta aucun autre accident. En une heure, Leube obtenait une chute de température de 1° à 2° G. chez des malades atteints de typhus ou de pneumonie. Rien ne prouve que cette méthode soit, comme le pense son auteur, préférable à celle des bains froids.

(1) Ziemssen. Arch. f. Klin. med., VIII, 3 et 4, 1871.

(2) Schùtzenberger, La médication réfrigérante. (Gaz. méd, de Strasbourg, 1871.)

(3) Obernier. Ueber Wârmentziehungen in fieberhaftenKrankheiten Berlin. Klin. Wochenschrift, 1867.

(4) Laure, De l'emploi de la méthode de Brand et du bain tiède dans le traitement de la fièvre typhoïde. Lyon, 1877.

(5) Leube. Traitement des fiévreux par le froid à l'aide de sachets de glace, (Arch, f. Klin. med. Bd. VIII, heft 3 und 4, p. 355, 1871.)

Dans tous ces modes de traitement l'eau ou le froid sont employés de deux manières très-distinctes. Ou bien on les emploie pendant un temps très-court, comme dans les affusions, et alors, comme l'a fort bien mis en relief M. Homolle dans la remarquable revue qu'il vient de publier sur la question (1), l'eau est plutôt un stimulant du système nerveux qu'un a'gent antipyrétique. Ou bien, au contraire, on utilise le froid plus ou moins vif pendant un temps prolongé, et alors on a deux modes d'action simultanés: on excite le système nerveux d'autant plus que le froid est plus violent, et on refroidit le sang. Un certain nombre des accidents qui viennent d'être signalés sont le résultat du premier mode d'action, et c'est ainsi que l'on comprend pourquoi les mêmes accidents ne se produisent pas avec les bains tièdes dont l'action excitante est très-minime.

En résumé, il ressort de la série des essais faits sur la méthode deBrand, qu'elle est loin de donner les résultats constants qu'on en avait espérés; cependant nous pensons que ce serait tomber dans un excès opposé que de rejeter complètement de la thérapeutique les bains plus ou moins froids et assez prolongés pour abaisser la température. La méthode doit être corrigée, améliorée, mais non pas abandonnée. Elle convient plus particulièrement à certaines formes de la fièvre typhoïde. C'est en précisant ces formes de la maladie et les modes d'apphcation du froid que l'on arrivera à l'opposer aussi utilement que possible à la fièvre, sans tomber dans les exagérations que n'ont pas su éviter les partisans trop passionnés de la méthode.

(1) Homolle. Revue des sciences méd.,1878, XI, 2", f. 763.

6o Opérations ayant pour but d'éléver la tempéj'ature.

On cherchera à élever ]a température du corps dans deux circonstances différentes, soit chez un sujet refroidi et dont la température est plus ou moins abaissée, soit au contraire chez un sujet dont la température est normale ou à peu près. Lorsqu'un homme est exposé à un froid vif et prolong-é, sa température peut dans certaines conditions s'abaisser beaucoup au-dessous de la normale; il en a été cité précédemment un exemple remarquable. Dans ces conditions il est évident qu'en plongeant le sujet dans un milieu à température élevée, on lui communique du calorique, et on ramène par conséquent sa température à la normale. Cependant dans la pratique onneprocède généralement pas ainsi : on préfère agir énergiquement sur la peau, par exemple, par des frictions géuérales, sèches ou à l'eau froide, qui en excitant directement le système nerveux central contribueront à ramener la chaleur animale par un effet de réaction.

Dans les congélations, le réchauffement par les milieux artificiels a du reste l'inconvénient souvent signalé de dilater trop brusquement les vaisseaux de la périphérie et de provoquer des accidents très gf ave s. En Russie, il est d'usage de frictionner les parties congelées avec de la neige : on évite avec le plus grand soin de faire passer trop rapidement le malade dans une atmosphère à température trop élevée. Au début de l'expédition de Grimée, nos soldats ont appris à leurs dépens les dangers qu'il y a à ne pas se conformer à ce principe.

Dans la période de collapsus du choléra, on peut aussi arriver à conjurer les accidents par les frictions froides générales. Les hydropathes allemands ont érigé toute

une méthode de traitement basée sur ces applications. Jls traitent le choléra par les emmaillottements froids, les frictions énergiques et les bains de siège froids. Pendant l'application de ces derniers, on opère en général une révulsion énergique sur le^ tronc et les membres au moyen de frictions à l'eau glacée. Ces frictions ont pour but autant de stimuler la calorification générale que d'attirer le sang loin des organes abdominaux.

Dans d'autres cas on produit intentionnellement ou non une élévation de la température au-dessus de son chiffre habituel, et cette modification joue un rôle plus ou moins important dans la médication. Il y a lieu d'en tenir compte lorsqu'on met en usage les étuves chaudes à air humide, les emmaillotements, les douches chaudes, les douches de vapeur, les bains chauds. Ces opérations peuvent amener une élévation de température de 1 a 4° et même davantage. Elles excitent la circulation et impriment à l'organisme général une activité plus grande.

Dans son travail sur les bains chauds M. Lasègue (1) a montré les avantages que l'on peut retirer des hautes températures et les règles qu'il faut suivre dans leur application; on peut ainsi élever progressivement la température du bain jusqu'à 45° c. C'est surtout dans les affections rhumatismales que ces applications trouvent leur indication, mais elles peuvent être utiles dans la plupart des affections chroniques, dans lesquelles on n'a point à redouter les effets de l'éréthisme du système circulatoire.

Tout ce que nous avons dit de l'hydrothérapie s'ap-

(1) Lasègue, Des bains chauds. Arch. gén. de méd., 1874, 6« série, t. XXIV, p. 513.

plique également à l'emploi extérieur des eaux minéralisées et en particulier de l'eau de mer; seulement à l'action de la température, do la percussion etc., il faut ajouter l'action plus ou moins excitante que peuvent exercer sur la peau les substances qu'elles renferment.

Peut-être faut-il aussi tenir compte de l'état électrique des eaux (Scoutetten) et d'un état de dynamisation spéciale encore inconnu dans sa nature, comme est porté à le croire M. Gubler. C'est ainsi seulement que pourraient s'expliquer l'action des eaux à faible minéralisation, telles que celles de Ragatz, Plombières, Gastein^etc, qui à température égale produiraient sur la peau une action plus excitante que l'eau ordinaire.

TABLE DES iMATIÈRES

Introduction 1

Chapitre I. Effets physiologiques des excitations cutanées sur la circulation et la calorification . 7

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