‹ De l'influence du Moral en ChirurgieChapitre 19 sur 24 · ÉE NS APE · texte numérisé non relu

ÉE NS APE

n’est pas dans le cadre-de notre travail: à savoir les soucis à prendre de l’âme du malade.

29 Quelques mots de psychothérapie. Quelques mots nous suffiront pour dire qu aujourd’ hui on ne songe guêre à refuser à l’esprit une puissance éducative et thérapeutique mentale. On est beaucoup moins fixé sur l’opportunité de lui accorder pareille puissance sur les lésions organiques et là où certains voient l’indiscutable preuve de la force de l’imagipation, de la volonté de la raison (selon les écoles) dans les guérisons de lésions organiques, par les

moyens psychothérapiques (voire par les miracles),

d’autres demandent des vérifications scientifiques, ou même versent à croire que les troubles guéris étaient d’ordre trophique, sympathique, n'étaient que des manifestations de névrose pour lesquels nul ne nie plus la valeur des méthodes psychothérapiques.

Sans prendre parti signalons que, malgré les résistances, les partisans de l’influence omnipotente de l'esprit semblent gagner du terrain. ‘A notre avis, l'étude est très intéressante et vaut la peine d’être un peu envisagée par chaque futur thérapeute, avec beaucoup de sens critique, c’est vrai, mais sans parti-pris.

De toutes façons, quelques moyens psychothérapiques au sens vrai de: traitement par l'esprit, sont acceptés par tous sans discussion, mais quant à l’action sur l'esprit et non sur l’organisme. On ne nie pas la culture de la volonté, son « éducation rationnelle», selon le terme de Lévy; on ne nie pas la force de l'imagination, du raisonnement.

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Quand un chirurgien voit arriver un de ces ankylosés, atteint de sinistrose ou non, il s’efforce, en clinicien, de rechercher dans le trouble fonctionnel ce qui revient au psychisme — et raisonnant, selon Dubois, amicalement le sujet, lui faisant comprendre la part que prend son esprit dans la lenteur de la guérison — en psychanalysant, selon Freud, celui qui a besoin qu’on lui montre ses bonnes raisons refoulées de retarder sa guérison, — tout en dérivant, par la parole, l'attention de celui que lon soupçonne conscient de la participation de son esprit, atténuant, par des manipulations, la raideur articulaire, puis, par un brusque rappel de l'attention, montrant au malade ce qu’on est en train de faire exécuter — soit encore, chez celui qui, de très bonne foi, est Inconscient de la part de son psychisme, en inculquant, en suggérant, au sens le plus large, l'idée, limagination des mouvements possibles à exécuter, à tenter

avec confiance — soit de toute autre façon, le chi-

rurgien aura rendu service au malade, aux patrons, à la société et ceci par des moyens psychothérapiques. Même si, brusquant tout (ce qui ne serait pas toujours justifié), il affirme avec autorité au sujet qu'il exagère son impotence ou qu'il la crée, il aura bel et bien fait accepter une idée qui, pour peu qu'elle soit entretenue, évoluera vers ce dont elle est la représentation: la guérison ou l'amélioration, et c’est encore de la psychothérapie. 2. ER La suggestion est, au sens large du. mot,, d’application journalière en tant que mêlée à toute théra-

peutique par elle-même. La parole suggestive éduca-

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ei tive ne doit pas manquer plus au chirurgien qu’au médecin; 1ls abordent, en effet, les mêmes malades: et, le chirurgien doit le savoir, ces malades ont souvent une confiance beaucoup plus grande en lui qu’en n'importe qui. Qu'il n’agisse pas en sorte que, butés par des fautes de psychologie, ces sujets lui retirent partie ou totalité de la confiance accordée,

cette arme -si extraordinairement forte. (Comme

srand moyen psychothérapique, notons ici que bien

-des chirurgiens, des médecins, à l’heure actuelle,

s'efforcent d’utiliser la suggestion hypnotique. Ils rapportent des observations indiscutables et fort intéressantes d’anesthésies obtenues par ce moyen, et ils affirment même cette méthode très généralement appli-

cable. Ils l'utilisent avec succès aussi pour réaliser des

accouchements indolores. M. le docteur Bérillon préconise la collaboration du médecin psychothérapeute aux divers temps, avant, pendant, après l’opération : «La suggestion hypnotique aurait, dit-il, pour effet de dissiper les frayeurs, de limiter les réactions émotives. » |

