‹ De l'influence du dialecte gascon sur la langue français de la fin du 15e siecle á la seconde moitié du 17eChapitre 30 sur 38 · III. — En gascon, comme en provençal, on se · texte numérisé non relu

III. — En gascon, comme en provençal, on se

^ La seconde Sepmaine, le»' jour (Les Artifices), p. i33.

— Judith, liv. IV, p. 390.

^ La seconde Sepmaine, ive jour (La Décadence), p. 5 19. * Ibid , me jour (Les Pères), p. 3 10. ^ Ibid., 1er jour (Les Artifices), p. i36. " Gasc. corrigés, p. 290.

sert de Tadjectif possessif son, sa, ses, même quand on parle de plusieurs personnes. Les Méridionaux disent volontiers^ fidèles à la règle latine : Le père et la mère sont sortis slyqcsouJiIs. a Cridéouen biahore^ demandéouen perdoun et graci ; Louïsoun escoutéoue

p'arreu, aou cap d'uou'paouse, con lou paou

s'estout bieun lebertit aou soun déspeuns, que bedè n'en pouden pas léou mè. . . » C'est-à-dire : « ils criaient au secours-, demandaient pardon et grâce ; Louison n'écoutait rien ; . . . au bout d'un moment^ quand le bâton se fut bien diverti à ses dépens (à leurs dépens), voyant que bientôt ils n'en pouvaient

L'auteur des Nouveaux Gasconismes relève cette faute, qu'il considère surtout comme provençale, mais qui n'est pas inconnue, on vient de le voir, au parler gascon :

— « Ces enfants aiment son père. . . Ceux-ci étudient assez bien sa leçon. ^^^

Nous n'avons pas rencontré ce gasconisme chez les auteurs gascons ; il serait pourtant bien extraordinaire qu'ils l'eussent tous complètement évité. En, revanche, nous le rencontrons chez Malherbe, dans

* Arnaudin. Contes de la Grande Lande, p. 210. Nous avons conservé l'orthographe de l'auteur et les formes du parler landais, arreu, bieun (rien, bien).

- Nouveaux Gasc. corrigés, t. II, p. 326.

INFLUENCE SUR LA SYNTAXE. SSq

un passage qui a été, selon nous, mal interprété par M. L. Lalanne, le consciencieux et savant éditeur de Malherbe :

— c( Aussi celui qui est fol n'a pas tous les vices en son extrémité. ' » M. Lalanne n'a pas reconnu ici la tournure provençale; il croit voir dans ces mots « en son extrémité » une simple inadvertance et met en note : Il faut lire sans doute : a en leur extrémité » ou

IV. — L'article est toujours exprimé, en gascon, devant l'adjectif possessif, alors même que cet adjectif possessif est accompagné d'un qualificatif. On dit couramment, aux environs de Tarbes : « et mé nébout (le mien neveu); et pt^ajvbé sou pai Ue pauvre son père).^)) Voici de charmants vers de Despourrins:

— (( Berouyine, charmantine, Berouyine, lou me sou.^ »

• T. II, p. ii8.

- Cf. article de M. C. Chabanneau, i^om^wza, IV, p. 344. M. P. Meyer rappelle que « dans le Figaro, du i^iaoût iSyS, on peut lire, dans un article signé d'un rédacteur non moins spirituel que Marseillais : Cet amendement porte que les Conseils généraux vérifieront les pouvoirs de ses membres ».

^ Notons en passant que, dans quelques communes, pai (père) est du féminin. Nous avons entendu dire, d'une façon habituelle, à Montgaillard (près de Bagnères de-Bigorre) : la sa pai (son père).

^ « O joliette, ô toute charmante, — ô joliette, ô mon soleil (le mien soleil). » On ne peut traduire qu'imparfaite-

3gO LE GASCON DANS LA LANGUE FRANÇAISE.

Dans une vieille chanson béarnaise qu'a publiée la Revue des Patois Gallo-Romans^ nous trouvons les vers suivants;, que nous transcrivons sous une forme orthographique moins savante :

— « La sua mai kawra pieytat,

La sua so ké dira nou,

Los bostes amous kéns an kounfiat. »

— « La sienne mère aura pitié,

La sienne sœur dira non,

Les vôtres amours on nous a confié. »

Nous n'avons pas trouvé dans les auteurs gascons^ d'exemples où l'article soit ainsi employé; mais il faut croire que les Gascons commettaient souvent cette faute^ au moins dans leur conversation, puisque Desgrouais signale les gasconismes suivants :

— f( Le pauvre mon père n'aurait pas fait cela. ^ »

— (( Si la pauvre ma mère vivait encore. ^ »

On peut rapprocher de cet emploi de l'article, joint à l'adjectif possessif, les phrasés suivantes où Montaigne réunit l'adjectif possessif et l'adjectif démonstratif.

ment, dit M. Lespy, à qui nous empruntons cette citation {Grammaire béarn., p. 243), ce que signifient nos deux adjectifs.

' Un chant de noce en Béarn, n> 10, pp. i3'3, 134.

- Gasc, corrigés, p. 273.

