‹ De l'influence du language populaire sur la forme de certains mots de la langue françaiseChapitre 2 sur 9 · CHAPITRE K · texte numérisé non relu

CHAPITRE K

DES PREFIXES.

En français, une grande quantité de mots composés ont été formés au moyen d'un préfixe, c'est-à-dire d'une particule inséparable qui est toujours placée au commencement du mot.

Au point de vue du langage populaire et de l'influence que ce langage a exercée sur la langue régulière et grammaticale, les préfixes re, dé, en, contre, es nous ont paru mériter un examen particulier.

i r'. — Du préfixe re.

Le préfixe re est placé, en français comme en latin, au commencement d'un grand nombre de mots composés. Dans l'une et l'autre langue, ce préfixe donne l'idée d'un espace parcouru de nouveau, soit dans le même sens, soit en sens inverse ; et il suit de là que la particule re est tantôt itérative, tantôt adversative.

Le peuple de Paris et de ses environs ajoute à plusieurs mots, et notamment à plusieurs verbes, la particule re, sans qu'il y ait réitération ou augmentation, en d'autres termes, sans que le mot offre un sens autre que celui qu'il a dans sa forme simple. Ainsi le peuple emploie rappeler pour appeler, il a perdu son procès et il en a rappelé; resserre pour serre, il faut rentrer les fleurs dans la resserre ; ramasser pour amasser, je suis tombé dans la rue et le monde s'est ramassé autour de

moi ; remplir pour emplir, il faut prendre les bouteilles vides et les remplir; remonter ^our monter, ma montre n'est pas remontée, etc.

Les gens du peuple placent aussi le préfixe re devant certains noms et certains verbes simples dont ils forment des noms et des verbes composés que réprouve le bon usage de la langue ; tels sont par exemple : rétameur, rétamer, récureur, récurage, récurer, ramincir, rapproprier, rassortir, raiguiser, renforcir, au lieu de étameur, étamer, écureur , curage, écurer^ amincir, approprier, assortir, aiguiser, enforcir.

La particule re, placée devant un mot sans en modifier le sens, est une forme ancienne du langage populaire ; et il importe de remarquer que cette particule ainsi employée, comme le fait le peuple, a fini par s'attacher si étroitement à certains mots, que ces mots avec le temps ont pris, dans la langue régulière et grammaticale, la place des mots qui y étaient précédemment en usage.

Par exemple, nous disons aujourd'hui rememer pour signifier rendre grâce ; dans l'ancien français on écrivait mercier. Entre ces deux formes de mots, quelle est la différence? Remercier est la forme populaire et mercier la forme grammaticale. Au XVI^ siècle on employait indistinctement mercier ou remercier (1). Au

(1) Jehan Thierry, dans son Dictionnaire français latin publié en 1564, s'exprime ainsi : — « Re mis en composition devant les verbes ha plusieurs significations, car aucunes fois il signifie autant que denuo, derechef : comme rabattre, rechauffer, relaver, etc. ; aucunes fois il signifie : vicissim comme rebrogarder avTKTXtorixetv , rétorquera seomma, refrapper,

commencement du XVIP on disait encore mercier et remercier, mais on préférait ce dernier verbe. Dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie française publiée en 1694 et dans les éditions subséquentes on ne voit plus figurer que remercier. Ainsi, dans cet exemple, la forme populaire remercier l'a emporté sur la forme régulière et grammaticale mercier et a fait disparaître entièrement cette dernière forme. [1 en a été de même pour les verbes rencontrer, renverser, rassasier, réjouir, regarder, ralentir, ressembler.

referire, ferientem ferire. . . Quelquefois il vaut autant que retrô, derrière, en arrière : comme reculer, aller en arrière... Parfois ne change en rien la signification du simple comme reconforter, conforter, remonstrer les fautes à aucun, monstrcr, receler, celer, racompter, compter, remercier, mercier, repaistre, paistre, reschapper, eschapper, réveiller, éveiller. Autrefois il augmente la signification du simple et signifie autant que valdè beaucoup, fort : comme redoubler, fort doubler, redonder, réclamer Dieu à son aide, vehementer inclamare... »

Nicot {Thrésor de la langue française tant ancienne que moderne, Paris, 1606) reproduit textuellement ce passage. Le même auteur au mot rabbaisser dit : « rabbaisser signifie abbaisser et n'est point composé de re pour derechef comme sont refaire, redire, revivre, etc., Ains est de la manière de ces verbes raccourcir, rassasier, rabattre et semblables qui ne sont point itératifs. Ainsi dit- on rabaisser le caquet d'aucun du quel le caquet ne futonc baissé > ;'et au mot abbaisser Nicot remarque aussi que rabbaisser et abbaisser ont la même signification ; « car on peut dire jey ousabbaisserai bien le caquet, tout ainsi qu'on fait je vous rabbaisserai bien le caquet. »

Vaugelas {Remarquas sur la langue française, V jaillir) dit aussi : « Il y a des verbes simples qui ne sont guères en usage et l'on se sert des composez en leur place, qui ne laissent pas de retenir la signification du simple et non pas du composé ; comme par exemple, refroidir est beaucoup mieux dit que froidir, dont je doute mesme s'il est bon, quoique plusieurs le dient, et ce re, bien qu'il dénote une répétition ou réitération, ne luy donne point une autre signification que celle du simple. Il en est de mesme de rejaillir (pour jaillir) ; il y en a quelques autres de cette nature qui ne se présentent pas maintenant à ma mémoiie. »

rembrunir, dont la forme ancienne était encontrer (1), enverser (2), assasier (3), esjouir (4), esgarder (5), alen-

(1) Et s'en tourne vers le bos droit, Et tant et sus et jus et là

Que la damoiselle enconira.

(Roman du Cliastelain de Coucy, v° 300G.)

Deusses-tu pas, quant tu m''encontres Mettre la main au chapperon ?

(Ancien théâtre français, t. III, p. 24.)

(2) Li uns est sour l'autre verses Chascuns se gist tous em^erses.

(Roman de la Violette, vM942.)

(3) Maint povre en son ki sont moult preu, Humle, simple, dous, débonnaire,

Ki seroient tout d'autre afaire S'il fussent rice et assasé.

Qui sont humle par povreté.

(Renart le nouvel, v. 1378 à la suite du Roman du Renart, édition Méon.)

Satio, as, avi. Assasier, mettre fin aux désirs désordonnés de jouer, de boire et de manger. (Epithoma rocabulorum a Guilelmo monacho de Villa dei, 1529.)

(4) Ce dist li fiz, merveilles oi

Si sachiez que moût m'en esjoi.

(Le CMstoiement d'un père à son fils, VIII, v. 71.)

Stipon, le philosophe, interrogé si les dieux s'esjouissent de nos honneurs et sacrifices : Vous estes indiscret, respondit-il... . (Montaigne, Essais,liy. II, chap. xii ; édit. Leclerc, t. III, p. 168.)

(o) Mais eswarde si tu parfeitement n'en es délivrez des periz de cette meir (mer).

(Sermons de saint Bernard, p. S68.)

Et il ploure moût fort por ceu que il ne trueve nuns dignes d'ovrir lou livre ne de lui esgardeir.

(Apocalypse cité dans Burguy, Grammaire de la langue d'oïl, t. I, p. 182.)

tir (1), sembler (2), embrunir (3). Ici encore la forme populaire re s'est ajoutée au mot sans en modifier le sens, et cette forme composée et irrégulière a fini par prévaloir sur la forme simple et grammaticale (4).

(1) J'en trouve qui se mettent inconsidérément et furieusement en lice et s'alentissent en la course.

(Montaigne, Essais, liv. III, chap. xii; cdit, Leclerc, t. V, p, 35.)

Je veux de ton rival alentir les transports. (Molière, V Étourdi, acte III, scène 5.)

Le zèle cependant chaque jour devroit croître, Profiter de l'exemple et de l'emploi du cloître ; Au lieu que chaque jour sa vigueur s'alentit.

(P. Corneille, Vlmitation de Jésus-Christ, liv. I, chap. xi.)

Dans les deux premières éditions du Dictionnaire de l'Académie française, on voit figurer alentir et ralentir offrant tous deux le même sens, c'est-à-dire signifiant rendre plus lent, La troisième édition publiée, en 1740, contient encore alentir, avec les exemples donnés dans les éditions précédentes, mais avec cette addition. « On dit ordinairement ralentir. » — Dans la quatrième édition, publiée en 1762, on ne trouve plus que ralentir.

(2) Vostre conseil, dist Panurge, sous correction, semble à la chanson de Ricochet ; Ce ne sont que sarcarsmes, moqueries...

(Rabelais, Pantagruel, liv. III, chap. x.)

Sembler, ressembler, estre semblable. Similem esse... Cetuy semble son père et celuy sa mère, hic patris, ille matris est similis.

(Monet, Inventaire des deux langues française et latine, 1635.)

(3) Quelle langueur ce beau front déshonore ? Quel voile obscur embrunit ce flambeau ?

(Ronsard.)

Puis alors que Vesper vient embrunir vos yeux.

(4) Le môme fait s'est produit à l'égard des verbes acoiser et racoiser, qui, tous deux, n'existent plus dans notre langue et qui signifiaient apaiser, rendre coi, calme, tranquille.

Si la forme populaire re, dans les mots que nous venons de citer, a remplacé la forme simple et a fait disparaître cette dernière forme, il est arrivé aussi que certains mots ont revêtu la forme populaire re tout en conservant la forme simple ; de sorte que le même mot, gardant le même sens, s'est trouvé posséder une double forme : d'un côté la forme simple, de l'autre la forme réduplicative. Tels sont, par exemple, enchérir et renchérir, abêtir et rabêtiri enfermer et renfermer, amollir et ramollir, allonger et rallonger, allonge et rallonge, embourrer et rembourrer, emplir et remplir, éveiller et réveiller, apetisser et rapetisser, accourcir et raccourcir, adoucir et radoucir, assoter et rassoter^ épandre et répandre, abonnir et rabonnir, doubler et redoubler, sentir et ressentir, se souvenir et se ressouvenir, tordre et retordre, luire et reluire, élargir et rélargir, étrécir et rétrécir.

Dans ces deux mots enchérir et renchérir, la forme

Car menjue (démangeaison) s'aeoise qui ung petit la grate. (Testament de Jehan de Meung, v. 844.)

En celles temps comme le roy Charles se veist aucçpies audessus de ses besongnes et non si occupé de grans guerres, aucques lors aecoisées, etc. (Christine de Pisan, Histoire de Charles V, citée par Ducange, v° Acquitare.)

Car qui racoise Des médisants la murmure et la voix Moult sages est.

(Christine de Pisan, Le Débat des deux dames, cité par Ducange, V" Cœtus.)

Enfin, la rumeur commençant un peu à se racoiser (Satire Ménippée, 1709, t. I«', p. 96.)

Comme Espagnol, il se persuade, par tels moyens extraordinaires, de racoiser toutes choses en un clin d'œil (Estienne Pasquier, t. II, p. 117.

simple enchérir est la forme régulière et grammaticale, la forme composée renchérir est la forme populaire.

En effet, se servir de renchérir pour signifier enchérir, c'est parler comme s'exprime le peuple, qui a pour habitude d'ajouter au simple de certains verbes la particule re sans qu'il y ait réduplication ou augmentation; au contraire, employer enchérir avec sa forme simple pour signifier devenir plus cher, c'est parler comme l'enseigne la grammaire, qui n'autorise l'usage du préfixe re qu'autant qu'il dénote réitération ou augmentation.

La même observation peut s'appliquer aux mots enfermer et renfermer et aux autres mots à double forme que nous venons d'indiquer.

