‹ De l'influence du language populaire sur la forme de certains mots de la langue françaiseChapitre 3 sur 9 · DES PERMUTATIONS DE LETTRES · texte numérisé non relu

DES PERMUTATIONS DE LETTRES

Les gens du peuple, dans la prononciation de certains mots, substituent une lettre à une autre. Nous indiquerons dans les paragraphes suivants les permutations les plus fréquentes du langage populaire.

I I*»-. — De la permutation de la voyelle a en e.

Le peuple change le son a en é dans les mots suivants, et il prononce :

Belsamine

Glerinette

Déck/rer

Déckïration

Serbacane

Valériame

Clairié

D'erache-pied

jE'rrière

Serment

Épa/gneul

Gherette

Gh6!2rcutier

Terière

Pkme

Verlope

Pernasse

arrhes

Terir

pour

balsamine, clarinette, déckrer.

déclaration, sarbacane, valériane, clarté.

d'arrache-pied.

arrière, sarment, épagneul.

charrette, 'charcutier, tarière, plane, varlope, parnasse.

arrhes, tarir.

Mais quelle est la cause de ce mode de prononciation d'un usage ordinaire chez les gens du peuple? Cette cause doit être attribuée au svstème de forma-

tion primitive et populaire de notre langue ; c'est un souvenir du changement que subissait fréquemment l'a du primitif latin qui en passant dans le français originaire fléchissait en é et en ai.

Voici des exemples de Tune- et de l'autre de ces permutations :

P«ter a donné en vieux français

Mater —

Frater —

Gaput —

C«pra —

Akcrem —

Am«rus —

Gratum —

B«lare —

Carus —

Glavis —

Faba —

Lûtus —

-drmenia —

Mare —

Mortalis —

Nasus —

Navis —

Pratum —

Peccatum —

Pala —

Qualis —

Necare —

Auri faber —

Talis —

Sacramentum —

Ganile —

^la —

Macrum —

Septimana —

père.

mère.

frère.

chef.

chèvre.

allègre.

amer.

gre.

bêler.

cher.

clef.

fève.

le.

hermine.

mer.

mortel,

nez.

nef.

pre'.

pèche'

pelle.

quel.

noyer.

orfèvre.

sel.

tel.

serment.

chenil.

aÛQ.

mmgre.

sepmame (semaine).

Acutus — mgu.

A mare «^ aimer,

Ckrus — cltter.

Caro — chair.

Facere — faire.

Vax —- pma?.

Sttlarium — solaire.

Axilla — a/sselle.

Par — pair.

Panis — pam.

Manus — mam. •

Famés — fazm, etc.

La permutation de Va en e, comme le montrent les exemples que nous venons de donner, a lieu fréquemment dans le laïigage du peuple de Paris. La tendance manifeste à substituer la voyelle e à la voyelle a est ancienne dans les habitudes de la population parisienne. Un auteur du XVP siècle, Geoffroy Tory, remarquait de son temps cette même tendance chez les dames de Paris.

« Les dames Lyonnoises, dit-il, pronuncent gracieusement souvent a pour e... Au contraire, les dames de Paris en lieu de a pronuncent e bien souvent, quand elles disent : mon mery est à la porte de Péris où il se faict peier, » en lieu de dire : « mon mary est à la porte de Paris où il se faict paier. » Telle manière de parler vient d'accoustumence de jeunesse. » (Geoffroy Tory, Champ Fleury, 1529, fol. xxxm, verso.)

La prononciation des dames de Paris, à l'égard du dernier mot de l'exemple cité par Geoffroy Tory, a fmipar passer dans l'usage. En effet, nous prononçons aujourd'hui payer (péier) comme les Parisiennes au

temps de François I^^ De même nous écrivons pays et nous prononçons péi, Palsgrave (Éclaircissement de la langue française, p. 13) remarque qu'au commencement du XVP siècle on prononçait pafe.

Parmi les mots cités ci-dessus et dans lesquels la prononciation populaire change le son a en é, il s'en trouve plusieurs qui autrefois s'écrivaient de même que le peuple les prononce aujourd'hui. Ainsi on rencontre dans l'ancien français clairté ou clerté pour clarté, déclairer ou déclérer pour déclarer, chair cutier ou chaircuitieripovLV charcutier, erres pour arrhes.

C'est belle chose voir la clerté du (vin et escus) soleil, (Rabelais, Prologue du liv. III de Pantagruel.)

Quand le soleil luisant recule sa clairté Loin du tropique chaud et tire au capricorne Où son autre carrière absent de nous il borne, Le ciel trouble et couvert nous cache sa beauté. (Amadis Jamyn, Œuvres poétiques^ liv. I, édit. de 1577, fol. 3 verso.)

Toutes vertus on admire Qui nous honorent le front.

Mais celles des grands roys font Plus qu'autres leur clairté luire, (Id.ibid.Jol.M.)

