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c'est plus vivant: oui, quand on va mieux, mais pas lorsqu'on vient de subir une gastrectomie, une laparatomie, etc. £
On peut poser la question de la salle d’anesthésie; sans avancer qu'il serait humain d’anesthésier dans une salle à part les malädes, ce qui n’est pas toujours vrai, néanmoins 1l est beaucoup de sujets peut-être un peu pusillanimes, mais pas plus que la normale parfois, qui gagneraient à ne pas être amenés directement dans la salle où, si lon n’y opère pas, du moins où tout est plus ou moins agité, plus ou moins dressé en vue de l’opération qui va avoir lieu. Dans cette salle, spécialement réservée, nous croyons qu'il serait plus facile aux aides, aux assistants, à tous, de se soucier que le sujet couché là a un moral, une âme; on n'y verrait pas endormi au milieu des rires, des bavardages, quand ce n’est pas, en outre, parmi les cris d’un voisin de douleur.
Certains chirurgiens américains signalent les avantages de l’opération dans la chambre même; d’abord, il faut imaginer de nombreuses chambres particulières, et nous n’en sommes pas là; ensuite, un plus nombreux personnel et, peut-être, pour un avantage minime. Reconnaissons là, quand même, un très complet souci de la. personne du malade et, en atten-
dant d’oser réclamer, un jour peut-être, ce luxe pour
nos malades, gardons-nous de critiquer la minutie de ces détails qui dénotent une mentalité généreuse. En somme, il nous semble qu'avec ces modifica-
tions, importantes nous en convenons, mails néces-
saires, on verrait comme sauter aux yeux cette.
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préoccupation de tous. administrateurs, chirurgiens, infirmiers, élèves, envers l’âme de celui qui est le plus intéressant de tous: le malade.
Avant, pendant, après l'opération
“Après ces quelques considérations, peut-être osées, essayons d'envisager ce que l’on pourrait être à même de faire en vue du psychisme du sujet avant, pendant et après Popération.
Avant même la première visite, le chirurgien qui est appelé commence à influer moralement. Son arrivée est toujours redoutée, car elle indique Fidée d'opération. L'appel à ce spécialiste équivaut. aux yeux de la grande majorité du public, à une affirmat- tion de gravité, de danger; et l'angoisse, la peur règnent plus vives dans l’esprit de tous à partir du moment où l’on a envisagé sa consultation. Mais on l’attend quand même avec impatience, car de lui va résulter le dénouement: onattend avec anxiété son verdict et sôn geste sauveur. Donc, dès avant sa venue, on accorde confiance à sa science, à sa décision, à sa virtuosité si besoin, et il est néces- : saire que celui qui va se livrer de la sorte en reconnaisse digne ce chirurgien.
On réclame la valeur, on demande le savoir technique, le renom; mais ce renom, que l’on peut appeler la confiance première, ne se constitue pas qu’au moyen des qualités professionnelles consacrées par des “titres universitaires. "ET
Lorsque nous avons parlé déjà du chirurgien,
nous avons remarqué le rôle de sa personne, mais plus encore de ses qualités de science et de morale; il faut justement que ces dernières soient universellement connues et qu’en ayant recours à lui on ait la conviction qu’on ne peut s'adresser ni à meilleur chirurgien, ni à homme plus profondément animé du souci de ses malades.
L'âme que doit avoir le chirurgien a “été bien
étudiée par divers auteurs. J.-L. Faure, de Fleury, Forgue entre autres, et nous ne nous y arrêterons pas: ñ
Guy de Chauliac réclamait « qu’il soit bien mori- «géné, SOIt hardy en choses seures, craintif es dangers, «qu’il fuye les mauvaises cures ou pratiques; Soit «gracieux aux malades, bienveillant à ses compagnons, «sage en ses prédictions. Soit chaste, sobre, pitoyable «et miséricordieux ». (Guy de Chauliac: La grande Chirurgie composée en l'an 1363, revue par Nivaise. Paris, Alcan, 1890.)
L'homme à qui, dans le plus noir tourment, un autre dit : « Faites ce qu’il faut, c’est à vous de juger, à vous de décider, à vous de me sauver ou de sauver
les miens si chers» ne peut pas être un homme quelconque.
