‹ De l'influence du dialecte gascon sur la langue française: de la fin du XVe siècle à la secondeChapitre 23 sur 37 · CONSONNES · texte numérisé non relu

CONSONNES

Quelques consonnes seulement donnent lieu à des remarques intéressantes.

Les Gascons n^aspiraient presque jamais cette lettre dans les mots où elle doit être aspirée (défaut commun à tous les Méridionaux), a Si les mots haren, harendière, haulteur, hou\eau, housse, hocquebute, hacquebutier, hacquenée, ha\ard, hallecret, hallebarde, se profèrent sans grande aspiration, la faultc est énorme. De laquelle faulte sont pleins les Auvergnats, les Prouvençaulx, les Gascons et toutes les provinces de la langue d'oc, car, pour le haren, ils disent Taren; pour des harens, ils disent des

' Réflexions sur l'usage présent de la lang. fr., p. 496.

aren$\ » Même observation de Dumas : « Les Gascons négligent souvent {^aspiration nécessaire et l'emploient où elle n'est pas nécessaire '. » Desgrouais cite quelques autres exemples de cette faute :

J'ai joué à l'hasard. — J'ai eu cela d'hasard.

C'était un enfant de st auteur (de cette hauteur)

Ces gens là son-tardis (sont hardis).

J'admire &on hardiesse (sa hardiesse).

Il a débité fort bien son harangue (sa harangue).

Je veux de l'hachis.

Le-suguenots, etc., etc.' On voit que les Gascons ont dû puissamment favoriser cette tendance — chaque jour plus marquée — de la langue française à supprimer les aspirations*.

Sylvius reproche aux Gascons de remplacer f par h, dans le mot faim% trait bien conforme, nous l'avons vu, à la phonétique gasconne (pp. 92, gS).

La prononciation de cette lettre appelle plusieurs observations importantes :

* Dolet. Les Accents de la langue fr,, p. 283.

* La Biblioili, des enfants, t. III, p. 2o3.

* Gasconismes corrigés, pp. 242-243.

^ « La langue française a une tendance à supprimer les aspirations. » Crouslé. Gram, de la langue fr.^ Cours supérieur, p. i5.

» In linguam gallicam Isag(,}gey p. 48.

a) Les Gascons prononçaient et prononcent encore c, au lieu de ch initial suivi de i, dans un certain nombre de mots : cirurgien, cismatique, ciche, pour chirurgien, chismatique, chiche. Cette prononciation était assez répandue, puisque siche se rencontre dans Charles d'Orléans'; serurgien, cirurgien, dans Palsgrave ; mais, de bonne heure, elle fut condamnée. Robert Esticnne et Nicot ne donnent que chirurgien ; H. Estienne reproche aux courtisans de dire cirurgien : « Je diray chirurgien, comme il faut dire, non pas cirurgien, n'en déplaise à vous^ Messieurs les courtisans'.»

b) « Le Gascon, remarque Tabourot, prononce tous les mots en ache, en aque. » (Cf. plus haut, p. 68, b). L'influence gasconne contribua donc, de même que l'influence italienne, et beaucoup plus que l'influence picarde, à faire hésiter la prononciation française, dans un grand nombre de mots terminés en ache. On a longtemps hésité, en effet, entre sandarache et sandaraque; — flache et flaque; — rubriche et rubrique ; — empoche et empoque ; — pendiloches et pendiloques ; — cloche et cloque ; — broche et broque ; — porche et porque*; — fourche et fourque; — lambrusche et lambrusque, comme il est facile

^ Cf. édition Jannet. Glossaire.

* Deux Dialogues du nouv. lang fr. italian., 2« Dialogue, p. 592.

