‹ De l'influence du dialecte gascon sur la langue française: de la fin du XVe siècle à la secondeChapitre 26 sur 37 · K LANGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

K LANGUE FRANÇAISE

1 ribière, il se troube une iboit quauques hardes. >

mot Peyrades) « quauques d'ailleurs, dans Tallemant |uauque » était une forme

;ux mot gascon, dont d'Anouvenlr dans cette phrase :

entreprins un ramelet qui

liqué les différentes signifilées à ce terme en gascon, gné, conformément à Téty- LU a pris le sens de « bouent dans ce sens, avec un jue, que Pierre Goudelin a I qui parut pour la première t moundi (le Bouquet touèces liminaires du Ramelet ileurs 11 de son « bouquet » .

ilalard, comme plus tard le

uque. Voir, sur la vocalisation

'xneste, p. ii.

INFLUENCE SUR LE VOCABULAIRE. SSg

P. Vanière, traduit Ramelet moundi par sertum tolosanum. » Dans la suite^ on donna le nom de Ramelet « à des réunions joyeuses^ où concouraient plusieurs quartiers et où les jeunes gens prenaient des uniformes ou des déguisements caractéristiques... Ainsi le Ramelet était, en même temps qu'une fête populaire^ un ballet paré. Il n'est donc pas surprenant que d'Antras ait donné le même nom à un vrai ballet aristocratique/ »

Religionnaire.

Si l'on en croit Balzac^ ce terme fut introduit dans la langue française par les Gascons^ en même temps que celui de Doctrinaire ; mais nous avouons n'avoir rien trouvé qui soit de nature à confirmer l'opinion de Balzac, a Le mot de religionnaire n'est pas francois; il vient du même pays que celui de Doctrinaire^ et ce fut sans doute un prédicateur gascon qui le débita le premier dans les chaires de Paris,* »

Retirer à (Ressembler à*).

— <c Les enfans retirent au père, » (Monluc*.)

* Cf. Notes des Mémoires, à la suite des Mémoires de Jean d^Antras, p. 1 58. Godefroy donne aussi ce mot, mais avec la signification de « sorte de poème > .

* Socrate Chrétien, dise. lo (cité par Littré, au mot Doctrinaire).

' Nous ne trouvons pas ce sens dans le Dict, béarnais de M. Lespy ; cependant il est bien connu, au moins dans le pays de Bigorre.

* T. II, p. 1 14.

360 LE GASCON DANS LA LANGUE HtANÇAISE.

— «c Nostre vie, disoit Pythagoras, retire à la grande et populeuse assemblée da ]&xx olympiens. » (Montaigne. ')

— a Leur langage, au demeurant, c'est le plus doux langage du monde. , . il retire fort aux terminaisons grecques. » (Id.*)

— « Ce Pline nullement retirant, à mon advis, aux humeurs de son oncle, d Ud.*)

— c Car chacun sçait du cheval d'Alexandre Bucefal, qu'il avoit la teste retirant à celle d'un toreau. » (Id.')

— « Voilà une description qui retire bien fort à l'equîppage d'un homme d'armes. » (Id.*)

— (Il (Tacite) ne retire pas mal à l'escrire de Sânèque; il me semble plus charnu, Sénèque plus aigu.» (Id.')

— « Cette forme retire trop à l'article. » (Id.')

— n Ces bftbouyns capettes s'en fussent moquez, si peu retire l'innocence spartaine â lafrançoise. »

(Id.-)

■ Essais, liv. I, chap. xxv.

* Essais, liv. I, chap. xxxi (édit. i383), chap. xxx (édit. iSgS).

■ Essais, liv, I, chap. zl (édit. iSSS), chap. zxzii (édit. i5gS).

* Essais, liv. I, chap. xlviii.

> Essais, liv. II, chap. ix.

■ Essais, liv. nt, chap. vin

* Essais, liv. III, chap. ix.

* Essais, ibid.

\mêi

— « O Dieu ! que ces gaillardes escapades^ que cette variation a de beauté^ et plus lors que plus elle retire au nonchalant et fortuit. » (Id.*)

Cette acception du mot Retirer est assez ordinaire^ non seulement dans les dialectes de la langue d^oc^ mais encore dans les dialectes de TEst ; nous nous souvenons avoir entendu à Saint- Dié c Retirer à quelqu^un » pour a Ressembler à quelqu^un > . Mais^ dans ces nombreux exemples de Montaigne^ il est bien évident que nous sommes en présence d^un gasconisme.

Repirade^.

— « J'ay autrefois employé à la nécessité et presse du combat, les revirades qui ont faict faulsée oultre mon desseing. » (Montaigne. ')

Se (Si*).

C^est un gasconisme^ non un archaïsme^ que cet emploi de a Se » pour c Si x>, dans ces phrases de Monluc et de Montaigne :

— ft Et 5e aulcune aultre chose surviendra, je vous tyendray adverti, » (Monluc. •)

— « Je m'aprocheray mercredi le plus près de

1 Essais, liv. III, chap. ix.

« Cf. Lespy, Op. cit., Rebira.

