U. — DU FROID COMME STIMUUNT DES CIRCULATIONS LOCALES
L'effet immédiat d'une réfrigération peu intense et de courte durée est de provoquer au lieu d'applicaUon
une contraction vasculaire et par conséquent une ané' ïnie locale. Mais aussitôt que l'excitation périphérique représentée par le froid cesse d'agir, la réaction succède à l'action ; les vaisseaux primitivement contraclurés se relâchent et l'anémie locale est remplacée par rhypérémie. Ces modifications vasculaires n'ont pas uniquement pour théâtre le lieu d'application du froid. Elles surviennent également dans les organes qui, par l'intermédiaire du système nerveux sont en relation physiologique plus étroite avec la zone périphérique sur laquelle agit le froid. Il résulte de là, comme nous l'avons dit plus haut, que le jour où nous connaîtrons suffisamment les connexions sympathiques qui font que Tirritation d'un point quelconque de la périphérie retentit sur la circulation d'un organe profond déterminé, nous pourrons à loisir régler l'apport du sang dans tel ou tel département de l'économie, et, en particulier, hypérémier les organes qui sont insuffisamment irrigués par le sang.
Il est vrai de dire que les cas où il y a lieu pour le médecin de combattre une anémie locale sont relativement rares. Jusqu'ici l'action stimulante exercée par le froid sur les circulations locales a été surtout utilisée pour combattre Vanémie des centres nerveux. Pour atteindre ce but on a tenté de faire, non sans obtenir des résultats réels, des applications de glace sur les différentes régions du racbis, suivant qu'on voulait agir sur la circulation de telle ou telle portion des centres nerveux. Ainsi, M. le D' Chapman a montré qu'en appliquant des sachets de glace sur la région cervicale, on influence manifestement la circulation dô l'encéphale et du fond de l'œil, tandis que les applications de glace, faites au niveau du centre génitospinal, influencent tout particulièrement la circulation des organes génito-urinaires.
Labadib-Lagbatis. ~ Froid. 6
Il a tout particulièrement préconisé, dans le traitement de l'anémie cérébrale, cette nouvelle méthode de traitement qui consiste à appliquer d*une façon permanente, au moyen d'un appareil imaginé par lui, de la glace pilée sur la partie cervico-dorsale des rachig. Pans la pensée de Fauteur, Tanémie cérébrale, quand elle ne résulte pas d'une hémorrhagie, serait constamment entretenue par un état congestif de la moelle; de là Tefflcacité du traitement proposé par cet auteur. Les faits cités par lui sont assez encourageants, mais il ne semble pas cependant que ce traitement soit également bien supporté par tous les malades. C'est à l'expérience et à l'observation ultérieure qu'il appartient de se prononcer sur la valeur de ce nouveau moyen de traitement que nous nous bornons à enregistrer ici sans autres commentaires.
L'action hypérémiante du froid a encore été employée avec un grand succès par M. Panas, dans le traitement de V aménorrhée par asthénie et de l'aménorrhée symptomatique d'une lésion inflammatoire chronique de l'utérus et de ses annexes. C'est ce que prouvent les observations consignées dans le travail du D' Enguehard, élève de M. Panas. Ce dernier emploie le froid sous forme de douches à la température de 8^ à 14* et d'une durée d'une demi- minute à deux minutes et demie. Ces douches donnent lieu à des douleurs très-supportables qui n'ont rien d'inquiétant et qui sont de très-courte durée. Des observations qu'il a consignées dans sa thèse, Enguehard est arrivé à conclure que les douches froides utérines, dans les cas signalés précédemment, sont supérieures à tout autre moyen local, pour procurer le rétablissement permanent de la menstruation, une fois qu'elles ont provoqué son retour.
§ m. — DU FROID COMME ANTIPHLOGISTIQUE.
C'est en mettant en jeu la, contractilité des vaisseaux d'un organe que le froid agit comme antiphlogisUque. On l'emploiera. donc d'une façon générale dans toutes les congestions et dans toutes les inflam^ mations j pour rétablir le calibre normal des vaisseaux. Mais pour arriver à ce but, il faut que l'application du froid ne soit ni trop courte ni trop énergique. Dans le premier cas, en effet, à la contraction initiale des vaisseaux succède bientôt leur relâchemnet, pendant la phase dite de réaction, absolument comme on voit la pâleur de la face, occasionnée par une émotion vive faire place ensuite à une rougeur très-marquée. En refroidissant donc pendant un temps trop court un organe qui est le siège d'une congestion ou d'une inflammation, par suite de la prédominance de la réaction, on n'arrive qu'à augmenter l'afflux du sang dans cet organe.