^ La Noue regarde les formes t fourque > et « porque • comme dues à Titalien, p. 117.

de le voir en comparant les Dictionnaires de Robert Estienne, Tabourot, La Noue, Nîcot, Oudin.

c) Dans le groupe et, les Gascons ne faisaient pas entendre le c. «On n'écrit jamais ation, ditionnaire, comme font les Gascons*. » N'est-ce pas le souvenir de cette prononciation gasconne qui dicte à du Bartas les rimes suivantes :

Et la Baleine encor, dont la poitrine infete, Tient trois Jours en depost la vie d'un Prophète*.

Les Gascons remplaçaient g, j, par un^'. Nous n'avons trouvé dans les grammairiens du xvi^ et du wu^ siècle, aucun passage où fût signalé ce défaut de prononciation; mais^ outre que ce défaut persiste encore dans la prononciation actuelle si semblable à la prononciation du xvi<^ siècle^ le langage du baron de Faeneste suffit à nous prouver que les Gascons du XVI® siècle disaient j^ pour g et y ;

bon yor (p. 7).

abantaye (p. 12)

* De Soûle. Traité de Vorthogr. française, p. Si.

* La seconde Sepmaine, u^ jour (les Colonnes), p. 80. — Dans Ronsard, on trouve également in/ait Infait, Infet sont des formes régulières, conformes aux lois de la phonétique ; infect est un terme savant. Cf. affeté, affecté.

* Nouveaux gasconismes corrigés, p. 376. Voir plus haut Phonét. gasc , pp. 72-73.

26b LE GASCON DANS LA LANGUE FRANÇAISE.

bilaye (p. 14).

enfanyer (enfanger, crotter), p. 16.

couraye (p. ig), etc.

Les Gascons ne faisaient pas sentir le g dans certains mots où g précède une consonne : ils prononçaient aumenter pour augmenter, dôme pour dogme*. Cette prononciation est sensible dans Torthographe du mot haulmenter pour augmenter*.

Au xvi^ et au xyii® siècle, la prononciation de cette lettre était loin d'être uniforme; la véritable prononciation française était ks, gs, mais beaucoup de personnes prononçaient ss. H. Estienne explique cette dernière prononciation par Tinfluence italienne : Cl Tertium peccatum ab Italis est oriundum qui pro hac littera x geminum ^ pronuntiare soient. Sunt enim qui, ut illi, . . . Alessandre et Massimesonant'. » A rinfluence italienne, il convient d'ajouter l'influence gasconne ou méridionale : « Les Gascons et les Provençaux prononcent une tasse pour une taxe », dit Ménage*.

Il semble que la substitution de s à a: soit une habitude bien ancienne chez les Gascons, à en juger par la forme escepit pour excepit (qu'on trouve dans

* Nouv. gasc. corrîg., p. 376.

* Biaise de Monluc. Comment,, l IV, p. 363.

'' Hypomneses de Gai. ling; p. 73.

* Observations, chap cii Cf. plashautP/io«^/,^fl5r., p. 72.

une inscription Lactorate), due, comme cela est probable, à une prononciation locale défectueuse. (Cf. Les Inscriptions des Lactorates. Revue de Gascogne, t, XXXIII, p. 83. L'inscription remonte à Tan 239 ap. J.-C.)

Le baron de Fasneste pousse la délicatesse jusqu'à remplacer x par ;[ : « pour quelque pic qu'un e:{ent des gardes m'aboit donné* » . Un instant, cette prononciation vicieuse faillit triompher; en i632, un grammairien enseigne que <( x devant ^ ou c guttural se prononce comme 5* » .

N'est-ce pas à cette double influence étrangère et dialectaleque nous devons la prononciation de x par ss^ dans Bruxelles, Auxerre, Auxone, soixante, etc.?

Les Gascons prononçaient aversité pour adversité, amirable pour admirable, ainsi que le remarquent Vaugelas, Th. Corneille et l'Académie française*.

