II. àièiiccUion antipyrétique
Seconde moitié de 1867-1871 230 38 16,5 0/0
Pour le professeur Lebert (de Breslau) la médication par les bains froids constitua le meilleur mode de traitement de la pneumonie fibrineuse surtout dans les cas graves (formes bilieuse et alcoolique). Il affirme que les bains froids sont extrêmement bien supportés par les pneumoniques, en particulier chez ceux qui sont pris de délire alcoolique. Jamais Lebert n'a vu survenir d'accidents sous l'influence de cette médication. Mais après av^ir émis l'assertion qui précède, Lebert ne tarde pas à se demander quel est le bénéfice réel qu'on retire en somme de l'emploi des bains froids dans le traitement de la pneumonie fibrineuse. Dans les cinq cas, où il a eu occasion d'expérimenter la médication réfrigérante, la durée de la maladie n^a pas été abrégée. Dans un de ces cas, la défervescence est sarvenue le septième jour, une autre fois le huitième, une fois le neuvième, une fois le dixième, et dans le dernier cas, la défervescence lytique traîna en loa** gueur.
Les cinq malades guérirent : deux étaient sous le
coup de l'alcoolisme, et chez ceux-là, le bain froid exerça une action sédative des plus manifestes sur le système nerveux. — A la suite de chaque bain", la température s'abaissait en moyenne de 2% 5 à 3** ; maû le plus souvent au bout d^une heure ^ de deux heures au pluSj elle avait regagné sa hauteur primitive. En somme, Lebert avoue que PeflFet utile, au point de vue de Tapyrexie, fut nulle ; le bain froid n'a même pas hâté le moment de la défervescence.
Après avoir lu ce qui précède, on se demande sur quelle base s'appuie Lebert pour déclarer que la médication réfrigérante par les bains froids constitue le meilleur mode de traitement de la pneumonie, et pour placer le bain au-dessus de l'emploi du sulfate de quinine, de la digitale et de la vératrine. Nous ferons remarquer en particulier, en ce qui concerne la pneumonie alcoolique, que ce ne sont pas les résultats négatifs du médecin cosmopolite qui nous pousseront à abandonner le traitement bien connu par l'alcool à hautes doses, associé à la digitale et à l'opium, traitement dont l'efficacité est reconnue de la généralité des cliniciens.
Jûrgensen, un des promoteurs de la méthode antipyrétique, a passé en revue les diverses objections qu'on pouvait adresser à l'emploi des bains froids dans le traitement de la pneumonie. Il avoue qu'on ne saurait nier à priori que la contraction des vaisseaux, périphériques déterminée par le froid, occasionne pour le cœur une surcharge de travail assez notable, et qu'on est, dès lors, en droit de se demander, s'il ne peut pas en résulter, à un moment donné, une para-, lysie du muscle cardiaque surmené. Il ne doute pas, d'ailleurs, qu'il y ait eu des cas où la mort par coUapsus a surpris des pneumoniques dans le bain froid, et que ce dernier soit justiciable de la
terminaison fatale. Mais Jûrgensen s'en console, en pensant que ni lui ni ses élèves n'ont à se reprocher de semblables accidents, et cela pour cause : en eflTet, Jûrgensen est d'avis que pour juger de la valeur de la méthode, il ne faut pas l'expérimenter dans les cas de pneumonie graves, où la vie du malade est déjà sérieusement compromise.
On pourrait conclure de laque la médication réfrigérante n'est réellement efScace que dans la pneumonie bénigne, autrement dit dans celle qui guérit sans interventionactivedelathérapeutique. Jûrgensen, pour convaincre le lecteur de la supériorité de la médication réfrigérante, et de son innocuité par rapport au cœur, invoque la statistique de Liebermeister que nous avons . reproduite plus haut. D'ailleurs, il ajoute que l'ennemi par excellence du cœur, c'est la fièvre ; l'emploi des bains froids aura donc avant tout une signification prophylactique. La température et la durée du bain se régleront donc sur l'intensité de la fièvre et sur l'état des forces du malade. Une dernière recommandation sur laquelle le clinicien de Kiel croit devoir insister, c'est de faire prendre aux pneumoniques, avant et après le bain froid, une boisson stimulante (vin de Bordeaux, de Madère ou de Champagne), dont la quantité devra être proportionnée à la température et à la durée du bain.
