‹ De l'influence du dialecte gascon sur la langue français de la fin du 15e siecle á la seconde moitié du 17eChapitre 31 sur 38 · PRONOMS PERSONNELS · texte numérisé non relu

PRONOMS PERSONNELS

Le gascon donne comme complément indirect à beaucoup de verbes un pronom personnel qui^ sans être tout à fait explétif, n'indique pourtant que très légèrement un retour sur le sujet de Faction marquée par le verbe.

— c( Lourénart... se gahe soun peyroc.^ »

— « Et diable, se la blou, que la sayou à prene.S)

— « Jou la-m goardabi sus la prade.S

— « Ké ma embiat pape merkat,

Ké bieni bédé so ké mi a butât. •- ""

Qu'on compare à ces phrases les phrases suivantes ;

— « Le renard se prit sa pierre. » Arnaudin, Contes de la Grande-Lande, p. 263.

5 « Le diable, s'il la voulut, eut à se la prendre. » Déjeanne, Contes de Bigorre , dans la Remania, XII,

"* « Je me la gardais dans la prairie. » Despourrins, cité par Lespy, Gram. béarn., p. 269.

^ « Il m'a envoyé papier marqué ; je viens voir ce qu'il m'y a mis. '^ Revue des Patois Gallo-Romans, n» 10, p. i33.

— « J'avois commandé aux soldats que chacun se portast un pain. » {Monluc/j

— « car une partie des ennemys^ se voyans la victoire, coururent à luy. » (Id.^)

— « Le marcquis qui se vit ce desordre sur les bras, commensa à se retirer par une valée. » (Id.O

— (( Comme il fut jour, nous volsimes reconnaître nos morts, je m'y trouvis mon valet de chambre et mon palefrenier. » (,Id.*j

— (( Gomme je veulx que Dieu m'ayde, le poil se me dressoit sur la teste d'ouyr telz propos. » (Id.^)

— « Le cappitaine Gharry partit incontinent et se porta pain et vin, comme je luy avois escript. » (Id. ^)

— (c Je me retins le baron de Glermon, qui en avoit quelques ungz. » (Id.'')

— « Ghacun 5'estoit pourté ung petit d'avoine. )>

(id.«)

— « Ils se voulurent garder ce qu'ilz avaient. » (Id.«)

— « Ils se garderont le royaume pour eux.» (Id ^";

^ T. II, p. 28.

s T. II, p. 358.

« T. II, p. 397.

- T. II, p. 437.

« T. III, p. 33.

3 T. III, p. i5o.

*« T. IV, p. 526.

— « Monsieur le capitayne Monluc ^'en a tout ameuné. » (Id.*)

— « J'ay deu la pareille aux enfans que j'ay eu : ils me meurent tous en nourrice. » (Montaigne^)

— « Cela luy chargeoit sa maison de plusieurs depences et visites estrangieres. (Id.^)

— (( Le marchand ne se fait bien ses affaires qu'à la débauche de la jeunesse. » (Id.*)

Un auteur contemporain a voulu sans doute rappeler cette tournure gasconne^ en écrivant, dans une nouvelle qui a précisément la Gascogne pour théâtre, et dont les personnages sont des Gascons, la phrase suivante : « Et tous les cinq ans, elle ^'achetait un flambeau de cuivre." »

On voit quelle différence sépare cet emploi du pronom personnel, de Temploi très régulier qu'en font les auteurs français, dans les phrases où il est dit explétif :

— « Prends-moï le bon parti, laisse-là tous les livres. »

(Boileau.)

' Marguerite de Monluc. Cf. Lettres inédites de quelques membres de la famille de Monluc, publiées par M. Ph Tamizey de Larroque, p. 28 (Auch, 1890).

^ Essais, liv. Il, chap. viii.

^ Essais, ibid. (édit. i588). Le pronom « luy » est supprimé dans l'édit. de ibgS.

* Essais, liv. I, chap. xxii (éd. i588). Le pronom « se » a également disparu en iSgS.

^ Jean Rameau, Idylle noire (dans le Figaro du 1 1 avril 1891).

SgS LE GASCON DANS LA LANGUE FRANÇAISE,

PRONOMS DEMONSTRATIFS.

I. — Le pronom en sert, en gascon, à rappeler soit un adjectif, soit un participe qui précède ; ce trait curieux de la syntaxe gasconne ne se retrouve pas dans le parler béarnais, si Ton en juge par ce que dit M. Lespy : « Le pronom béarnais at (ac, ag) de même que le en français tient lieu d'un adjectif ou d'un participe précédemment employés. Lo loc de Casenave es laus e ad ère quant lo prumer foegadge s'escrisco. La maison de Casenave était vide et /'était, quand le premier rôle des feux fut écrit. S)

Dans le parler de Bigorre, cette même phrase deviendrait : « Lo loc de Casenave es laus e en ère quand lo prumer foegadge ^s'escrisco. )> Qu'on demande à un habitant de Tarbes: Es malaw? (es-tu malade?) — il répondra : Qu'en soy, que n'en soy (JVw suis, je n'en suis pas).

