Cicer.j^ro Miirena
4. Cicer., in Brutum^ 31, Il fut jurisconsulte célèbre de son temps. Voy. Pothier, Pond., préface, p. xv.
5. Herder l'a remarqué ( Philosophie de l'histoire de l'humanité, liv. XIV, c. V — traduct de M. Quinet, t. lïl, p. 70 )
6. Cicer., Dii'înat. , Vih, 1, 3, 6, 20, 30, 39, 52, et lib. II, 41.
plus en plus une philosophie spiritualiste qui proclame le gouvernement de la providence divine, la parenté de tous les hommes, la puissance de l'équité naturelle.
Mais, déjà à cette époque, de grands événements s'étaient accompHs en Orient. La croix sur laquelle Jésus-Christ avait été immolé était devenue l'étendard d'une religion qui allait régénérer le monde, et les apôtres étaient partis de la Judée pour apporter aux nations la parole évangélique. Tout ce qu'il y avait de principes civilisateurs disséminés dans les diverses écoles philosophiques qui partageaient les hautes intelligences de la société païenne, le christianisme le possédait avec plus de richesse, et surtout avec l'avantage d'un système homogène, où toutes les grandes vérités étaient coordonnées avec un admirable ensemble, et placées sous la sauvegarde d'une foi ardente. Mais en outre, de ce vase de terre qui, comme le disait saint Paul, renfermait les trésors de Jésus-ChristS
1, II aux Coriiith.^ iv, 7.
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s'échappaient des notions de morale qui allaient trouver les masses délaissées par la philosophie, et leur révélaient la vraie destinée de l'humanité sur cette terre et après la vie.
Le christianisme, en effet, n'a pas été seulement un progrès sur les vérités reçues avant lui, qu'il a élargies, complétées et revêtues d'un caractère plus subhme, et d'une force plus sympathique; mais il a été encore (et ceci est au pied de la lettre, même pour les plus incrédules) une descente de l'esprit d'en haut sur les classes déshéritées de la science et plongées dans les ténèbres du polythéisme. La philosophie antique, au milieu de ses mérites, a eu le tort impardonnable d'être restée froide devant les maux de l'humanité. Renfermée dans le domaine de la spéculation, au profit de quelques hommes d'élite, elle fut une occupation ou un amusement de l'intelligence, jamais une tentative énergique et courageuse pour réformer en grand la société et l'arracher à ses habitudes de corruption et d'inhumanité. C'est qu'elle manqua de la
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vertu qui inspira particulièrement le christianisme, la charité. Elle ne sut embrasser la charité ni clans son développement pratique, ni même dans son étendue logique. J'admets bien que la fraternité humaine ne fut pas inconnue du grand Platon : mais des préjugés plus puissants que la philosophie en restreignirent chez lui la notion aux seuls peuples de la Grèce. Au delà il ne voyait qu'inégalités, antipathies, droit du plus fort. Cicéron s'était sans doute élevé bien haut, quand, au sein de l'égoïsme romain, il avait représenté les hommes comme concitoyens d'une même cité*. Mais ce lien du municipe, tiré par le philosophe de l'identité des lois, n'est qu'un aperçu timide, en comparaison du lien de fraternité qui unit tous les hommes dans la cité chrétienne. Sénèque avait fait un pas
1. De Legîb., I, 7. Inter quos porro est communie legis, inter eos communie juris est. Quibus autem haec sunt inter eos communia, et civitatis ejusdem hahendi sunt.., ut jam universus hic mundus, una civitas commuràs deoriim atquc hominum existimanda.
de plus que Cicéron, en transformant cette patrie commune en une seule famille^ dont nous sommes tous membres \ Mais déjà le christianisme l'avait dépassé ; car il avait proclamé non pas seulemenl la parenté, mais même la fraternité et la solidarité universelles ^ ; et il avait assis sur cette base sa morale affectueuse de charité, d'égalité, et sa pratique infatigable d'abnégation, de sacrifice, d'assistance désintéressée d'autrui. Ainsi donc , tandis que la philosophie articulait dans les sommités intellectuelles les rudiments fragmentés du perfectionnement humain, le christianisme en apportait aux na-
1. Eplst. 90 et 95. « Philosophia docuit colère divina, humana dili^ere, et pênes deos imperium esse, inier hommes consortium. » (Epist, 90.) « Homo, sacra res homini — omne hoc, quod vides, quo divina atque humana conclusa sunt , unum est : membra sumus corporis magni. Natiira îios cognatos edidit^ quum ex iisdem et in eadem gigneret. Hsec nobis amorem indidit mutuum et sociabiles fecit. » [Epist. 95.)
2. Si un membre souffre, tous souffrent avec lui. Saint Paul, I aux Corinth., xii, 26; aux Romains^ xii, 10, 16.
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tions les principes complètement développes et l'immédiale application dans tous les rangs de la société. Rien que son courage à entreprendre aurait suffi pour qu'il pût s'annoncer €omme une sagesse nouvelle, distincte de la philosophie païenne ^
Du reste, les données de son programme philosophique ont été nettement formulées dans les écrits de saint Paul. Laissant à l'ccart toute la partie théologique qui n'est pas de mon sujet, je résumerai rapidement les idées de droit naturel que l'apôtre chrétien vulgarisait.
La terre est habitée par une grande famille de frères, enfants du même Dieu, et régis par la même loi morale, depuis Jérusalem jusqu'aux confins de l'Espagne^ ; les murs de séparation sont rompus ; les inimitiés qui divisaient les hommes doivent s'éteindre'.
1. Saint Paul, I aux Cor'mth.^ i, 20; ii, 6, 8, 12 ; m, 19. Aux Éph.f II, 6.