Ma maison, ô Socrates, n'est point embellie d'ouvrages, ny de peintures, mais tout le bastiment qui y est n'a esté devisé (divisé) que pour une demeure commode à ceux qui sont dedans, suivant ce qu'il m'a semblé que chasque chose demande naturellement ce qui luy est le plus séant et convenable : comme les chambres estans aux lieux les plus forts et les plus seurs appelloient, à mon advis, les choses plus précieuses,

les garnitures de licts et les vases ; la plus seiche partie du logis appelloit le blé, et la plus froide le vin; la plus claire, Touvroir des serviteurs qui ontbesoing declairté et les outils.

(Estienne de La Boëtie, La Ménagerie de Xenophon^ édit. Feugère, p. 180 et 181.)

Gomme uneestoilc diffère de l'autre en clairté. (Calvin, Instit.^ 1187, cité dans Littré, Dict. de la langue française^ v^ clarté.)

Il estoit presque jour et le ciel sousriant Blanchissoit de clairté les peuples d'Orient. (Régnier, Discours au roz,épître i.)

Se jadis je fuz de leur ranc, Je déclaire que n'en suys mais.

(Villon, Grand testament, double ballade^ LX.)

Je vous déclaire Que desja espousé l'avez.

(Clément Marot. Colloque d'Erasme^ édit. Auguis, t. IV, p. 345.)

Et le prophète nous déclère :

Nolite fieri sicut equus et mulus Quibus non est intellectus (1).

(Ancien Théâtre français^ édit. Jannet, t. II, p. 11.)

Dans les diverses ordonnances relatives à l'exercicç de la profession de charcutier (de 1513 à 1705), ce mot est écrit : chair cuitier et chair cutier.

Et sachies bien cui l'en octroie Le baisier, qu'il a de la proie Le miex et le plus avenant, Si a erres du remenant.

{Roman de la Rose, édit. Méon, t. I, p. 138, v. 3415.)

(1) Dans les campagnes de la Haute-Marne, ces deux vers se nomment les versets sans a, et l'on prétend qu'accompagnés de certains signes, ils ont le pouvoir d'empêcher une fermière de battre son beurre.

Voulez-vous que du sort les erres je refuse ? [Ancien Théâtre français^ t. VIII, p. 33.) j

Arrha, arrhae, erres^ denier à Dieu.

QILqvqX^ Thesaurm vocum omnium latinarum. 4622.)

Erre, erres, arre, arres, pièce d'argent donnée pour arres de marché : haec arrha ; bailler les erres d'un achet accordé : contractse emtionis arrham dare.

(Philibert Monet, Inventaire des deux langues française et latine, 1636.)

Bouhours {Remarques iwuvelks sur la langue française, 2® édit. 1676, p. 449) dit en parlant des mots airrhei et arrhes : « L'usage a distingué ces deux mots qui ne signifient au fond que la même chose, c'est-àdire des gages. Airrhes se dit dans le propre, donner des airrhes au coche. Arrhes se dit dans le figuré : les arrhes du salut. »

Aubry de Boisregard dans ses Réflexions sur Vusage présent de la langue française, publiées en 1689, p. 64, enseigne aussi que « arrhes ne se dit que dans le figuré ».

Furetière (Dictionnaire universel, 1690) écrit arrte et dit : « A Paris, on prononce erres. »

Il importe de remarquer que certains mots dans lesquels, sous l'influence de la prononciation populaire, l'a du primitif latin en passant en français était devenu e, ont repris postérieurement l'a du mot latin dont ils étaient dérivés. Par exemple lacrima a donné en ancien français de formation populaire lerme; harpa, (ap7r«) , herpe; cithara, (KiQclpu) guitere ; catarrhus (KcLTct^'fooç), caterre.

La dame fist à Deu sun présent e sa oblatiun; sun quer (cœur) raenne chaldes (chaudes) lermes.

(Le livre des rois, p. 3.)

La plore à lermes espandues Les granz honors qu'ele a perdues.

{Roman de la Rose, édit. Méon, t. ïï, p. 98, v. 6184.)

Que te vaut donc le corrocier, Le lermoier et le groucier (murmurer).

(Ibid, t. II, p. 129, V. 6872.)

Por la biauté dont tant i voient, Tendrement plorent et lermoient.

{Nouveau recueil de fabliaux et contes anciens, t. II, p. 35.)

Las t bon temps j'avoye, Dont adés lermoye A moût chaudes lermes.

{Martial de Paris, dans la Chrestomathie de Bartsch,p. 441.)

Diex erraument li pardona Que de toz ses péchiez plora, L'ors fu bone, et bons li termes Moult vindrent de bon leu les lermes : Sa paors et sa repentance Nos doit doner grant espérance.

(Bible Guiot, citée par Roquefort, Glossaire de langue romane, v<^ Lermes.)

Et boit d'autant, vueille ou non vueille. Tant que la lerme en vient à l'œil.