Sa conscience doit être sévère pour lui-et doit être souvent interrogée, sa vie même doit être belle, en accord avec « la haute condition sociale dont il à de droit d’être fier, dit Forgue, et qu’il doit à son art». Certes, la bonté, la douceur, le souci très souvent pénible de ses malades seront, parmi les caractéris-
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tiques du chirurgien, aimé de ses malades. Il n’est pas vrai qu’un malade sérieusement atteint prétende. que peu lui importe ce qu’est le docteur X..., pourvu qu’il soit un brillant opérateur, qu’il ait un bon diagnostic : c’est faux; cela lui importe, mais, à défaut de mieux, il peut arriver qu'il sé confie à lui; ce sera avec restrictions, et si ce merveilleux chirurgien avait en plus les qualités morales que ce malade néglige de vouloir considérer à cause de leur absence, sa confiance serait autrement grande, la sympathie réciproque bien différente et les arguments que pourrait lui donner le chirurgien auraient autrement de valeur pour lui; donc, beaucoup plus de chance de porter leurs fruits. Sans cette confiance-là, pas d’action morale, ou plus grave: triste action morale.
C’est sur ces qualités et à partir du premier contact que le futur opéré basera sa confiance, et il faudra l’entretenir, la fortifier pendant tout le temps que. durera le séjour sous l’emprise du chirurgien. C’est dans l'attitude de tous les jours de ce dernier que le malade cultivera sa confiance, mais aussi beaucoup d’après les, paroles, les encouragements, le mot opportun qui relève les énergies, qui sait faire accepter. le sacrifice, les gestes de douceur, de bonté compatissante et amicale. Presque tous les malades, ne l’oublions pas, se réclament de l'amitié de leur chirurgien. Naturellement, le chirurgien visera beaucoup, à éviter ces influences mauvaises que nous avons énumérées au début : tels que des mots, des jeux de physionomie révélateurs. En voulant encourager, il évitera soigneusement de se moquer jamais des
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craintes du sujet, si pénibles paraissent-elles, et surtout des douleurs qu’il accuse, même si on ne croit pas à leur réalité. « Ne niez jamais une douleur», avons-nous entendu dire par M. le professeur Fruhinsholz, avec beaucoup de psychologie. La confiance, avec la volonté de vivre, de guérir, sont deux chances importantes de salut pour lopéré. Forgue (cité par Bérillon) rapporte que Mirabeau, à son lit de mort, pressé par les siens d’appeler un autre secours, répondit: « Non, je ne ferai pas cette injustice, ni cet caffront à Cabanis; si je dois mourir, nul ne me sauve- «rait, et si je dois vivre je ne veux pas qu'un autre ait «la gloire de ma guérison; je crois peu à la médecine «et je crois beaucoup à l’amitié».
Tout chirurgien est à même d’avoir vu forts,. jusqu’à leurs derniers moments, de pauvres êtres emplis d’une foi absolue en celui qui, malgré luimême, est impuissant à les sauver: J.-L. Faure rapporte, avec une belle émotion, le cas d’une de ses opérées qui venait de mourir dans ces conditions, « souriante encore de son beau sourire de confiance «et d’espoir ».
Lorsque le patient est un malade d'hôpital, un déshérité de la fortune, mais pas toujours de l’intelligence ni de la sensibilité, la pensée de tous, chirurgiens, étudiants, n’est souvent pas assez dirigée par les sentiments; et, sans vouloir critiquer l’enseignement au pied du lit du malade, le seul où puisse se former justement la beauté de l’âme du médecin, en même temps que sa valeur technique, qu'il serait plus beau si les nombreux assistants, élèves surtout, faisaient.