Ainsi parle Monluc :

(( Croyez, vous qui commandez aux armes, que, si vous estes telz, vous en rendrez aussi vos soldatz à la longue.^»

— (c Je suis Gascon, je renie la patrie, et ne m'en

* Gram. béarnaise, p. 3ii, 2 T. I, p. 233.

diray jamais plus (Gascon), si aujourd'huy vous ne gaignés le procès à force de combasttre.' »

— « Les Espaignolz disoient qu'ils estoient plus vaillans que les Gascons, et les Gascons qu'ils en estoient plus que les Espaignolz.-»

— « Veu mesniement que c'estoit division entre les catholiques, ou pour le moingz qui s'en disoient.' »

— « Mais, comme la fortune de la guerre est bizarre, elle s'en trouva bien ce jour-là.*»

Et Montaigne :

— « Le parler que j'aime, c'est un parler. . . non pédantesque, non fratesque, non pleideresque, mais plutôt soldatesque, comme Suétone appelle celui de J. César; et si ne sens pas bien pourquoi il Ven appelle.^))

— (( Il (Cœlius) . . . contre-faisoit entièrement le port et la contenance d'un homme goutteux; enfin la fortune lui fit ce plaisir de Ven rendre tout à fait.^ »

— « Pline conte d'un qui, songeant estre aveugle en dormant, s'en trouva l'endemain, sans aucune maladie précédente.'»

• T. III, p. 45.

2 T. III, ibid.

-- T. III, p. 68.

* T. III, p. 364.

^ Essais, liv. I, chap. xxvi (édit. i588), chap. xxv (édit. i595).

^ Essais, liv. II, chap. xxv.

■' Essais, liv. II, chap. xxv. Tel est le texte de 1 588 ; l'édition de I 595 porte « se le trouva », au lieu de a s'en trouva ».

— « Le coup n'estoit pas mortel^ si la fortune ne Ven eust rendu/ »

— « J^ay trouvé que, lors de ma santé, je plaignois les malades beaucoup plus que je ne me trouve à plaindre moy mesme quand 'feu suis.^ »

— « Nous appelons Dieu tout-puissant père, et desdaignons que noz enfants nous en appellent.^ »)

— « Moy qui suis Roy de la matière que je traicte et qui n'en dois compte à personne, ne m''en crois pas pourtant en tout (c'est-à-dire ne me crois pas Roy).*»

II. — Le pronom démonstratif gascon « Ets w ou (( Lous » est suivi d'un nom de ville ou de contrée, pour désigner les habitants de cette ville ou de cette contrée : (( Ets de Tarbes » signifie « Ceux de Tarbes » ; (( Mas los de Labatjus », « Mais ceux de Labatjus. ^))

Il en était de même dans l'ancien français. « Si fisent cargier soixante sommiers de vitaille pour rafreschir chiaux de Saint Jehan . S « Cil doupays' »,

* Essais, liv. II, chap. xxix.. Dans l'édition de iSgS, ce gasconisme est également corrigé : « Si la fortune ne l'eust rendu tel. »

^ Essais, liv. II, chap. vi.

'" Essais, liv. 11, chap. viii.

* Essais, liv. III, chap. viii.

^ Textes gascons de M. Luchaire, p. 17. 6 Froissart, t. IV, p. io5 (édit. S. Luce). - Id., t. IV, p. 161.

(( cil de Thoulouse J » Mais cette tournure n^était guère usitée au xvi^ siècle; elle n'est pas signalée dans l'étude que MM. Hatzfeld et Darmesteter ont consacrée à la langue du xvi^ siècle^; tout au plus disait-on couramment : ceux de la Religion. Dans Monluc, Montaigne et Henri IV se retrouve cet archaïsme, qui n'est sous leur plume qu'un gasconisme :

— « La crainte que j'ai que ceulx de Saint-Sever y participassent me fait finir. » (Henri IV. ^;

— « Je me méfie de ceulx de Saint-Justin : vous m'avez purgé ceulx d'Euse ; mais ceidx de Ca:{ères et de Barcelone sont de vilains remuants. » (Id.*)

— « Ceidx de Revel et des places circonvoisines les tiennent de si près que, s'ils ne sont secouruz, il est malaisé qu'ilz échappent. » (Id.^)

;— « Il sçait que ceulx d'A Iby mesme ont tué ung gentilhomme des miens. » 'Id.^)

— « Le corps de Barthélémy d'Alviane ayant esté rapporté à Venise par les Veronois, terre ennemie, la plupart de ceux de l'armée estoient d'advis qu'on

* Froissart, t. IV, p. 161.

* Le Sei!(ième siècle en France, i^e partie, p. 267. Le peuple avait conservé cette tournure ; il disait même : les ceux de Paris. Cf. Benoist, De la Syntaxe française entre Palsgrave et Yaugelas, p. 17.

^ Lettres missives, t. II, p. i54.

* Lettres missives, t II, p. 3 12.

^ Lettres missives, t. I, p. 278.

^' Lettres missives, t. I, p. 279.

demandast sauf conduict pour le passage à ceux de Vérone, » (Montaigne ^)

— (( Et pour ce que ceiilx de Montauban voulaient qu^il se fisse exercice de leur religion . » (Monluc.*)

— « Or ceulx de Montauban, ayant veu cela^ ont mandé avoir une commission. » (Id.^)

— « Car j'espère, puis que ceux de Landrecy peuvent attendre, que le temps défera vostre ennemy parpluyes. » (Marg. d'Angoulême.*)

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