* Essais, liv. III, chap. viii.

* Cf. Lespy, Op. cit., Se.

VOUS que je pourray, est à Feuilles^ ^e le mal ny est arrivé. » (Montaigne/)

Seringade.

Voici encore un de ces mots en -ode, si chers aux Gascons ; il ne se trouve que dans d^ Aubigné, qui fait ainsi parier le baron de Fasneste :

— a Lui et sa femme me tirèrent tout d^un temps, lui^ une pistoulade sans valle, et sa femme une seringade.^ j»

Serre (Colline, Hauteur').

— c Je montis à cheval et men allant le long de la serre pour voir le chemin. » (D'Antras.*)

Str optât. Estropiai (Estropié).

Ce mot, placé par M. Voizard parmi les mots gascons qui se trouvent dans Montaigne', doit être plutôt regardé comme italien. Au xvi^ siècle, il est d^un usage courant; Littré cite des exemples de

* Lettre aux jurais de Bordeaux, 3o juillet iSgS.

* Aventures du baron de Fœneste, p. i lo. On remarque, dans cette même phrase, le terme < pistoulade » que le baron emploie encore dans un autre endroit : a sa troupe oyant les pistollades > (cité par Littré). Les Gascons ont forgé, avec le mot Pistolet, le mot Pistouletade, ainsi défini dans le Dict, béarnais : a Décharge de pistolets, en signe de réjouissance, aux noces de village.

' Cf. Lespy, Op. cit., Serre.

^ Opm cit,, p. 23o.

nah

€ estropiât y» dans Rabelais et dans Carloix ; Tabourot des Accords (p. 179, v®) et Nicot l'admettent; Furetière indique le sens restreint qu'il avait souvent à cette époque: soldat qui a perdu quelque membre à la guerre et qui se sert de ce prétexte pour mendier. » Mais il est juste de rappeler qu'à côté de la forme italienne <i stroppiato ï> il existe une forme gasconne semblable.

— « Me voyant stroptat presque de tous mes membres. » (Monluc.*)

— « Et puis les voyla stropiats et borgnes et estourdisde coups. % (Montaigne.')

Surpoids.

— « Mon livre est toujours un; (ce que j'y ajoute), ce ne sont que surpoids qui ne condamnent pas la première forme, mais donnent quelque prix particulier à chascune des suivantes. t> (Montaigne.')

Ce mot semble n'avoir été employé que par Montaigne ; peut-être l'a-t-il formé à l'imitation des mots français « Surcharge, Surabondance, etc. »; mais, puisque ce composé existait déjà en gascon*, il est plus naturel de supposer qu'il l'a créé sur le patron du mot gascon. Ce terme a été relevé par César Oudin. c< Surpoids, m. sobrepeso, sobrecargo >

' Essais, liv. II, chap. xxxi. Dans Tédition de iSçS c stropiats » a été remplacé par c estropiez 9 . ' Essais, liv. III, chap. ix.

♦ Cf. Lespy, Op. cit., Suberpes.

364 L^ GASCON DAMS LA LANGUE FKANÇAISE.

Tauïade iTablée')-

— « Toute la taulade se prit à rire. » (D'Âubigné. *)

Tocsin*.

H. Estienne a signalé ce mot comme gascon, et il en recommande l'emploi. « Il vaut mieux, ajoutet-il, escrire toquesing... en adjousiant un g, on approchera plus près de Tétymoli^ie, car c'est un mol gascon, composé de « toquer, au lieu de ce que nous disons toucher ou frapper, et de sing qui signiâe cloche, et principalement une grosse cloche commevolontierseneffroyonsonne la plus grosse*. » Au lieu de « Tocsin », les Gascons disaient aussi « Batsin >. « Alors pour la troysiesme fois ib firent sonner le batsain à toutes deux les cloches.* >

Tourner.

Ce verbe, quand il est suivi d^un infinitif, indique en gascon la répétition d'une action ; c'est ainsi que Monluc remploie très souvent.

— « M. de Saint-Pol tome parler sm roi.'»

< Cf. Lespy, Op. cit., Taulade ; (de Tabulalam ; sur B médial iniervoc., Voir plus haut, p. 87.) ' Aventures du baron de Fcenesie, p. 5o.

' Cf. Lespy, Op. cit., Toquessenh.

* Précelience du lang.fr., p. i8ô.

■ Lettre de George de Bourg, seigneur de Clermoni (Gers) Cî. Revue de Gascogne, X..W^^.%i. M.Ph.Tamizey de Larroque, qui publie cène lettre, ajoute en note : Nous appelons encore aujourd hui, en patois, le tocsin lou batsin.

• T. Lp. 25i.

