‹ De L'influence Du Traumatisme Sur La Pathogénie Et L'Évolution Des Tumeurs OculairesChapitre 4 sur 6 · TUMEURS DE L'ORBITE · texte numérisé non relu

TUMEURS DE L'ORBITE

; Tumeurs du nerf optique.

Lagrange pense que le trauma signalé plusieurs fois dans l’histoire de ces néoplasmes, 13 fois sur 162 cas, joue un rôle, sinon prépondérant, du moins occasionnel dans leur production. En plus de son observation personnelle que nous donnons ci-après, il fait allusion à d’autres faits que nous n'avons pu retrouver. Dans l’un deux, c'est la région temporale qui a été contusionnée par les branches du forceps pendant l'accouchement (Rilterich). Dans un autre, c'est une branche d'arbre ayant pénétré profondément entre l’œil et la paroi orbitaire. Il cite également un cas de Knapp dont celui-ci fait remonter la cause à une lésion du nerf optique consécutive à une fracture osseuse au niveau du trou optique. Remarquons, en passant, que les traumas signalés ici sont violents.

Observation I. — LaGranGe. — Myxo-sarcome du nerf optique.

M. Jean, âgé de 13 ans, entre le 18 août à l'Hôpital des Enfants pour une affection dont l’histoire est la suivante. Il y à environ 3 mois, les parents constatèrent que cet enfant était atteint d’exophtalmie. Jusque là aucun accident n'avait attiré leur attention. L'enfant n'avait ressenti aucune gêne, aucune douleur dans la région orbitraire gauche, siège de l'affection. La vue avait, à ce moment, complètement disparu, sans que le malade se fut en rien apperceu de sa disparition. À partir de cette épo-

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que l’exophtalmie augmente progressivement, lentement, sans accidents d’aucune sorte. Rien dans les antécédents héréditaires de ce malade, ni dans ses antécédents personnels, ne mérite d'être retenu, à l'exception d’un traumatisme assez violent, dont le sujet aurait été victime il y a 2 ou 3 ans. Le coup avait porté sur la région temporale gauche ; il en était résulté une abondante ecchymose, mais la vision ne fut à ce moment aucunement altérée. Longtemps après ce trauma, la vue était encore parfaite, au moins au dire du petit malade, dont les affirmations pourraient être contestées à cause de son jeune âge et de l'éloignement de ses souvenirs.

Quoiqu'il en soit de l'influence réelle ou non de l'évolution de l'affeetion, au moment de son entrée à l'hôpital, le malade présente l'état suivant. Il y a une exophtalmie très accusée de l'œil gauche, les paupières sont tendues, les milieux oculaires paraissent sains ; pas de troubles circulatoires. La pupille réagit à la lumière, la consistance du globe est normale. Pas de saillie péri-oculaire, la rotation du globe est un peu limitée en haut, la vision est complètement abolie. L'examen ophtalmologique montre des hémorrhagies rétiniennes profuses, voilant presque la papille.

Kystes de l'orbite.

Nous laisserons de côté la plupart de ces formations dont l'origine congénilale est admise par tous. Seuls les kystes acquis for- -més aux dépens d’une inclusion, de cause traumatique, le tissu épithélial, méritent notre altention.

Ils sont assimilables aux kystes perlés de l'iris, et reconnaissent la même étiologie. Nous en donnons un exemple résumé dans le traité de Lagrange dont nous n'avons pu retrouver l'origloal.

Observation II. — Crirenerr et Grirrirm. — Kystes de l'orbite par implantation de l'épiderme.

Un malade ayant reçu une blessure tranchante À travers le soureil droit avec perforation de l'œil fut vu par Critchett qui lui énucléa son globe 6 mois plus tard. j

Cinq ans après cette opération, il fallait enlever une grosseur qui s'était développée dans la partie supérieure et externe de l'orbite, immédiatement au-dessous de l’ancienne cicatrice. Ils’agissait d’un kyste gros comme un marron et rempli d’un liquide clair. Griffith examina l’enve-

TRAUMATISME ET TUMEURS OCULAIRES y |

loppe du kyste qui était composée d’un tissu fibro-vasculaire tapissé d'épithélium pavimenteux stratifié.