{Ancien Théâtre français, t. II, p. 433.)

Prince depuis que chantés d'avanture Donés acord^ plein chant et fioriture A l'humble fleur des vierges espanie, Et vous orrés à la gloire future Herpe rendant souveraine armonie.

(Henri de Croye, cité par Roquefort, Glossaire de la langue romane, v» Herpe.)

G'estoit la chançon et la herpe Dont la saincte femme le berse.

(Eustache Deschamps, Miroir de mariage, p. 121.)

... L'un d'eux dist à Jehan Barre qui lors jouoit de la guyteme (1) .• viens jouer et guyterner avecques nous.

{Lettres de rémission de tannée 1368, dans Ducange, v^ Guitema.)

... Dancer, saulter, jouer de la guiterre. {Les Napolitaines^ comédie, 1584 ; Ancien Théâtre français , édit. Jannet, t. Yll, p. 25.)

Une lyre ne leur seroit pas mieux séante, n'y une guiteme. (La Boëtie, Règles de mariage de Plutarque, édit. Feugère, p. 275.)

Gomme Am'phion tira de gros quartiers de pierre, Pour emmurer sa ville au son de sa guiterre. (Ronsard, cité par Quincherat, Traité de vérification française, p. 362.)

Le mal du roi (Charles VIII) fut ung caterre ou apoplexie. (Philipe de Gommynes, liv. VIII, chap. xxvii, édit. de 1843, t. II, p. 594.)

Le maudissez , comine Gain filz d'Adam, Et rengregez d'ung si rude caterre, Que abismé soit au centre de terre.

(Jean Marot, Exhortation aux princes chrétiens,)

Vous portez cy une fourrure Et si encore la froidure N'est point à craindre. — Je me serre Pour la descente d'un caterre (2) Qui me chet dessus la poictrine.

(Grevin, Les Esbahis, comédie, 1560, Ancien théâtre français, édit. Jannet, t. IV, p. 237.)

(1) Dans les anciens textes on rencontre guiterre ou guiteme.

(2) Henri Estienne rapporte que de son temps on prononçait à la cour caterre pour catarrhe, « Les courtisans, dit- il, contrefaiseurs de petites

— G4 — Mais au XVI' siècle, les savants, écartant la forme populaire et voulant restituer à ces mots l'a du primitif latin ont substitué la voyelle a à la voyelle e, et on a fini par écrire et par prononcer larme, harpe, guitare, catarrhe. Il est arrivé cependant que les tentatives des savants ont été souvent impuissantes contre la tendance populaire à changer a en e. Ainsi, par exemple, au XVP siècle et au XVII* on écrivait asparge et asperge (du latin asparagus). Mais la forme populaire asperge a fmi par l'emporter et est restée seule en usage dans notre langue moderne.

bouches, et surtout les femmes de la cour et celles qui croiroient déroger à leur noblesse en prononçant l'a, le remplacent par e et disent catherre et cataplesme pour catharre et cataplasme : ils rappellent la demoiselle Savoyenne et son chanter magnifiquer qu'elle disait pour chanter Magnificat, pensant éviter la vue de son langage naturel. Gardons-nous de les imiter. »

{Introduction au Traité de la conformité des merveilles anciennes avec les modernes, liv. I, dans Livet, la Grammaire française et les Grammairiens au XVI^ siècle, p. 340.)

Au XVIP siècle on écrivait catharre et catherre ; mais on prononçait caterre. Telle est la remarque que font expressément Oudin (Grammaire française, édit. de 1648, p. 1), GhilHet (Nouvelle et parfaite Grammaire française, 1680, p. 194) et Ménage (Observations sur la langue française, 1675, p. 286) qui cite les vers suivants de Sarasin ;

L'aurore dans ce temps d'hyver.

Gardant ses fleurs pour d'autres terres. Ne semé plus à son lever Que des rhumes et des catherres.

Furetière (Dict. universel, 1690), écrit aussi caterre.

Mais vers la fin du XVII* siècle on écrivait et on prononçait catarre de préférence à caterre. C'est ce que nous apprend la première édition du Dictionnaire de l'Académie française (1694), qui enregistre seulement catarre en faisant remarquer que quelques-uns écrivent et prononcent caterre.

Autrefois on disait sarge au lieu de serge.

« Mais si le lit est couvert de sarge^àe broderie... » (Le menageur de Paris^ t. II, p. 118.)

Vaugelas (Remarques sur la langue française, 1647) s'exprime ainsi : « Toute la cour dit sarge et toute la ville de Paris dii serge.» Mais Thomas Corneille, dans ses notes imprimées en 1687, fait observer que : « Le père Bouhours a raison de décider qu'à l'égard de sarge tous ceux qui parlent bien disent aujourd'hui serge, -et que les gens de la cour s'accordent en cela avec les bourgeois et les marchands. » L'Académie française dit aussi dans ses observations publiées en 1704 sur les Remarques de Vaugelas que : « sarge est un mot hors d'usage et il faut dire et écrire serge. » — Ainsi c'est à l'influence du langage populaire qu'on doit attribuer le changement de l'a en e, qui s'est opéré dans l'orthographe de ce mot.