— a J'avertis le capitaine... du lieu auquel ils Tavoinct tournée copper. * »

— « Et je toumajr mander audit Bassompierre de renvoyer à la poudre.*»

— a Nous nous t ornâmes r'embrasser.^n

— € Il me tourna demander. * »

Dans Tancien français, on trouve « tourner » pour <K retourner » ; mais l'expression gasconne a un sens particulier un peu différent, car elle n'implique pas nécessairement l'idée d'un mouvement d'un lieu à un autre lieu.

Tuile (Brique*).

Cette confusion de tuile et de brique est fréquente en Gascogne et en Languedoc.

— « L'esglise est bien. . . . pavée de thuille. » (Enquête de i546.*)

(c II y a quelques années, dit Desgrouais dans ses Gasconismes corrigés (p. 19), qu'on donna à traduire dans un collège de cette ville (Toulouse), ces paroles de Suétone : Gloriabatur Augustus marmoream se relinquere Romam, quam lateritiam acceperat. Later, lateris, signifie brique, et lateritius,

« T. II, p. 26.

5 T. II, p. io5.

* T. IIÏ, p. 304.

* Cf. Lespy, Op. cit , Teule (tuile, brique).

* Cf. Revue de Gascogne, t. XXXII, pp. lyS, 177 et passim.

adjectif formé de later, »gnifie de brique. La plupart des jeunes gens traduisirent ainsi : Auguste se glorifiait d'avoir trouvé Rome bâtie de tuiles, et de ta laisser toute de marbre. Une ville bâtie de tuiles, au lieu de briques, aurait fait rire à Paris ; mais cela ne fit pas de sensation à Toulouse ; personne ne releva ce gasconisme. »

Tuppin (Pot de terre').

Deux cordeliera avec deui jaccopins (sic) Semblant deux sacs entre deux gros luppins.

(Donav. des Périers.) *

Ce mot se trouve aussi dans Rabelais'; Nicot, Furetière, Richclet l'ont omis; mais César Oudîn l'a recueilli. « Tupin : m. oUa. »

Tuquet (Petite élévation*)

— « Je m'arrestai sur un petit tuquet plus haut pour boir au loin. » (D'Aubigné*.)

— « Le fourrier de la compeignie et moi montasmes sur un petit tuquet, seulement par curiositai. > (H.-)

' Cf Lespjr, Op. cit., Toupi.

■ Voir édit. Jannet, Glossaire.

* Cf, Lespy, Op. cit., Tuque, qui signifie Hauteur, d'où Tuquet, petite hauteur.

■ Avent. du baron de Faneste, p. 109.

« Ibid., p. 309.

César Oudin cite ce mot : « Tuquet: m. Relexe, Terron. »

Veguade, Begade (Fois^),

Bonaventure des Périers etd'Aubignéont emprunté au gascon ce terme^ qui d^ailleurs avait déjà été employé par Rabelais. César Oudin signale Torigine gasconne de Vegada. c Vegada^ f.^ mot gascon^ una vez, una vegada. >

~ « Les nymphes

. . . Prennent ja seing De venir faire d'eigade, Si tu dors une veiguade, >

(Bon. des Périers.)*

— « Je n^usse point esté las sans ces bilaines vottes^ qui à toutes vegades s^embrouilloient dans ces genêts. » (D^Aubigné*.)

— <c Aide-enseigne est un honneste home qui aide par begades à pourter lou drapeau, n (Id.^)

Vietd'a^e (Juron gascon*).

— « Mais escoutez, piet\ da^es, que le maulubec vous trousque. j> (Rabelais.*)

* Cf. Lespy, Op. cif., Vegade; — Luchaire, Recueil de textes gascons, Glossaire, Begada.

' Avent. du baron de Fceneste, p. 225.

* Ibid., p: 3o8.

> Cf. Lespy, Op. cit,, Bietdazou.

* T. I, p. 7 (Prologue de Gargantua).

— « Cambaire^ ayant ouï ce dicton^ répondit incontinent en son gascon : Cap de Diou^ be vous douni lou reste (je vous donne le reste) pour un viet d^aze. » (Bonav. desPériers.*)

Fbw/oir.

Ce verbe a souvent en gascon le sens de ce être sur le point de » . Les Gascons disent, par exemple : e II veut pleuvoir » pour « Il va pleuvoir » ; « Teau veut bouillir » pour c va bouillir t>.

— « Et comme j'euz attendu une heure là... et voyois que le jour se voulloit approcher. » (Monluc. *)

— - a Nous y atandismes jusques à ce qu^il feust si tard que le soleil se voulait coucher. » (Id.*)

Il faut entendre de même cette phrase de Brantôme : i Lorsqu^il voulut mourir » c'est-à-dire « lorsqu'il fut sur le point de mourir. * »

Yens (Gens).

Henri IV avait l'habitude d'écrire t yens » pour gens, comme le remarque E. Jung*; cette forme n'est autre chose qu'un gasconisme*.

« T. II, p. 280.

■ T. III, p. 2ia.

* T. III, p. 190.

* T. I, p. iio.

• Thèse, p. 6î.

• Voir plus haut, p. 73.

INFLUENCE SUR LA SYNTAXE. SÔg

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