Dans le Dictionnaire de l'Académie française (édition de 1835), au mot raccrocher et parmi les exemples de l'emploi de ce verbe, on lit ce qui suit. : « Se raccrocher à une chose, la saisir, s'en aider pour se sauver d'un danger, pour se tirer d'un embarras. Il était noyé, s'il ne s'était raccroché à cette branche. D'ans le danger on se raccroche à tout ce qu'on trouve sous la main, y)

Le même Dictionnaire, au mot accrocher, indique que ce verbe s'emploie aussi avec le pronom personnel et signifie s'attacher, s'arrêter à quelque chose que ce soit, et le Dictionnaire donne entre autres exemples celui-ci : Quand on se noie on s' accroche où l'on peut.

Il résulte de cet exemple que l'Académie permet d'employer dans les phrases que nous venons de citer aussi bien le simple accrocher que le composé raccrocher. Seulement le Dictionnaire aurait dû indiquer que

l'emploi du verbe raccrocher dans ce sens est bas et populaire.

Le Dictionnaire de Trévoux (édition de 1771, v<*mccrocher), jaisait le reproche à l'Encyclopédie d'avoir dit « qu'on se raccroche à tout ce qu'on trouve sous sa a main, quand on se noie, ou qu'on est dans la mice sère. Il fallait dire qu'on s' accroche kioixi; carsemc- « crocher signifie s'accrocher de nouveau. »

Il est certain que si la forme composée peut être employée dans le même sens que la forme simple, c'est ne tenir aucun compte de la valeur propre du mot ni des éléments dont il est formé. Si vous attribuez à épandre la même signification qu'à répandre, c'est évidemment méconnaître la différence essentielle qui existe entre ces deux verbes, c'est oublier le rôle que joue dans la composition du verbe la particule réduplicative. Ce raisonnement est sans doute vrai au point de vue de la grammaire, mais il s'agit pour nous plutôt de. constater un fait que de critiquer les conséquences qui en ont été la suite. Or, le fait important que nous tenons à mettre en lumière ici, c'est que, dans les verbes à forme double que nous venons de citer, la forme composée^ c'est-à-dire la forme populaire et la forme simple, c'est-à-dire la forme grammaticale, se confondent et peuvent être indifféremment employées l'une pour l'autre.

Les extraits suivants des diverses éditions du Dictionnaire de l'Académie française vont servir de preuve à notre assertion :

« Renchérir. — Il se conjugue comme enchérir et il a les

mêmes significations tant au propre qu'au figuré. » Toutes les éditions du Dictionnaire renferment cette remarque.

« Réveiller, v. act. — Il signifie la même chose (\^' éveiller, tant dans le propre que dans le figuré. »

{Dict. de VAc. fr., l^e éd. 1694, 2° éd. 1718, 3^ éd. 1740, ¥ éd. 1762, 5« éd. 1792.)

« Raccourcir , v. act. — Il a la même signification qu'«ecourcir. »

{Dict, de l'Ac. fr., l^e éd. 1694, v» court.)

« Rapetisser. — Il a la même signification ({\iappetisser. » {Dict. de VAc. fr., l^e éd. \m^, -^^ petit.)

Pour les verbes embourrer et rembourrer, le Diction naire se sert de la même définition et dit qu'ils signifient « garnir de bourre, de crin, de laine; » mais au mot embourrer, il ajoute qu'on dit plus communément rembourrer.

« Remplir, emplir de nouveau. — Il se prend plus ordinairement dans la signification à'emplir, rendre plein.— Remplir la cave de vin, un grenier de blé, — remplir un vase, — remplir ses coffres d'or et d'argent,— remplir un fossé,— remplir une fondrière. » Cette remarque et les exemples qui la suivent se trouvent dans toutes les éditions du Dictionnaire.

{Dict. de rAc.fr., éd. 1835.)

« Retordre, v. «c^.— Tordre de nouveau. Tordre et retordre du linge mouillé.— \l signifie aussi simplement tordre, et en ce sens il ne se dit guère qu'en parlant du fil ou de la ficelle, quand on tord deux ou trois brins ensemble. Retordre des fils de chanvre, de soie, etc. »

{Dict. de l'Ac. fr,, éd. 1835.)

« Allonge, s. f. — Ce qu on ajoute à un vêtement, à un meuble pour l'allonger. Mettre une allonge à une jupe. Une allonge de table. On dit aujourd'hui plus ordinairement rallonge. »

{Dict. de l'Ac. fr., éd. 1835.)

t Rallonger, v. act. — Rendre une chose plus longue. —Il

signifie quelquefois simplement allonger. Rallonger ces étrivihes, ces é trier s. »

(Bict. de rAc, fr., éd. 1835.)

« Renfermer, v. act. — Enfermer de nouveau. — Il signifie encore simplement enfermer. C'est un fou qu'il faudrait renfermer. En Orient, on renferme les femmes. On l'emploie aussi avec le pronom personnel. Il se renferma dans sa maison. Je me renferme souvent dans mon cabinet. »

{Dict. de VAc. fr., éd. 1835.)

Nous plaçons en regard les mots suivants du dictionnaire, afin de les comparer plus facilement :

« Emouleur, s. m. Celui qui fait le métier d'émoudre, d'aiguiser les couteaux, les ciseaux et autres instruments tranchants. Portez ces couteaux à Vémouleur. •

« Adoucir, v. a. La pluie adou' cit le temps, elle le rend moins froid. — 1\ s'emploie avec le pronom personnel et signifie devenir plus doux. — Le temps commence à s'adoucir. »

« Abonnir, v. a. Rendre bon, rendre meilleur. Les caves fraîches abonnissent le vin. — U est aussi neutre, et signifie devenir meilleur.

Cest un vieux pécheur, il n'abonnit point en vieillissant. Ce sens est familier. — n est encore pronominal.

Ce vin s'abonnira dans la cave avec le temps. Cet emploi et le précédent vieillissent. »

« Amollir, v. a. Rendre mou et maniable. La chaleur amollit la cire.

Mettre du cuir dans Veau pour l'amollir.... — Il s'emploie avec le pronom personnel et signifie devenir mou. La terre commence à s'amollir. »

« Remouleur, s. m. Celui qui cmoudles couteaux, les ciseaux, etc.

On dit autrement. Gagne-petit,

« Radoucir, v. a. Rendre plus doux. La pluie a radouci le temps.

— Il s'emploie avec le pronom personnel au propre et au figuré. Le temps s'est bien radouci depuis peu. »

« Rabonnir, v. a. Rendre meilleur... Les bonnes caves rabonnissent le vin. — Il s'emploie aussi comme verbe neutre, et signifie devenir meilleur. Le vin rabonnit en bouteille. Ce sens vieillit. »

« Ramollir, v. a. Amollir, rendre mou et maniable. La chaleur ramollit la cire. Les pluies ramollissent la terre. Ramollir du cuir, du parchemin. — Il s'emploie aussi avec le pronom personnel, La cire se ramollit dès qu'on Vapproche du feu.*

c AssoTER, y. a. Infatuer d'une passion, rendre sottement amoureux.

// s'est laissé assoler de celte fille... Il est bien assolé de son fils. »

« Abêtir, v* a. Rendre stupide.

Vous abêtissez cet enfant. — Il est aussi neutre et signifie devenir bête.

// abêtit tous les jourSi II est familier. »

(( Élargir, v. a. Rendre plus large. Elargir un habit, une robe, un corset, des souliers. Elargir une chambre, une allée, un parc,^ un fossé.

« Étrécir, v.a. Rendre étroit, rendre plus étroit. Étrécir un chemin, une rue. Il a fait étrécir son habit... Étrécir, avec le pronom personnel, signifie devenir plus étroit. Cette toile s'étrécira au blanchissage. Le cuir s'étrécit à la pluie, au feu. Dans cet endroit, le Ut de la rivière, le chemin va en s'étrécissant. »

« Luire, v. a. Éclairer, jeter, répandre la lumière. — Luire se dit aussi des corps qui réfléchissent la lumière. Je vois luire dans ce sable quelque chose qui ressemble à de Vor. Tout luit dans cette maison, tout y est net et poli. »

« Épandre, v. a. Jeter çà et là en plusieurs endroits, éparpiller. Il se dit en parlant des choses liquides et de celles qui peuvent aisément s'amasser ensemble et se séparer comme

« Rassoter, v. a. Faire devenir sot, infatuer, entêter. On Va rassoie de cette fille, il va V épouser....

Voilà une mère rassolée de son fils. »

« Rabêtir, v. a. Rendre bète, stupide. Vous rabêtissez ce garçonlà à force de le mxiltraiter. — Il s'emploie aussi neutralement et signifie devenir bête. Il rabêtit de jour en jour. Il est familier dans les deux sens. »

« RÉLARGiR, v. a. Rendre plus large. Il est obligé de faire rélargir tous ses habits. On va rélargir cette rue. »

« RÉTRÉCIR, V. a. Rendre plus étroit, moins large. Rétrécir un chemin, une rue... lia fait rétrécir ses habits. Il est quelquefois neutre, et signifie, devenir plus étroit. Cette toile se rétrécit au blanchissage. Cette rue va en rétrécissant. Il s'emploie dans le même sens avec le pronom personnel. Cette toile se rétrécira au blanchissage. Le cuir se rétrécit à la pluie, au feu. Le canal de la rivière va en se rétrécissant. »

« Reluire, v. a. Briller, luire en réfléchissant la lumière. Les diamants, les pierreries reluisent. Toutes les surfaces extrêmement polies reluisent et renvoient la lumière.

Tout est bien frotté dans cette maison, tout y reluit, jusqu'au plancher. »

« RÉPANDRE, V. a. Épancher, verser, laisser tomber un liquide. Répandre de Veau par terre. Répandre de la sauce sur la nappe. Par extension ; Répandre du sel, du poivre,

de l'eau, de la paille, du foin, du etc. Répandre du sahlc sur le carfumier, du sable, des pièces d'ar- reau d'une salle, etc. » gent, etc. Ce fleuve épand ses eaux (Même édition.)

dans la campagne. Épandre du foin pour le faner. Épandre du fumier dans un champ pour l'engraisser. »

{DicUde VÂc. fr., éd. 183S.

Par extension, dit le Dictionnaire. Dans quel sens fauf-il entendre cette expression ? Elle équivaut à ces termes : Par suite des envahissements du mauvais langage, du néologisme, du langage popidaire sur le langage régulier. En effet, si le verbe répandre, comme l'indique d'une manière si précise la définition du Dictionnaire, ne s'applique qu'à un liquide, on ne peut pas dire sans se servir d'un terme incorrect : répandre du sel, du poivre, du sable ; car le sel, le poivre, le sable, ne sont pas des liquides ; or c'est le verbe épandre qui seul ici est le terme exact et grammatical. — Mais ce n'est plus une faute aujourd'hui d'user dans ces locutions de répandre au lieu à! épandre, et l'Académie autorise cet emploi, puisqu'elle reconnaît qu'on dit par extension, répandre du sel, etc. — Dans la définition du mot litière^ l'Académie elle-même a substitué le verbe répandre à épandre, qui se trouvait dans les éditions primitives du Dictionnaire.

« Litière, s. f. Paille ou autre • Litière, s. f. Paille ou autre

chose semblable qu'on épand dans espèce de fourrage qu'on répand

les écuries, dans les étables, sous dans les écuries, dans les étables,

des chevaux, sous des bœufs, des sous des chevaux, des bœufs, des

moutons, etc., afin qu'ils se couchent moutons, etc. , afin qu'ils se couchent

dessus. » dessus. »

{Dict. de VAc.,V^éd. 1694, a» éd. {Dict. de VAc, 5^ éd. 1798,6* éd.

1718, 3^ éd. 1740, 4® éd. 1762.) 1835.)

Ici, l'Académie s'est laissée aller, sans doute à son

insu, aux influences du langage populaire, et elle a écrit, en 1798 et en 1835, conformément aux habitudes de ce langage, répand au lieu d'épand, qui, dans la définition du dernier mot que nous venons de citer, était évidemment l'expression correcte et académique.

