‹ De L'influence Du Traumatisme Sur La Pathogénie Et L'Évolution Des Tumeurs OculairesChapitre 1 sur 6 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le rôle joué par le traumatisme augmente chaque jour d’importance. Cela est dû à l’influence de plus en plus grande que prend dans nos rapports sociaux, la loi du 9 avril 1898 sur les accidents du travail. En médecine, en particulier, elle nous oblige à préciser les relations du traumatisme avec les diverses affections organiques. De nombreux travaux ont déjà paru pour élucider la plupart des cas litigieux. Ils se sont multipliés ces derniers temps et la production ira sans doute en progressant. Nous n'avons pas, cependant, trouvé dans la liltérature médicale, d’études sur le sujet que nous avons entrepris. Cela tient vraisemblablement à l'ignorance dans laquelle nous nous trouvons de la nature intime du cancer et de ses notions étiologiques.

Cet inconnu nous a séduit et c'est avec le plus grand intérêt que nous avons essayé de le pénétrer. Nous avons recherché dans ce travail la part qui revient au traumatisme comme cause de production d’une tumeur. Faut-il envisager cette action comme seule en cause ou comme prédominante ? Dans les cas où la tumeur existe déjà quelle est l'influence d’un trauma survenant dans le cours de son évolution pathologique ? Autant de questions que nous nous sommes posées el que nous avons essayé de résoudre.

Cela nous fait, en résumé, deux idées maîtresses que nous

nous sommes efforcés de dégager.

Chapelle 1

La première concerne le trauma source des tumeurs malignes, la deuxième le trauma accélérateur dans la marche néfaste de la production néoplasique.

Nous les étudierons ensemble.

Nous adoptons le sens du mot tumeur dans son acception la plus large, dans le sens que lui attribue le docteur Lagrange.

Il est évident qu'on ne peut assimiler le kyste de l'iris par exemple, au sarcome de la choroïde. Ce sont là deux productions bien différentes l’une de l’autre et qui reconnaissent des origines diverses. Nous avons cependant porté la plus grande partie de notre altention sur les tumeurs malignes et c'est en elles que réside le principal de nos recherches.

Nous avons néanmoins tenu pour être complet, à étudier l'action du trauma sur les principales productions néopl asiques qui intéressent l’ophtalmologiste.

La division de notre travail, le groupement des observations, et enfin le cadre limité de cette élude, nous ont engagé à discuter les faits à mesure qu'ils se présentent, quitte à noter au passage, les réflexions qu’ils nous ont suggérées.

Nous avons adopté la classification qne le D' Lagrange a préconisée dans son magistral Traité des tumeurs de l'œil et de l’orbite.

Nous sommes heureux de rendre ici hommage à cet éminent clinicien et à son œuvre à laquelle nous avons fait les plus larges emprunts. Nous adoplons, tout d’abord, la division principale en tumeurs de l’œil et en tumeurs de l'orbite.

Dans la première partie, nous suivons la progression normale qui va de la conjonctive à la cornée, passe en revue les diverses portions du traclus nvéal et se termine par les tumeurs de la rétine. La deuxième partie comprend les tumeurs du nerf optique, celles du contenu de l'orbite, des parois orbitaires et des paupières, et enfin, celles de l'appareil lacrymal.

Nous nous sommes très bien rendu compte que notre travail ne pouvait avoir de l'intérêt, qu’à la condition d'apporter un certain nombre de faits aussi précis que possible, et surtout une critique impartiale des observations. 7

Nous avons réuni et groupé toutes celles que nous avons pu recueillir dans la littérature ophtalmologique. Nous en avons éliminé une grande partie pour ne retenir que les faits vraiment dignes d’être étudiés, el nous avouons que ceux remplissant cette dernière condition sont des plus restreints. Aussi, nos conclusions étayées sur des observalions encore peu nombreuses, très discutables souvent, n'auront-elles, à notre avis, que le mérite d’avoir altiré l’atlention sur ce point, et susciteront-elles, peut-êlre, des chercheurs plus complets et plus affirmatifs que nous.

EroLcoGie rRauMaTIQuE. — L'étiologie traumatique était assez facilement admise autrefois par les médecins ; les recherches plus récentes, les théories nouvelles, ont fait douter de son exactitude. Un des arguments les plus probants contre elle, consiste dans lPimpossibilité absolue où tous les expérimentateurs (Gadiot, Gilbert, Roger, etc.), se sont trouvés de reproduire les tumeurs cancéreuses chez les animaux en se plaçant dans les conditions semblant devoir le plus favoriser action du trauma.

Actuellement, il semble qu'une réaction se produise en faveur du traumatisme. La loi sur les accidents du travail, nous parait en être la cause. [l est parfaitement admis qu’un trauma peut susciler une tumeur du sein et du testicule, par exemple. Malheureusement, la plupart de ces faits notés cependant, n'ont pas été consignés et publiés, du moins avec le luxe de détails que nous nous plairions à y constater.