On a dit aussi en vieux français garir, garison, pour guérir, guérison.

Tant en retint dunt ses cors puet garir. (Vie de saint Alexis, XI^ siècle.)

Ne set sa garison où querre.

(Roman du Renart, t. I, p. 29, v. 767.)

D'une pierre fu le mordens (agrafe), Qui garissoit du mal de dens, (Roman de la Rose, édit. Méon, p. 44, v. 1083.)

La chaussure patricienne ne guarii pas delà goutte des pieds. (Amyot, Œuvres morales de Pluiarque; De la tranquillité de l'âme et repos de l'esprit, t. XIII, p. 424.)

Et leur disant qu'ils cherchassent bien, et que s'ils pouvoient recouvrer d'icelle pierre philosophale , toute petite pièce fust-elle, ils feroient merveilles, romproient les barres des portes ouvertes, gariroient ceux qui n'avoient point de mal...

(Bonaventure des Periers, Çymbalum mundi, dialogue II.)

Le naturel qui accepteroit la rubarbe comme familière en corromproit l'usage; il fault que ce soit chose qui blece nostre estomach pour le garir : et icy fault la règle commune que les choses se guarissent par leurs contraires; car le mal y guarit le mal.

(Montaigne, Essais, liv. I, chap. xxix.)

Quand il s'en trouveroit quelqu'un de si tendre conscience, à qui nulle guarison ne semblast digne d'un si puissant remède, je ne l'en estimerois pas moins.

(/</., ibid., liv. m, chap. i.)

Un auteur du XVI^ siècle, Théodore de Beze, en parlant de la prononciation des deux mots qui nous occupent, dit qu'ir préfère prononcer guérir et guérison et non pas guarir et garison comme on le fait généralement de son temps (1).

Mais, au XVII^ siècle, la forme populaire a fini par l'emporter, et depuis cette époque les mots guérir et guérison ont été seuls en usage (2).

Yaugelas, dans ses Remarques sur la langue fran-

(1) Item contigit in his vocibus guairir et guairison, quas plerique extrito i proferunt guarir et guarison. Mihi tamen illa vetustior pronuntiatio magis probatur. {De francicœ linguœ recta pronuntiatione, Théodore Beza autore, Genevœ, 1584, p. 42.)

(2) Dans quelques provinces et notamment dans le Berry, on a conservé l'ancienne prononciation et on dit encore garir pour guérir (Glossaire du centre de la France, par le comte Jaubort, v* garir).

çoise, v" gtiarir et guérir s'exprime ainsi : « autrefois on disait Tun et l'autre et plus tost guarir qixe guérir; mais ceux qui parlent et écrivent bien disent toujours guérir el jamais guarir. » Thomas Corneille ajoute : « M. de la Mothe le Vayer veut que ^an'r soit aussi bon que guérir et qu'il appelle efféminé, et d'enfant de Paris, qui change a en e. On a parlé ainsi autrefois, mais présentement on ne dit plus que guérir et guérison, » (Notes sur les Remarques de Vaugelas, 1687.)

Nous terminerons ce paragraphe par la remarque suivante : les habitudes du langage populaire, au point de vue de la tendance qui porte le peuple à changer dans certains mots la voyelle a en e, ont exercé moins d'influence sur l'orthographe moderne que sur l'ancienne. En effet, dès le XIII® siècle et surtout depuis le XVl^ siècle, les mots nouveaux dérivés du latin et que les savants ont introduits dans notre langue', y sont entrés en conservant la voyelle a du primitif latin sans faire fléchir cette voyelle en e comme cela avait lieu antérieurement au XIP siècle, lorsque la langue était le produit d'une formation populaire et spontanée. Par exemple mare avec permutation de la voyelle a en e a donné en français de formation primitive et populaire mer *

Dune vint errant dreitement à la mer La nef est preste ou il deveit entrer. {Vie de saint Alexis ^ X^ siècle.)

Au contraire, les mots marin et maritime, empruntés au latin marinus et maritimus par les savants du

— G8 — XVI^ siècle et calqués entièrement sur le primitif, sont devenus français sans flexion de la voyelle a eue,

(L'alcyon) le porte (son nid) au battement du flot marin. (Montaigne, Essais, liv. II, chap. xn, édit. Leclerc, t. III, p. 85.)

... Loin de l'armée de mer et des places maritimes qu'il avoit en la coste d'Afrique.

{M., ibid., liv. II, chap. xxi, t. III, p. 471.)

Sous le rapport de la flexion de Va en e, le langage populaire, par le motif que nous venons d'indiquer, n'a eu surtout depuis le XVP siècle, qu'une faible influence sur la forme des mots introduits dans notre langue moderne.

