‹ De l'influence du dialecte gascon sur la langue française: de la fin du XVe siècle à la secondeChapitre 22 sur 37 · DIPHTONGUES · texte numérisé non relu

DIPHTONGUES

8 I. - Ai.

L'ancienne prononciation française {a + i) subsistait au XVI® siècle, dans certaines provinces, mais principalement dans les provinces méridionales ; elle

* Thurot. Hist. de la pron,, t. II, p. 542.

^ Dumas. La Biblioth. des enfants, t. III, p. i58.

î54 LE GASCON DANS t.A LANGUE FRANÇAISE.

affectait surtout les mots en -aire. Hindret Tatteste en particulier pour les Gascons : «Ils donnent un son de double diphtongue » et « prononcent faire en faisant sonner Vi\ » Mais, connme au xvi® siècle, il n^y avait plus lutte entre les deux prononciations^ rinfluence gasconne n'a guère pu s'exercer sur ce point ; et, de cette prononciation gasconne, à peine s'il reste un souvenir dans la prononciation de quelques localités : Blaye (Gironde), Nay (Basses-Pyrénées), et Tournay (HautesrPyrénées), qu'on prononce Bla-ye, Na-y, Tourna-y. (Les Français — non Gascons — sont tentés, au contraire, de dire Né, Tourné).

Les Gascons lettrés ne prononçaient pas a + i, au xvi« siècle ; ils avaient une tendance à prononcer cette diphtongue comme é fermé; c'est ainsi qu'on peut expliquer, dans du Bartas, l'orthographe de quelques mots : sésons, néssance, éclers, etc.

S 2. — Au.

Les Gascons, au xvi® siècle, donnaient à au le son aw; Hindret nous l'apprend, a Le Gascon donne

* L'Art de bien prononcer et de bien parler la langue françoise ; discours en tête de la 2« édit. (1687). Ce son gascon a •»- i, qu^ Hindret appelle d^une expression un peu étrange, c une double diphtongue 0, c'est, dit plus simplement Th. de Bèze, le véritable son de la diphtongue grecque «t. Cf. plus haut, Phonétique gasconne, p. Sg.

un son de double diphtongue k au. , ., prononce cause en faisant sonner Vu\ » Mais, ici encore, l'influence a été faible : tout au plus si Ton songe que les Gascons aiment à changer o en au, peut-on supposer qu'ils ont dû contribuer à maintenir la prononciation et l'orthographe de « aumelette » pour omelette. Aumelette fut longtemps en faveur ; cette forme se trouve dans le Dictionnaire des rimes de Lanoue; près d'un siècle plus tard, Ménage fait remarquer que « à Paris, on dit amelette et omelette . . les Gascons écrivent et prononcent encore aujourd'hui aumelette. . . On dit à Paris et à la Cour aussi un peu plus communément omelette* .»

S 3. - Eu.

Nous avons déjà parlé, à propos de la voyelle u, de la confusion fréquente chez les Gascons, des deux sonseï/, u.

§ 4 — Ion, len.

Au xvii® siècle, ces groupes de voyelles ne comptaient que pour une syllabe dans la conversation

* UArt de bien prononcer. . . , ibid.

* Observations sur la langé /r., chap. xxxv.

(tandis qu^en poésie ils étaient dissyllabiques). Andry^ qui fait cette remarque^ ajoute que les Gascons et les Provençaux n^observent pas cette règle, a Dans la prose^ il faut dire passion, action ; c^est à quoy doivent prendre garde les Provençaux et les Gascons, et dans la poésie, il faut dire : passi-on, acti-on^. »

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