Quand l'application du froid sur un organe est trop énergique, le relâchement paralytique des vaisseaux qui succède à leur contraction initiale est tel qu'il en résulte une diminution excessive de la pression intravasculaire dans le département circulatoire influencé par le froid. Or^ s'il s'agit d'un organe enflammé, la stase sanguine qui caractérise en partie le processus inflammatoire est exagérée par cette paralysie vasculaire engendrée par le froid. A un moment donné, l'arrêt du sang devient complet, il se formera des thromboses veineuses, et au lieu de favoriser le dégorgement de l'organe phlogose le froid pourra bien aboutir à la gangrène; C'est là un accident que Béhieû à iobservé, à trois reprises, chez
des femmes en couches auxquelles il avait appliqué des vessies de glace sur le ventre sans interposition d'une compresse pour protéger la peau contre Tirritation excessive du froid.
il n'en sera plus de même lorsqu'on aura recours à des applications prolongées d'un froid dont Tintensité n'est pas suffisante pour produire une tétanisation pas-' sagère des vaisseaux ni tellement violente, que l'épuisement paralytique qui la suit persiste outre mesure. Alors, sous l'influence de l'excitation cutanée transmise par les nerfs sensitifs aux centres vaso-moteurs, les vaisseaux de l'organe qui est le siège de la phlogose, se contractent modérément. Cette diminution du calibre des vaisseaux est accompagnée d'une augmentation locale de la pression intravasculaire, deux facteurs qui contribuent à favoriser la déplétion de l'organe enflammé. Quand au bout d'un certain temps de contraction, les fibres lisses sont affaiblies par la fatigue, les vaisseaux passent de l'état de contraction à l'état de relâchement. Mais, vu le degré de l'excitation périphérique, cette fatigue ne va pas jusqu'à l'épuisement. Les fibres lisses récupèrent donc promptement leur contractilité. Comme d'ailleurs, l'excitation périphérique représentée paï le froid, continue d'agir, le relâchement des vaisseaux ne sera que momentané et sera suivi bientôt d'une nouvelle phase de contraction.
Sur une membrane vasculaire transparente d'un animal vivant, il est facile de s'assurer de visu qu'une excitation cutanée très-violente engendre une tétanisation passagère des vaisseaux, suivie bientôt d'un relâchement durable. Au contraire, sous l'influence d'une irritation moins énergique mais prolongée, les vaisseaux sont animés de contractions intermittentes, ûé véritables mouvements péristaltiques, qui favori-
sent singulièrement le cours du sang dans ces tubes contractiles.
Cela dit sur les conditions que doit remplir Tapplication extérieure du froid, pour produire une action antiphlogistique , nous allons passer en revue les diverses phlegmasies dans lesquelles ce mode de traitement a été expérimenté avec plus ou moins de succès.
1<> Méningite.
La méningite est certainement l'affection inflammatoire où les applications locales du froid comme antiphlogistique ont été le plus universellement employées. Lieutaud, Pinel, Georget, Récamier, Esquirol, Rostan, Abercrombie , Lallemand , Stokes , Aug. Voisin , Falret, vantent tous les applications locales de glace dans le traitement des diverses formes de méningite. Broussais, dans son Traité de pathologie générale^ est d'avis que la pratique des émissions sanguines, lorsqu'elle est jugée nécessaire, ne doit pas exclure J'emploi du froid sous forme de boissons, de lavements froids, de glace appliquée sur la tête. Andral constate l'utilité du froid dans toutes les irritations du cerveau et de ses enveloppes.
En Allemagne, Gerhardt et Vogel, qui se sont occupés tout particulièrement des maladies des enfants, se déclarent aussi partisans de l'emploi topique dufroid dans les différentes formes de méningite. Selon Vpgel, les affasions froides sur la tête sont toujours suivies d'une amélioration des symptômes cérébraux.
Dans la pathologie de Niemeyer, il est dit « que les dérivatifs (drastiques, vésicatoires) sont bien moins efficaces que les douches, les affusions froides sur la tête, pratiquées d'une certaine hauteur à l'aide d'un
seau. Le plus souvent les malades, sous rinfluence de ces réfrigérations , reprennent conscience d'euxmêmes; mais il faut renouveler les affusions à de courts intervalles, si on veut obtenir des succès durables. »
Liebermeister, Bartels, Jûgersen ont surtout employé le froid sous forme de bains destinés à agir sur la température fébrile.