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en eux le faible effort de songer que, parallèlement à la lésion curieuse, il y a une mère, un père non moins intéressants. Et, si la jeunesse insouciante ne sait pas le voir, parfois l'attitude de compassion, de douceur attentive et charitable de son maître, 1l sait bien la voir et la comprendre. Et le « patron» qui réfléchit à cette attitude par égard pour son malade, en y joignant l'intention de donner un exemple à sesélèves, aura singulièrement grandi dans l’estime du malade, et il aura fait aux étudiants, en les obligeant tacitement à la réflexion, mieux qu’un cours de psychologie : une belle clinique de formation morale du médecin. Et les fautes de psychologie surprenantes qu'on voit commettre, à la légère le plus souvent, seront plus rares, car il est aisé d’observer lorsqu'un de nos «patrons», tout en commentant un cas par le détail, y joint dla délicatesse et du tact, au moyen d’expressions conventionnelles ou soigneusement, intentionnellement déguisées, combien les étudiants euxmêmes évitent le mot ou le Jeu de physionomie malheureux, se penchant avec plus d'attention charitable sur le cas devenu doublement intéressant.
Examiné, transporté, voici le malade à la clinique.
La protection de son psychisme contre les influences de tous les jours capables d’émouvoir, d’apeurer, de diminuer ses énergies réactionnelles, ne sera parfaite que dans la mesure du soin, de Pattention qu'on y apportera. C’est un souci de tous, surtout du chirurgien qui dirige moralement tout le monde vers le psychisme du malade, qui permettra l’aetion sur cet esprit.
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* I s'agira d’abord, autant qu’on le peut, de supprimer tous facteurs nuisibles: l'isolement, nous en avons parlé, de même les cliniques au pied des malades et les visites de l’extérieur. ;
Il faut encore que le chirurgien, s’il ne peut le faire lui-même, s'inquiète des craintes du malade. Ses aides, ses internes, infirmiers, en parlant avec le malade, les auront recherchées, les auront combattues, et ils signaleront au chirurgien les plus sérieuses; celui-ci, de qui le malade aecepte tout, puisqu'il lui accorde tous droits sur son organisme, fera souvent disparaitre toutes peurs. Ses paroles sont presque paroles d’évangile, si il a auparavant inspiré la confiance.
Il faudra parfois plus d’éloquence pour faire disparaître certaines Dot telle celle de la perte des ovaires.
On représentera l’inutilité des organes lésés et leur danger pour tout l'organisme; on promettra d’enlever le moins possible; si la femme qui désire la maternité se refuse plus énergiquement, l'attitude dépendra de la conscience du chirurgien devant ce cas precis, -et sil y a danger pour elle à conserver des foyers gravement menaçants, il pourra au besoin mentir. ce que fait bien souvent le médecin pour sauver la - pauvre femme malgré elle. Ceciest d’ailleurs affaire de conscience et d’opinion personnelle. J.-L. Faure cite deux cas où il opéra de force, aidé par des voisins du malade, et où il fut grandement remercié par . suite.
Mais il y aura lieu d’ nie préparation plus
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directe de l'opération. Prévenir le malade est absolument indispensable; on l’a amené à accepter l’opération quelquefois difficilement. A ce propos, qu'il nous soit permis d’insister un peu sur ce point. Les chirurgiens, les maîtres comme les élèves, doivent, à l'hôpital, ne pas oublier quel est le degré, assez peu élevé fréquemment, du niveau intellectuel, dela force de caractère de ces pauvres gens; il y à quelque chose d’un peu choquant devant un malade épouvanté à l’idée d’une opération qu’il envisage faussement, qu'il dénature même en des représentations imprécises, et qui, dans cet état d’esprit, la refuse, à voir l’homme de science qui sait qu’au contraire il y à indication formelle, qui la pratiquerait indubi-tablement dans un cas pareil sur l’un des siens, -à le voir passer son chemin devant cette décision sans valeur d’un pauvre ignorant: « Il n’a pas le: temps de discuter, dit-il, son temps est trop précieux !» et il va vers le voisin. Mais quelle curieuse façon d’envisager l'intérêt du malade et de prendre souci de son moral, alors qu’il passe parfois une ou deux heures à extirper un cancer déjà avancé, ou à traiter minutieusement un pauvre fracturé de la colonne vertébrale, certainement condamné. Il a mille fois raison de prendre cet excès de souci de ses malades; mais dix minutes à raisonner le récalcitrant, dix minutes de traitement de ce moral déséquilibré momentanément par l'anxiété, choqué psychiquement, né vaudront-elles pas leur temps?
C'est à ce moment qu'on verra le chirurgien.
soucieux de ce moral, réfuter facilement, avee bonho-