Au xvi^ siècle, ^ était muette devant une autre

» Martin, cité par Thurot. Hist, de laPron., t II, p. 340

* c Adversité se doit toujours escrire et prononcer avec le d, comme fait admirer parmi les verbes. En quoy les Gascons ont accoustumé de faillir. » Remarques, t. II, p. 480.

consonne, sauf dans les mots d^origine savante ou étrangère. Mais ni les Gascons, ni en général les Méridionaux, n'observaient cette règle. « Le Françoès. . . dit mètre, fête, notre e votre. . . le Prouvançal, Toulouzein ou Gascon : mèstre,fèste, nostre, vostre\ » Comment concilier avec cette affirmation, dont nous pouvons vérifier la justesse', cette remarque de Th. Corneille : t On prononce et on escrit satisfaire et satisfaction , et non satif action et satifaire, ce qui est gascon, comme amirable pour admirable' )> ; et celle-ci, de l'Académie française : < La crainte que M. de Vaugelas a eue que la mauvaise prononciation de satif aire sans s ne Temportast sur celle de satisfaire avec une ^ se trouve fort mal fondée, puisqu'on la condamnoit de son temps, et que personne aujourd'huy ne prononce ce mot sans s ; c'est ce qui ne peut estre permis qu'aux Gascons qui retranchent plusieurs lettres et qui prononcent amirable au lieu d'admirable, sans faire entendre le d^. »

Voici comment on pourrait expliquer cette contradiction : Satif aire, satifaction, telle était la prononciation, non des vrais Gascons gasconnant, mais des Gascons demi-lettrés, des seigneurs, des courtisans, désireux de bien prononcer à la française;

• Pcletier. Dialog. de l'ortografe è prononciation françoise, p. 90.

« Cf. plus haut, Phonét. gasc, pp. 83-84.

' Cf. Remarques de Vaugelas ^ t. II, p. 262.

* Ibid.

ceux-là prononçaient 1'^ dans tous les mots ; ceuxci, sachant que la prononciation de Vs était un gasconisme, ne faisaient entendre cette lettre dans aucun mot, pas même dans les mots comme satisfaire, où s doit être prononcée par exception.

Cette explication qui, peut-être, paraîtra subtile au premier abord, est confirmée par quelques faits analogues. Pourquoi, en effet, contrairement à toutes leurs habitudes et aux règles de la phonétique gasconne, les Gascons remplacent-ils dans certains mots français, b par v, h par /; disent-ils, par exemple, poire pour boire, faut pour haut, sinon parce qu'ils craignent, en prononçant ces lettres b. A, sur lesquelles si souvent ils se trompent, de commettre quelque gasconisme? In vitium ducit culpœ fuga.... Tabourot a fait une remarque analogue, au sujet de la prononciation bourguignonne : « Nota que le Bourguignon prononce généralement en ot tous les mots français en et, comme buffet, buffot ; Joliet, Joliot, et de là il advient que quand il veut parler genteSy c'esl-à'dire françois en son ramage, il réduit tous les mots en ot en e/, comme fit ridiculement une damoiselle qui demandoit un faguet pour allumer une buiche de gros buis pour faire cuire son giguet de mouton. Pour dire une busche de gros bois pour faire cuire un gigot de mouton^ .»

L'auteur des Nouveaux gasconismes corrigés explique de la même façon comment les Languedo-

' Dict, des rimes franc . , p. 206, v".

ciens en arrivent à prononcer par e muet une foule de mots qui, en français, ont un é. « Les Languedociens. . . manquent souvent de faire sentir Taccent aigu et de passer comme muet Vé qui en est marqué, tel que celui des mots suivants : différent, opéra, apétit, conséquent^ tragédie, comédie, aisément, généralement, communément, etc.; qu'ils prononcent comme difran, opra, consquen, comdi, generalmenty communment. Et \\s prononcent ainsi pour éviter un défaut contraire au précédent : ce qui est tomber de Carybde en Scilla* .»

Les Gascons remplaçaient souvent s initiale par ch (Cf. plus haut, p. 82, note 2 ). Dans une lettre de Henri IV, on trouve : le vingt-chisieme jour de septembre*.

