‹ De l'influence des excitations cutanées sur la circulation et la calorificationChapitre 1 sur 65 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Sous la dénomination forcément vague d'excitation cutanée, on désigne une activité exagérée des fonctions de la peau portant sur un ou plusieurs des nombreux éléments dont elle se compose.

Le mot échappe à toute tentative de définition. L'excitation est en effet un mode de vitalité intermédiaire entre les états physiologiques et pathologiques. Elle n'a pas de mesure possible et varie incessamment de forme et de degré, passant du plus au moins, résumant la totalité de l'irritation exercée sur la peau ou n'étant que le premier échelon d'altérations plus profondes. C'est ainsi que dans notre langage pathologique, toujours confus lorsqu'il s'agit des modifications initiales, l'excitation prépare l'irritation et l'inflammation elle-même avec ses conséquences. Il est par conséquent plus que

difficile de lui assigner des limites, même dans les états inflammatoires les mieux accentués. La peau s'excite au pourtour du foyer maximum, comme on Tobserve dans la zone souvent étendue qui environne un furoncle ou une plaie de petite dimension ; lorsque la phlegmasie locale est en voie de résolution, la peau peut également garder une simple excitation, dernier terme de la décroissance des phénomènes. On la retrouve donc aussi bien au début qu'à la fin des altérations cutanées avec lesquelles elle tend à se confondre, et ce n'est que par un artifice de classification qu'on arriverait à l'isoler. J*ai dû dans ces recherches, et c'était une des difficultés de la tâche, faire de fréquents emprunts aux états qui se rapprochent de l'excitation ou qui lui succèdent. L'excitabilité est la propriété exclusive des êtres vivants, aussi suppose-t-elle une intervention prédominante du système nerveux. Variable dans les diverses espèces animales, mobile même chez un sujet déterminé, elle se prête d'autant mieux à la recherche qu'on l'étudié dans un organisme ou dans un appareil organique plus simple. La peau avec son immense étendue, sa diversité de structure, ses rapports plus ou moins étroits avec les organes sous-jaceiits, est loin d'offrir des conditions favorables à l'étude. Il est élémentaire de savoir que l'excitation de la plante des pieds et celle du cou-de-pied sont sans analogie. En prenant pour termes de comparaison des régions plus similaires, il n'est pas moins certain que l'excitation appliquée aux membres inférieurs de l'homme donne d'autres résultats que ceux que provoque le même agent sur les membres supérieurs, le pédiluve ou le manuluve sinapisé sont loin d'avoir la même influence. Le refroidissement des

pieds n'est pas plus identique dans ses effets avec le refroidissement des mains, qu'on envisage l'action locale ou le retentissement général.

L'expérimentation s'adapte difûcilement aux excitations cutanées* La peau des animaux n'est pas l'équivalent de celle de l'homme ; recouverte de poils, de plumes, ou d'écaillés, organisée pour un milieu terrestre ou aquatique, préservée, protégée par un second tégument dont l'épiderme humain ne semble être que la représentation imparfaite, elle peut fournir matière à des expériences, mais elle n'autorise que sous réserve des conclusions. Les expérimentateurs n'ont pu invoquer chez les animaux que des excitations irritatives considérables, les nuances leur ont échappé, aussi ont-ils été sobres de recherches, et la littérature contemporaine se réduit-elle à quelques données dépourvues de suite et de contrôle. J'ai rassemblé les faits publiés en ne leur attribuant que la valeur réduite à laquelle ils ont droit.

Et cependant la thérapeutique n'a jamais consenti à se désintéresser du délicat problème des relations entre la peau et les organes internes. La pathologie avait montré comment des modifications du tégument cutané troublaient ou amendaient un grand nombre de maladies. Elle avait recueilli les cas où la disparition d'une excitation ou d'une irritation habituelle de la peau avait profondément compromis sinon altéré l'ensemble de la santé. Thérapeutiquement, la dérivation sous ses formes multiples, à ses degrés les plus variés, est restée une méthode indispensable de traitement, depuis la flagellation jusqu'au vésicatoire. Presque de notre temps une médication qui a grandi en quelques années, au point de marcher de pair avec nos vieux remèdes les mieux con-

sacrés, a fait de la peau son objectif, je veux parler de Thydro thérapie qui a rendu à la science et aux malades de sigaaiés services.

Dans ces questions dont on peut dire qu'elles ne sont pas encore mûres, on doit se résoudre à ne mettre en lumière que les faits acquis, mais ce serait une faute de ne pas indiquer les hypothèses elles-mêmes, les données incertaines et provisoires, les curiosités physiologiques ou pathologiques qui ouvrent de nouveaux aperçus et seront élaborés dans Tavenir, Un programme ainsi conçu manque nécessairement de cohésion^ mais il respecte au moins la subordination des matériaux et ne met pas sur le même plan des choses disparates.

Après avoir rapidement esquissé le rôle dévolu à la peau dans la régulation de la chaleur animale, dans la rupture ou le maintien de son équilibre, j'ai envisagé les excitations cutanées au point de vue de leurs phénomènes topiques et de leur influence sur l'ensemble de l'économie en prenant pour point de repère la température et la circulation. Il était presque impossible de ne pas exposer chemin faisant la part afférente au système nerveux, je Tai indiqué sommairement sans méconnaître l'énorme importance de sa participation.

Les excitations cutanées sont topographiquement circonscrites au gré de Texpérimentation, elles portent sur ime région plus ou moins étendu, et aucune limite positive ne leur est assignée. Il n'en est pas de même de l'influence qu'elles exercent à distance et dont Texpérimentateur n'est plus le maître : un bain local stimulant peut amener des perturbations circulatoires et calorifiques aussi étendues qu'un bain entier. Force est donc d'examiner l'action des excitants locaux localisée elle-même

ou généralisée et celle des excitants opérant dans de plus larges surfaces, mais aboutissant, à l'occasion, à des troubles partiels de la chaleur ou de la circulation. Après cette première partie qui est exclusivement physiologique, j'ai cru devoir esquisser, très-brièvement d'ailleurs, le rôle pathogénique des excitations cutanées, c'est-à-dire leur influence sur la production des maladies. La science est pauvre en documents sur cette question, aussi je ne me dissimule pas que je l'ai à peine ébauchée.

Mon troisième chapitre est consacré à l'utilisation thérapeutique des excitations cutanées au point de vue surtout de leurs eflFets circulatoires et calorifiques, mais sans omettre cependant les accessoires qui se groupent autour de ces éléments principaux. La pathogénie, par une condition qui n'a rien d'exceptionnel, fournit ici à la thérapeutique d'utiles informations, la thérapeutique rend à la pathologie un égal service en montrant la part qui revient à l'agent excitant dans l'évolution de la maladie. On voit ainsi comment l'homme sain difTère du malade au regard des stimulations de tout ordre. Nous n'en sommes plus à apprendre que l'application du froid locale ou générale ne donne pas les mômes résultats chez le fébricitant et chez l'apyrétique, chez l'hyperthermique etchezl'algide.

J'ai dans ce chapitre, dont je ne me dissmiule ni les obscurités ni l'insuffisance, essayé de tracer une ligne de démarcation entre des états qui, pour emprunter l'expression de Claude Bernard, répondent à un déterminisme tout différent.

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