Kysres À ENTOZOAIRES. — Denobili dans sa thèse sur les kystes hydatiques parue en 1902, dit que linfluence du traumatisme sur le développement de ces kystes dans toutes les parties du corps, et, en particulier, dans le foie, est incontestable. En ce qui concerne notre sujet, le fait est confirmé par quelques observations. Le malade de Tavignot, 15 mois avant le développement de son affeclion, avait reçu un coup sur le sourcil ; celui de Verdalles T ans auparavant, avait reçu sur la même région un coup de bâton qui avait donné lieu à un abcès suivi de fistule ; le malade de Barbashew frappé d’un éclat de bombe pendant la guerre russo-turque élait tombé évanoui, et quand il fut revenu à lui, sa vision était moins nelte ; peu de temps après débutait son exophtalmie. Cependant, dans la majorité des cas, le malade n’a souvenir d'aucun trauma et généralement c'est sans cause apparente que s’est développée la maladie.

Tumeurs vasculaires de l’orbite.

Les angiomes sont des tumeurs consliluées par des vaisseaux de nouvelle formation. C’est là une raison anatomique qui n’explique pas le primum movens. Ce sont des affections congénilales qui se développent sous l'effet de causes inconnues. Sur 83 observatons rapportées par Lagrange le traumatisme est signalé 11 fois. Souvent douteux, il paraît parfois donner à la tumeur embryonnaire le coup de fouet qui la réveille et la fait progresser. Le traumatisme est signalé 3 mois avant l'apparition de la tumeur dans l’observation 19. L'observation 45 est celle d'un homme de 30 ans, qui, à l’âge de 21 ans, reçut un éclat de verre dans l'œil. Peu après, il remarqua des mouches volantes, et l’exophtalmie ne tarda pas à paraître. L'observation 51 signale, chez un homme de 33 ans, un trauma à l’âge de 25, à la suite duquel survinrent des phénomènes inflammatoires et de l’exophtalmie { an après. Dans le n° 54, il s’agit d’un jeune homme de 18 ans, qui eut un trauma à l’âge de 14 ans et de l’exophtalmie

pa TRAUMATISME ET TUMEURS OCULAIRES

6 mois après. Il est bon de remarquer que l'angiome apparait d'habitude sur les sujets jeunes.

Aussi faut-il être très réservé quand l'intervalle de temps compris entre le trauma et l'apparition de la tumeur est trop considérable.

VaRICOCÈLE DE L'oRBITE. — Cette tumeur constituée par la dilatation du tronc et des branches de la veine ophtalmique peut reconnaître un traumatisme comme cause efficiente. Nous ne retiendrons pas une observation de Panas qui signale une chute sur le sourcil 40 ans avant l'apparition d'une varicocèle. Mazen et Boniface d’Anduze ont rapporté un fait survenu 3 mois après un coup violent contre la partie inféro externe de l'œil droit. Il n'y eut pas cependant d’inflammation après le coup. Cette tumeur se produisit chez un enfant de 14 ans.

EXOPHTALMIE PULSATILE. — C’est un symplôme et non une entité morbide. L'exophtalmie pulsatile se produit toutes les fois qu’une affection de l'orbite est capable de repousser l'œil et de lui imprimer des mouvements rythmiques. Ces affections sont très variables. Parmi les désordres anatomiques capables de s’accompagner de ce symplôme nous trouvons la rupture de la carotide dans le tissu caverneux. Le développement en est tantôt subit ou rapide ou lent, probablement suivant l'étendue de la lésion artérielle et de l'importance de la déchirure entraînée par la frac- Lure. Comme cause efficiente de certains cas idiopathiques, on a noté les efforts de la parturilion. Les cas traumatiqués occupent ici une place prépondérante. Lagrange signale 166 cas traumatiques, 68 idiopathiques et 12 liés à l'existence d’une tumeur véritable. L'action du traumatisme élant ici évidente, puisqu'elle a été démontrée dans des aulopsies faites par Nelaton et éludiées par Henry 1856, et Delens, nous n’insisterons pas davantage.

Ostéomes de l’orbite.

Ces néoplasmes qui reproduisent les diverses variétés du lissu osseux prennent leur origine soil dans les parois de l'orbite soit dans celles des cavités voisines. Lagrange en attribue la cause à

un trouble évolutif se raltachant à la période de croissance de l’orbite. Ils apparaissent en effet, el en général, avant l’âge de 35 ans et peuvent être assimilés aux exosloses épiphysaires. Lagrange reconnait cependant qu'on peut invoquer le traumatisme dans certains cas d'ostéomes du rebord orbitaire. Nous en donnons ici quelques exemples très nets. Les ostéomes qui paraissent consécutifs au trauma siègent sur le point même traumatisé. Aussi nous paraît-il plus difficile d'admettre une origine traumatique pour ceux dont la base d'implantation siège à la partie interne de l'orbite bien difficile à atteindre alors même qu'un coup soit signalé dans leur histoire. Sur 150 observations, nous trouvons le coup signalé 25 fois. Nous donnons ici les 8 cas qui nous ont paru les plus probants.

