BAINS FROIDS
Les bains froids constituent le procédé de réfrigération le plus généralement employé par les médecins allemands : Liebermeister, Bartels, Jûrgensen, Ziemssen, Brand, qui dans. ces derniers temps se sont efforcés de remettre en honneur le traitement de la fièvre par le froid. A quelques variantes près, les auteurs en question sont entièrement d'accord sur les détails du modus faciendi.
C'est Bartels et Jûrgensen (deKiel) qui, les premiers, ont insisté sur la nécessité de recourir à des bains très-froids, lorsque l'on veut obtenir dans le traitement des fièvres des effets antipyrétiques appréciables.
La méthode des deux médecins de Kiel a eu pour principaux vulgarisateurs Liebermeister et Brand.
Pour Liebermeister, le bain froid est indiqué chaque
fois 'que, dans une maladie fébrile y la température se maintient, pendant quelque temps, à 39** dans le creux de l'aisselle, à 39%5 dans le rectum, sans qu'il y ait lieu d'espérer qu'elle s'abaisse spontanément.
Quand on est à peu près certain que la défervescence ne sera pas longue à survenir, comme . il arrive, par exemple, dans les cas de fièvre intermittente, il n'y a pas lieu de prescrire le bain froid, même quand la température s'élève momentanément à 40** et 41^
D'une façon générale, Liebermeister recommande d'employer des bains dont la température ne dépasse pas 20% et d'une durée moyenne de dix minutes. Chez les individus débiles, qui sont facilement pris de frisson, ou qui manifestent une tendance au coUapsus, la durée du bain devfa être abrégée (5 à 7 minutes). Par contre, chez les individus peu impressionnables et quand la fièvre est très-intense, on ne devra pas craindre de prolonger la durée du bain froid jusqu'à dix minutes.
A la fin de chaque bain, le malade devra être laissé au repos le plus complet; on l'enveloppe dans un drap, sans le frictionner, on le porte dans un lit garni seulement de légères couvertures, et l'on maintient une boule d'eau chaude à ses pieds. Quand l'impulsion cardiaque est devenue très-faible, et qu'il y a tendance à la syncope, on fera boire au malade un verre de vin généreux. Ce n'est que quelque temps après la sortie du bain que le malade sera revêtu de sa chemise, à moins qu'il n'y ait lieu d'administrer un nouveau bain.
Senator, partant de ce principe que l'action antipyrétique du froid est liée non pas exclusivement à la soustraction de chaleur subie par l'organisme, mais
encore et surtout à l'excitation des nerfs sensibles (1), déterminée par cet agent physique, a eu l'idée de (»>mbiner Tadministration des bains froids avec les irritations cutanées. De cette façon, dit Senator,, on doit arriver à produire un abaissement de température d'égale intensité avec d^ bains beaucoup moins froids, d'autant plus que^ en rubéfiant la peau, on fait dilater les vaisseaux de la périphérie et que, par suite, une grande quantité de sang viendra en contact avec le milieu réfrigérant. Pour arriver à atteindre le but en question, Senator a imaginé de couvrir la peau des fiévreux de sinapismes occupant une aussi grande étendue que possible. Une fois qu'on a obtenu un certain degré de rubéfaction, on met le malade dans un bain froid, en maintenant les sinapismes en contact avec la peau. Cette manière de procéder offre un autre avantage, c'est que le bain, soulageant la sensation de cuisson éprouvée par les malades, ceux-ci trouvent le séjour dans l'eau froide relativement agréable.
On a encore employé dans le traitement de la fièvre des bains frais, combinés avec des affusions froides, procédé dont nous empruntons la description à Brand. Le malade est mis dans un bain froid (dont la température n'est pas indiquée), de façon à ce que la tête seule dépasse le niveau du liquide. Immédiatement après, on verse sur la tête àw patient quelques litres d'eau glacée, de telle sorte que la sensation qu'il éprouve en se mettant au bain lui paraisse moins désagréable. Cette douche glacée sur la tête est renouvelée dans le cours et à la fin du bain. Dans l'in-^ tervalle, on a soin de faire frictionner la peau du
(i) il est démontré aujourd'hui que toutes les excitations qui atteignent les nerfs sensibles de la périphérie déterminent un abaissement de la température interne en rapport avec Pintensité de l'excitation»
malade. Puis on le fait transporter avec soin^ et sans l'essuyer^ dans un lit réchauffé; on enveloppe ses pieds dans une couyerture de laine, et après avoir ouvert les âuaêtres de l'appartement^ on laisse le malade reposer tranquillement.
Ziemssen a vanté l'emploi des bains à tempé-^ rature décroissante. Voici en quoi consiste cette méthode de tràit^nent : le malade est mis dans un bain dont la température initiale est inférieure de 5** à 6° à celle du corps. Par conséquent, chez un fiévreux dont la température interne marque 40** à 41**, la température du bain devra, au début, être de 35°. Puis deux aides frictionnent avec la main et sans violence la peau du malade, tandis qu'on abaisse progressivement (dans l'espace de dix minutes) la température du bain à 20% avec de Teau froide amenée par un conduit qui débouche, à une assez grande distance de la surface libre de l'eau dans la baignoire. Le malade séjourne en tout 20 ou 30 minutes, dans le bain, jusqu'à ce qu'il soit saisi par le frisson. On le transporte alors dans un lit bien chaud, en ayant soin de le recouvrir convenablement.
Ces bains ont l'avantage d'être très-peu désagréa* blés aux malades; mais ils imposent des fatigues sans nombre au personnel des hôpitaux. Liebermeister vante leur emploi chez les malades très- sensibles au froid, et surtout chez ceux qui sont très-faibles et chez lesquels le cœur fonctionne d'une façon insuffisante.
En somme, le traitement rationnel par les bains froids, tel que le comprennent aujourd'hui les cliniciens les plus en renom de l'Allemagne, doit se formuler ainsi : chaque fois que dans une maladie fébrile, de quelque nature qu'elle soit, la température rectale se maintient d'une façon persistante au-dessus de 39% 5, le patient sera mis dans un bain d'une durée
moyenne de dix à quinze minutes et dont la température sera portée, soit dès le début, soit progressivement, à 20^ Le nombre des bains est illimité et dépend exclusivement de la tendance plus ou moins accusée de la température fébrile à revenir à sa hauteur primitive après chaque réfrigération.