Farez propose d'utiliser la période qu’il appelle « d’hyponarcose» de l’anesthésie pour obtenir, par sugsestion, la suppression de la douleur, ceci surtout lors d’avulsions dentaires ou au réveil de l’opéré, ce qui nous parait indiqué. À

30 Traitement du moral. — Mais cessons là pour la psychothérapie et envisageons, avec plus d’attention, le traitement du moral.

A la lumière des connaissances du’ fonctionnement de l’âme, on a été amené à accorder à l'esprit toutes

les responsabilités de l’état morbide dans les névroses, puis on a remarqué que c’est lui seul qu'il faut traiter pour atteindre les troubles organiques graves parfois qui peuvent en résulter; on risque de les voir s’aggraver lorsque, par erreur, ce sont ces troubles organiques qu'on vise dans son traitement, fixant par lui l’idée morbide.

Nous serions aise, après avoir montré plus haut l'importance du moral, qu'on voulût bien consentir aussi en chirurgie à prendre cure de lui, tant pour lui éviter ces traumatismes moraux, si nombreux, que pour, le cas échéant, le traiter s’il est défaillant ou choqué. ë Nous pourrions ainsi étudier la prophylaxie et le. traitement des troubles du moral, du psychisme, en faisant -plus spécialement rentrer dans le second chapitre certains moyens psychothérapiques car, « à troubles psychiques, remèdes psychiques», et des moyens accessoires médicamenteux, diététiques ou de repos, ete. Nous préférons, néanmoins, pour la commodité de l’exposé et de la lecture, émettre quelques idées générales concernant spécialement la protection du moral du malade, ambiance du malade, personnel, aménagement des services. Puis, en une synthèse logique, nous indiquerons, lors des trois étapes que traverse habituellement le malade des services de chirurgie, avant, pendant et après l'opération (1), ce que l’on peut faire pour ce moral.

(1) Nous n'indiquons en aucune façon le traitement du choc, du collapsus, réalisés. Ils se trouvent dans tous les ouvrages.

Quelques questions générales

Nous avons cité, au début, l’influence que peut avoir l’ambiance du malade; permettons-nous d'y revenir 101.

Lors du premier contact du chirurgien avec le malade et son milieu, il y aura lieu de dire la vérité

“aux parents ou à un parent que l’on aura estimé

plus capable de juger sainement les choses qu’on lui confie; c’est obligatoire moralement.

Le chirurgien, en face de ces êtres qui sont suspendus à tous ses actes, ses décisions, ses pensées s'ils le peuvent, ne doit pas oublier quelle part peut. être leur action sur le moral du malade; donc, leur exprimer la vérité, le danger, il le doit, mais leur laisser ce que savent si bien faire certains, « du baume dans le cœur», qu'il s'efforce de le réaliser aussi. Qu'il ne risque pas, par un aveu trop brutal à une épouse, à une mère angoissée, et qui courageusement ne le laisse voir que partiellement, de provoquer chez elles un choc moral au:si qui, malgré tous les efforts, se traduira sur leurs traits et laissera voir au malade, comme dit Rivière, «son arrêt de mort», même non justifié. Il pourra être bon de ne dire la vérité totale qu’à des tiers auxquels la confidence paraît moins justifiée.

Pour ce qui est du personnel, très importante est lempreinte de bonne humeur, d’optimisme ou de laisser-aller, de nostalgie, de tristesse qu'il peut donner au moral du malade.

Il n’est pas aisé d’être la bonne infirmière qui entre toujours dans la salle ou la chambre avec un gal sourire, avec une parole d’entrain, de réconfort, même si le travail est éreintant, décourageant ou parfois ingrat. Il en découle la nécessité de s’attacher à former chez les servants. si l’on peut dire, du malade, l'esprit de dévouement, de sacrifice et aussi la connaissance du moral du malade.

