De l'influence des moeurs sur la comédie
- Rechercher l'influence que l'esprit public et les mœurs en France ont exercée sur les diverses phases de la comédie depui.- Molière. La Société ne demande pas une revue complèle des auteurs comiques, encore moins une nomenclature do toutes 1er productions depuis Molière : ce qu'elle provoque, c'est un examen littéraire et philosophique des œuvres comiques qui ont paru sur notre théâtre avec le plus de succès; c'est une appréciation de l'influence qu'ont exercée à diverses époques les mœurs sur la enmédie, et, accessoirement, ïa comédie sur les mœurs. *
Le travail que l'on va lire, conçu d'après ce plan, était destiné au concours; diverses circonstances ne nous ayant pas permis de le terminer pour l'époque où devaient être déposés les manuscrits, nons en risquons aujourd'hui la publication.
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Quand vous peignez les homme», il faut les peindra d'après nature : on veut que les portraits ressemblent, et vous n'avez rten fait s>i vous n'y faites reconnaître les gens de votre siècle.
MoufcRE, Critique de l'École de» Femmes,
Les mœurs devraient sans doute, et dans tous les temps, exercer une grande influence sur la comédie, puisque la vraie mission de celle-ci est en partie de les reproduire, et que, quelques modifications heureuses qu'elles puissent recevoir des révolutions ou des progrès du temps , elles ont toujours assez de côtés ridicules, elles offrent toujours assez de prise à la critique pour être justiciables du théâtre. Cependant il est des époques où leur influence a été nulle sur la
comédie. La cause principale en est peut-être dans la fausse idée que les auteurs se sont faite de Jeur art, et par suite de laquelle ils ont quitté la bonne route pour s'engager dans des voies funestes. Molière avait cependant frayé cette bonne route, et, dans le passage de la Critique de l'Ecole des Femmes, que nous avons choisi pour épigraphe, il exprime par l'organe de Dorante son propre sentiment sur le genre de talent et la mission des poêles comiques. On y voit que leur premier mérite, aussi bien que leur but principal, doivent être de peindre les passions, les ridicules , les goûts, les préjugés dominants, c'est-à-dire la manière d'être, ou les mœurs des hommes de leur siècle. Et, comme la comédie est de sa nature critique et satirique, on juge, quand elle y reste fidèle, quand elle réfléchit les mœurs avec vérité, subissant sous ce rapport leur action, combien à son tour elle peut réagir efficacement sur les mœurs.
Dans Fessai que nous allons entreprendre, nous aurons donc plus d'une fois l'occasion de
comparer à Molière les auteurs qui sont venus après lui, non sans doute pour faire ressortir leur infériorité, ce qui ne serait qu'un soin puéril et ridicule , mais afin , au contraire, de mieux apprécier leur mérite, et de reconnaître s'ils ont toujours suivi le bon chemin, ou s'ils en ont dévié.
Pour mettre le plus d'ordre possible dans notre travail, nous diviserons en périodes le long espace de temps qui nous sépare du règne de Louis XIV, et nous en tracerons successivement les tableaux que nous mettrons en regard, pour ainsi dire, des meilleures comédies représentées pendant leur durée. Cette division semble être indiquée par les changements notables survenus dans les mœurs à diverses époques depuis la mort de Molière , époques auxquelles ils ont imprimé un caractère particulier et une physionomie qui les rendent tout à fuit distinctes.
INFLl'LNCE DES MŒCRS