^ Jbid., p. 265,

INFLUENCE SUR LA SYNTAXE. Sq I

— « Cette nostre exaspération immodérée et illégitime contre ce vice. * »

— « Toute cette nostre suffisance, qui est au delà de la commune et naturelle.' »

— « Ils (les singes) en presterent le moyen par cette leur inclination à faire tout ce qu^ils veoyoient faire. ^»

— « Et puis de ceux-là est la liberté peu suspecte et peu odieuse, qui besoingnent sans aucun leur interest. * » Leur est bien adjectif possessif et ne représente nullement le pronom latin « illorum » ; cette tournure rappelle de très près les tournures gasconnes : « los lors delictes », leurs délits; (c las lors pregaris », leurs prières ^

— « Il n^est pas besoing que ceste vostre provinse demeure longuement sans chefs. %

ADJECTIFS INDEFINIS.

I. — L'adjectif awte (autre) est souvent joint, en gascon, au pronom personnel nous, vous, sans qu'il

* Essais, liv. III, chap. v.

* Essais, liv. III, chap. xii.

* Essais, liv. III, chap. v.

* Essais, liv. III, chap. i. Les exemples de cette construction sont trop nombreux pour qu'on puisse les citer tous.

5 Cf. Lespy, Gram. béarnaise, p. 255.

^ Lettre de Bernard du Bouzet, seigneur de Roquepine, à Henri IV. Cf. Revue de Gascogne, t. XV, p, 229.

ajoute à la pensée une nuance quelconque d'opposition ou de contraste :

— « Quoand bedin que nous auts

hem lous sinnes de croutz,

Edz nous nomen labets casse-mousques à toutz,' »

— « Cresca que questes ribaux non han pas gran conte de nous aux. . . ; e son aquestesîtousten en aquère opinion quan parlen dab nous aux ... ; abe un besin mai feble que nous aux^ »

— « Moun Diw^ bé nèm nousawts urous. ^ »

Monluc et Montaigne disent de même. « Nous autres, qui privons nostre jugement du droict de faire des arrests^ regardons mollement les opinions diverses. » (Montaigne. *j

* « Lorsqu'ils voient que nous (autres). . . faisons les signes de croix, ils nous appellent tous alors des chasse-mouches » Fondeville, cité par M. Lespy, Gram. béarn., p. 2o3.

- « Crois que ces ribauds ne font pas grand compte de nous (autres)...; et ils sont toujours dans cette opinion quand ils parlent avec nous (autres)...; (il) avait un voisin plus faible que nous (autres). » Lettre écrite en gascon par François de Noailles, évêque de Dax, à Jean de Monluc. Cf. Revue de Gascogne, t. IX, pp. 469, 470.

^ « Mon Dieu, comme nous sommes heureux, nous (autres). » Cf. Revue des Patois Gallo-Romans {Un chant de noce en Béarn), n" 10, p. i38.

* Essais, liv. III, chap. viii.

— « Nous autres principalement, qui vivons une vie privée. » (Id.*)

— « Nous autres, qui avons peu de practique avec les livres, sommes en ceste peine. » (Id.^)

— « Avés-vous entendeu tous vous autres ce qu'ont proposé ces sieurs. » (Monluc.^)

D'Aubigné fait ainsi parler le baron de Fgeneste :

— « Bous autres abez d'estranges moûts.*»

— « Ce sont des imbentions de bous autres. ^ »

— « Non pas bous auti^es qui les abez ostés de leur repaux.^ x>

— « Pourtant bous autres ne croiez pas cela.'' » Tallemant des Réaux, parlant d'un Gascon, du

Buse, raconte que « son parent le fit prescher et le fit entendre au cardinal. Nostre homme, comme estant d'un pays dont les gens disent : Nous autres nous avons du feu, mais du plus brillant; pour le jugement, nous n'en tenons compte ; — ne manqua de débiter hardiment bien des sottises.® »

Desgrouais reproche aux Gascons des phrases comme celles-ci :

— « Voilà qu'il pleut, entrez chez nous autres. . .

* Essais, liv. III, chap. 11.

^ Essais, liv. III, chap. viii.

^ T. III, p. 355.

* Aventures du baron de Fœneste, p. 1 4. ^ Ibid., p. 67.

^ Ibid., p. 67.

" Ibid., p. 68.

« Historiettes, IV, p. i3o.

Dès que vous serez arrivés chez vous autres, vous y trouverez un tel.' »

Littré relève dans Corneille et dans Gresset des exemples semblables à ceux de Montaigne ; il regarde comme un gallicisme Tunionde autres knous, vous^. Comment cette tournure peut-elle être un gallicisme ? elle n'est employée que par un petit nombre d'écrivains^ et n'apparaît pas, croyons-nous, dans la langue française, avant le xvi<^ siècle ? Elle se retrouve, d'ailleurs, dans la langue espagnole, qui dit nosotros.

II. — L'adjectif indéfini un, peut être employé comme prononi, et suivi d'un complément de lieu. Les Gascons disent : « z^ de Tarbes ^j un homme de Tarbes.

La langue du xvi^ siècle employait, à la vérité, l'adjectif indéfini un comme pronom, mais ne le faisait pas suivre d'un complément de lieu ; on disait fort bien :

— « Comme un qui prend une coupe. ^ »

— « Lorsque j'entr'ouy le bruit

D'un qui frappait à ma porte.* »

* Gasc. corrigés, p. 5o.

- Dict , au mot Autre.

^ Ronsard, Odes, t. I, p. 2.

* Ronsard, Odes, t. II, p. 19. Sur cette construction, Cf. Benoist, De la Syntaxe entre Palsgrave et Vaugelas, p. 108.

Mais on n'aurait pas approuvé la phrase suivante du Gascon J. d'Antras :

— « ils furent advertys par im du lieu mesme qui en eut coignoissance.* »

§ 4. — Pronoms.

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