On trouve grandement faite cette éducation supérieure en son genre chez certaines personnes qui ont consenti au détachement de leurs intérêts et prêtes à comprendre infiniment mieux que d’autres les qualités morales, les sacrifices, les délicatesses indis-

-pensables autour des opérés; ce sont les religieuses, à qui lon peut parfaitement joindre les qualités techniques pour peu que l’on s’en donne la peine.

Les infirmières laïques, certes, durant la guerre, ont été souvent au-dessus de tout éloge, c’est un fait qu’on est très fier d'affirmer bien haut. Mais c’est que, précisément, un esprit de renoncement et de charité tout à fait particulier animaïent, en une époque toute spéciale, ces femmes dignes d’admiration.

Nos hôpitaux sont d’ailleurs dotés très fréquemment de ces sœurs-infirmières si prisées des malades, si nécessaires, et qui, à leur, tour, s’attachent à former des dévouements précieux, très actifs, très humbles, mais très beaux dans les personnes des infirmiers et infirmières laïques des salles.

La visite des opérés dans les hôpitaux est un fait digne d'attention: question d’ordre intérieur dans

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les services souvent encombrés, les parents sont écartés du malade durant la presque totalité de la semaine et surtout aux moments pré et postopératoires. [Il n’est, en effet, guère possible dans l’état d'organisation actuelle des salles communes de quinze ou vingt malades, d’admettre tous les jours quelques parents ou amis, alors que les médecins circulent, qu’on fait des pansements, ramène des opérés de la salle d’opératiens. ;

Ceci nous amène à parler quelque peu de cette organisation qui nous parait rétardataire.

Le mot « hôpital», à l’époque où la charité est devenue une obligation sociale et non plus une œuvre privée, a remplacé les vieux mots qui disaient, sur le portique d’entrée, les principes de bonté: « La Charité», «La Pitié», «L’Hôtel-Dieu», « Le Valde-Grâce», etc.

Ces lieux où l’on souffre et où l’on est soigné, consolé, guéri parfois, sont devenus administrations d’Etat ou de ville, de département. C’est, nous le croyons, un bien, du moins en pratique.

Mais si maintenant lé malade réclame « son droit» d'admission, même s’il n’est pas un pauvre indigent, puisque partout les plus ou moins petits payants sont reçus, que, du moins, les commissions administratives chargées de répandre la charité au nom de tous soient imbues de cette vertu qu'ils répartissent.

Ces commissions, nous voulons bien le croire, avec la préoccupation et le souci-du malade, installent des salles d’opérations et des dépendances de plus en plus perfectionnées et luxueuses, des salles de

bains; elles embellissent les salles communes; au nom de l'hygiène et de la science, elles réalisent bien des progrès, rien de mieux; néanmoins, nous aimerions voir à cette époque la « Pitié», pour l’âme du. malade, inscrite un peu plus dans leurs belles transformations.

Pourquoi le moral de l’opéré ne trouverait-il pas grâce devant elle, alors qu'il souffre tous les jours de cette insupportable promiscuité de la salle commune, avec son moribond que l’on vient d’administrer, son opéré que l’on ramène geignant, vomissant, souffrant, son braillard exalté par les vapeurs d'alcool et de cabaret, son cadavre plus ou moins entouré de trois paravents |

:.Arrêtons-nous, nous nous ferions taxer de menteurs... et pourtant!

Est-il abusif, à notre époque, de réclamer dans tout service ‘de chirurgie, suivant son importance, quelques chambres d'isolement pour tout opéré tant soit peu sérieux de demain (ce serait trop beau), mais au moins qui sort de la salle d'opérations et aussi moins intéressant quant à lui, mais beaucoup, quant aux voisins, pour l'individu gênant que l’on amène la nuit et qui trouble le repos bienfaiteur | d’une douzaine de malades qui ont tant besoin de ces heures de réparation; et, de même dans les maternités, pour les femmes parfois exténuées par un travail pénible et qui sont réveillées dix fois la nuit suivante par les cris des petits. =

Nous le savons parfaitement, les malades acceptent volontiers la salle commune, on s’y ennuie moins,

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