§ II. — De la permutation de la voyelle i en e. J

Les gens du peuple changent la voyelle i en e dans les mots suivants, et ils prononcent :

Diligence pour dzligence.

Deligent — diligent.

Deligenter — deligenter.

Diminuer — diminuer.

Diminution — > diminution.

Élexir — élexir.

Éresipèle — érysipèle.

Gerofle — girofle.

P^grièche — pigrièche.

Seccatif — ' siccatif.

Kyrielle — kirielle.

Redicule — ridicule.

Rigide — rigide.

Grenoline — crinoline.

Rachetique — rachitique.

inutile

pour

mutile.

Critique

cntique.

Critiquer

cntiquer.

Be'tume

bitume.

Archetèque

architecte, etc.

Ce mode de prononciation en usage chez les gens du peuple a sa cause dans le système de formation primitive et populaire de notre langue ; en effet celle tendance à faire fléchir la voyelle i en e est un souvenir des habitudes traditionnelles de la permutation que subissait la voyelle i du primitif latin qui en français originaire devenait fréquemment e. Ainsi :

Circulus a donné en français primitif cercle.

Littera —

Seccus —

F/rmus —

Tristitia —

Virga —

Vertus —

Vmdis —;

Ceppus —

D/luvium —

Mmutus —

M mare (1) —

Fmdere —

Cmerem —

Mittere —

Crista —

Tnfolium —

lettre.

sec.

ferme.

tristesse.

verge.

vertu.

vert.

cep.

déluge.

menu.

mener.

fendre.

cendre.

mettre.

creste (crête).

trèfle.

(1) La signification toute spéciale du verbe latin minare, menacer, s'est, dans la suite, élargie en celle de ducere ; » minare, dit Papias, ducere de loco ad locum, promovere. » (Scheler, Dict. d'étymologie française, v» Mtner.)

Divinus a également donné en ancien français de formation populaire, devin substantif et devin, devine, adjectif.

Seignor, ce dient li devin, Il est escrit en parchemin Que cil a sovent mau matin Qui près de lui a mau voisin {Roman du Renart, édit. Méon, t. I, p. 275, v. 7383.)

Ne voelent pas les deitez Ne les devines poestez Q'i ailliez, mostré me l'ont.

{Roman de Troie, dans la Christomathie de l'ancien français, par Bartsch, p. 160.)

Une vois devine li dist Laisast cette oire, autre prensist.

{Roman de Brut, t. II, p. 295, v. 15220.)

Mais de bonne heure, sous l'influence des savants, le même mot divinus, calqué entièrement sur le primitif latin, a produit l'adjectif rfm/^ (1), et la forme populaire devin est seule restée en usage comme substantif et dans le sens de qui devine ou qui prétend deviner.

Le mot bas latin divinator, divinatorem a donné en ancien français de formation populaire les deux formes devinaire ou devinere et devineor ou devineur, La première forme devinaire servait pour le nominatif et la seconde forme devineor pour le régime.

(1) Cil acui il astoient venut eret justes et avironeiz de divines plaies. (Livre de Job à la suite des quatre livres des Rois, p. 475.)

Mathematicus, devineres (devin, astrologue).

{Vocabulaire latin-français du XIY* siècle, à la suite des Remarques sur les patois, par Escallier^ p. 456.)

Ses sages devineors, (Roman de Brut, t. I, p. 7, v. 120.)

Ne ne crei devineors.

(Roman de Rou, v. 126S8.)

Et fist tuz les enchanturs e les devinurs por déable remuer. Les Quatre livres des Rois^ p. 426.)

Mais, depuis que l'usage de la déclinaison à deux cas a cessé d'exister en français, c'est-à-dire vers le XIV' siècle, la langue moderne n'a conservé de ces deux formes primitives devinere et devineor, que la forme du cas régime devineur.

Au XVI^ siècle, les savants voulant, sans doute, reproduire entièrement la forme latine de divinator, divhmtrix, avaient introduit divinateur , divinatrice comme substantif signifiant devin, celui ou celle qui pratique l'art chimérique de prédire l'avenir, et comme adjectif signifiant, qui a rapport à la divination.

Diogène disoit, lorsqu'il avoit esgard aux médecins et gens de justice qu'il ne trouvoit rien plus sage que l'homme; mais que quand il venoit à penser à ces divinateurs, nécromanciens et autres de pareille faction, qu'il ne trouvoit rien plus sot.

(Jaques Tahureau, Dialogues, Rouen, 1583, f^ 117.)

Laisse moy l'astrologie divinatrice et l'art de Lullius comme abus et vanitez.

(Rabelais, Pantagruel, liv. II, chap. viii.)

Jugeant que c'estoit le soleil qui imprimoit ceste température et ceste disposition en la terre, de laquelle sourdoit ceste exhalation divinatrice.

(Amyot, Œuvres morales de Plutarque, Des oracles qui ont cessée Lv.)