Tout récemment, Rohrer a publié quinze cas d'affections inflammatoires du cerveau et de ses enveloppes^ traités par l'eau froide. Outre l'abaissement de température et les effets antispasmodiques obtenus à l'aide de ce mode de traitement, il a noté que quand l'eau est projetée sur la région cervicale avec une certaine force, il se produit une dérivation très-manifeste qui se révèle par un amendement des manifestations cérébrales, coïncidant avec la rubéfaction de la peau au lieu d'application du froid. Aussi Rohrer recommande-t-il l'emploi du froid dans toutes les formes de méningite, quelle que soit leur étiologie. Lacorbière, dans son Traité du froidj cite également plusieurs observations de méningites guéries par remploi des réfrigérations topiques.
Il ne semble pas pourtant que les applications extérieures du froid dans les phlegmasies des méninges soient toujours absolument inoffensives. Les réfrigérations locales de Textrémité céphalique, par l'action puissante qu'elles exercent sur la circulation cérébrale, peuvent devenir entre des mains inhabiles ou téméraires, une source d'accidents graves. Quand par exemple l'application de la glace sur la tête n'est maintenue que pendant un temps très-court, il se produit, à sa suite, une phase de réaction pendant laquelle la congestion du cerveau et des méninges prend des proportions menaçantes et se révèle par l'exagération de tous les troubles cérébraux.
Quand, au contraire, l'application du froid est prolongée outre mesure, au lieu d'une réaction violente, c'est un collapsus profond qui peut en résulter. Les malades tombent alors dans un coma profond, dont il est impossible de les tirer. Ces dangers des réfrigérations topiques, dans les inlSammations des méninges et du cerveau, avaient déjà été sigoalés par Hoffmann et plus tard par Berthomé, Bompard, Segond qui proscrivaient systématiquement l'emploi de la glace dans les inflammations de l'encéphale et de ses enveloppes. Andral ne s'est pas borné à faire connaître ces deux écueils, double danger dont il convient de se garer soigneusement : la réaction excessive et le collapsus mortel, il a/ormulé minutieusement les règles qui doivent présider à ces réfrigérations topiques dans la méningite et Tencéphalite :
« L'application du froid se fait par la glace, appliquée en permanence sur la partie enflammée et non d'une manière passagère et de couçte durée, ces intervalles donnant à la réaction le temps de se produire. La glace ne doit pas peser sur la tête; il faut qu'elle soit pilée et renouvelée de temps en temps. Il est des individus qui reçoivent du froid une impression désagréable, non pas momentanée, ce qui est général, mais persistante, et alors il faut en interrompre l'usage. A d'autres au contraire, Tapplication de la glace cause un plaisir extrême et souvent provoque leretour de l'intelligence; la cessation du délire suit immédiatement l'application de la glace que ces malades demandent avec instance.
On peut encore employer le froid sous une autre forme: en affusion d'eau à 22% à 20% à 18° et à 16"R. très-rarement au-dessous. Ces affusions «ont administrées à intervalles plus ou moins éloignés, et chacune d'elles a une durée d'abord de une à deux
miûutes, et qui peut être ensuite beaucoup plus longue. Dans certaines circonstances, on a établi un courant continu s'écoulant du crâne sur la face, à une température modérée.D'autres fois c'est par ^^i//iarfmm, guttatim^ qu'on fait tomber l'eau froide d'une certaine hauteur sur Ja tête : quelques médecins attachent à ce mode d'application du froid une grande importance. J'ai vu une fille avec tous les signes d'une encéphalite très-prononcée, qui soumise à Taction de ce moyen, pendant quatre jours, guérit parfaitement. Aucune autre médication n'avait été employée.
Du reste le froid est un agent puissant, mais dont le maniement demande une grande habileté; mal employé il peut être la source d'accidents terribles. On a mis en usage les ablutions froides générales dans des cas de mouvement fébrile intense, on promène sur toute la surface cutanée une éponge mouillée d'eau vinaigrée ou simple, en même temps qu'on a soin de tenir la tête fraîche. »
2<> Amygdalite.
Lacorbière vante beaucoup l'emploi du froid intus et extra contre l'amygdalite, non-seulement comme moyen curatif, mais encore comme moyen abortif, au début de la maladie. Selon Valleix, l'emploi des lotions froides à l'extérieur et l'ingestion de petits morceaux de glace dans la bouche, dans les cas d'angine tonsillaire sont des moyens qui exigent de grandes précautions à cause de la réaction consécutive.