Dans nombre de mots qui appartiennent au vocabulaire des arts et métiers, on rencontre le préfixe populaire re; c'est qu'en effet le peuple, dans la composition des mots qu'il.créepour ses besoins, apporte ses habitudes, ses formes particulières de langage. Nous citerons les mots suivants :

Remplage ou remplissage (terme de marchand de vin, de maçonnerie, de charpenterie), ravalement, ravaler (termes de m2iÇonnene);refouillement,re fouiller (termes de maçonnerie et de sculpture) ; rejointoyer, (terme de maçonnerie); renformi, renformir (ibid.); refendre (terme de charpentier, de couvreur, de menuisier, de paveur, de serrurier); mur de refend, (terme de maçonnerie) ; bois de refend (terme de menuiserie) ; ressaut (terme d'architecture) ; réchampissage, réchampis, (termes de peintre en bâtiments), rentrayeur, rentraire (termes de drapier) ; relier (terme de tonnelier) ; raccord, raccorder, etc.

Citons encore les mots raptor, rapiéceter. Laprésence du préfixe re ou r qui ne remplit aucun office dans la composition de ces verbes, en dénote l'origine populaire. Si le verbe rapiécer avait été formé par des savants ou par des grammairiens, on aurait dit plus simplement et plus réguHèremeut apiécer; l'addition de la préposition ad au substantif pfe aurait suffi comme

dans apetisser, accourcir, accoutumer, formés à l'aide des mois petit, court, coutume.

Telles sont nos observations sur le préfixe populaire re. Nous croyons avoir démontré au moyen des exemples précédents l'influence que, relativement à l'emploi irrégulier de ce préfixe, les habitudes populaires ont exercée sur le langage littéraire et grammatical. Les faits à cet égard nous paraissent de toute évidence. Mais comment expliquer la raison qui détermine le peuple à préférer dans le cas dont il s'agit la forme composée à la forme simple? Sur ce point délicat nous hasarderons cette conjecture : r oure est placé au commencement du mot pour lui donner plus de force ; ce r y est parasite, adventice, attiré par l'euphonie pour mieux faire saillir la voyelle qui suit. Il est certain que a ou e seul a besoin d'un moindre effort d'articulation que ra ou re. Par exemple, dans rappeler, la syllabe initiale exige une énergie d'articulation que n'a pas la première syllabe d'appeler. Enfin il importe de remarquer que, dans la prononciation des gens du peuple, la consonne r placée au commencement d'un mot est toujours fortement articulée. Parlant du roulement que cette consonne est très-propre à marquer, un poëte a dit :

LV en roulant approche, et tournant à souhait Reproduit le bruit sourd du rapide rouet; Elle rend, d'un seul trait, le cours d'une rivière, La course d'un torrent, le fracas du tonnerre. (Piis, Harmonie imUative.)

§ II. — Du préfixe dé.

Le préfixe latin de existe en français sous la forme ci^ eidés devant une syllabe commençant par une voyelle.

Dans la composition des mots français, ce préfixe marque éloignement, négation, suppression de l'idée exprimée par le mot simple, comme par exemple dans (?(?mander, c?efaire, désabuser. Il se fait surtout remarquer comme l'opposé du préfixe en, par exemple embrouiller et dJ^brouiller. — Le préfixe dé est aussi augmentatif, amplitif, c'est-à-dire qu'il sert à étendre la signification du mot, à la rendre plus précise, plus déterminée, comme par exemple dans c?emontrer, déconper, détremper (1).

Le peuple, dans la composition de beaucoup de mots que le bon usage de la langue réprouve, a fait entrer le préfixe dé employé soit dans le sens privatif, soit dans le sens extensif. Voici des exemples de mots populaires dans lesquels de figure avec le sens privatif; tels sont : dépiauter (enleYQV \b. peau), décommander (conive mander), décaniller (s'en aller), se dépatouiller (se tirer d'un mauvais pas), de^ame (démarche), etc. Voici d'autres exemples dans lesquels le préfixe dé est pris dans le sens extensif; tels sont : dépenaillé, décesser, etc.

(1) Nicot fait la môme remarque.

« De aussi, dit-il, augmente la signification d'aucunes dictions ausquelles elle est composée comme en détailler, derompre, détail dénombrement et semblables lesquelles sont de plus effective signification que tailler, rompre, taille, et nombrement et a en soy énergie depenitus, omninô ou funditus, dictions latines, dehacher, hacher du tout et en pièces. » (Nicot, Thrésor de la langue française ancienne et moderne, 1606, v" De.)

L'ancien français avait guerpir et déguerpir ; ces deux mots étaient employés indistinctement pour signifier abandonner.

Donc lo gurpissen sel fedel.

(La Passion du Christ, du X^ siècle, dans la Chreslomathie de Bartsch, p. 9.)

Pilât cum audid tais raisons, A lor gurpis nostre sennior.

{Ibid., p. 10.)

Et quant m'aurez mortelment déguerpi, Ja n'i croistra vos los ne vos honors. {Couci VII, cité dans Littré, Dict. de la langue fr.)

Cil guerpirent Richart ki le durent garder N'aveient nnl espeir ke 11 deust repasser. (Roman de Rou, t. I, p. 160, v. 3156.)

il par nule raison ne welent devverpir ceu (ce) où il premiers puyent mettre les mains.

{Sermons de saint Bernard, p. 521.)

Nus ne doit estre forbeniz par son don, ne guerpir son pais. (Li Livres dejostice et de plet, p. 311.)

Haimon enportent, ne le vourent guerpir. (Roman de Garin le Loherain, t. II, p. 88.)

Si li guerpirent bien quatre-vingt chevaliers tuit ensemble. (Villehardouin, GLXXXII, éd. Michaud et Poujoulat, t. I^^ p. 79.)

Guerpir et déguerpir ont été en usage jusqu'au XVIP siècle, mais on a laissé le simple guerpir et on a conservé le composé déguerpir.

De même nous avons retenu dérober pour dire pren-

dre en cachette, et nous avons rejeté rober, qui dans la langue primitive signifiait voler, ravir.

Tut aseur fu le païs.

N'i ont chemin frait ne bruisié Ne home robe ne despoillié.

{Chronique des ducs de Normandie, t. I^r, p. 522, v. 12778.)

N'i remancit rien a rober. {Ibid., t.m, p.l35, V. 35647.)

A Ccl tans aloient par mer Les unes gens altres rober.

(Roman de Brut, t. I^r, p. 256, v. 5505.)

Cil qui robe les yglises, doivent estre pandu. {Li Livres dejostice et deplet, p. 281.)

ne ne die mie qu'il m'ait veu sési de la chose que me met

sus que j'é robée, par quoi je ne li voil respondre. {Ibid., p. 293.)

Tout prent, tout robe, tout pelice; (Rutebeuf, t. I^r, p. 314.)

A tart ce clôt qui est robez.

(Manuscrit 1422, fol. 225. Bibl. imp. f. Sorbonne.)

Dans d'autres verbes il est arrivé, au contraire, que nous avons gardé le simple et abandonné le composé ; par exemple, en ancien français, on a dit dérompre, pour rompre, détruire, déchirer (du latin derumperé), détrancher pour trancher, couper, mettre en morceaux, en pièces.

Jo nen ai ost qui bataille li dunne Ne n'ai tel gent qui la sue derumpet.

{Chanson de Roland, édit. Muller, ii, v. 18.)

(Je n'ai point d'armée qui lui livre bataille , ni n'ai telle gent qui la sienne dérompe, taille en pièces.)

Toute l'eussent dérompue Qui (si l'on) ne lor eust destendue.

(Rutebeuf,t. II,p. 221.)

On devroit Pilate escorchier Et tout par pièces destranchier .

{Tragédie de la Vengeance de Jésus-Christ,, citée par Roquefort, vo Destrancher,)

Ains en seront mil home détrenchies.

{Ogier de Danemarche, t. I, p. 202, v. 4945.)

D'eux destrencher ne d'eux oscire.

{Chronique des ducs de Normandie, t. 1er, y^ 157^^

On a dit aussi : démarcher. Dans l'ancien français, ce verbe avait deux sens différents : 1^ il signifiait mar^ cher en arrière, reculer ; dans ce sens dé était privatif; 2« il se disait pour marcher, bouger : dans ce sens dé était augmentatif. Voici des exemples de démarcher pris dans ces deux sens:

lo Démarcher signifiant marcher en arrière, reculer. Icellui Nicaise s'avança vers l'exposant pour le ferir du coustcl ; mais le dit exposant desmarcha.

(Lettres de remission de l'année 1375 citées dans Ducange, yo Demanere.)

De fait l'eust tué ou navré villainement, s'il ne se feust desmarchiez et trait arrière.

(Lettres de remission de l'année 1401. Id. Ihid,)

Gomme entre ceulx qui jouent à la paulme, celuy qui soutient, se desmarche et s'appreste, selon qu'il veoid remuer celui qui lui jette le coup, et selon la forme du coup.

(Montaigne, Essais, liv. III, chap. xiii, édit. Leclerc, t. V, p. 171.)

Desmarcher ^ pedem re ferre.

(Nicot, Thresor de la langue françoise ancienne et moderne, 1606.)

Dans le Maine on dit encore démarcher pour reculer, marcher en arrière. {Vocabidaire du haut Maine.)

2o Démarcher signifiant marcher, bouger.

Puis desmarcha deux carreaux avant en bonne modestie, et fit d'un pied révérence à la bande adverse. (Rabelais, Pantagruel, liv. V, chap. xxv.)

Cy gist Perrenet le franc archier Qui cy mourut sans démarcher.

(Ancien Théâtre français, édit. Jannet, t. II, p. 333.)

fut ordonné que quand mademoiselle de Penthevre

viendroit.... que ma ditte dame démarcherait trois pas devant elle....

{Les Honneurs de la Cour, par la vicomtesse de Furnes, h la suite des Mémoires sur l'ancienne chevalerie^ par Lacurne de Sainte-Palaye, t. II, p. 193.)

Dans le patois du Berry on se sert encore de démarcher pour marcher. « Cet enfant commence à démarcher. »

(Vocabulaire du centre de la France par le comte Jaubert, \o Démarcher.)

En vieux français on trouve déprier, correspondant au latin deprecari, prier pour nous épargner un mal, implorer.

Et deproions al Salvéor Qu'il nous maintigne et dont vigor Contre cils qui en Deu ne croient.

(Rœnan de Brut, t. II, p, 15, v. 8721.)

Moi et autrui déussiés déproier Que vers le roi vos alast apaisier.

(Ogier de Danemarche, t. I, p. 182, v. 4431.)

Moult (il) déproia l'emperéor Que renard (il) li doinst par amor.

(Roman du JRenart, édit. Méon, t. II, p. 205, v. 15145.)

Le suppliant se feust trait par devers ledit curé en lui

dépriant que de ors-en-avant se voulsist déporter de plus aler ne fréquenter avecque elle.

(Lettres de remission de l'année 1398, citées par Ducange, Vo Deprecari.)

Les aucunes déprierent au suppliant qu'il leur voulsist

donner des pommes

(Lettres de rémission de l'année 1412; ibid.)

Je prie la benoiste Marie Qu'elle veuille son fils déprier.

(Ancien Théâtre français., t. III, p. 405.)

Déprier, fort prier aucun et luy faire requeste, deprecari. (Nicot, Thresor de la langue françoise ancienne et moderne., édit. de 1606.)

Montaigne a employé déprier comme opposé àa prier.

Il (Midas) requit les dieux que tout ce qu'il toucheroit se convertist en or : sa prière feut exaucée; son vin fut or, son pain or et la plume de sa couche, et d'or sa chemise et son vestement; de façon qu'il en tomba accablé soubs la jouissance de son désir, et estrené d'une insupportable commodité : il luy falut desprier ses prières.

(Montaigne, Essais, liv. IL chap. xn; édit. Leclerc, t. III, p. 278 et 279.)

