LA PUISSANCE PATERNELLE
Les doctrines nouvelles s'adressent plus spécialement à la jeunesse. Les fils ont les yeux fixés sur l'avenir, ils sont portés vers le mouvement; les pères, plus préoccupés du présent, sont enclins à la résistance.
Le christianisme naissant remua l'esprit de la jeunesse, et par là il jeta l'effroi parmi les défenseurs des institutions existantes. On accusa les missionnaires de l'Evangile d'être des missionnaires de désordre, de conseiller aux enfants la révolte contre leurs pères et leurs précepteurs, de les exciter à secouer le joug
:>52 DE l'influence du CHRISilANlS.UE
d'une génération usée, frivole et ignorante du vrai bien \
Cette direction des opinions produisait dans la famille des agitations profondes. Des pères qui avaient supporté patiemment les désobéissances de leurs fils, les déshéritaient sans pitié du jour oii une heureuse conversion les leur rendait humbles et soumis ^ Les mères, dont l'âme tendre s'ouvrait à la nouvelle doctrine, cherchaient en vain à excuser ces conversions qu'elles avaient peut-être encouragées. Coupables elles-mêmes de christianisme , elles étaient répudiées ^ Il n'y avait pas jusqu'à l'esclave qui n'encourût le courroux de son maître pour s'être affdié à la redoutable faction des chrétiens, quoique le christianisme lui conseillât la fidélité et le respect*.
La famille se trouvait donc divisée en deux
1. Voy. Origène contre Celse, liv, III, § 55 : « Quod un délirent^ mente capti sint, et iiihil vere bonum vel sciant vel possint facere, prœoccupati nugls inanlbus. »