3^ Angine diphthéritique. Group.
M. Heurteloup, le commentateur de Giannini, discutant l'emploi du froid dans les inflammations,
s'est demandé si « le croup auquel si peu d'enfants échappent, et particulièrement le croup aigu, malgré tous les moyens imaginés jusqu'à ce jour, ne pourrait pas aussi être attaqué avantageusement par les aflfusions ou les bains froids, et si ce traitement ne servirait pas au moins à arrêter les progrès rapides du mal et à faciliter ainsi l'emploi d'autres remèdes. » La terreur qu'inspire généralement l'hydrothérapie dans le traitement des maladies de l'appareil respiratoire, n'a pas empêché certains médecins de tenter le remède timidement proposé par Heurteloup contre le croup, dans Tétiologie duquel le froid humide semble, au dire de beaucoup de médecins, jouer un si grand rôle. Le docteur Harder, de Saint-Pétersbourg, un des premiers qui ait expérimenté l'eau froide dans le traitement de cette terrible maladie, en parle avec beaucoup de louanges. Nous croyons devoir reproduire ici le procédé aussi original qu'énergique mis en pratique par Harder : Le malade était placé dans uoe baignoire vide et couché sur des traversins remplis de foin : quand il s'agissait d'un enfant, un aide le maintenait couché sur le ventre. Puis, d'une hauteur de un à deux pieds et plus, on projetait avec force sur la tête d'abord, ensuite sur la nuque, sur le dos, sur la poitrine, un ou deux seaux d'eau à la température de 10° à 12° R. En même temps, la peau de la poitrine et du dos était frottée jusqu'à rubéfaction. Le. malade était ensuite transporté dans son lit ; on le couvrait de compresses mouillées et froides et de légères couver tures. Cette manipulation, dans les cas graves, durait jusqu'à dix minutes, et elle était renouvelée chaque fois qu'il se produisait une aggravation des symptômes. Grâce à cette médication audacieuse, Harder prétend avoir obtenu parfois des guérisons, même dans les cas les plus désespérés, alors que les malades
étalent plongés dans le coma asphyxique, et que les extrémités étaient déjà notablement refroidies.
Harder n'a pas manqué d^imitateurs en Allemagne, Mûller, Aberlô, Bambach, Dûsterberg, Hergst, Ulrich, le professeur Eck, Landa, Fischer, Hanner, ont publié des observations de croup guéri par Teau froide. Landa, entre autres, rapporte que sur trente-trois cas traités par lies applications de glace sur le cou, les affusions froides et les enveloppements dans le drap mouillé, deux seulement se sont terminés par la mort. C'est en stimulant les mouvements respiratoires, en faisant.pousser des cris aux malades et en favorisant de la sorte la toux et Texpectoration que les applications extérieures du froid amènent, selon Landa, la guérison du croup.
Schindler, un adepte de Priessnitz, décrit de la façon suivante le procédé à suivre dans le traitement de Tangine et de la laryngite diphthéritique : « Quand on est en présence d^un accès de vrai croup, on pratique aussitôt dès frictions avec un linge trempé dans de l'eau absolument froide. Avant la friction, oû a soin de mouiller rapidement les mains, la poitrine, le cou, la figure et la tête. Une compresse froide est enroulée autour du cou, puis le malade est enveloppé dans le drap mouillé et frictionné sur toute la surface du corps, à l'exception de la tête, sur laquelle QA applique également une compresse froide. Le malade se tient debout. Un premier aide frictionne la nuque, les épaules, le dos et la poitrine; un autre le ventre, les lombes et les avant-bras ; un troisième les membres inférieurs, y compris les pieds. La partie supérieure du corps, qui se réchauffe très-promptement, doit être à plusieurs reprises aspergée avec de l'eau froide. On devra également renouveler plusieurs fois, à chaque séance, le drap mouillé ainsi que la
compresse froide roulée autour du cou. Pendant la friction, on fait boire au malade de l'eau froide. Cette manipulation devra être poursuivie jusqu'à ce que la toux perde son caractère spasmodique, qu'elle ne rappelle plus l'aboiement, et qu'elle soit accompagnéed'expectoration, enfin que la voix cesse d'être rauqueet que la respiration se fasse sans peine. . . .L'ingestion d'une notable quantité d'eau froide, combinée avec les frictions, déterminera souvent des vomissements salutaires. On provoquera ceux-ci en exerçant une pression sur la région épigastrique.