Bussy a dit dans le même sens ;

Je vais contremander le souper et déprier nos gens. (Le François à Londres, comédie, se. vi.)

Les exemples qui se rattachent aux verbes déguerpir, dérober, et aux autres mots précédemment cités, tendent à établir que le préfixe dé est ici augmentatif, et

même que ce préfixe, sans modifier le sens du mot simple, y est quelquefois ajouté pour donner seulement à ce mot plus de consistance et plus d'énergie. Le préfixe dé ainsi employé pour renforcer le mot est une forme populaire que l'on rencontre dans diverses expressions qui appartiennent au langage du peuple.

Ainsi, les gens du peuple disent : décesser pour cesser. Ce mot ne s'emploie populairement qu'avec la négation : « il ne décesse de parler ; cet enfant n'a pas décessé de crier. « Les lexicographes s'accordent à rejeter ce mot comme une expression vicieuse qui doit être exclue du bon usage de la langue. « Décesser, dit Boiste, employé pour cesser, signifie tout le contraire de ce qu'on lui fait dire, le de étant un privatif.» Boiste est dans l'erreur, le préfixe dé est ici augmentatif et non pas privatif. Ce préfixe a le même caractère, joue le même rôle que le préfixe dé placé devant les mots : dérompre, déguerpir, démarcher, déprier, dont nous avons précédemment tracé l'historique. Cette addition du préfixe n'est faite que pour donner au mot plus de force; elle n'a pas d'autre valeur dans la composition du mot. Au reste ce mode de renforcement n'est pas particulier à décesser, il se rencontre également dans les autres mots que nous venons de citer. Sans doute décesser n'est pas utile puisque nous avons le verbe simple cesser. Tenons-nous-en à ce verbe qui est le seul que la grammaire autorise; mais en soi le moi décesser est-il aussi barbare, aussi ridicule qu'on veut bien le dire? En examinant la question au point de vue de la formation du mot, de sa composition , on arrive à trouver

cette censure trop rigoureuse. En effet, décesser est un mot populaire, formé suivant les habitudes du peuple, qui quelquefois ajoute à certains mots un préfixe parasite. C'est ce qui est arrivé pour le mot dont il s'agit. Nous avons vu des exemples de ces additions populaires en traitant du préfixe re. Dans la phrase populaire il ne décesse de parler, le préfixe dé du verbe LÉcesser est parasite de même que le préfixe re est parasite, par exemple, dans le mot resserre employé populairement pour serre.

De même dans les mots dégoutter (couler goutte à goutte) et département (pris autrefois pour départ) le préfixe dé n'ajoutait rien au sens de ces mots dont la forme primitive était goutter eipartement.

Le mot bas latin guitare, employé pour stûlare est traduit par goutter dans une ancienne glose citée par Ducange, ^ Guttare.

Les deux testes tranchées

Dont goutte encor le sang noir et hideux. (Des Masures, traduction de V Enéide^ p. 466, dans Raynouard, Lexique roman ^ t. III, p. 486). Goutter pour dégoutter se dit encore dans le patois du Berry. {Glossaire du centre de la France y par le comte Jaubert.)

Le partement

Convient faire lors bien hastivement.

(Christine de Pisan, Le dit de Poisst/.)

Au XV^ siècle et au XVP, on disait indistinctement partement ou département pour départ.

Et comment se peut-il faire, dist le mary, vous n'estiez pas grosse à mon partement.

{Les Cent nouvelles nouvelles, nouv. xix.)

Après le département du roi de France et de son ost du mont de Sangaltes.

(Froissart, liv. I, l^e part., chap. 320.)

.... Il suffit de l'accompagner à son par tement. (Montaigne, Essais, liv. I, chap. xni.)

Il y envoya encores un aultrc, et se renfonçant dans le lict, se remeit encore à sommeiller jusques à ce que ce dernier l'asseura de leur partement.

{Id., liv. I, chap. vn.)

A son département, l'empereur luy fit dons grands et. excessifs. (Rabelais, Pantagruel, liv. III, chap. xix.)

Au XV? siècle, le moi partement était encore en usage.

« Partement, départ, hœc profectio, onis. »

(Monet, Inventaire des deux langues française et latine, 1635.)

« Vous saurez donc, madame, que depuis mercredi dernier qui fut le jour de vostre partement, je ne mange plus, je ne parle plus et je ne vois plus. »

{Œuvres de Voiture, 1650, in-4o, p. 351. Lettre à Mademoiselle de Rambouillet.)

Mais le mot département avait cessé d'être employé comme synonyme de départ.

Le mot populaire dépenaillé est aussi précédé du préfixe dé. Ce préfixe y est parasite et n'a aucune influence sur le sens.

Scheler (Dictionnaire d'étymologie française) propose pour ce mot deux étymologies. « Ou ce terme, dit-il, s'appliquait d'abord aux oiseaux dans le sens de déplumé, oni^lnioi qui a le plumage en désordre (bas latin, depennare, déplumer) et vient àu.moipenne, \sXin, penna — plume ; ou bien c'est un dérivé du vieux français dé-

pané, déchiré, en haillons (bas latin, depanare, — délacerare) qui a pour primitif -le latin pannus, pan. » Pour notre compte, nous préférons cette dernière étymologie qui est aussi celle que M. Littré indique en ces termes dans son Dictionnaire de la langue française : « Z)^ préfixe, est un dérivé (penaille) de l'ancien ùançmspene ou pane, drap, étoffe. L'ancien français disait despené, despané, mis en lambeaux. La finale aille, ailler est presque toujours péjorative. »

A cette étymologie se rattache le moi penaillon, qui, comme on sait, signifie haillon.

Oitante (quatre-vingt) homme vinrent de Sichen et deSylo

et Samaire, h reseies (rasée) barbes et a dépaneies vesture...

(Livre de Job, p. 445, à la suite des quatre Livres des Bois.)

Quant voit son mantel gris dont elc ert afublée, Et sa cote qui ert en maint lieu despanée. (Li Romans de Berte ans granspiés, st. xlvi, p. 68.)

La pauvre terre a découvert Fit voit sa carcasse moillée Et sa robbe dépenaillée A ses pauvres gens tous mouillez Et comme elle depenaillez.

(L'Ovide en belle humeur de M^ Dassoucy, le Déluge y fable VIII, édit. de 1550, in-4% p. 78.)

Notons encore le mot populaire déguenillé. Dans ce mot, formé du préfixe dé et du substantif ^Mem7/e, le préfixe n*a aucune valeur et n'influe pas sur le sens. Dé est ici un préfixe parasite, une forme populaire ajoutée au mot pour le renforcer. Parlant du mot déguenillé, Scheler (Dictionnaire d' étymologie français), s'exprime en ces termes : « Déguenillé, de guenille;

littéralement tombé en guenille. La composition n'est pas heureuse, puisqu'elle exprimerait tout aussi bien l'opposé, c'est-à-dire, privé de ses guenilles. » Sans doute, cette critique serait fondée si, dans ce mot, le préfixe dé était privatif comme paraît l'admettre le savant étymologiste belge ; mais c'est une erreur : le préfixe dé a ici le même caractère, joue le même rôle que le préfixe dé placé devant les mots populaires décesser, dépenaillé. C'est, répétons-le, un préfixe parasite, un renforcement du genre de ceux dont le peuple, suivant les habitudes et les tendances de son langage, use à l'égard de certains mots.

Les divers exemples qui précèdent témoignent suffisamment de l'influence que le préfixe populaire dé a exercée sur un assez grand nombre de mots de la langue régulière et grammaticale.

Passons à l'examen du préfixe dés.

Nous avons en français les verbes débarquer et désembarquer, composés tous deux du verbe simple embarquer. Seulement dans le verbe composé débarquer on a supprimé la première syllabe em d'Embarquer, tandis que dans désembarquer on a laissé subsister cette syllabe em. Débarquer et désembarquer sont deux formes du même verbe ; mais entre ces deux formes quelle est la différence ? Débarquer est la forme primitive et populaire, désembarquer est la forme savante. Gomme régularité de forme désembarquer vaut mieux que débarquer, la première forme, désembarquer, reproduisant la totalité du verbe simple embarquer; mais le peuple, qui

préfère le plus souvent la brièveté du langage à la symétrie des formes grammaticales, a supprimé la syllabe em du simple Embarquer et a dit par contraction débarquer. Ainsi débarquer est la forme ancienne. Ce n'est guère que vers le XVI* siècle, que sous Tinfluence des savants la forme dêsembarquer a été introduite. Au commencement du XVIl^ siècle on employait indistintement débarquer et dêsembarquer. « Tous deux sont bons, disait Vaugelas (Remarques, 461), mais débarquer est plus doux et plus en usage. »

Vers la fin du XVIP siècle, dêsembarquer pour signifier débarquer était tombé en désuétude ; dêsembarquer ne se disait qu'en parlant de marchandises qu'on est obligé d'ôter d'un navire avant le départ ou l'arrivée au lieu de destination. C'est avec ce sens spécial que dêsembarquer figure dans les diverses éditions du Dictionnaire de l'Académie française.

Ce que nous venons de dire de la double forme débarquer et dêsembarquer s'applique également aux doubles formes déballer et désemballer, dêbourber et désembourber. Ainsi déballer et dêbourber sont des formes populaires, dêsemballer et dêsembourber des formes savantes.

Monet {Inventaire des deux langues française et latine, 1636), indique sans distinction les deux formes débaU 1er et dêsemballer.

Furetière {Dictionnaire universel, 1690) et le Dictionnaire de Trévoux enregistrent déballer ou dêsemballer.

Mais le Dictionnaire de l'Académie française, qui, à partir seulement de la deuxième édition, donne les deux mots déballer et désemballer, en distingue le sens. Déballer, c'est défaire une balle, en ôter le contenu; désemballer, c'est ôter d'un ballot d'envoi ce qui y était enfermé.

Monet (Inventaire des deux langues française et latine, 1636) mentionne débourber et n'insère pas désembourber.

L'Académie française, dans la première édition de son Dictionnaire (1694), donne débourber et désembourber. Elle définit débourber, ôter la bourbe, et desembourber, tirer hors de la bourbe. Les éditions suivantes du Dictionnaire (de 1718 à 1798) reproduisent la même définition de ces mots et admettent entre eux la même distinction de sens; mais dans l'édition de 1835 on voit que l'Académie, tout en conservant à l'égard des mots qui nous occupent, les définitions et distinctions précédentes de son Dictionnaire, reconnaît que débourber a aussi le sens de désembourber. C'est ce qu'il est facile de démontrer en plaçant en regard un extrait des articles que contient sur ces deux verbes l'édition de 1835 du Dictionnaire :

DÉBOURSER, V. a., ôter la bourbe, Désembourber, v. a., tirer hors

Débourber un bassin d'eau. Débour- de la bourbe. Il faut désembourber ber un fossé. Débourber un étang. cette voiture, celte charrette... Débourber une voiture, la tirer de la bourbe.,.

De même les verbes suivants ont été formés populairement et directement avec suppression delà syllabe en ou em du verbe simple ; tels sont :

/dégager

qui a pour simple

engager.

/>epêtrer

empêtrer.

2>eterrer

enterrer.

/>ecombrer

encombrer, etc.

Mais à diverses époques de la langue, les savants, sans doute dans le but de régulariser l'orthographe, ont cherché à modifier la forme de ces verbes en y introduisant les syllabes en ou em du verbe simple.

Ainsi au XVP siècle on voit figurer simultanément dégager et désengager, Montaigne emploie ces deux verbes, mais plus fréquemment désengager.

C'est plaisir d'estre désintéressé des affaires d'aultruy et desgagé de leur gariment (garantie).

(Montaigne, Essais, liv. III, chap. m, édit. Leclerc, t. IV, p. 199.)

Mes amis m'importunent estrangement quand ils me requièrent de requérir un tiers : et ne me semble guère moins de coust, desengager celuy qui me doibt, usant de luy, qucm'engager envers celuy qui ne me doibt rien.