Observation I.— Carreras ARAGo. — Exostose éburnée du frontal remplissant les cavités de l'orbite et du cerveau

Cette tumeur fut recueillie au cimetière où on la prit pour un crâne pétrifié car elle remplissait toute la cavité cérébrale. Le docteur Carreras Arago intéressé recueillit quelques renseignements sur cette pièce et apprit qu’elle appartenait à un nommé Monistrol mort en 1818 à l’âge de 30 ans. Il paraît que la tumeur dut son origine (selon des informations données par une nièce de Monistrol âgée aujourd’hui de 81 ans) à un coup de faucille que lui donna en plaisantant un de ses amis ; elle ne se développa qu'avec lenteur, occasionnant beaucoup de troubles cérébraux et de fortes convulsions. Peu à peu il perdit connaissance et tomba dans un état d’imbécillité qu'il conserva jusqu’à sa mort. Il résulte de l'examen de la pièce que la tumeur a pris racine dans l'os frontal. Son diamètre antéro-postérieur est de 12 centimètres et le transversal de 9. Elle pèse 487 grammes. L'auteur ajoute que dans cette pièce pathologique on voit la tumeur limitée dans sa circonférence sans que les portions d'os immédiates soient affectées, raison pour laquelle il ne doute pas de l’absence complète de syphilis et trouve confirmée l’étiologie donnée par la famille attribuant le développement de cette tumeur à un traumatisme.

Observation II. — Lucas, 1805, dans la thèse de Dubar 1900.

Une jeune fille de 28 ans, de bonne constitution, reçoit un coup de corne de vache à la partie supérieure et interne de lorbite gauche. Il

n'y eut pas de plaie, mais un mois après environ apparait une petite tumeur dure indolente sous le grand angle de l'œil, siège de la contusion, et elle augmente jusqu’à acquérir le volume d’une amande. Au bout de 8 mois, la tumeur est trouvée très dure, indolente sous la paupière supérieure, de forme plate et ovale. Il y a une exophtalmie considérable, l'œil est pendant sur la joue et la faculté visuelle est éteinte. On fit une incision sur la tumeur pour la libérer mais on ne put l'extraire que 11 mois plus tard après avoir laissé la plaie ouverte tout ce laps de temps. C’est une exostose très lourde pesant 38 grammes ; les os de l'orbite ne sont pas dénudés.

Observation III. — Tauser 1898, in DuBar. — Ostéomes multiples du sinus frontal.

A. D..., garçon à l'hôpital de l'Enfant Jésus, âgé de 33 ans, bien constitué, entrait en 1896 à la clinique chirurgicale pour se faire enlever une tumeur siégeant dans l'orbite gauche. D'après le dire du malade, il aurait reçu à l’âge de 16 ans un coup porté avec un corps solide sur la partie orbitale supérieure de l'os frontal gauche. Une hémorragie abondante fut la conséquence de la petite blessure du sourcil. Guérison de la plaie. Disparition de la douleur sur le point où a porté le traumatisme ; mais le malade à constaté une petite tumeur indolente et persistante sur la partie supérieure du rebord orbitaire. A 21 ans, il s'aperçut d'un strabisme gauche et d'une exophtalmie considérable. Finalement, la tumeur orbitaire déplaça le globe de l'œil gauche en bas et en deliors ; des signes de photophobie et une secrétion lacrymale s'établirent en même temps que diminua la vision de l'œil gauche. A ce moment le malade souffrit. Le diagnostic de sarcome de l'orbite fut porté et le malade opéré, mais on ne redressa pas le diagnostie qui ne fut vérifié qu'à une deuxième intervention pratiquée le 12 janvier 1897. On enleva trois ostéomes qui partaient du frontal.

Observation IV. — CorPrez (Archives d'ophlalmologie, tome 15).

