IV. Conclusions
En résumant ce qui précède, il me semble que l'on peut en déduire les conclusions suivantes :
1° En étudiant en Belgique l'influence des saisons sur la mortalité, la vie de l'homme présente deux périodes principales : l'une comprend le temps que dure le développement physique, et s'étend jusque vers vingt-cinq ans, l'autre embrasse le reste de la vie.
2° Pour l'homme, après son développement, la saison la plus défavorable est l'hiver; les autres saisons se présentent dans l'ordre suivant : le printemps, l'automne et l'été.
Le maximum absolu des décès a lieu en février, et le minimum en juillet; la différence qui existe entre leurs valeurs va continuellement en croissant jusque vers la fin de la vie; elle n'est, vers 25 ans, que de 125 à 100, et finit par être de 255 à 100.
3° Il existe pour l'homme développé un rapport apparent bien marqué entre la marche du thermomètre et la mortalité; néanmoins à la suite du mois le plus chaud, qui est aussi le moins chargé de décès, il y a une augmentation sensible dans la mortalité. Le mois d'octobre , qui suit cette augmentation, présente un minimum de décès relativement aux mois entre lesquels il se trouve.
4° En prenant l'homme, pendant son développement , et en ne considérant d'abord que la première année qui suit sa naissance, année pendant laquelle l'enfant s'identifie en quelque sorte avec la mère qui le nourrit, on trouve qu'il a partagé aussi ses chances de mortalité : le minimum de décès a encore lieu en juillet et le maximum dès le mois de janvier, époque des plus grands froids. L'accroissement de mortalité qui suit l'excès des chaleurs se présente aussi plutôt pour les enfans que pour les personnes développées.
Cette augmentation de mortalité qui suit l'excès des chaleurs et
surtout les froids de l'hiver, et qui frappe l'enfant pendant sa première année, avait déjà été reconnue pour les trois premiers mois de la vie par MM. Villermé et Milne Edwards. Toutefois l'action de l'été n'est guère sensible pendant le premier mois qui suit la naissance , et elle est à son maximum vers le sixième.
5° Après la première année qui suit la naissance et jusque vers la douzième, le maximum des décès s'éloigne de janvier en se rapprochant, par une suite d'oscillations, du mois de mai, où il se tient pendant quelque temps; puis il rétrograde depuis 16 ans jusqu'à 25, et va se fixer en février où il se tient jusqu'au déclin de la vie.
Le minimum, des décès, à partir de la première année, se place à peu près régulièrement à cinq ou six mois de distance du maximum, et il tombe en août depuis la première année jusqu'à la huitième. De huit à vingt ans, il va se placer en octobre où, comme nous l'avons dit, il continue à former ensuite un minimum relatif jusqu'au terme le plus reculé de la vie.
6° Pendant le développement de l'homme, mais après la première année, on ne remarque pas de minimum de décès en juillet.
Quand on classe les saisons d'après la mortalité, on trouve l'ordre général suivant : le printemps, l'hiver, l'été et l'automne.
En ne considérant que l'âge de puberté, les saisons se rangent dans cet ordre un peu différent du premier : le printemps, l'été, l'hiver et l'automne; tandis que pour l'homme développé, l'ordre est le suivant : hiver, printemps, automne, été.
7° De douze à vingt-cinq ans, on remarque encore un minimum relatif dans les décès, en janvier, qui est, pour les autres âges, un des mois les plus chargés de décès.
8° En faisant la distinction des sexes , on trouve que pour les différentes époques de la vie, prises séparément, les nombres maxima et minima tant absolus que relatifs, tombent à peu près identiquement aux mêmes mois, et que les rapports des nombre maxima etminima , pour chaque sexe, ont à peu près les mêmes valeurs. 9° Il n'en est plus de même lorsque l'on compare le nombre
absolu des décès masculins au nombre absolu des décès féminins pour chaque âge de la vie; il existe alors une différence très-grande. Ainsi :
Immédiatement après la naissance , pour quatre garçons, il ne meurt que trois filles.
Cette différence défavorable aux garçons diminue successivement jusque vers l'âge de deux ans, et alors le nombre des décès des deux sexes est à peu près exactement le même jusqu'à l'âge de douze ans.
De 12 à 20 ans, on compte beaucoup plus de décès féminins que de décès masculins; le contraire a lieu de 20 à 25.
De 25 à 30, il meurt autant d'hommes que de femmes;
De 30 à 50, il meurt plus de femmes que d'hommes ; de 50 à 65 , le contraire a lieu; et après 65 ans, ce sont encore les décès féminins qui l'emportent numériquement sur les décès masculins.
D'où il suit que les décès des deux sexes sont en même nombre de 2 à 12 ans, de 25 à 30 et vers 65 ans; les décès masculins sont plus nombreux après la naissance, entre 20 et 25 ans, et de 50 à 65; ils sont moins nombreux au contraire que les décès féminins de 12 à 20 ans, de 30 à 50 et après 65 ans.
10° L'influence des saisons et des sexes exercée sur les mort-nés est à peu près la même que pour le nouveau né, quoique moins prononcée.
11° La différence de séjour des villes ou des campagnes n'introduit pas de changement essentiel dans les époques des maocima et minùna des décès produits sous l'influence des saisons; mais les différences entre les nombres maxima et minima sont en général plus fortement marquées dans les campagnes.