Wildbach, Richter, Steinbacher ont vanté les enveloppements dans le drap humide, suivis de frictions à Teau froide, ainsi que les bains de siège.
Schadler, Weiskopf, Roser ont eu recours aux aflfusions froides dans le bain tiède. D'après Weiskopf, nul moyen n'est égal aux affusions froides pour favoriser l'expectoration des produits morbides accumulés dans les voies respiratoires.
Bartels, dans un mémoire sur le croup, publié il y a dix ans, déclare que parmi les moyens qui doivent être dirigés contre l'asphyxie imminente figurent en première ligne les excitations cutanées, qui, par voie réflexe, vont réveiller l'activité des centres des mouvements respiratoires et provoquent de la sorte de violents accès de toux. Dans ce but, Bartels a recours aux affusions froides chez les malades affectés du croup qui tombent dans la torpeur, respirent à peine et ne toussent plus. Lorsque les malades n'ont pas de fièvre, Bartels les fait mettre dans un bain chaud à 35*-37%5, et c'est dans le bain qu'on les soumet aux affusions froides. On voit aussitôt les petits, malades faire de profondes inspirations, être pris de quintes de toux énergiques, qui aboutissent d'ordinaire à l'expectoation de fausses membranes.
Ce traitement lui paraît également indiqué dans les cas où, à la suite de la trachéotomie, les bronches sont envahies par le processus diphthéritique, et qu'il y a imminence d'asphyxie ; c'est alors qu'il n'est pas rare -de voir la canule trachéale livrer passage à des lambeaux de fausses membranes. Par contre, dans les cas où la trachéotomie est repoussée par l'entourage du malade, et où les malades sont plongés dans une apathie profonde, le froid est, selon Bartels, impuissant, comme tous les autres moyens, à rappeler ces infortunés à la vie.
Liebermeister recommande également de recourir aux enveloppements dans le drap mouillé pour combattre le croup. Winternitz a vu guérir quatre enfants chez lesquels il avait institué un traitement par l'eau froide, analogue à celui de Schindler, et qui a été décrit plus haut. Suivant Thydrothérapiste viennois, on arrive, à l'aide du froid, non-seulement à ranimer l'énergie des mouvements respiratoires, mais encore à ralentir le pouls et la température.
Il nous apprend que les applications de glace sur le cou sont d'un emploi très-répandu en Allemagne dans le traitement du croup.
En France, ces sortes de pratiques sont, en général, fort peu goûtées. On trouve pourtant cité dans le travail de Lacorbière des cas où le froid a été employé avec avantage dans le traitement de Tangine diphthéritique. Dès 1850, le D' Grand-Boulogne, ancien viceconsul de France à la Havane, avait reconnu que l'on parvient à enrayer la marche du croup en faisant maintenir constamment dans la bouche du malade de petits morceaux de glace.
Le D' Honoré Lacaze, qui exerçait à la Réunion, a 7)ublié, dans VUnion médicale du 2 juillet 1864, plusieurs cas d'angine diphthéritique où la guérison fut
obtenue à Taide de gargarismes et de boissons glacées. Enfin, le D' Clochard a publié de son côté, dans Y Abeille médicaley cinq cas d'angine pseudo-membraneuse traités par la glace avec un succès rapide et complet.
40 Gastrite et gastro-entérite
Dans la gastrite aiguë et surtout dans la gastrite d'origine toxique, l'application du froid sur la région épigastrique et surtout l'ingestion de petits fragments de glace agissent non-seulement comme moyen antiphlogistique, mais encore en anesthésiant la muqueuse et en calmant de la sorte les douleurs et les vomissements. Parmenide d'Elée et Avicenne connaissaient déjà les heureux effets du froid dans le traitement de la gastrite. Ce dernier auteur reproduit ce passage de Sénèque, où il est dit en parlant des dames romaines : « Elles se sont faites hommes ; elles rejettent comme eux, par régurgitation, la surface de leurs entrailles et rendent en vomissant tout ce qu'elles ont avalé de vin; elles mangent également de la neige pour abaisser les ardeurs de leur estomac. » f Seneca, Epist. XCV.]