A la séance du 7 décembre 1905 de la Société de neurologie, à la suite d’une communication de M. Souques sur un cas d’hémiplégie traumalique tardive, dû à une rupture vasculaire probable, M. Babinski et M. Ballet, ont signalé deux faits intéressants. M. Babinski, a observé une jeune femme chez laquelle tous les symptômes de néoplasme intra-cranien sont survenus un mois après une chute de bicyclette ; de même, M. Ballet a vu se développer une gliomatose diffuse du cerveau, vérifiée à l’autopsie, chez un cocher de fiacre, peu de temps après de violents coups sur le crâne. Le trauma a été également signalé comme ayant transformé en lumeur maligne une tumeur jusque-

là bénigne. Cette influence est admise pour l'adénome du sein.

De nombreux chirurgiens admettent une action similaire pour le trauma chirurgical. Il accélère souvent, dans le cas d’une ablation incomplète, sans doute, la marche envahissante des tumeurs malignes. Le D" Richelot a signalé, à la Société de chirurgie du mois de mai 1904, les récidives fréquentes qui surviennent dans l’utérus après une hystéréctomie incomplète. Nous attirons l’attention sur la distinction nécessaire entre le trauma chirurgical et le trauma occasionnel. Le premier présente à notre avis le gros avantage d’être précis et indiscutable. Il permet d’éliminer avec l’asepsie actuelle, toute hypothèse d'infection et donne au seul trauma une valeur beaucoup plus nette. Ces deux variétés de traumatismes paraissent identiques dans leurs conséquences, aussi les assimilerons-nous dans notre étude. Les analogies entre les affections de l'œil et celles des autres parties du corps humain sont fréquentes comme on pourra s’en rendre compte dans le cours de ce travail.

Les premières présentent plus d'intérêt par suite de leur extrème variété. Nous y rencontrerons en effet, la plupart des néoplasies connues. Mais, avant d'admettre l’étiologie traumatique comme démontrée, il n’est pas indifférent de nous entendre au préalable sur la signification du mot trauma, sur ses variétés et sur son action plus ou moins réelle. Il est évident qu'on ne peut affirmer la réalité du trauma, que si certaines conditions se trouvent à la fois réunies.

Tout d'abord, faut-il que le trauma ait réellement existé, qu'il puisse être prouvé et qu'il s'accompagne de signes manifestes. Ne devons-nous retenir que le trauma violent et laisser de côté le trauma léger ?

Nous le pensons si ce dernier est unique et insignifiant. Nous pensons au contraire, qu'un trauma léger, mais continu ou répété, mérite d’être retenu el discuté : «

Tel celui constitué par l’irritation incessante produite par les poussières auxquelles sont exposées certaines catégories d'ouvriers pendant leur travail. Il en est de même pour l'irritation longtemps prolongée que provoquent certaines affections

chroniques des paupières et des voies lacrymales. Le moment où apparaît la tumeur est aussi intéressant à connaitre. Il variera avec le genre de tumeur. Nous avons noté, avec soin, le cadre étiologique des tumeurs, bien que ce cadre ne soit pas définitif. Malgré notre désir, nous n’avons pas insisté cependant, sur les classifications détaillées de M. Lagrange, car l'anatomie pathologique souvent insuffisante des néoplasmes ne permet pas de les classer dans la catégorie dont ils pourront dépendre plus tard.

Le sarcome est la variété de tumeur qui marche le plus vite. Stern, estime qu’il peut se montrer en moins de trois semaines. L'épithéliome et le carcinome demandent au moins 6 semaines. Le délai maximum au-delà duquel on peut considérer comme éteinte l’influence du trauma est plus difficile à déterminer par suite de notre ignorance de l’action exercée : 3 ans pour Boas, 2 à 3 ans pour Stern.

La continuité des manifestations pathologiques qui se succèdent après le trauma, douleurs, gonflement, hématomes, nodules indurés, suppuralions, cicatrices, donneront plus de valeur au trauma. Les solutions de continuité de l’épiderme ou de la muqueuse, portes d'entrée possibles à l'infection, méritent de retenir la plus grande attention.