(M. ibid., liv. m, chap. ix, t. IV, p. 503.)

Socrate plaignoit l'argent de ses amis à desengager sa

vie.

(Id.ibid., t. IV, p. mi.

N'est-ce pas quelque advantage de se trouver desengagé de la nécessité qui bride les autres?

{Id. ibid., liv. II, chap. t. III, p. 131.)

D'Aubigné écrit indistinctement dfé^a^er et c?^5m^a^er.

.... Eux et luy se voians à dos des trouppes si gaillardes, la ville de Dormans et la rivière de Marne en teste et (qui estoit le pis), son infanterie qui ne se pouvoit plus desgager sans combat, il s'y résout.

(D'Aubigné, Histoires, liv. II, chap. xvii,édit. de 1618, t. II, p. 181.)

Si le maistre de ceux qui estoient là eust esté desengagé, la besongne estoit faite.

{Id, ibid., liv. II, chap. vi, t. II, p. 119.)

Au lieu du verbe dépêtrer fort en usage au XVI® siècle, on rencontre quelquefois désempêtrer.

Ainsi Hanibal s'estant à la fin despestré de Marcellus et ayant son armée délivre, alla bruslant, gastant et destruisant l'Italie de tous costez sans craindre plus rien.

(Amyot, Hommes illustres, Marcellus, 44.)

.... Estans bien aises quand ils se pouvoient despestrer de leurs autres affaires de s'y en aller, (/c?. /6^c^.,Lucullus, 83.)

Puisque Dieu nous donne loisir de disposer de nostre deslogement , preparons-nous-y; plions bagage ; prenons de bonne heure congé de la compagnie; despesirons-nons de ces violentes prinses qui nous engagent ailleurs et esloignent de nous.

(Montaigne, JSssais, liv. I, chap. xxxvm.)

Quand je considère la grandeur incomparable de cette âme (de Gesar), j'excuse la victoire de ne s'estre peu despestrer &e, luy, voire en ceste très-injuste et très-inique cause.

{Id. ibid., liv. II, chap. xxxin.)

Je me promets que vostre précieux soin sera de desempestrer votre diocèse de l'ignorance de tant de prestres volans et sans tiltres.

{Lettres de Nicolas Pasquier, liv. VII, lettre iv, à la suite des œuvres d'Estienne Pasquier, édit. de 1723, t. II, p. 1291.)

Dans Tancien français on trouve déterrer et désenterrer.

Puis desterrent les mors de la gent de Persie. {Chanson d'Antioche, IV, 460, citée par Littré, Dictionnaire de la langue française.)

Or oiez des barons que Dieu a tant amés, Qui en la cité furent dont li murs est pavés ; Les portes desterrereni h grans pels acérés. (/M., VI, 843.)

Bertrand, ravy de les avoir déterrez, fit aussitôt tout préparer pour le combat.

(Anciens mémoires du XI V^ siècle sur Bertrand Duguesclin, dans la collection Michaud et Poujoulat, t. I,p. 46G.)

Ung homme en peut estre accusé (d'heresie) après sa mort... et s'il advient qu'il soit convaincu et actaint de hérésie, il doit estre désenterré et ses os mis dans ung sac.

(Monstrelet, liv. I, chap. 39.)

Au XIII^ siècle on se servait indistinctement de décombrer et désencombrer. On rencontre ces deux formes dans la page suivante des Assises de Jérusalem.

Et puis que voz l'auez encombre sans esgard et sanz conoissance de court, vos le devés descombrer, si viaus (donc) por totes les raisons que je ais dites ou por aucunes d'elles, que vos me respondés et le dit fié (fief) me descombrés et me metés en la saisine... Et il me semble que après ces dis la court deit esgarder qu'il ne deit demorer, por chose que le seignor ait ditte, que il ne responde dou dit fié au requérant, et que il ne le désencombre^ puisqu'il l'a encombré sans destrece d'esgart ni de conoissance de court...

{Assises de Jérusalem, édit. Béugnot, 1. 1, p. -251.)

Faire netoyer, curer et descombrer les rivières de Sarte et Yaigne.

{Ordonnance de septembre 1488.)

Descombrer, désencombrer , décombrer, ô.éh\a.\eY, expedio,ivi, itum, ire, explico, avi, atum, are. Décombrer une place, un sol, pour y bastir, arcam impedimentis explicare, expedire ad aedificationem.

(Monet, Inventaire des deux langues françoise et latine, 1636.)

Décombrer ligure seul dans le Dictionnaire de l'Académie française.

Nous possédons emprisonner et entasser ; mais nous n'avons pas de mots correspondants lorsque nous voulons exprimer Tidée contraire à celle que renferment ces deux verbes ; il faut nécessairement avoir recours à une périphrase. L'ancien français avait une double forme pour dire tirer de prison, la forme populaire déprisonner et la forme savante désemprisonner. De même la vieille langue avait une double forme pour dire défaire un tas, la forme populaire détasser et la forme savante désent asser.

Quand si le veut desprisonner Et nous traïr par sermonner.

{Romartde la Rose, édit. Méon, t. III, p. 52, v. 15264.)

Il n'a garde de yssir (sortir) dont il est...

Se vous Iq^ovXqz desprisonner, je m'en rapporte à vous?

{Les Cent nouvelles nouvelles, Nouv. xxvii.)

Si fut desempnsonné parmi ce convent (à cette condition) et s'en vint aux barrières de la ville. (Froissart, liv. I, P^ part., chap. 234.)

(La volaille) descharge sa colère sur le plus précieux des jardinages, quand elle y peut atteindre et a moyen de se désemprisonner du poulailler.

(Olivier de Serres, Théâtre d^ agriculture, t. II, p. 8 et 9.)

Et quant Engloiz virent lever le feu contremont, si furent moult dolens et commencèrent à destasser le foing pour destaindre le dit feu qui moult les effrayoit.

(Ménard, Histoire de Duguesclin, p. 503.)

Lors l'on désentasse les pommes, les fruicts, les portans

sous la meule tournante pour y estre escachés à la mode de l'huile.

(Olivier de Serres, Théâtre d'agriculture, édit. de l'an xii (1804), 1. 1, p. 309.)

Au XVP siècle on écrivait désembarrasser au lieu de débarrasser, La forme savante désembarrasser était à cette époque la seule admise dans le bon usage de la langue.

« Mais finalement après que vous luy eustes conseillé en ami de se désembarrasser de ses mauvaises affaires, les quelles, comme vous le sçaviez très-bien, iroient toujours en empirant... il vous bailla des articles et conditions sur les quelles ayant longtemps contesté, vous tombastes enfin d'accord. »

(Sully, (Economies royales, t. I, chap., xlv, édit. de 1664, p. 184.)

« Attendez tant soit peu, vous le verrez (le soleil) [désembarrassé de ce nuage et luire aussi clair et net qu'il était auparavant. »

(Malherbe, Traité des bénéfices de Sénèque, liv. V, chap. vi.)

Un esprit sans corps et désembarrassé de la matière n'agi roit pas d'une autre façon, et ne seroit pas moins incommodé de ses passions.

(Balzac, Dissertations politiques, Le Romain, dissertation I.)

Assurez vous donc que sitost que je serai désembarrassé des visites importunes qu'il faut que je fasse, et que je receoive, je ne perderai pas un moment... »

{Id, Lettres, liv. VII, lettre 14.)

« Son œil m'a répondu de sa pudicité,

Mais dedans son cristal mon aiguille enfoncée,

Attirant ses deux mains, m'a désembarrassée. »

(Pierre Corneille, Clitandre, tragi-comédie, acte IV, se. i; édit. de 1632 (1).

(1) Dans l'édition de 1660, Corneille a supprimé ces vers et tout le morceau auquel ils appartenaient.

Vers le milieu du XVIP siècle on employait indistinctement désembarrasser ou débarrasser.

Nathanaël Duez, dans son Dictionnaire italien-français (2^ partie, Leyde, 1659) indique desbarrasser ou désembarrasser et traduit ces mots par sgombrare et distrigare.

. . . Elle (notre langue) aime particulièrement la netteté, et à exprimer les choses, autant qu'il se peut, dans Tordre le plus désembarrassé, quoiqu'en même temps elle ne cède à aucune en beauté ni en élégance. »

(Grammaire générale etraisonrîée (dite de Port-Royal) chap. XXIV, édit. de 1660.)

« Et toi fameux héros dont la sage entremise De ce schisme naissant débarrassa l'Eglise. » (Boileau, Le Lutrin, chant 1^^.)

Furetière [Dictionnaire universel, 1690), donne débarrasser ou désembarrasser, L'Académie, dans la première édition de son Dictionnaire (1694), indique aussi ces deux mots, mais en faisant observer que débarrasser est plus usité.

<ii Désembarrasser ou desbarrasser, v. a. Le dernier est plus en usage. Oster l'embarras, oster d'embarras. Désembarrasser les chemins. Desbarrasser les rues. Ilnesçait comment se desbarrasser de ses créanciers. Il est desbarrassé de quantité d'importuns. Me voilà desbarrassé de tout ce qui m'incommodait^ il estoit accablé d'affaires, mais le voilà desbarrassé. Il a bien desbarrassé ses affaires depuis peu. Sa teste commence à se désembarrasser. »

{Dict. de l'Acad. franc., P^ édit. 1694.)

La seconde et la troisième édition du même Dictionnaire (1718 et 1740) indiquent encore désembarrasser et reproduisent les exemples précédents à l'exception du dernier dans lequel le mot débarrassé est substitué au mot désembarrassé.

« Desbmrasser ou désembarrasser, v. a.; le premier est le plus en usage. Oster l'embarras, oster d'embarras. Il se dit au propre et au figuré. Desbarrasser les rues. Désembarrasser les chemins. Il ne sçait comment se desbarrasser de ses créanciers. Il s'est desbarrassé de quantité d'importuns. Il esioit accablé d'affaireSf mais il s'en est desbarrassé. Il a bien desbarrassé ses affaires depuis peu. Sa teste commence à se desbarrasser, »

{Dict. deVAcad. franc., 2* édit. 1718, 3« édit. 1740.)

Enfin la quatrième édition (1762) ne mentionnne plus désembarrasser et indique seulement débarrasser, qui est aussi le seul mot que l'on trouve dans l'édition de 1835.

Ici la forme populaire débarrasser a fini par l'emporter sur la forme savante désembarrasser, de même que les formes populaires dégager, dépêtrer, déterrer, décombrer sont restées dans la langue régulière et grammaticale à rex<îlusion des formes savantes désengager, désempêtrer., désenterrer, désencombrer, etc.

Comme on le voit, l'influence du langage populaire s'est manifestée d'une manière particulière sur un assez grand nombre de mots commençant par la double syllabe désen. En effet, c'est par suite de la tendance qui porte les gens du peuple à la concision, à la brièveté du langage, que divers mots de la catégorie cidessus indiquée ont perdu la syllabe en qu'ils possédaient autrefois. Cette habitude de contracter les mots précédents a passé, par succession de temps, de la langue populaire à la langue régulière et grammaticale.

Il importe de remarquer que si certains verbes tels que déterrer, dégager et autres dont nous avons parlé ci-dessus, ont été formés populairement et directe-

— sèment avec suppression de la syllabe en ou em du verbe simple, il est arrivé aussi que dès les temps anciens de la langue d'autres verbes ont été introduits sous la forme savante, c'est-à-dire en gardant la syllabe en ou em de leur verbe simple, par exemple désenivrer (1) composé du verbe simple enivrer, désemparer ([[emparer^ désenchanter à! enchanter , désennuyer à! ennuyer, désenrhumer à' enrhumer , désenrouer d'enrouer, etc. — Plusieurs verbes de forme analogue, tels que désenflammer (2), désenamourer (3), désempêcher (4), désensei-

(1) On trouve ce mot dans la traduction du Livre des Rois, qui date du Xlle siècle : « Va, bonne femme, à tun ostel dormir; si te désenivrera le dormir. » (P. 4.)