Il (Julien l'Apostat), estoit aussi embabouyné de la science divinatrice et donnoit authorité à toute façon de prognostics. (Montaigne, Essais, liv. I, chap. xix.)

Par cette voie se gaigne le crédit des fables divinatrices. (Ibid., liv. II, chap. XII, édit. Leclerc, t. III, p. 296.)

Divinare a produit, dès les temps anciens de la langue, deviner.

Malement devina de mei, Ki ne sont deviner de sei; S'il de tôt sont dire veir Bien deust sa mort pourvoir.

(Roman de Rou, v. 11791.)

On trouve dans quelques auteurs ce verbe calqué sur la forme du primitif divinare et écrit diviner.

Il semble que tous ceulx qui diffmissent vertu divinent ou sentent aucunement que vertu est tel habit qui est selon prudence.

(Oresme, Eth. cité par Littré Dict. de la langue française, vo Deviner.)

Je divine... Je ne sçay pas diviner que c'est que en adviendra de ces choses, je ne suis pas divineur.

(Palsgave, l'Eclaircissement de la langue françoise, p. 668.)

Montaigne, qui écrit ordinairement deviner, s'est servi cependant une fois de cette forme savante diviner.

Ce tant célèbre art de deviner des Toscans nasquit ainsin. (Montaigne, Essais, liv. I, chap. xi, édit. Leclerc, t. I, P, 70.)

Ainsi les âmes des hommes, quand elles sont libres et desprinses du corps par le sommeil ou par quelque ravissement. divinent, prognostiquent et voyent choses qu'elles ne sçauroient voir meslées au corps.

{Ibid., liv. II, chap. xn, t. III, p. 181.)

C'est à deviner.,. Si la constance s'y feust trouvée. {Ibid., liv. II, chap. xni, t. III, p. 337.)

Il n'est que de deviner en choses faites... comme on dict d'Epimenides, qu'il devinait à reculons.

{Ibid., liv. II, chap. xxx, t. IV, p. 3.)

Mais vers la fin du XVP siècle on ne rencontre plus ce verbe écrit autrement que sous la forme populaire deviner.

L'ancien français avait devinement, mot de formation populaire signifiant prophétie, chose annoncée par un devin (1).

Mais au XVI^ siècle, les savants ayant introduit le mot divination dérivé directement de divinationem^ ce mot, employé de préférence à devinement, a fini par remplacer ce dernier terme qui, à la fin du XVII^ siècle, avait disparu entièrement de la langue (2).

(1) Pur ço cumandad Saûl que l'um li queist une femme ki soust de sorcerie que par son devinement seust cume la bataille se prendreit.

{Les quatre livres des Rois, p. 109.)

(2) Prenons aultre voye de divination. Rabelais, Pantagruel, liv. III, chap. xiii)... Aussi les anges, les heroes, les bons démons (selon la doctrine des Platonicques) voyans les humains prochains de mort, comme de port très seur et salutaire, port de repous et de tranquillité, hors les troubles et sollicitudes terriennes, les saluent, les consolent, parlent avecques culx, et ja commencent leur communicquer art de divination (Ibid. liv. III, chap. XXI.)

Divisum, supin de dividere, au moyen de son fvéqneni^iïî divisare, a produit en français primitif de formation populaire deviser.

Ne sai porqoi vos devisasse - To les mes ne porqoi musasse.

{Dolphatos à la suite du Roman des sept sages de Rome, publié par Leroux de Lincy, p. 159.)

Mais au XVP siècle la forme savante dwiser a remplacé la forme populaire deviser, et ce dernier verbe n'est resté dans la langue qu'avec l'acception de s'entretenir familièrement.

Nous avons dit que firmus avait, dans le français de formation primitive et populaire, produit l'adjectif ferme. Conformément à l'analogie qui a fait fléchir Yi latin de firmus en e français ferme, le verbe latin affirmare adonné en vieux français affermer.

l\ n'y a point d'autre plus noble, ny plus forte et plus excellente cause et puissance qui peust destruire et aliolir la divination, si elle estoit œuvre de Dieu.

(Amyot, Œuvres morales de Plutarque, Des oracles qui ont cessé, XIV.)

Aussi faut-il penser que la divination parloit lors par plus d'organes et de voix. {Ibid. XV.)

Divinatio, tionis, devinement, prédiction des choses à venir, Guillelmi Morelli, Tliesorus vocum omnium latinarum, 1632.) Devinement, devination hœc auguratio, divinatio, etc. (Monet, Inventaire des deux langues françoise et latine, 1636.)

Indouinatione, divination ou devinement (Nathanaël Duez, Dictionnaire italien -français, 1660.)

Devinement ne se trouve pas dans la première c'dition du Dictionnaire de l'Académie française publié en 1694 ; divination y figure seul.

Li antif judeu aferment que morz fud li einznez fiz Fénenne, quant nez fud Samuel ki fud fiz à la bonurée Anne. {Les quatre livres des Rois, p. 6.)