PATHOGÉNIE DU TRAUMA. — Nous savons actuellement qu’un cancer s'implante souvent sur une région soumise à des irritations mécaniques répétées et sur des formations cicatricielles : témoins, le cancer de la langue, le cancer greffé sur un ulcère de l'estomac, le cancer des voies biliaires lithiasiques de longue date etc. Notre incertitude sur l’essence mème du cancer nous laisse complètement ignorants da rôle exact que peut bien jouer le trauma. Toutes les théories pathogéniques qu'on a voulu édifier sont seulement des théories basées sur une idée préconçue de la nature du néoplasme. Théoriquement, le cancer d’origine traumatique, peut aussi bien se comprendre que l'infection d’origine traumatique. Si le cancer est d’origine parasilaire, le trauma peut l’inoculer ou peut favoriser la localisation sur l’endroit qu’il lèse d’un germe cancéreux hébergé à l’état latent par le sujet ;

car il est aussi facile d'admettre unparasitisme latent qu'un microbisme latent bien souvent invoqué. Se range-t-on au contraire à l'idée de l’origine embryonnaire émise par Conheim, le trauma viendrait alors réveiller l’activité de ces germes existant congénitalement. Veut-on prétendre qu'il n'y a daus le cancer qu'une réaction de la cellule ? L'action du trauma s’expliquerait plus facrlement. Sous l'influence des idées de Verneuil, on a beaucoup exagéré l'influence des diathèses au temps où l’on distinguait des diathèses scrofuleuses, lymphatiques, cancéreuses. Cependant, Verneuil, le premier, plus tard, Monier, ont relaté un certain nombre de faits qui montrent l'influence des élats constitutionnels et des altéralions viscérales sur le trauma, soit accidentel, soit chirurgical. A propos des cancéreux, Monier, cite dans sa thèse, une vingtaine d'observations dans lesquelles l’aggravalion manifeste des lésions et souvent une mort plus rapide, ont suivi le trauma. De même que Verneuil, il attribue, aux constitutions rhumatisantes une plus grande facilité à faire du cancer. Il faudrait rapprocher des diathèses la tendance souvent familiale qu'ont certains individus à devenir le terrain d'évolution d’un microbe donné.

C’est là. un épisode particulier d'une loi biologique probablement générale. Il nous parait vraisemblable d'admettre qu’au dessus du trauma, il y a une autre cause inconnue encore qui la domine. Aussi, le terrain devient-il épineux, dans le domaine pratique, pour un expert qui aurail à juger un cas d'espèce, Loute base solide faisant défaut. Il nous a paru intéressant de rechercher dans la jurisprudence les jugements qui auraient pu être rendus sur des cas de tumeurs post-traumatiques. Nous n’en avons pas trouvé en France. La loi sur les accidents du travail, est, sans doute trop récente engore, mais il est probable que l’avenir nous en réserve. On pourrait utiliser dans ce cas le criterium que nous indique Siern. Il faut, dit-il, que le trauma indiqué comme ayant provoqué un cancer viscéral, ait pu, par sa localisation et le mode de la blessure, blessé le viscère en cause. Il faut, de plus, que la tumeur se soit développée après le trauma et dans un espace de temps qui rend acceptable la relation de cause à effet,

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Ce criterium n’est après tout que celui dont se sert depuis plusieurs années déjà l'administration d'état des assurances allemandes, qui admet parfaitement qu’un coup puisse produire une tumeur maligne et en accélérer la marche. Voici ce que nous Bsons dans La pratique des accidents du travail à l'usage des oculistes de Maschke :

« On admet pour les tumeurs de l'œil ce qui est généralement admis pour les tumeurs en général, qu'elles peuvent apparaître à la suite d’un trauma ou au moins que celui-ci peut créer une prédisposition à leur développement. Braunsweig dit, avec justesse, dans son article sur les tumeurs primaires des nerfs de la vue, qu'un traumatisme peut ne pas provoquer immédiatement la formation d’un sarcome mais que les élats congestifs et hypéremiques qui lui succèdent, favorisent ou accélèrent l'apparition ou la croissance d'un néoplasme. Le criterium admis par l'administration impériale des assurances est le suivant :

1° L'accident doit être prouvé c’est-à-dire qu’il doit être un évènement cerlain dans un temps donné.

2° La blessure doit être assez sérieuse pour que le malade interrompe son travail et qu'il y ait, à la suite de cette blessure, des changements certains ou des troubles ininterrompus de nature objective ou subjective. Il faut encore qu'on puisse établir, à partir de l'accident et en même temps, une corrélation entre les prodromes et l’apparition manifeste de la maladie. Il faut enfin que l'organe ou la partie du corps sur lesquels se développeraplus tard la tumeur soient directement intéressés par le trauma. »

Maschke ajoute qu’il existe peu de causes aiguës et uniques capables de produire un néoplasme comme c’est généralement le cas dans les accidents du travail, mais qu’il est fréquent, au contraire, d’en rapporter la cause à desirritations plus longues d’ordre mécanique et chimique. C’est surtout vrai pour le carcinome. Une blessure unique est beaucoup plus souvent la cause du sarcome et celui-ci met généralement moins de temps pour faire son apparition. L'espace de temps nécessaire à son développement varie entre 3 semaines au minimum et 2 ans.

https//archive.org/details/1A40153322

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