(2) Jamais ils ne pourront nos cœurs désenflammer. (Desportes, Œuvres, édit. de 1583, fol. 59, verso.)

Pour les coeurs chaleureux Désenflammer par les odeurs encloses.

(Loys le Garon, Poésies, fol. 24, l» dans Pougens, Archéologie française, 1. 1, p. 133.)

(3) Mais est-ce un coup bien sûr que votre seigneurie Soit désenamourée ou si c'est raillerie.

(Molière, le Dépit amoureux, acte I, se. iv.)

Enamourer, fort usité jadis, est aussi tombé en désuétude.

Lors dreça (la pucelle) contre mont son doux viaire cler. Qu'ele ot bel et bien fait pour gent énamourer. (Roman d'Alexandre , cité par Ducange, v° Amoratus.)

Flore dont le printemps estoit énamouré. (Ronsard, II* liv. des Hymnes, hymne m.)

Si advint que l'un des enfants de Neleus, celuy qui avoit plus de crédit et d'authorité en la ville nommée Phrygius, s'énamoura de Pieria. (Amyot, Œuvres morales de Plutarque, Les vertueux faits des femmes,xx.)

(4) Ce verbe signifiait détruire l'empêchement, débarrasser.

gner (1), désenseller (2), désendormir (3), désempoisonner (4) qui étaient employés autrefois demeurent aujourd'hui hors d'usage.

Lappier, lieutenant général.... tout empeschement mis en ses biens, desempesche et met à délivrance.

(Lettres de remission de l'année 1389 citées par Ducange, v" Desembar' gatus.)

(Il) prist la visière de sa salade de sa main dreste, et l'arracha et demoura le visage moult fort descouvert et se fit il si pour ce qu'il estoit homme de courte veue et la vouloit desempesdier.

(Mémoires d'Olivier de la Marche, liv. 1, page 318, cités dans le Dictionnaire de la langue française de Littré.)

(1) On employait ce mot dans le sens de désapprendre, faire oublier.

Pour ce, ne puis faire lie chanson Qu'amours le me desenseigne, Qui veut que j'aime, et ne veut que je tiengne. (Chansons du châtelain de Coucy, p. 42.)

Ses compagnons enseignent la sagesse, il (Montaigne) désenseigne la sottise.

(M"« De Gournay, Préface des Essais de Montaigne.)

(2) Ce verbe a signifié faire perdre la selle, jetter à bas de cheval.

Si rudement le desenselle Le cuer lui part dessoubs l'essellc.

(Romun d'Athis, cité par Ducange, v Sella, 2.)

(3) Apollon brusle et s'avance ;

La chienne oit comme il s'eslance, Froissant des coudres le fort ; Elle aboyé à sa présence Et la nymphe desendort.

(Baïf, Œuwes, fol. 28, verso.)

(4) Et tout ainsi qu'il print opinion avoir esté empoisonné, aussi fit -il d'estre desempoisonné par le dit syrop.

(Ambroise Paré, Introduction, p. 26.)

Sainte-Croix qui ne vouloit point d'une femme aussi méchante que luy.

Parlons maintenant des mots commençant par la double syllabe : désa. Relativement aux mots de cette catégorie, l'influence du langage populaire sur l'orthographe a laissé moins de traces de ses envahissements qu'à l'égard des mots commençant par la double syllabe DÉSEN. En effet, comme nous l'avons dit ci-dessus, dans un assez grand nombre de mots de cette dernière catégorie, les tendances du peuple à user de la contraction ont amené le retranchement de la syllabe intermédiaire en, tandis que dans les mots qui commencent parla double syllabe désa, la suppression de la syllabe sa (za), ne se rencontre que plus rarement. Ainsi par exemple les mots : c?esabuser, dés^gvéer, désdigréB,ble, d^^sajuster, c^^sappointer, dî^sapprobation, (désapprouver, (?^5argenter, rf^sassembler, (désassortir, etc., depuis leur introduction dans la langue, y sont restés sans subir aucune modification.

On a dit autrefois désateler pour dételer.

Le suppliant print ci désateller les beufs de la ditte charrette et coppa les survieres (lanières) de jonc desdits beufs.

(Lettres de remission de Vannée 1407, citées par Ducange, -^^ Attelatus.)

Au XVr siècle on rencontre les deux formes desteler et désateler,

Desteler les chevaux, equos interjungere. (Robert Estienne, Dict. franc -latin, 1859.)

donnoit du contre-poison à ce pauvre mari ; de sorte qu'ayant été ballotté cinq ou six fois de cette sorte, tantost empoisonné, tantost désempoisonné, il (le mari de la Brinvilliers) est demeuré en vie et s'offre présentement de venir solliciter pour sa chère moitié. (M™e de Sévigné, IV, 428.)

Il arriva que les chevaux qu'ils n'avoient pas désaielez, à premier bruit emportèrent et brisèrent tout.

(D'Aubigué, Histoire, III, 92, cité par Littré, Dict. de la lang. franc.)

Monet {Inventaire des deux langues française et latine, 1639) enregistre : desteler, dételer, désateler.

Le Dictionnaire de V Académie française dans toutes ses éditions (de 1694 à 1835) n'indique que la forme dételer.

On se servait dans l'ancien français de desroi pour désarroi. Du mot arroi (1) on avait formé populairement par contraction desroi (2); puis, dès le XIV* siècle, on a refait le mot et on l'a introduit sous la forme savante désarroi (3), forme que nous avons conservée.

(1) Arroi, dit Nicot {Thrésor de la langue françoise ancienne et woderne), signifie équipage et aussi ordre, ou plutôt ordonnance militaire.

Je laisse à nos autres historiographes les conquestes, glorieuses victoires et superbes arrois de cette seconde famille. (Estienne Pasquier, Recherches de la France, liv. V, chap. xxix.)

Arroi, s. m,, train, équipage. Se mettre en arroi, en magnifique arroi. Il est vieux et ne se dit plus que dans cette phrase familière : Etre en mauvais arroi.

(Dict. del'Ac. franc., 6« édit., 1835.)

(2) S'enfuient tuit à gant desroi.

{Roman de Rou, v. 9291.)

Déa ! Jeninot que fais-tu ?

Tu maines un très grand desroy.

(Ancien Théâtre français, édit. Jannet, t. I, p. 298.)

(3) Dans cest estrange desarroy.

Nature, n'y pouvant que faire, Leur laisse demesler l'affaire.

(Traité d'alchimie, p. 138, cité par Littré, Dict. de la langue franc.) Il m'entretient de cette fable : qu'il venoit d'estre rencontré à une demie

Voici sur le sujet qui nous occupe d'autres exemples de mots dont il importe d'examiner l'orthographe.

Citons les mots dépareiller et désappareiller :

Dépareiller est formé du préfixe dé et de pareiller (verbe peu usité en ancien français et promptement remplacé par appareiller), — Désappareiller est formé du préfixe dés et du verbe appareiller. La langue moderne assigne à dépareiller et à désappareiller le même sens. Ces deux verbes sont synonymes. La seule différence qui existe entre eux n'est que dans la forme. En effet, dépareiller est la forme populaire, et désappareiller la forme savante.

La première édition du Dictionnaire de V Académie française (1694) donne seulement dépareiller.

« Dépareiller, V. a. De deux choses qui étaient pareilles en ester une. Je ne veux pas dépareiller ces deux vases. Qui a dépareille ces gants ? »

La seconde édition du même Dictionnaire et les éditions suivantes enregistrent dépareiller et désappareiller. Nous transcrivons en regard les divers articles du Dictionnaire relatifs à ces deux mots :

» DÉPAREILLER, V. tt. Oter l'une « Désappareiller, v.a. Oterune

de deux ou de plusieurs choses pa- des deux choses qui étoient pareilles

reilles. Je ne veux pas dépareiller et faire qu'elles ne le soient plus.

ces deux vases. Qui a dépareillé ces Désappareiller des chevaux, des va-

lieue de là par un sien ennemi. . . et qu'ayant esté surprins en dessarroy et plus foible en nombre, il s'estoit jecté à ma porte à sauveté. »

(Montaigne, Essais, liv. III, chap. xii ; édit. Leclerc, t. V, p. 116.)

gants? Dépareiller des livres. Il manque un des volumes de cette histoire, elle est dépareillée.

(Dict. de l'Acad. franc., 2" édit.

1718; 3«édit. 1740; 4eédit. 1762.)

« DÉPAREILLER , V. tt. De deux choses pareilles en ôter une et ne point la remplacer, ou la remplacer par une autre qui n'a pas la forme ou la couleur convenable. D'un plus grand nombre de choses pareilles dont on ôte une ou plusieurs.

Dépareiller une douzaine de mouchoirs. Cette femme avait mis des gants dépareillés; l'un était jaunepâle et Vautre d'un jaune foncé. Un de ses chevaux vient de périr ; son bel équipage est dépareillé. Dépareiller des livres, des ouvrages en perdant des volumes. J'ai tous les volumes de cet ouvrage, mais d'éditions et de formats différents; c'est un exemplaire dépareillé.

(Même Dict., 6« édit. 1835.)

ses. On dit plus ordinairement dépareiller ou déparier.

{Dict. de l'Acad. /"ranf., 2° édit.

1718; 3» édit. 1740.)

* DÉsAPPAREiLLER, v.a. Otcrune ou plusieurs choses du nombre de celles qui étaient pareilles et faire qu'elles ne le soient plus. Désappareiller des chevaux, des vases. On dit plus ordinairement dépareiller.

En termes de marine, il signifie le contraire d'appareiller.

(Même Dict., 4» édit. 1762.)

« DÉSAPPAREILLER, V. a. OtCT URG

ou plusieurs choses d'un certain nombre de choses pareilles dont la réunion forme une sorte d'ensemble d'assortimeAt. Désappareiller des attelages de clievaux, des vases. On dit plus ordinaiaement dépareiller.

{Même Dict., 6* édit. 1835.)

Ainsi, dans ces deux verbes, la forme populaire dépareiller et la forme savante désappareiller demeurent concurrentes. L'Académie autorise indistinctement l'emploi de l'une ou de l'autre forme, tout en reconnaissant que la forme populaire est la plus usitée.

Citons aussi les mots découpler et désaccoupler .

Découpler est ancien dans notre langue :

Li braconier les chiens descopient Et li bracl^et au leu s'acoplent, Et Ysengrin moult se herice.

(Roman du Jtenart, t. I, p. 47, v. 122d .)

Désaccoupler est une forme savante qui n'a guère été

introduite que vers le XVP siècle. A cette époque on rencontre découpler et désaccoupler employés indistinctement l'un pour l'autre.

Désaccoupler, descoupler beufs, boves abjugare^ dejugare, disjungere. — Descoupler les chiens de chasse, copulam detrahere canibus.

(Jehan Thierry, Dict. franc, -latin, 1564.)

De même au XVIP siècle on se servait indifféremment de ces deux formes de mots.

Guillaume Morel (Thesorus vocum omnium latinarum,

1622), traduit le verbe latin disjungere ips,r découpler ou

désaccoupler :

« Disjungo, jungis, junxi, junctum, jungere,.. disjoindre, découpler, séparer... Illum jurasset fessos modo disjunxisse juvencos Ovid... que c'estoit un laboureur qui venoit désatté- 1er et désaccoupler bœufs de la charrue. »

Mon et (Inventaire des deux langues latine et françoise, 1636), donne comme synonymes découpler et désaccoupler :

« Désaccoupler, découpler, abjungo, dejungo, disjungo, xi, Gi\xm,%&i:Q. Désaccoupler les bœufs, ho\es abjungere,dejungere. Jugo boves eximere. — Désaccoupler les chiens courans, venaticos canes abjungere;copula canes eximere, absolvere, exsolvere.... Désaccouplement : exemtio ab jugo; exemtio à copula.