La Corbière a eu occasion d'expérimenter sur luimême Tefflcacité merveilleuse du froid dans le traitement de la gastro-entérite. Il n'a fait d'ailleurs que se soumettre aux préceptes de ses maîtres, Broussais et Récamier. Il cite encore l'observation de Brandis, (c qui, après une longue et grave affection intestinale, lui ofccisidnnant souvent, la nuit, des coliques et des tenesmes téltement violents qu'ils provoquaient parfois la syncope, avait pris Thabitude de combattre ces accidents par l'eau glacée ^ Fintérieur, et ce simple moyen les faisait aussitôt disparaître. »
D'autres auteurs^ tels qae Strambio, Kraft, Heim, ont également publié des faits qui démontrent l'efficacité du froid dans le traitement des inflammations du tube gastro-intestinal. Aujourd'hui, on s'accorde généralement à recommander aux malades de n'ingérer que des boissons et des aliments froids ; on va même parfois jusqu'à prescrire la glace à Tintérieur, en petits fragments.
Nous pourrions citer également un grand nombre d'auteurs, entre autres Mame-Ferrari, Agliatr Nardi en Italie, Reuss, flufeland, Gôdeen en Allemagne, qui ont publié des observations nombreuses de diarrhée et de dysenterie guéries par l'emploi du froid intus et extra,
6^ Pneumonie et pleurésie.
L'emploi du froid comme moyen antiphlogistique, dans le traitement de la pneumonie et de la pleurésie^ remonte à une époque déjà fort ancienne. Il y a plus de deux cents ans. Th. Bartholin, Hanevek, Sarcone, Bressani. Brandis administraient le froid à l'état d'eau froide, de neige ou de glace, dans le traitement des affections inflammatoires de la poitrine et vantaient les bons résultats obtenus, grâce à cette médication qui, depuis Hippocrate, n'a cessé de causer la plus grande frayeur au vulgaire et aux médecins.
Plus récemment, le docteur Gampagnano, deNaples, a publié un certain nombre d'observations démontrant l'efficacité du bain froid dans le traitement des inflammations pulmonaires (pleurésie et pneumonie). Il employait également la neige à l'intérieur pour rappeler Texpectoration supprimée dans la pneumonie adynamique.
De nos jours, les applications locales du froid sur
le thorax sont fort employées, en Allemagne, dans le traitement des inflammations aiguës du poumon et de la plèvre, non-seulement pour combattre le point de côté, comme nous le verrons plus loin, mais aussi pour restreindre la circulation des tissus phlogosés. Niemeyer affirme que les applications froides continues, sous forme de vessies de glace appliquées sur la poitrine, lui ont donné, dans le traitement de la pleurésie et de la pneumonie aiguë, des résultats tout aussi satisfaisants que ceux qu'on a obtenus avec ce mode de traitement dans les affections inflammatoires chirurgicales.
Dans ces derniers temps, les cliniciens allemands, tels que Bartels, Jûrgensen, Liebermeister, qui ont le plus contribué par leurs travaux à remettre en honneur remploi du froid dans le traitement des affections inflammatoires et fébriles, dirigent tous leurs efforts contre l'élément fièvre qui, pour eux, constitue le danger par excellence des pyrexies. Aussi les applications locales du froid ont- elles fait place, dans le traitement de la pneumonie et de la pleurésie, à un traitement plus radical : l'administration des bains froids. Il n'est pas démontré jusqu'ici que cette médication ait une action réelle sur la marche et la durée des affections inflammatoires du poumon et de son enveloppe. Mais les expériences faites jusqu'à ce jour semblent, du moins, démontrer que l'emploi du froid dans les maladies en question est beaucoup moins redoutable qu'on ne se le figure généralement en France, où Ton accepte, avec une foi mêlée de crainte, le fameux aphorisme d'Hippocrate : Frigida velut nix, glacies^ pectori inimica, tusses movent, sanguinis eruptiones ac catarrhos inducunt.
6o Péricardite.
M. GendriD, dans ses leçons sur les maladies du cœur, insiste beaucoup sur remploi des réfrigérations locales dans la forme suràiguë de la péricardite. En pareil cas, il a recours, à l'application de la vessie de glace sur la région précordiale. « L^effet direct de ces topiques est de diminuer immédiatement les douleurs locales, de calmer les battements tumultueux du cœur et ranxîété extrême du malade; le plus souvent Tef^ fet topique réfrigérant a même pour résultat de déprimer en peu de temps la violence de l'état fébrile et d'abaisser la fréquence du pouls au-dessous de son rbythme normal. » Mais il a soin d'ajouter que les effets énergiques de ces topiques réfrigérants imposent une active surveillance; car leur action s'étend bientôt à tout l'organisme pour déprimer toutes les grandes fonctions. Quand l'application du froid est trop prolongée, elle peut devenir dangereuse par Faction dépressive qu'elle exerce sur la circulation, la respiration et les fonctions des centres nerveux et qui peut aboutir au coUapsus. Aussi M. Gendrin recommande-t-il de ne pas abandonner le malade, en pa-i reil cas, à des mains inexpérimentées. L'interventioa d'un aide capable de juger, par le pouls et la chaleur de la peau, de l'état de la circulation est absolument indispensable. Chez quelques malades, il arrive en etfet que les battements tumultueux du cœur, les douleurs vives de la région précordiale, l'accélération du pouls sont déprimés en moins d'une heure, tanais que chez d'autres, ce même résultat n'est obtenu qu'au bout dé trois ou quatre heures. Dès qu'il en est ainsi, l'application des topiques réfrigérants ne peut plus être que dangereuse, et doit par conséquent être supprimée.