Z était prononcé t:^, dans douze, dout:^e, « Dout\e chemises, doutée linceuls (draps de lit) :» lisons-nous dans le procès -verbal de la profession religieuse à Condom (Gers^ de Catherine Laboupillère*. Et dans un acte de 1647, ^ Auch, les parents (c constituent à ht future espouze — quatre dou/^aines de serviettes * ► .

* Nouveaux gasc, corrigés, pp. 270-271.

* Lettres missives, Berger de Xivrey, t. I, p. 3o. ' Cf. Revue de Gascogne, t. XXXI, p. 2 58.

* Cf. Revue de Gascogne, t. XXXII, p. 498.

La phonétique gasconne remplace tous les v par des b^'y il n^est donc pas étonnant que les Gascons prononcent et écrivent avec un b les mots français où se trouve un v. Sur ce point, les témoignages des grammairiens sont nombreux. Tory', Sylvius', Bovelles^j Théodore de Bèze*, Hindret*, etc., sont d'accord pour déclarer que les Gascons confondent perpétuellement ces deux lettres, v, A. Les exemples de substitution àtbkv français abondent, principalement dans ces Lettres publiées de nos jours en si grand nombre: l'orthographe indique la prononciation.

Les Gascons les plus distingués par leur naissance ou leur situation tombaient dans cette faute :

«... fere payer* le succide qu'il prend aux baysseaux quy passent au habre de la dicte ville ^ »

« J'euls ung grand ennuy de n'avoir quelque autre

* Voir plus haut Phonét, gasc, p. 88 .

' Champfleiiry, etc., p. 35, v».

' In linguam gallicam Isagtùge, p. '3 7.

* Liber de differentia, vulgarium linguarum, p. 39.

* De Francicœ linguœ recta pronuntiatione, p. iç.

* L'Art de bien prononcer.,, ; discours en tête de la ir« édition.

' Charles de Monluc. Lettres inédites de quelques membres de la famille de Monluc, publiées par M. F^h. Tamizey de Larroque. (Auch, 1S90), p. 3o.

œuvre de mon trabail, » écrit au Roi, le 24 juin 1 584, un évêque illustre, François de Foix\

En plein xviic siècle, cette prononciation gasconne persiste encore, et la Muse historique s'en moque agréablement :

Tant y a que certain Gascon

Avec ce fastueux jargon

Qui leur est assez ordinaire ,

Et que je sais peu contrefaire.

Durant le tremblement susdit *

A quelques sieurs compagnons dit :

Et donc, Messieurs, que bous en semble ?

Il faut bien que bous le croyez :

Bous le sentez, 60115 le boye^,

(3 juillet i66o.)

La Muse historique n^exagérait rien; car nous trouvons dans des Mémoires écrits précisément à cette époque : « Je bous ai parlé ... la debotion poiirbu qu'il a/e bon pain . . . j^eus l'honneur moimême de boir le Roy et la Reyne sa femme, etc.*i

Les Gascons substituèrent donc le ^ à v, et cela ne nous surprend pas; ce qui pourrait surprendre, — et qui pourtant n'était pas rare, — c'est la subs-

* Lettres publiées par M. Ph. T. de Larroque (1887), p. i55.

* Il s'agit d'un tremblement de terre qui venait d'épouvanter la Bigorre.

' Journal de Henri de Laborde-Péboué de Doazit, publié par M. J. Dupuy (Bordeaux, 1869). Ce journal va de i638 à 1670.

titution d^un i^ à un ^ français^ phénomène absolument contraire aux habitudes et à la phonétique gasconnes. Les grammairiens^ que nous avons cités plus haut, disent formellement que les Gascons confondent le b et le v, et mettent l'un pour Tautre, disant bin pour vin, mais voire pour boire, avé, avesse pour abbé, abbesse (dans Bovelles), haptt pour habit (dans Hindret).

