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CHAPITRE PREMIER

Recherches Physiologiques sur rinfluenice des excitations cutanées sur la circulation et la caloriflcation.

La peau protège les parties profondes contre l'action nuisible des agents extérieurs ; en conformité avec cette destination, elle est souple, élastique, assez résistante pour s'opposer aux actions mécaniques ; dans certaines régions, elle est douée d'une sensibilité qui lui permet de transmettre aux centres nerveux les moindres excitations qui la sollicitent. Très-vasculaire, renfermant un nombre infini de petits vaisseaux à parois musculeuses, capables de se distendre et de se gorgerde sang, elle peut aussi se resserrer et produire une anémie passagère dans toute son étendue. Elle est en outre parsemée de glandes nombreuses, les glandes sudoripares, renouvelant à sa surface une couche liquide de quantité variable qui disparaît par évaporation.

Ces dispositions sont en rapport avec le rôle important que joue la peau dans la régulation de la chaleur du corps. Dans les parties profondes, le calorique se produit d'une façon continue, mais inégale, pendant qu'extérieurement agissent les influences thermiques les plus variées. Cependant chez l'homme, comme chez tous les animaux à sang chaud, l'état de santé se relie intimement à la constance de la température centrale et la vie ne persiste que si les variations sont fort res-

treintes. Ce résultat s'obtient à l'aide d'un mécanisme complexe dans lequel l'activité de la peau intervient pour une large part.

Chaque fois qu'il s'agit de régulation de la chaleur animale, il faut toujours envisager simultanément la production et la déperdition du calorique. Les causes de la production et de la déperdition sont multiples et supplémentaires, et unies entre elles de telle façon que dans un organisme sain elles agissent parallèlement. La production s'exagère quand la dépense augmente, et inversement (Liebermeister)(l). Les productions ont leurs sources principales dans les actes chimiques si complexes et si multiples qui se passent dans l'intimité de nos tissus, principalement au moment de l'activité des organes, des glandes et surtout des muscles. Les déperditions résultent soit encore de certains actes chimiques, soit du rayonnement du corps, soit de réchauffement de l'air extérieur au contact de la peau ou des poumons^ soit de l'évaporalion qui se fait à leur surface. Or, tous ces phénomènes sont peu connus et difficilement mensurables, et particulièrement les actes chimiques de l'organisme dont les uns, le plus grand nombre sans doute, produisent de la chaleur et dont les autres en absorbent, comme Berthelot (2) l'a fait justement remarquer ; aussi ne parle-t-on que par à peu près de la quantité de chaleur produite, et ce n'est pas avec beaucoup plus de précision que Ton parle des quantités perdues. Il résulte de cette complexité de la

(1) LiEBEBMEiSTER. Die RegtiliruDg der Wannebildang bel den Thieren Yon constanter Temperatur (Deutsche Klinik, 1859, n<> 40).

(2) Berthelot. Revue des cours scientifiques, 1865. — - Mémoire sur la chaleur animale, in Journal de Robin, 1865, p. 652.

question qu'on ne pourra utilement tenter de Tétudier dans son ensemble que quand on connaîtra parfaitement le rôle de chacun des organes dans la production et dans la transformation de la chaleur. La peau tient ici un rang important. 11 y a en effet deux voies principales d'élimination du calorique pour s'opposer à son accumulation dans le corps : les poumons et la peau. Nous n'avons à nous occuper que de cette dernière, et nous allons donner rapidement une idée du mécanisme de son fonctionnement au point de vue qui nous occupe.

Lorsque le sang arrive dans les vaisseaux cutanés et les distend, il n'est plus séparé de l'air extérieur que par une mince couche d'éléments , de sorte que, surtout dans les points du corps qui sont découverts, il subit dans une certaine mesure l'action réfrigérante de l'air extérieur, lorsque celui-ci est à une basse température. Si, au contraire, Fair extérieur est à une température élevée, les glandes sudoripares répandront la sueur sur la surface cutanée et son évaporation exigera une dépense de chaleur qui sera principalement empruntée au sang des vaisseaux les plus superficiels. Dans les deux cas le sang se refroidira pendant son passage dans l'épaisseur du derme. Ce refroidissement exige donc la dilatation des vaisseaux et une basse température de l'air extérieur ou bien le froid produit par l'évaporation de la sueur. Par ces moyens, la température pourra rester constante, malgré une production exagérée du calorique.

Par contre, si l'air extérieur est froid et qu'il n'y ait plus dans l'épaisseur des tissus de production exagérée de chaleur, on assistera à un phénomène inverse. Les vaisseaux de la peau revenant sur eux-mêmes, le sang

ne pourra plus arriver à la surface du corps, de sorte qu'il ne subira plus dans ces points Tactiou réfrigérante de Tair atmosphérique.

La peau peut donc, par le jeu de ses vaisseaux et l'arrêt ou le fonctionnement de ses glandes, diminuer ou augmenter les pertes de calorique. Elle est donc régulatrice de la chaleur centrale, et cette activité spéciale se manifeste en particulier sous l'influence de Texcitation produite à sa surface par le froid et le chaud ; mais ce ne sont pas là les seuls agents qui peuvent exciter la surface de la peau, des excitations très-variées d'ordre physique, mécanique ou chimique, peuvent agir comme les agents thermiques, et en fait elles jouent depuis un temps immémorial et aujourd'hui encore un rôle considérable dans la thérapeutique.

De tout temps, on a expliqué Faction véritable ou supposée de ces excitants de la peau, et quand les progrès de la science avaient démontré le peu de valeur d'une application adoptée pendant un certain temps, on se rejetait sur une nouvelle explication destinée généralement à la même fortune.

Aujourd'hui, comme autrefois du reste, on a la prétention de n'admettre que la chose prouvée. L'expérimentation est plus en vogue que jamais et l'on a pensé trouver dans cette méthode le moyen de résoudre la plupart des problèmes que la médecine nous pose. Mais il faut bien savoir que l'expérimentation est difficile à faire, que les résultats sont difficiles à observer, plus difficiles encore à interpréter, et qu'une question n'est pas résolue parce qu'on l'a transportée de la pathologie humaine dans la médecine vétérinaire. On en trouvera du reste la preuve dans les pages suivantes.

Dans ces dernières années, l'expérîmentatlon a été largement faite pour rechercher Tinfluence des excitations cutanées sur la circulation et la calorification. Malgré de nombreux travaux, malgré Thabileté et le mérite des expérimentateurs, malgré l'exactitude de l'observation clinique on n'est pas arrivé à une formule précise qui réponde à la question.

Est-il possible d'y arriver? Nous en doutons. Lorsqu'on excite la peau, cette excitation n'a d'effet que par son retentissement sur le système nerveux et tout dépend alors de son degré d'excitabilité, variable à l'infini à l'état sain, à l'état de maladie et d'un sujet à un autre. De sorte que l'on pourra bien mesurer l'intensité d'une excitation, sa surface d'action, et la durée de son application, mais on ne pourra jamais d'avance en annoncer l'effet tant qu'on ne pourra pas mesurer l'excitabilité du système nerveux. Si donc, il est encore possible d'arriver à des résultats approximatifs pour l'homme sain, il ne faut pas s'étonner de l'incertitude des résultats chez l'homme malade.

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