« Découpler des choses accouplées, abjungo, dejungo, disjungo, xi, tum, gère. Découpler les bœufs de la charrue: Boves aratores abjungere, disjungere, Jugo boves abjungere./>ecowpler les chiens courans : Indagatores canes abjungere, Copula canem exire. Copulam canibus demere...= Découplement de bœufs : Jugi exemtio. Exemtio à jugo. Découplement de chiens. Gopulse detractio. Exemtio copulae. Solutio ab copula...»

Nathanaël Duez {Dictiontiaire italien-françois, 1660), traduit discoppiare, scoppiare par descoupler ou désaccoupler, lâcher les chiens.

Furetière, dans son Dictionnaire universel publié en 1690, s'exprime en ces termes :

« Désaccoupler, v. a. Détacher des animaux qui étoient attachez ou accouplez ensemble. Il faut désaccoupler ces bœufs, les détacher de la charrue. On dit aussi désaccoupler, ou plus ordinairement découpler les chiens, quand on les lâche après le gibier. »

Désaccoupler ne se trouve pas dans les premières éditions du Dictionnaire de l'Académie française (1694, 1718, 1740) ; on n'y rencontre que découpler. Ce n'est qu'à partir de la quatrième édition (1762) que l'on voit figurer, dans ce Dictionnaire, désaccoupler en même temps que découpler.

Voici en regard les différents articles du Dictionnaire sur ces deux mots :

• DÉCOUPLER, V. a. Détacher des * Désaccoupler, v. a. Détacher

chiens couplez. //décoMp/a ses c^ims. des choses accouplées. Désaccoupler

Quand les chiens furent découplez. du linge.

— On le met quelquefois absolument. {Dict. de VAcad. franc., 4^ édit.

Découplez vite. Il avoit découplé. 1762 et 5^ édit. 1798.)

{Dict. de VAc. franc. fi^^éàiX.i^^^.) Désaccoupler, v. a. Détacher les

Découpler, v. a. Détacher des unes des autres des choses accou-

chiens couplés. Il ne se dit guère plées. Désaccoupler des chiens. Dés-

qu'en parlant des chiens courants accoupler des draps de lit. On l'em-

qu'on mène attachés deux à deux. ploi aussi avec le pronom personnel.

Découpler des chiens. Dès qu'on fut Ces. chiens se sont désaccouplés.

arrivé au rendez-vous, on découpla {Même Dict., 6^édit. 1835.) les chiens. On dit aussi absolument et sans régime : Dès qu'on fut arrivé sur la bruyère, on découpla.

{Même DicL,2^ édit. 1718 ; 3^ édit.

1740 ; 4* édit. 1762 ; 5« édit. 1798; 6e édit. 183S.)

Ainsi découpler qui, au XVII^ siècle, se disait indistinctement pour désaccoupler , a, sous l'influence des savants du XVlIi® siècle, subi une restriction de sens. En effet, ce mot n'est plus employé au propre que comme terme de vénerie servant à désigner l'action de détacher les chiens couplés. Au contraire désaccoupler a conservé un sens général, celui de « détacher les unes des autres des choses accouplées » . Désaccoupler les chiens ; désaccoupler les bœufs ; désaccoupler des draps de lit. Mais cette distinction délicate n'est pas observée par les gens du peuple, qui continuent à user seulement de la forme primitive et populaire découpler.

Au XVIP siècle on disait déchalander pour désachalander.

Deschalander, emptores avertere.

(Nicot, Thresorde la langue franc, anc. et moderne, 1606.)

Deschalander, déchalander aucun, luy destourner ses chalands, alicujus emtores avertere, abducere, abaUenare. (Monet, Inventaire des deux langues françoiseet latine, 1636.)

Deschalander , levare il credito à spaccio, straneggiar gli auventori.

(Nathanaël Duez, Dict. franc. -italien, 1659.)

La première édition du Dictionnaire de l'Académie française donne déchalaîider ou désachalander. La seconde édition (1718) et la troisième du même dictionnaire (1740) indiquent également ces deux formes. Mais depuis la quatrième édition (1762) déchalander ne figure plus dans le Dictionnaire ; on n'y trouve que la forme savante désachalander.

On a dit aussi au XVII' siècle désagrafer et dégrafer.

Désagrafer, desgrafer, délier, démettre de l'agrafe, hamo eximere. Unco expedire. Désagrafer son saye, sagum uneinis expedire. Sagi uncos aperire, resolvere... desgrafer un vaisseau de mer agrafé par l'ennemi, hostili harpagone navem expedire, extricare...

Desgrafer, dégrafer, démettre de son agrafe, de ses agrafes, uneinis eximere; uneis expedire. Dégrafer son saye, sagulum uncis eximere, hamulis expedire... Dégrafer sa galère de celle de l'ennemi, hostili harpagone triremem expedire, extricare

{Monei, Inventaire des deux langues française et latine, 1636.)

Désagraffer ou desgraffer, stibbiare, stoccare gli uncielli. (Nathanaël Duez, Dict. franc, -italien, 1639.)

Elle en cornette et dégrafant sa jupe,

(La Fontaine, Contes, la Gageure des trois commères.)

Degrafez-moy cet atour des dimanches.

{Id. ibid. La jument du compère Pierre.)

Desagrafer : uncino expedire, eximere.

(Pajot, Dict.nouv. franc. -latin, iQQ9.)

Le Dictionnaire de Trévoux (édition 1771) emploie dégrafer en faisant remarquer que « quelques-uns disent désagrapher » .

Toutes -les éditions du Dictionnaire de l'Académie française ne donnent que dégrafer.

Ainsi, à l'égard de ces deux mots désachalander et dégrafer, la forme populaire et la forme savante ont été quelque temps en lutte. Dans désachalander la forme savante a vaincu la forme populaire; au contraire dans dégrafer, la forme populaire a obtenu l'avantage .

L'ancien français avait différents mots commençant par la double syllabe désa qui sont maintenant hors

d'usage ; par exemple : désaccointer (rompre l'accointance, séparer), désaimer (cesser d'aimer), désaffubler (ôter l'affublement, découvrir, déshabiller).

Ensi furent désacointié li Franc et li Grec, que il ne fussent mie si commune! (uni) com il avoient esté devant. (Villehardouin, GVIII, édit. Michaud et Poujoulat, p. 49.)

Nostre ostel verrez bel et cointe, Mes mainte gent s'en désacointe.

(Rutebeuf, édit. Jubinal, t. II, p. 49.)

Dune saveras tost aimer Et après des-amer, (Éverard, Traduction des distiques de Catm dans V Histoire littéraire de la France, t. XIII, p. 69.)

Je crains.... que votre cœur m'apprenne petit à petit à me désaimer, (Saint François de Sales, Lettres diverses, p. 187.)

Désaffubler a eu deux formes ; la forme savante désaffubler, et la forme populaire desfubler ou deffubler. En vieux français ces deux formes étaient employées indistinctement.

En maison sont reniés li riche et H poissant, Mais la menue gent et trestuit li enfant Lor mantiax li deffublent, si li gietent devant. (Herman de Valenciennes, Bible de sapience, dans la Chrestomathie de Bartsch, p. 70.

Mes que desafublés me soie De ceste chasuble de soie.

Dé cest aube et de cest rochet.

{Rmian de la Rose, édit. Méon, t. III, p. 233, v. 19630.)

Puis se deffuble par grand ire.

{Roman du Renart, édit. Méon, t. I, p. 277, v.-74^5.)

De son mentiel se desaffuble Tout singlement est pur le corps.

{Le poëme de Robert le Diable, cité par Ducange, v^ Defibulare.

Adont le baisa, et l'empereur du tout le deffubla et le mercia.

(Christine de Pisan, dans la collection des Mémoires relatifs à V Histoire de France, parPetitot^ t. VI, p. 76.)

Deffubler luy fault sa cornette, Si cognoistrons mieulx cest ouvrier.

{Le Débat de la Nourrice et de la Chambrière, à trois personnages. Ancien Tkéâtre-Fi^ançais, t. II, p. 429.)

Panurge, deffeublant sa gualle yerdine et accoustrement mystique respondit.

(Rabelais, Pantagruel, livre V, chap. xlvh.)

Adonc Démosthenes, sentant que le poison avoit desjà pris et gaigné seur luy, se dessaffubla et regardant Archias fermement au visage luy dit...

(Amyot, Hommes illustres, Démosthenes, xlui.)

Avant qu'on vous aye deffublé d'un couvre-chef et puis d'une calote... c'est grand cas si vous n'estes recheuen quelque nouvelle misère.

(Montaigne, Essais, liv. III, ch. xni, édit. Leclerc, t. V, p. 182.)

Vuis ss. tète W désaffubla.

(Scarron, Virgile travesti, liv. I.)

Nous bornons ici nos observations sur les mots commençant par la double syllabe désa. Les exemples rapportés précédemment suffisent pour montrer quelle a été l'influence du langage populaire sur les mois de cette catégorie.

I III. — Du préfixe en.

Le peuple dit enflammation pour inflammation, enflammable pour inflammable, fièvre enflammatoire pour fièvre inflammatoire, énutile pour inutile, énutilité pour inutilité, énutilement pour inutilement, énitial pour méfia/, énhumain pour inhumain, enhumer pour mk«mer, etc.

La substitution du préfixe en au préfixe in dans les mots que nous venons de citer est, chez les gens du peuple, un souvenir de l'ancienne forme française en, qui originairement était le mode de flexion que suivaient pour passer en français les mots latins commençant par la particule prépositive in, ayant le sens de dans. En effet, dans la composition des mots français, le préfixe en est la forme primitive et populaire, et le préfixe in est la forme savante. Ainsi, enflammer dérivé du latin inflammare est de formation populaire, et inflammation, qui dérive du ^wh^idiXiûïinflammationem, est de formation savante.

Différents mots dans lesquels figurait originairement le préfixe en ont été, du XI V^ siècle au XVP, refaits par les savants, qui ont remplacé le préfixe en par le préfixe in, afin de rapprocher, le plus possible, le mot de la forme de son primitif latin. Par exemple : inflrmus, infirmitatem, incarnatus, inclinare, incitare, inculpare, incarcerare, incredulitatem, imprœgnare, integritatem, intentionem, inimicitas Qi^Xin factice pourimmicitia), qui avaient donné en ancien français, enferme.

enfenneté, mcarné, encliner, enciter, encolper ou mcouper, enchartrer ou encartrer, encrédulité^ empreigner, enterieté, ou entier été {\), entencion, enemistié, sont devenus sous l'influence savante nos mots modernes, infirme, infirmité, incarné, incliner (2), inciter, inculper, incarcérer, incrédulité, imprégner, intégrité, intention, inimitié.

La substitution du préfixe in à l'ancien préfixe en dans les mots refaits par les savants, et la présence du préfixe in dans les mots de formation nouvelle sont la cause de ces différences qui existent entre les préfixes de certains mots appartenant à la même famille. Tels sont par exemple : ennemi et inimitié, enjoindre et injonction, envahir et invasion.

Depuis le XVI* siècle le préfixe populaire en n'a exercé aucune influence sur la forme orthographique des mots, ce qui s'explique par cette raison que les

(1) « Quintement Lucresse estriva pour Venterieté de son corps » {Histoire de Floridan et Belise à la suite de Jehan de Saintré, p. 52.^). — Integritas, entiereté {Epithoma vocabulorum, à Guilelmo monacho de Villa dei. Caen, 1529). — Integritas, tatis, entiereté, pureté, bonne et entière santé et disposition (Guillelmi Morelli, Thesorus vocum omnium latinarum, Paris, 1^22.)