Le langage du baron de Fasneste présente les mêmes caractères: bous pour vous, bqyant pour voyant, mais diavle pour diable, emvarracé pour embarrassé, ouvlier pour oublier, avilie pour habile, etc. Nous avons cherché à expliquer ces contradictions de la prononciation gasconne (Cf. plus haut, pp. 262-263).

La prononciation française a hésité, au xvi« siècle, entre v et ^, dans quelques mots. Fallait-il prononcer vasquine ou basquine ? Séville ou Sébille, Sibille ? vouge ou bouge ? gaveler ou gabeler ? canevassier ou canebassier? Vigordan ou Bigourdan? etc. La prononciation gasconne n'a certainement pas été étrangère à ces hésitations.

D'après Dumas, les Gascons prononcent fort souvent avec le son de / mouillée « les mots terminés en lier y comme familier, soulier, qu'ils pro-

noncent fatnilhcr, [souiher, ou famillier, souilier*». Cette dernière prononciation, c^est-à-dire ia substitution de // à l, est très fréquente en Gascogne : nous avons relevé dans les Aventures du baron de Faeneste t aj^iV/c^habile)» ; «Ce sont d'avilies homes*.»

Dans d'autres textes, nous trouvons : « abille cscrivain . » (Cf. Revue de Gascogne, t. XXXI,p. 1 3 1 ); — <i Ce sont les plus habilles qui les ont recogneuës (les mœurs barbares) pour en mesdire. » (Montaigne, 1. III,ch. IX).

Dumas reproche encore aux Gascons de ne pas donner a à certains mots le son mouillé qu'ils doivent avoir comme dans. . . anguille, etc., qu'ils prononcent anguile' ». Il est vrai de dire que les Gascons avaient une tendance, encore persistante, à prononcer sans mouillure, i suivi de //. Us disent distille, comme mille, c'est-à dire distil-le, mil-le; cela explique certaines rimes de du Banas, relevées avec raison comme des gasconismes, distille, mille, subtile, anguille*.

L'r métatonique, dit Thurot « tomba dans la prononciation, au xvi*^ siècle, dans beaucoup de

* La Biblioth. des enfants, t. lïl, p. 201 .

"' La Bibl. des enfants, t. III, p. 201.

* Gentile , gentilesse , se renconirent fréquemment au XVI c siècle.

INFLUENCE SUR l.A PRONONCIATION. 269

mots » ; il le prouve par quelques passages de Duez, d'Hindret, etc* . On dit alors : un cofe, quate, note (coffre, quatre, notre). Ce n'était peut-être pas là un fait çntièrennent nouveau. « Même des poètes qui riment avec sévérité se permettent des rimes telles que triste, maistre, chambre, jambe, etc., Rutebeuf, Gautier de Coincy, Charles d'Orléans; il est vrai que les cas de ire, te^ ne sont pas très probants*. » Quoi qu'il en soit, la sjrncope de r métatonique devint si générale au xvic siècle, que Tabourot des Accords n'hésite pas à regarder comme légitimes ces deux rimes : urle, ule. « Hurle, de hurler. Tu peux rimer avec cela :

Je Tentends qui hurle Quand le feu le brusle '\ »

Deux causes nous semblent expliquer cette syncope : c'est d'abord la tendance, développée par l'influence italienne, à rendre la prononciation plus douce, à supprimer, autant que possible, tout effort des lèvres ou des dents. Sous l'action de cette tendance, Vr (nous ne parlons plus seulement de r métatonique), fut supprimée dans une foule de mots ; qu'on en juge par cette charmante petite lettre du Dauphin à son père Henri IV : a Papa, depuis que vous êtes pati^

* Thurot. Hist, de la Prononc, II, p. 280.

' W. Meyer-l-ûbke. Grammaire des Langues Romanes, t. I, 2« partie, p. 271.

