‹ De l'influence du Christianisme sur le droit civil des romains, augmentée d'une table analytiqueChapitre 1 sur 226 · OBJET DE CE MEMOIRE · texte numérisé non relu

OBJET DE CE MEMOIRE

Je n'ai pas enlrepris de montrer l'infliience du christianisme sur l'ensemble des institutions et moins encore sur la civilisation du monde romain ^ Mon sujet est plus restreint.

1. Celte tâche a été accomplie dans les admirables Études hîstoruiues de M. de Chateau])riancl , t. I et II.

Je me renferme clans l'observation des influences par lesquelles le christianisme est venu modifier les rapports civils, le droit privé. Ce droit a joué dans la civilisation romaine un rôle très-important. Sorti de la même pensée religieuse et politique que le droit public, il a contribué pour une large part à donner à Rome les éléments de sa grandeur ; et dès lors, il ne serait pas difficile de rattacher l'histoire de ses développements à l'histoire même des révolutions romaines. Mais un tel point de vue dépasserait le plan d'un travail qui a pour objet principal une seule époque du droit civil, la période chrétienne.

Quand parut le christianisme, le droit romain commençait à se séparer beaucoup de l'élément religieux et aristocratique ; il cherchait à se préciser dans la philosophie. Je devrai donc m' isoler avec lui du milieu auquel il échappait. Ainsi, je m'abstiendrai des recherches qui auraient pour but de montrer l'influence du christianisme sur la constitution politique et le droit public ; je laisserai même

à d'autres le soin du droit pénal. C'est uniquement du droit civil que je m'occupe, et je ne ferai d'excursions ailleurs qu'autant qu'il y aura nécessité pour éclairer mon sujet, et montrer le jeu des ressorts auxquels le christianisme est venu mêler son action. Cette réserve, je le répète, m'est indiquée par la nature même des choses. La religion chrétienne eût sans doute marché beaucoup plus vite dans le droit civil, si elle l'eût trouvé accouplé, comme dans l'âge pur de la république, aux autres éléments de la civilisation dont elle s'était rendue maîtresse. Mais une sorte de séparation s'élait déjà opérée ; le droit avait son existence indépendante ; il était arrivé à l'état de science philosophique, à l'état de système énergiquemeiU et rationnellement formulé. C'est pourquoi le christianisme a eu tant de peine à le dominer, et Ton peut inême dire qu'il ne se l'est jamais assimilé aussi pleinement que dans les temps modernes. Avant le moyen âge, tantôt la société a été plus chrétienne que ses lois, tantôt les lois ont été plus

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chrétiennes que la société. Il y a eu un défaut constant d'harmonie, qui s'exphque par la lutte de deux principes, l'élément païen et l'élément chrétien, dont la fortune n'a pas toujours suivi une marche uniforme. Car, avant de se laisser déposséder, le vieux principe a rendu plus d'un combat opiniâtre, et enfanté plus d'une réaction. Qu'est il résulté de là? Un fait que j'ai déjà signalé ailleurs^, et que ce mémoire mettra dans une plus grande lumière, savoir : que si le christianisme â iinprimé au droit une forte impulsion civilisatrice, le mouvement n'a cependant atteint le but qu'après avoir reçu du moyen âge le contre-coup qui l'a poussé jusqu'au Code

Aussi la conclusion de mon travail sera celle-ci : le droit romain a été meilleur sous l'époque chrétienne que dans les âges antérieurs les plus brillants ; tout ce qu'on a dit de contraire n'est qu'un paradoxe ou un malen-

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