Lacorbière recommande également l'emploi du froid intus et ea:^^ dans le traitement de la péricardite 3uraigvië.. Partisan zélé des doctrines sanguinaires de Broussais, son maître, il né craignait pas de combiner le froid avec les saignées répétées à profusion.
De nos jours, le traitement par Feau froide de la péricsurdite comme de toutes les maladies inflammatoires est érigé en règle par,. les cliniciens les plus renommés de l'Allemagne. Loin départager les sages réserves et les salutaires craintes expriïnées par M. Gendrin, les Allemands n'hésitent pas à combiner les ? /topiques réfrigérants avec le bain froid, moyen bfen autrement , capable d'engendrer, dans Tespèce, la parésie cardiaque et le coUapsus.
6<^ Inflammation des organes génitaux chez la femme.
L'action antiphlogistique du froid a été utilisée dans ces derniers temps par un grand nombre de médecins dans le traitement des affections inflammatoires du petit bassin chez la femme. Nous citerons entre autres : Nélaton, Récamier,Cazeaux, Béhier, qui ont vanté les applications du froid dans le traitement des maladies de Tutérus et de ses annexes. Béhier a tout particulièrement insisté sur Futilité et l'innocuité 4ês applications de glace pour combattre les afi'ections inflammatoires des femmes en couché. « La glace, dit Béhier, qui n'a d'autre but que Tapplication du froid humide, est destinée à remplacer les irrigations d'eau froide que l'on emploie en chirurgie avec tant de succès... J'ai imaginé d'appliquer sur le ventre des mala* des des compresses, épaisses de plusieurs doubles, imprégnées d'eau froide et recouvertes de vessies de caoutchouc qui contiennent de la glace réduite en petits fragments ; le tout est maintenu par une alèze
Làbadib-Lagbavb. — Froid. 7
attachée, laquelle en assurant l'application immédiate de cette sorte d'appareil, permet à la malade d'opérer, sans gêne aucune, des mouvements assez étendus. Pour peu qu'elles soient intelligentes, les malades, en maintenant cet appareil, peuvent même se lever pour aller à la selle ou pour uriner. En général, toutes les deux heures, la glace doit être renouvelée, les compresses mouillées de nouveau..,. A la campagne, la glace pourrait être remplacée par de leau fraîche contenue dans des vessies de porc; mais l'eau devrait être renouvelée dès que sa température s'élèverait, et les vessies changées souvent, à cause de l'odeur fétide qu'elles prennent. »
Béhier a retiré de l'emploi de la glace de réels avantages, soit comme moyen préventif, soit comme moyen curatif. Le froid humide a d'ailleurs l'avantage de ne pas être un agent spoliateur comme les émissions sanguines; jamais Béhier n'a observé les complications thoraciques qu'on redoute tant en France, pas de troubles dans la montée du lait, pas d'arrêt dans l'écoulement des lochies ; au contraire il a vu les lo-^ chies suspendues par le fait d'accidents.
M. Briand, un élève de Béhier, a réuni, dans sa thèse inaugurale, un certain nombre d'observations recueillies dans le service de son maître et démontrant l'efficacité des applications de glace sur le ventre, dans le traitement des accidents * puerpéraux de nature in* flammatoire, en particulier du phlegmon péri-utérin et de la péritonite.
