INTRODUCTION
Notre maître, M. Bouchet, médecin accoucheur à l'hôpital de Saint-Denis, nous ayant rapporté qu'au cours d’un voyage en Hollande, il avait été frappé de l'emploi dans ce pays d'un procédé tout empirique, mais néanmoins très efficace, pour faire passer le lait des accouchées, nous l'avons aussitôt expérimenté à la Maternilé pendant cette dernière année de notre internat et devant les résultats obtenus par nous, nous avons cru pouvoir, de la description de ce procédé et de la publication de nos observations, faire l’objet de notre thèse.
Au Iru d'employer, comme partout ailleurs, la compression des seins, accompagnée d’une purgation, les Hollandais mettent simplement entre les
deux seins de l’accouchée, un tube, constitué par
LE Does
une plume d'oie et rempli de mercure. Au bout de quelques jours, les seins, tout d’abord douloureux et tendus sous l'influence de la montée laiteuse, se décongestionnent, redeviennent souples et la sécrétion lactée se tarit.
C'est d’abord, plein de septicisme que nous avons tenté l'expérience, car nous nous demandions quelle
influence pourrait bien avoir sur les glandes mammaires une aussi faible quantilé de mercure, séparée des acini dela glande par une plume d'oie et par la peau du sujet. Aussi élions-nous fortement enclin à rapprocher ce procédé bizarre, de ces « remèdes de sorcier » complètement inefficaces quand ils ne sont pas dangereux, auxquels pourlant la croyance populaire accorde une infaillibilité absolue : tel le pigeon tout palpitant, ouvert el placé sur la têle de lenfant
malade, atteint de méningite!.....
Nous avons cependant essayé, autant par curiosité. que parce que l’histoire de la Médecine nous apprend que les anciens ont eu parfois une sorte de prèscience. qui les a conduits à employer des médicaments dont ils ne connaissaient pas l'élément efficace, que F'analyse chimique nous permet aujourd'hui d'isoler : tellel'écorce de saule, employée depuis un temps immé-. morial dans la fièvre intermittente et le rhumatismearliculaire aigu ; les recherches modernes ont montré:
qu'elle contenait un glucoside salycilé, la salicine,
hr fo
qui sous l'influence des agents d'hydratalion se dédouble en glucose el alcool salycilique.
Encouragé par les premiers cas, lous favorables, nous avons continué nos essais et sur 117 cas nous n'avons pas eu un seul échec: quelques différences, suivant les sujels, au point de vue symptômes douloureux , décongestion mammaire plus ou moins rapide, mais néanmoins au bout de quelques jours succès. Aussi avons-nous été séduit par ce procédé vraiment plus élégant et en tout cas beaucoup moins ennuyeux pour la femme.
Comment expliquer le mécanisme de Faction du mercure sur la glande mammaire ? C'est là un problème que nous n'avons nullement la prétention de résoudre ; tout au plus pourrons-nous hasarder une timide hypothèse.
Le mereure agit-il par une sorle de radio-aclivité ou par ses vapeurs? L'action inira-organique du mercure, la pénétration de ses vapeurs à travers la peau saine ont été l'objet de théories tellement opposées que nous n'osons formuler aucune affirmation.
Nous exposons des faits, nous citons des observations dont la véracité peut être facilement contrôlée, tant est simple l'instrumentation : 20 grammes de mercure mélallique contenu dans une plume d’oie, cachelée à la cire aux deux bouts.
Nous subdiviserons ainsi notre travail: Dans un
premier chapitre nous traiterons des vapeurs mercurielles et de leur toxicité. Nous exposerons ensuite les méthodes qui nous ont permis de chercher à déceler la présence du mercure dans le lait. Puis nous émettrons une hypothèse sur le mécanisme de l’action des. vapeurs mercurielles sur la secrétion lactée. Nous terminerons enfin par l'exposé de quelques observations prises au hasard parmi les malades que nous.
avons traités.