‹ De l'influence des excitations cutanées sur la circulation et la calorificationChapitre 38 sur 65 · IV. — DU FROID COMME HÉMOSTATIQUE · texte numérisé non relu

IV. — DU FROID COMME HÉMOSTATIQUE

En vertu de son action sur les circulations locales, le froid est un hémostatique très-puissant. Mais on n'a pas jusqu'ici étudié d'une façon rigoureuse le mécanisme de cette action stytique exercée par le froid mis en contact avec un organe qui est le siège d^une rhexis^ d'une effraction vasculaire. Il est tout naturel de penser que le froid, en pareil cas, agit en faisant contracta*,

par voie réflexe, les vaisseaux rompus ou sectionnés. Cette diminution du calibre des vaisseaux favorise évidemment la formation des thrombus qui arrêteront l'écoulement du sang. On ne saurait dire si le froid exerce sur la composition du sang une action spéciale qui en favorise la coagulation.

.M. A. Desprès se contente de dire que le froid provoque la condensation du sang par soustraction de chaleur, ce qui n'éclaire pas considérablement le mécanisme de rhémostase, opérée par les applications réfrigérantes.

Toujours est-il que, dans bien des cas, les chirurgiens ont recours de préférence au froid, lorsqu'il s'agit de combattre une hémorrhagie, parce qu'une soustraction de chaleur, lorsqu'elle n'est pas excessive, fait contracter les conduits vasculaires au lieu d'application, sans exercer une action délétère sur les parties gaines, comme le font les caustiques. Mais nous n'avons à nous occuper ici que de l'action styptique du froid dans le traitement des hémorrhagies spontanées des organes profonds, qui seules sont du ressort de ta pathologie.interne. Or, pn peut poser, en thèse générale, que dans toutes, on a coutume de recourir aux applications topiques de glace. .

Ainsi de tout temps le froid a été considéré comme un moyen héroïque d'arrêter les hémoptysies. Déjà Cœlius Aur^lianus avait proclamé refiftcacité du froid intus et extra dans le traitement des hémorrhagies pulmonaires. Borsieri faisait preudre aux malades atteints de crachements de sang 250 à 300 grammes -d'eau glacée toutes les demi-heures, nuit et jour. Ce traitement était poursuivi . quelquefois pendant huit jours. Il recommandait en outre les applications d'eau froide sur les bras et les jarrets, pratique qu'il avait empruntée à Mertens. Rivière appliquait le froid

sur le scrotam. D'autres n'ont pas craint de faire des applications de neige et de glace sur la poitrine même.

De nos jours tous les auteurs modernes recomman-dent de ne prescrire aux malades qui crachent le sang .que des boissons et des aliments froids^ M. Gueneau de Mussy a conseillé deleur faire avaler des fragments de glace pilée quand Thémorrhagie est abondante. Enfin Walshe est revenu à l'application simultanée du froid inius et extra : « Des morceaux de glace doivent être tenus dans la bouche, et si Ton en applique avec précaution dans des sachets le long de Tépine dorsale ou au niveau du cœur on peut, comme je Tai vu fréquemment, arrêter presque instantanément VhémO" ptysie. On ne doit pas se laisser arrêter par les objections théoriques qui ont été faites à l'emploi de ce moyen. Il faut en même temps entretenir la chaleur des extrémités. » Beaucoup de praticiens affirment avoir trouvé dans l'application directe du froid sur les organes génitaux un excellent hémostatique.

Ge que nous venons de dire du traitement de l'hémoptysie par le froid s'applique en grande partie à Vhématémèsej qui du reste a souvent été confondue avec l'hémoptysie. Quand Thémorrhagle a son siège dans Testomac, Tingestion d'eau très-froide ou de petits fragments de glace pilée est encore bien plus indiquée que dans le cas précédent. L'action du froid porte alors directement sur les vaisseaux qui fournissent le sang.