Aran considérait l'hydrothérapie comme la clef de voûte du traitement de la métrite chronique parenchymateuse,et Valleix, de son côté, proclamait l'hydrothérapie (( le meilleur des fondants». Aujourd'hui, les médecins qui se sont occupés d'une façon spéciale du traitement des maladies des femmes, sont d'accord
avec les hydrologues pour voir dans remploi rationnel de Teau froide le meilleur moyen de combattre les engorgements chroniques de l'utérus. Les modifications de la circulation de l'utérus déterminées par l'application directe du froid peuvent d'ailleurs être constatées de visu à l'inspection de cet qrgane. Si en effet on dirige un jet d'eau froide d'une certaine puissance sur le col de l'utérus^ la muqueuse de la portion vaginale du col perd sa coloration rosée normale et pâlit considérablement sous l'influence de la contraction des capillaires causée par le froid. Mais bientôt après, le col devient d'un roUge foncé, parfois bleuâtre, par suite de la stase sanguine qu'engendre le relâchement paralytique consécutif des capillaires primitivement contractures. Ces modifications circulatoires sont donc identiques à celles observées sur la membrane natatoire de la grenouille sous Tinfluence du froid. On comprend ainsi comment, en modifiant d'une façon directe la circulation de l'utérus, on arrive à provoquer la résorption des exsudats inflammatoires déposés dans le parenchyme de cet organe.
70 Orchite.
L'emploi de la glace, dit M. Diday, m'a rendu des services : 1** dans l'orchite qui parfois complique l'épididymiteblennhorragique; 2** dans la névralgie testiculaire {irritabile testis)'^ 3° dans certains autres états à forme complexe, à cause mal déterminée, mais dont l'élément douleur constitue le caractère dominant.
Le caractère de la douleur dans l'orchite blennorrhagique est d'être aiguë, angoissante, comparable, pour, l'intensité; aux plus torturants accès d'otite ou de névralgie dentaire. Quand, au bout de quelques heures,;
elle <est parvenue à soa maximum de violence, elle irradie par le . cordon dans l'anneau inguinal, jusque la fosse iliaque et la région vésicale. A la fois continue et intermittente, elle a des exacerbations d'un caractère d'acuité dont il faut avoir été témoin pour s'en rendre compte. Elle jette l6 patient dans un état qui tient à la fois de l'abattement et de Texcitation nerveuse. Une réaction fébrile peut s*y joindre, et l'une et l'autre peuvent réveiller un état gastrique. »
C'est dans ces conditions, affirme M. Diday, que l'application de la glace, sans une seule exception, lui a toujours réussi, alors que les émissions sanguines locales, les narcotiques, etc., avaient été inutilement employées.
Celte application de glace, vu la puissance du moyen et sa rapidité, doit répondre à plusieurs indications. C'est ainsi que la vessie glacée doit envelopper et non simplement recouvrir le testicule, aussi doit- on lier cette vessie le plus près possible de son ouverture afin de lui laisser la laxité nécessaire à l'enveloppement testiculaire et chasser l'air de façon à laisser le ballon compressible.
Une vessie doit être placée sous les bourses, séparée des cuisses et du périnée par des serviettes.
Une seconde est placée en avant de manière à s'étendre au besoin sur le cordon et à rester légèrement suspendue afin de ne point incommoder le malade par sa pesanteur.
Un quart d'heure ne s'est pas écoulé, qu'un soulagement marqué se fait sentir. Après une heure, le testicule, diminué légèrement de volume, n'est plus douloureux. Mais la douleur non-seiilementdoit disparaître, elle ne doit plus revenir, et pour arriver à ce but, le maintien de la glace doit durer 48 heures, parfois 2, 3, jusqu'à 5 jours consécutifs, la pression du doigt sur le testi-
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cule n'est plus alors ni douloureuse, ni sensible, la sensibilité au doigt étant la pierre de touche qui commande la continuation du moyen.
Curling cite trois cas d'orchite avec épididymite aigûe, simple, qui, sous Tinfluence de semblables moyens, dans l'espace de quatre à six jours, ne présentèrent plus ni chaleur, ni rougeur, ni tension.
Timermans préconise comme mode de traitement de l'épididymite blennorrhagique l'application de compresses fréquemment mouillées d'eau végéto-minérale glacée.
Nann affirme les utiles effets, contre l'orchite aigûe, du froid et du chaud appliqués alternativement, de la façon suivante : Le malade est placé dans un bain chaud; après six à sept minutes, un courant d'eau froide est dirigé pendant une ou deux minutes sur le testicule, au moyen d'un tube de caoutchouc. La partie est ensuite échauffée de nouveau, puis Teau froide y est appliquée, et ainsi de suite, trois ou quatre fois. Une sensation de soulagement presque immédiate est le résultat de cette médication.
Ce même traitement par la glace a donné à Walter Rivington en Angleterre, à M. A. Fournier en France de nombreux succès.