(2) C'est vers le milieu du XVII" siècle que la forme incliner substituée à l'ancienne forme encliner a été définitivement adoptée. Vaugelas, dans ses Remarques (1647), nous apprend que de son temps t quelques-uns, même à la Cour, disaient encliner... M. Cœfifeteau a toujours écrit encliner, M. de Malherbe aussi, en quoi ils n'ont pas été suivis, presque tout le monde disant et écrivant incliner. » — Balzac écrivait aussi encliner : € A quoi il voyoit que tous enclinoient » (le Prince, p. 22). — L'Académie française, tians ses Observations sur les remarques de Vaugelas (Paris, 1706, p. 319) s'exprime ainsi : « Le verbe encliner a vieilli entièrement, et l'autorité de M. Cœflfeteau et de M. Malherbe, qui le faisaient dire encore à la Cour du temps de M. de Vaugelas, ne luy a conservé aucun usage. »

mots introduits dans la langue française, postérieurement à cette époque, y sont entrés avec la particule prépositive m. Mais la prononciation populaire a gardé ou introduit dans quelques mots le préfixe m pour témoigner, en quelque sorte, de la prédilection du peuple et de son attachement pour nos anciennes formes de langage.

I IV. — Du préfixe contre.

Le préfixe latin contra et son dérivé le préfixe français contre ont servi à former divers mots français. La différence qui existe entre ces deux préfixes, c'est que le préfixe contre est une forme primitive et populaire de notre langue, tandis que le préfixe contra est une forme introduite postérieurement par les savants dans la composition des mots nouveaux. Ainsi, contredire et contrevenir sont de formation populaire, contradiction et contravention f de formation savante.

Le peuple prononce contrediction et contrevention (1), au lieu de prononcer, conformément à l'orthographe, contradiction et contravention. — Dans ce mode de prononciation les gens du peuple suivent par instinct la règle traditionnelle de permutation de Va latin en e français (2); en ce point, ils se montrent conséquents

(1) Sous Louis XIV, le peuple prononçait aussi contrevention pour contravention; c'est ce que nous apprend Aubry de Boisregard dans ses Réflexions sur l'usage présent de la langue française. Paris, 1689.

(2) La même tendance à changer l'a en e fait dire aux gens du peuple Montpernasse pour Montparnasse, belsamine pour balsamine, pleine pour plane (outil de chanon), d'errache-pied pour d' arrache-pied, verlope pour varlope, errhes pour arrhes, épaigneul pour épagneul, etc. Voyez page 56.

avec le système de formation primitive du français. C'est ainsi, comme nous l'avons déjà fait remarquer, que dans une foule de mots que réprouve actuellement le bon usage de la langue, le peuple conserve les formes anciennes de notre idiome primitif.

Le peuple, lorsque le préfixe contre est placé devant un mot commençant par un r, prononce conte ; sans doute parce que le choc de la syllabe finale tre suivie dere offre une trop grande difficulté d'articulation. Ainsi il dit conte-rivure pour cowïre-mwre (mot technique servant à désigner une petite plaque de fer que l'on met entre le bois et une rivure), conte-riposte pour contreriposte (terme d'escrime), conte-révolution pour contrerévolution. Ce mode vicieux et populaire de prononciation a produit au XVII^ siècle un changement dans l'orthographe des mots contrôle (\), contrôler, contrôleur, qui s'écrivaient au XVP siècle et précédemment contre rôle ou contre roolle, contre roler ou contre rooller, contre roleur ou contre roolleur(^).

(1) Contrôle par contraction pour contre rôle. Rôle, en ancien français roole dérive de rotulus.

(2) Si Dieu s'est aulcunement communiqué à toy, ce n'est pas pour se ravaller à ta petitesse, ny pour te donner le contre-roolle de son pouvoir (Montaigne, Essais, liv. II, chap. xii). Présentez vous tousjours en l'imagination Caton, Phocion et Aristides, en la présence desquels les fols mesmes cacheroient leurs faultes, et establissez les contre roolleurs de toutes vos intentions. {Id., liv. I,chap. xxxviii.)

C'est d'eulx (des philosophes) que nous tenons cette fantaisie, « que la raison humaine est contreroolleuse générale de tout ce qui est au dehors et au dedans de la voulte (voûte) céleste... » (Id. liv. II, chap. xii.)

Il y a plusieurs années que je n'ay que moy pour visée à mes pensées, due je ne contreroolle et n'estudie que moy. {Id., liv. II, chap. vi.)

I V. —• Du préfixe es.

Dans tous les mots où, d'après notre orthographe, on voit figurer le préfixe ex suivi d'une consonne, les gens du peuple, pour la prononciation de ce préfixe, font entendre le son es. Ainsi par exemple les mots complication, eomtinction, ei?tase, eomtra, ea?traordinaire, etc., sont prononcés par le peuple esplication, extinction, estase, esiva, extraordinaire.

Il fault, pour juger bien à poinct d'un homme, principalement contrerooller ses actions communes et le surprendre en son à tous les jours. {Id., liv. II, chap. XXIX.)

Scipion luy feit réponse qu'il ne vouloit point de trésorier qui le contrerollast ainsi, qui ne regardast de si près à sa despense (Amyot, Hommes illustres, Vie de Marcus Caton, 7). — Robert Estienne (Dictionnaire françois-latin, Paris, 1539), Jehan Thierry {Dictionnaire françois-latin, Paris, 1564), et Nicot (Thresor de la langue françoise tant ancienne que moderne, Paris, 1806), écrivent conirerolle, contrerolleur et contreroller.

Robert Poisson insère sous la forme suivante le mot contrôleur, dans son Alfabet nouveau de la vrée et pure oriografe françoize et modèle sus iselui en forme de Dixionaire, Paris, 1609. L'auteur de cet ouvrage propose de conformer entièrement l'orthographe à la prononciation.

Il y a encor outre tous les officiers sus dicts, deux clercs et un controlleur du thresor, deux controlleurs et receveurs du domaine : mais d'autant que quant aux clercs et controlleurs qui sont offices fort anciens, ils n'ont plus aucune fonction ; et quant aux autres controlleurs et receveurs, leurs charges consistent au seul controlle et maniement des deniers du dicl domaine. (Bacquet, De la juridiction du thresor, préface, Paris, 1621.)

Philibert Monet {Abrégé du parallèle des deux langues françoise et latine, Paris, 1635, et Inventaire des deux langues françoise et latine, Lyon, 1636), enregistre sous ces deux formes les mots contrôle et contrerolle, contrôler et contreroler, contrôleur et contreroleur.

Ce n'est guère que vers le milieu du XVIP siècle, que les formes anciennes contrerole, contreroler et contreroleur, ont été exclues définitivement de l'orthographe et remplacées par les formes modernes contrôle, contrôler, contrôleur.

Ce mode de prononciation, qui remonte au temps primitif de la formation du français, est dans la bouche du peuple un souvenir traditionnel des anciens usages de notre langue.

En effet, le préfixe ex placé devant tous les mots latins devenus français à l'origine de la langue, a fléchi en es. Ainsi exdsa^n, e^sufïlare, ^.rsiccare, ea?sagium, ont donné dès la formation du français essaim, essouffler, essuyer, essai. De même ea:;tirpare, eo^communicare, eo^torquere, e^trahere, ea?tractionem, ea^perimentare, ej^pertus, eo^piare, e^plicare, e^plectum (bas latin), e^ponere, ea:;cuisitus, ea:?tinctionem, eo^cusare sont devenus en ancien français, estreper, escumenier ou escomenier, estordre, ^traire, estraction, esperimenter, espers, espier, esployer, espleit ou esploit, espondre, esquis, estinction, escuser, etc. Mais ces mots ont été, du XIV" siècle au XVP, refaits par les savants sur le thème latin, en substituant le préfixe latin ex à l'ancien préfixe français es ; et c'est ainsi que nous sont parvenus sous une forme nouvelle les mots extirper, eojcommunier, eo^torquer, extraire, extraction, eo^périmenter, expert, expier, exploiter, eo^ploit, exposer, exquis, extinction, excuser, etc. Pareillement depuis le XVP siècle tous les mots nouveaux dérivés du latin et précédés du préfixe ex ont été introduits dans notre langue en conservant la forme de ce préfixe. Tels sont, par exemple : exclamation, explorer, explosion, expression, exténuer, exténuation, extension, etc. De même le préfixe ex a servi à former divers composés français dont les correspondants ne se trouvent point

dans la langue latine, par exemple : e^ï^hausser, exproprier, eii?propriation, ea?actitude(l), etc.

Par suite de cette transformation du préfixe es en ex, il n'est resté dans notre langue que peu de mots qui aient résisté à ce changement et qui aient conservé l'ancien préfixe français es. On ne trouve guère dans cette classe de mots que ceux que nous avons déjà cités essaim, essouffler, essuyer, essai.

Mais le peuple, qui surtout en fait de langage demeure le gardien fidèle des traditions du passé, a persévéré et persévère à prononcer selon l'ancien usage es au lieu de ex, sans doute parce qu'il trouve Tarticulation de cette première forme plus facile que celle de la seconde. Aussi, sans se préoccuper des réformes orthographiques adoptées par les savants et les grammairiens, le peuple continue de prononcer comme autrefois exploit, expert, expier, estraire, etc., au lieu de ea?ploit, expert, expier, extraire, et, conséquent avec les règles de prononciation qu'il s'est faites, il les applique à tous les mots nouveaux qui frappent son oreille, et il les prononce conformément à ses habitudes de langage. C'est ainsi que le peuple dit espropriation, esplosion pour expropriation, explosion.

La prononciation populaire du préfixe es pour ex n'a

(1) Ce mot était nouveau au XVII® siècle, a Pour exactitude, dit Vaugelas {Remarques sur la langue française, 4647), c'est un mot que j'ai vu naître comme un monstre, contre qui tout le monde s'écrioit ; mais enfin on s'y est apprivoisé, et dès lors j'en fis ce jugement, qui se peut faire en beaucoup d'autres mots, qu'à cause qu'on en avoit besoin et qu'il étoit commode, il ne manqueroit pas de s'établir. »

exercé aucune influence sur l'orthographe de notre langue depuis le XVP siècle. En effet à cette époque, comme nous l'avons déjà dit, le préfixe latin ex ayant remplacé l'ancien préfixe français es dans l'orthographe des mots où se trouvait précédemment ce dernier préfixe, on ne s'est plus servi pour les mots refaits par les savants et pour les mots nouvellement introduits dans notre langue que du préfixe ex. Cependant, malgré ce changement d'orthographe, l'ancien usage de prononcer es au lieu de ex a ^continué d'exister encore longtemps (1), et ce n'est que vers la fin du XVIP siècle que la prononciation du préfixe ex suivi d'une consonne n'a plus différé de l'orthographe (2). Le peuple seul a conservé l'habitude de prononcer comme autrefois es pour ex dans les mots où figure orthographiquement ce dernier préfixe.

(1) Antoine Oudin {Grammaire françoise — rapportée au langage du temps, édition revue et corrigée, Douay, 1648) s'exprime ainsi page 36 : « X se prononce comme s simple en ces mots excuser , expliquer , excommunier, exquis, excréments, et leurs descendants : lisez escuser, espliquer, escommunier, etc. » Un ancien auteur qui indique exactement la prononciation 'de la cour de Louis XIV, Lartigaut, dans son ouvrage intitulé : Les principes infaillibles et les règles assurées de la juste prononciation de notre langue. (Paris, 1670), dit que dans l'intérieur des mots x doit avoir la prononciation de es comme dans Alexandre, toxin, etc. Mais il excepte de cette règle le cas que voici : « Il y a, dit-il, de certains mots où l'usage a fait changer l'a; en s seule, pour aider à la prononciation, comme escuser, inesplicable, à Vesclusion, etc., au lieu d^excuser, inexplicable, à Vexclusion. »

(2) Regnier-Desmarais, page 61 de la Grammaire françoise, publiée en 1706, dit que « tous les mots français qui ont une consonne après eux, comme excuser, exclamation, exclure, expert, exprès, extrême mixtion, etc., se prononcent es. Ce mode de prononciation définitivement adopté au commencement du XVIIP siècle, est encore celui que nous suivons aujourd'hui.

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