L'emploi du frpid comme hémostatique pour arrêter Vépistaxis remonte également à une époque fort éloignée de nous. Ainsi Fabrice de Hilden conseillait l'emploi jdu bain froid dans les cas d'épistaxis rebelle. Il cite un cas où l'hémorrhagie nasale ne s'arrêta au moment où le corps vint en contact avec l'eau froide. La plupart des auteurs s^ contentent de faire des réfrigéra-

tidns locales sur le cou, sur le front,, sur la nuque. Une' pratique, très-répandue autrefois, consistait à appliquer le froid sur le scrotum. Robert Kinglake, cité par Valleix, vit une épistaxis très-grave et qui avait résisté à toutes sortes de moyens hémostatiques, céder très-rapidement à l'application de glace sur les parties génitales. Plus récemment Voillemier a vanté lés applications d'éther sur le front, qui n'agissent d'ailleurs que par la réfrigération due à l'évaporation de ce liquide très*volatil. Est-il enfin besoin de rappeler ici la pratique vulgaire delà clef dans le dos pour arrêter les hémorrhagies nasales? C'est parle froid du fer qu'opère ce moyen, moins utile aujourd'hui qu'on s'ingénie à rendre les clefs de plus en plus petites, comme le fait spirituellement observer M. le professeur Gubler.

Dans Vhematuriey les auteurs ne • recommandent généralement de recourir au froid que loràque l'hémorrhagie est extrêmement abondante. En pareil cas là glace devra être appliquée dans un point aussi voisin que possible du siège du mal, sur les lombes ou les flancs. L'injection d'eau froide dans la vessie et le rectum produit une action styptique très puissante.

De tout temps le froid a été un des moyens hémostatiques les plus usités pour combattre les hémorrhagies utérinesy mais les différents modes d'application sont loin d'avoir la même efficacité. Le plus souvent on a recours, en pareil cas, aux compresses trempées dans l'eau froide et placées sur le ventre. Ce moyen a en effet l'avantage de la simplicité et comme tel il peut être facilement mis en pratique. Mais il peut devenir très-dangereux, si l'on n'a pas soin de renouveler les compressés avant qu'elles aient eu le temps de se réchauffer, et si on ne prolonge pas suffisamment la réfrigération. Alors, eu effet, l'ischéniie

locale déterminée par rappliciation du froid est suivie bientôt d'une phase de réaction pendant laquelle le sang afflue en plus grande quantité dans l'utérus. On ne fera donc ainsi qu'aggraver l^hémorrhagie. Lés applications de vessies de glace, les injections d'eau glacée dans la vessie et le rectum sont préférables sous ce rapport. M. Gallard a l'habitude de recourir aux bains de siège froids, à courant continu, et de trois à quinze minutes de durée. Ce procédé a l'avantage de produire à la f ^is des effets hémostatiques et des effets antiphlogistiques. M. Gallard rapporte l'observation d'une jeune femme de 22 ans aflfectée depuis cinq mois d'une métrile interne, et qui fut prise d'hémorrhagies extrêmement profuses. Quatre bains de siège suffirent pour arrêter complètement les hémorrhagies. Le traitement fut poursuivi pendant trente jours, au bout desquels la malade sortait entièrement guérie. Quand on a affaire à des femmes trèsfaibles et très-impressionnables, l'emploi des injections continues d'eau froide, avec Tappareil construit à cet effet par M. le docteur Clauzure d'Angoulême, pourrait être utilement mis à profit.

Cet ingénieux praticien a imaginé pour l'application topique du froid, sur toutes les parties du corps, des espèces de cavités closes de caoutchouc qui s'adaptent aux membres comme au tronc. Ses ballons de différents calibres sont employés dans l'intérieur des organes comme l'utérus, la vessie, le rectum, etc-. Une sonde à double courant adaptée à ces appareils sert à faire pénétrer Teau et à la renouveler dès qu'elle s'est échauffée ou même à établir un courant continu. On a ainsi les avantages du froid sans le contact immédiat de l'air ni de l'eau et sans les inconvénients et les dangers qui peuvent en être la conséquence.

On a encore employé le froid pour combattre les métrorrhagîes, sous forme d'enveloppemeilts dans le drap mouillé, de bains de pieds d'eau courante, de fiacs à glace introduits dans le vagin, de douches en pluie. Ces derniers moyens sont vantés surtout par les hydrothérapistes.

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