Et pourtant on peult bien affermer que qui aime ce throne, comme maintenant fait avez, il aime la foy.

(Jean de Gcrson, Sermon prononcé le jour de l'Epiphanie 1390; à la suite des Origines littéraires de la France, par Louis Moland, p. 404.)

On a dit affermer pour affirmer pendant tout le cours de l'ancienne langue, et même au XVP siècle.

Ce qui aida grandement à faire croire le dire de la mère, laquelle afferma qu'elle avoit conceu les deux enfants (Romulus et Remus), du dieu Mars.

(Amyot, Hommes illustres, Romulus, 6.)

Clitemachus affermait n'avoir jamais sceu, par les escripts de Garneades, entendre de quelle opinion il estoit.

(Montaigne, Essais, liv. II, chap. xii, édit. Leclerc, t. III, p. 139.)

Et peu de gens faillent, notamment aux choses malaysées à persuader, &' affermer qu'ils l'ont vue... {Ibid.. liv. m, chap. xi, t. V, p. 50.)

Les propos plus communs qu'il vous plaist m' affermer, C'est que vous n'aimez rien ny ne pouvez aimer. (Desportes, Diane, liv. II, 18; édit. Michiels, p. 79.)

Ce n'est qu'au XVII® siècle qn affirmer a supplanté affermer, sans doute pour établir une distinction entre affermer, donner à ferme et affirmer, assurer(l). •

(1) Littré, Dictionnaire de la langue française, v" Affirmer.

Minor, minorem a donné en français primitif, meure ou mendre (moindre), pour le nominatif et mener ou meneur pour le régime.

Hennequin qui estoit et est deseagez, orphenes, pupilles et menre d'ans (annis minor).

{Lettres de rémissions de 1377; Ducange, v'' Aagiatus.)

Li hoirs moindres d'aaige ne respond pas de heritege jusques il soit aaigies.

(Ancienne coutume de Bourgogne, art. 5.)

David demonstreit ke li trebuchemenz des plus granz soit voisdie (trahison, tromperie) des menors. {Livre de Job à la suite des quatre livres des Rois p. 506.)

Si tôt comme ele ot entendu La reson du frère meneur, (Rutebeuf, 1. 1, p. 262.)

... A esté trouvé que il seroit grand profit auzdis meneurs, se nous leur voulons donner aage, par quoyque il fussent hors de tutirie.

{Charte de Vannée 1322, cité par Ducange, v*» Aagiatus.)

AuXV^ siècle, sous l'influence des savants, Ve delà première syllabe de meneur a été changé en i afin de rappeler Yi du primitif minorem, et on a commencé à écrire et à prononcer mineur. Au XVP siècle la forme populaire meneur pour mineur était tout à fait abandonnée et on ne rencontre plus dans les auteurs de cette époque le mot autrement écrit que mineur.

On a dit autrefois létanies pour litanies (1).

(1) Du latin, litaniœ.

La première tétanie en trois manières est appelée, en premier, /e7aw2*e gregncur

{Ancien codex manuscrit de saint Victor de Paris ^ cité par Ducange, v® Litaniœ.)

Chantz tous divins et sainctes letanies. (Charles Fontaine, les Ruisseaux ^ poésies. Lyon, 15o5, page 240.)

Cette forme a été en usage jusqu'au XVII' siècle.

Dans l'ancien français, les mots descipleei descipline, de formation populaire, disciple et discipline, de formation savante , dérivés de discipulus et de disciplina , étaient également employés.

Pylates commanda et dist, En quel liu que on le meist, Par nuit et par jour le gueitassent, Que si deciple ne l'emblassent.

{Roman du Saint-Graal, publié par Francisque Michel, V. 583.)

Parmi cez choses entendet cil ki alcune foiz sent droitement par com grant humiliteit li disciples doit parloir à sonmaistre, se il li maistres des païens proieuet si humlement ses disciples de ce ke il par auctoriteit lur precheiuet.

{Livre de Job, à la suite du livre des Rois, p. 476.)

Encor viendra tout à tens l'eure

Que li maufé (diables) noir comme meure

Les tendront en lor desciplinesl

(Couvres de Rutebeuf, édit. Jubinal, 1. 1, p. 109.)

Aussi te di que le cop besse Por recevoir la descepline De componcion entérine.

(Ibid. t. II, p. 212.)

E la tue discipline castiat mei o la tue discipline mei enseignerat. {Liber psalmorum^ p. 20, XII^ siècle.)

Toutefois dès le XIV' siècle les formes savantes disciple et discipline avaient prévalu et l'orthographe de ces mots n'a plus varié.

On rencontre dans l'ancien français les deux formes diligent et déligent.

Car par ce en seront-ils plus diligens. {Le Ménagier de Paris^ t. II, p. 62 et 63.)