Ajoutons qu'en doctrinaire convaincu, Jûrgensen n'a pas hésité à traiter sa propre fille atteinte de pneumonie, par la médication réfrigérante. La température de la jeune malade qui dépassait 41% subit, sous l'influence de bains à 16'', un abaissement si brusque que Jûrgensen crut devoir porter la température de l'eau à 2i'*-22**. La jeune fille guérit sans avoir présenté le moindre signe de coUapsus. Leube a traité quatre malades atteints de pneumo-
i(ie grave, en les couchant sur de petits matelas en caontchouc, renfermant un mélange réfrigérant ^glace et sel, temp. — 10"). Il a pu constater qu'au bout de une à deux heures, la température rectale s^abaisse de l"" à 2"" pour se maintenir à ce niveau* Au contraire, la température saillaire s'abaissait au bout d'un temps très-court de 0*,5, pour s'arrêter ensuite à ce niveau.
A l'exemple de Jûrgensen, le D' Mayer (d'Aix-la-Chapelle) a employé dans le traitement de la pneumonie croupale, chez les enfants, des bains tièdes dont la température initiale de 32^,5 était abaissée progrès* sivement à 30*, parfois même à 25*. Les bains avaient * une durée de 10 à 14 minutes. Cette médication a été mise en usage entre autres chez deux enfants âgés Tun de sept, l'autre de huit mois. Chez un autre enfant âgé de dix-sept mois et atteint de pneumonie flbrineuse, Maier ne prescrivit pas moins de soixante bains à 23* 75 dans l'espace de 11 jours. Cette observation est bien propre à faire voir que chez les enfants, la médication antipyrétique n'a pas plus que chez les adultes, d'influence sur la durée de la pneumonie franche- D'une façon générale, suivant cet auteur, elle a pour avantage non-seulement d'abaisser la température, mais aussi de procurer du calme aux petits malades, et de rendre leur sommeil meilleur. En admettant que des soustractions relativement considérables de chaleur soient inoflTensives chez des enfants du premier âge affectés de pneumonie, il est permis de se demander, si les avantages en question compensent sufiSsamment les désagréments multiples résultant de l'administration d'un grand nombre de bains d'un quart d'heure de durée.
Mayer, qui n'a fait que mettre en pratique les préceptes de Jûrgensen, prescrit, comme ce dernier, Tem-
ploi des bains froids dans le traitement de la pneu* monie catarrhale. Dans quelques cas, les bains sont remplacés par des applications de sachets de glace.
Méningite cér^ro -spinale.
Dans la méningite cérébro-spinale^ on a surtout employé le froid en applications locales, sous forme de vessies de glace. Ce traitement soulage beaucoup les malades en proie à une céphalalgie violente et à une agitation extrême. Toutefois, cet effet sédatif n'est point en raison directe de l'intensité du froid employé . Car, lorsqu'on a recours, par exemple, à des vessies renfermant des mélanges frigorifiques, la réfrigération momentanée est suivie d'une réaction violente, qui se traduit par une exacerbation des phénomènes cérébraux. On évitera cet inconvénient, en ayant soin de faire durer la réfrigération pendant un temps suffisamment long^ de façon à abaisser notablement la température des méninges et du cerveau.
On a également employé des irrigations et des ablutions froides sur la tête. Pour les mêmes raisons, que celles qui viennent d'être mentionnées, il faut avoir soin de faire ces irrigations d'une façon continue.
Les ablutions froides sur la tête ont été vantées par un grand nombre d'auteurs : par Formey, Romberg,. Abercrombie. D'autres^ au contraire, tels que Gœlis, Charpentier, Bennett les rejettent comme un moyen tout au plus propre à augmenter les souffrances des malades. Emminghaus les considère comme le meilleur moyen de combattre le coma dans la méningite.
Liebermeister a employé les bains froids dans la méningite cérébro-'Spinale épidémique. Mais il ne nous
renseigne pas sur les avantages qu'il en a retirés dans le traitement d'une maladie presque toujours fatale. Par contre, Emminghaus déclare qu'en pareil cas, les manipulations qu'exige ce mode de traitement sont incommodes et pénibles.
On a encore employé la médication réfrigérante pour combattre la fièvre dans les maladies telles que la pleurésie, la péricardite, Térysipèle, la fièvre puerpérale. Mais jusqu'à présent on a publié plutôt des aflarmations sans grande valeur que des faits démontrant l'efiicacité d'une médication exclusivement dirigée contre l'élément thermique, qui dans les maladies en question, n'est qu'une manifestation symptomatique.