^ P. 59, recto.

j'ay bien donné du pat si a maman, j'ay ete a la guère dan sa chambe, je sui aile reconete les enemî, il ete tous a un tas en la ruele du 11 a maman ou i dorme. Je les ay bien éveille ave mon tambour. J'ay ete a vote acena, papa, moucheu de Rony m^a donné de bonne confiture et ung beau peti canon d'agen, j ne me fau qu^un peti cheval pou le tire. Maman me renvoie demain a SaÀn-Gemain ou je pierai bien Dieu pou vous papa, afin quMl vou gade de tou dangé et qu^il me fasse bien sage e la gâche de vou pouvoi bien to faire tes humbe sevice, j^ay for envie de domi, papa* .» L'enfant écrivait comme il parlait, ou plutôt (car rien ne nous indique que cette prononciation fût une mignardise d'enfant gâté, ou un vice de prononciation : aurait-on — à ce point-là — supporté chez un prince une prononciation si vicieuse?) il écrivait comme tout le mondé parlait autour de lui.

La seconde cause de cette syncope dV métatonique, c'est l'influence gasconne. Les Gascons ont précisément cette prononciation que signalent Duez, Hindret, Buffier, etc. ; ils disent quate, noste, voste, pour quatre, nostre, vostre ; ils disent aute, libe, arbe, marbe, meste, pour autre, livre, arbre, marbre, mestre*. Dans les Aventures du baron de Fœneste,

1 Dans Tallemant des Réaux, I, 3 12.

* Voir plus haut Phonétique gasconne, p.97 (R médiale appuyée). — « Les Gascons » mi-lettrés « étaient seuls, avec les pédants (dit de la Touche, cité par Thurot,o/;. cit., t. II, p. 28), à prononcer IV dans notre, votre, quatre. »

INFLUENCE SUR LA PRONONCIATfON. 27 I

voici comme parle ce Gascon : « Ma mère a un jardin qui n'est gueres plus grand que le boste; — je bous le done pour poste fruict ; — à boste mode ; — il est de retour des bo$tes\ » Le nom même du baron de Fjeneste renferme un jeu de mots qui s'explique par la phonétique gasconne : les armes parlantes du baron de Fseneste consistent en une fenêtre (gascon /r/wESXE).

Cette habitude de supprimer IV métatonique a longtemps persisté dans le langage familier ; n'est-ce pas cette habitude qui explique Vanves ipour Vanvres?

RR

La prononciation de r double donne également lieu à quelques remarques. Au xyii® siècle, les Parisiens attribuaient souvent à r double le même son qu'à r simple. Les Gascons, eux, prononçaient les deux r. Boileau fait rimer a terre et chaire », et Mourgues, qui cite ces rimes, ajoute : « il ne faut pas s'étonner que Coras qui estoit Gascon luy en ait fait une faute dans sa parodie'». Un Gascon, dit

' ... pp. 55, 56, 64, 67, etc. — Un savant linguiste a démontré, il y a peu de temps, que dans la conversation fiamilière, les syllabes finales le, re, ne se prononcent plus . C'est ainsi que Vanvres est devenu Vanves. (La Ré/orme de l'orthographe française, Bréal. — Revue des Deux-Mondes, r'-déc. 1889.) * Traité de la Poésie françoise, p. 55. Coras n'est pas à

Hindret, prononcera séparément les deux r de bourre et de tous les autres où cette r double se trouve, comme Navarre, barre, guerre, terre, Pierre, comme nous les prononçons en latin dans le mot

terra Les Gascons c< disent : vous apérr^on,

et prononcent les deux rr en ces deux mots joints ensemble, comme nous prononçons les deux rr du mot latin ierror^».

Non seulement, peut-on ajouter, les Gascons prononcent r double, mais souvent ils prononcent comme un double r, Vr simple. De même qu% disent bar-rique, ils disent bar-ril (orthographe d'ailleurs assez fréquente au xvi^ siècle) et ber-ret. (Littré admet béret et berret).

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