Soient les maistres deligens de veoir les tiltres et enquérir de leurs possessions. (Ordonnance de Charles VI, sur les eaux et forêts, du 1er mars 1333 (jans la Collection des ordonnances des rois de France, t. VII, p. 776, | 29.)

Si la forme populaire déligent a cessé de figurer dans l'écriture dès le XV' siècle pour faire place à la forme savante diligent, cependant l'usage de prononcer déligent a persisté longtemps; il existait encore au XVII® siècle, comme nous l'apprend M"' Buffet dans les termes suivants : « Bien des gens de province disent : il est déligent et déligenter les affaires ; il faut dire : diligent et diligenter les affaires, en faisant sonner Vi. » (Nouvelles observations sur la langue française, 1668, p. 33 et 135.)

M"^ Butîet remarque aussi que de son temps certaines personnes parlant bien conservaient encore la vicieuse habitude de prononcer rédicule et rédiculement au lieu de ridicule et ridiculement. {Ibid., p. 49.)

L'Académie française, dans la dernière édition de son Dictionnaire publiée en 1835 a adopté le mot^r^-

sipèle en faisant observer qu'on disait autrefois érysipèle, ce qui était conforme à l'étymologie (i^vGtTnXaç,) C'est à l'influence de la prononciation vulgaire de ce mot qu'il faut attribuer le motif qui a pu déterminer l'Académie à adopter une orthographe qu'elle reconnaît vicieuse. Tous les dictionnaires modernes, littéraires ou scientifiques, protestent contre ce choix singulier.

Le Dictionnaire de l'Académie autorise l'emploi de la forme populaire gérofle; en effet, au mot girofle le Dictionnaire s'exprime ainsi ; « plusieurs écrivent et disent gérofle. »

Carina a donné en bas latin caréna et en français primitif carEne. Au XVP siècle, les savants, pour conformer le mot à l'orthographe latine de carina, avaient changé eniVc de carène et écrivaient carine. C'est sous cette forme que ce mot se trouve dans Robert Estienne (1) et dans Calpin (2). Nicot (3) et Cotgrave(4) donnent carine ou carène, Guillaume Morel (5) carine, Natanaël Duez (6) carène. Depuis le milieu du XVIP siècle, cette dernière forme, c'est-à-dire la forme populaire, est la seule que l'on rencontre et l'orthographe de ce mot n'a plus varié.

(1) Dictionnaire françois-latin, 1539.

(2) Ambrosii Calpini dictionnarium, y* Carina, Lugduni, 1578.

(3) Thvesor de la langue française ancienne et moderne, 1606,

(4) dictionnaire français -anglais, 1611.

(5) Thésaurus vocum omnium latinarum, 1622.

(6) Dictionnaire français-italien, 2* partie, 1659.

Ainsi, comme on peut le remarquer parles exemples que nous venons de donner des mots afflnner, mineur, litanies, disciple, discipline, diligent, l'influence de la pro • nonciation populaire qui au commencement de notre langue avait fait fléchir Vi des primitifs latins en e français ne s'est manifestée sur la forme de ces mots que lors de leur première formation. Ces mots, refaits par les savants, n'ont plus varié dans leur orthographe.

I III, — De la permutation de la voyelle e en i.

Quelquefois, le peuple change dans la prononciation de certains mots e en * ; il dit, par exemple :

Rzmouleur

pour

remouleur ^

R2moulade

rémoulade ;

Milisse (eau de)

mélisse;

L2cher

lécher;

L2cheur

lecheur;

Lzchefrite

lèchefrite, etc.

Ici encore c'est au souvenir des anciennes habitudes de notre langue primitive qu'il faut attribuer cette tendance populaire à substituer, dans le cas que nous indiquons, une voyelle à une autre. En effet Ve de certains primitifs latins est devenu ien passant dans l'ancien français de formation populaire. Ainsi :

Cera a donné en vieux français c^re ;

^bur — mire;

JS'brius — me;

Decem -^ d2x;

Sex — sex;

Mercedem — merci;

Tapetum -- tapzs;

^cclesia — éghse ;

7>monem — t/mon;

Venetia — Vemse ;

Alesia — Ah'se, etc.

Lécheur (1) avait deux formes en ancien français, l'une pour le nominatif lechierres, l'autre pour le régime lecheor. Ce mot avait aussi plusieurs sens et signifiait gourmand, parasite, libertin, galant, amant.

Li lechierres fresmist et tranble, De lecherie esprent et art.

{Rrnnan du Renart, 1. 1, p. 41, v. 1054.)

Tant ert delicieus lechierres Tant ot les volatiles chieres.

{Roman de la Rose, édit. Méon, t. III, p. 262, v. 20365.)

Mais moult nos menti li lecières, {Partonopeus de Blois, t. I, p. 86, v. 2495.)

Li lechierres s'en vont fuir Mes n'out par où...

(Chastoiement d\n père à son fils, VIII, 30.)

Poor ont, s'en la chambre entrast, Que son lecheor n'i trovast.

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