J. B. P...,22 ans, tailleur, entre dans le service le 27 janvier 1892.

Ses parents sont encore vivants et en bonne santé. Il a quatre frères et une sœur qui se portent également bien. Il a perdu deux frères et une sœur en bas âge. Lui-même n'a jamais été malade. Il à fait une chute à l'âge de 13 ans. Le front a porté sur le bord d’une marche d'escalier. Une cicatrice existe encore à la partie supérieure de la tumeur Celle-ci a débuté 11 y a 3 ans, La partie déclive du frontal s'est projetée en bas et en avant, déterminant ainsi un ptosis forcé, La tumeur a progressivement

et lentement augmenté de volume. Pas de douleurs ni de diplopie. IL existe actuellement une tumeur qui occupe la partie supérieure de l'orbite. Elle mesure dans sa plus grande largeur toute l'étendue du rebord supérieur de l'orbite ; sa hauteur est de 5 centimètres 1/2, sa consistance est dure. L'acuité visuelle de l'œil droit est de 2/3 ainsi que celle de l'œil gauche. L'opération fut pratiquée le 30 janvier 1892, par le professeur Sacré qui put énucléer la tumeur. La section de celle-ci mesurait 2 centimètres 1/2 de hauteur sur { centimètre 1/2 d'épaisseur. C'était un ostéome constitué par un tissu osseux éburné. Le malade revu 2 ans après se portait bien.

Observation V. — Axprews in Dusar.

L. C..., maçon, âgé de 48 ans, reçoit en septembre 1886, unéclat de pierre sur l'œil droit ; il se produisit un staphylome qui nécessita l’énucléation. L’œil gauche avait été blessé de même en 1883, et un leucome dense de la cornée était résulté de cette blessure. On pratiqua en août 1886, l'iridectomie pour améliorer son état visuel. A l'examen, on trouve dans l’angle interne de l'œil gauche une tumeur dure et immobile. Le déplacement du globe et l’ensemble des symptômes font porter le diagnostice d’ostéome vraisemblablement ethmoïdien et une opération est faite le 26 février 1887. Une incision curviligne à la racine du nez, met à nu latumeur qui s’étend jusqu'aux fosses nasales et que l'on enlève en plusieurs morceaux. La tumeur éburnée et blanchâtre mesurait environ 50 millimètres de diamètre. -

Sur 33 observations d'ostéome rapportées dans la thèse de Dubar, nous notons cinq fois le traumatisme, mais nous laissons de côté celle de Michon, dont le traumatisme nous paraît douteux.

Observation VI. — Teirvais (Annales d'oculistique 1882). — Tumeurs éburnées du sinus.

H. G., 19 ans, entra à la clinique au mois de mars. Il porte une énorme tumeur de la région frontale à gauche. Ce jeune homme n’a jamais été malade. À l’âge de 13 ans, il à reçu un coup violent sur l'arcade sourcilière gauche ; ce coup parut n'avoir eu aucune suite fâcheuse pendant 6 mois. À ce moment, une légère tuméfaction se montra, puis une véritable tumeur qui se mit à grossir peu à peu. Pendant # mois, elle augmenta très visiblement de volume ; puis cette progression rapides’arréta, et, c’est par une évolution très lente que la tumeur acheva d'atteindre les dimensions que nous lui voyons aujourd'hui. Elle est stationnaire depuis 2 ans. En examinant le malade, on aperçoit à gauche une énorme”

tumeur, qui envahissant le front au-dessus de l’arcade orbitaire a atteint la ligne médiane. Le sourcil est saillant, la paupière supérieure comme soulevée ; l'œil est déjeté en bas. La tumeur offre 9 centimètres de largeur et 6 de hauteur au-dessus du sourcil; 5 centimètres séparent la pupille du sourcil. La vision est excellente, un peu génée seulement par l'attitude de l'œil qui est anormale.

L’ophtalmoscope laisse voir une papille hypérémiée, entourée de vaisseaux sinueux. La tumeur au-dessous de l’arcade sourcilière donne une sensation de mollesse, de fluctuation presque, tandis qu'au-dessus elle est très dure.

L'opération faite le 8 avril, montre tout d’abord un kyste dont l’ouverture laisse échapper un liquide filant, jaunâtre, dans lequel on découvrit du pus. On s’attaqua ensuite à la tumeur qui n’était pas pédiculée et qui pour ce motif, ne put être enlevée qu’en partie. Le malade eut plus tard une hémiplégie du côté gauche.

Nous donnons encore deux observations de Mitwalsky,que nous avons trouvées dans les Archives d’ophtalmologie, tome XIV.

Observation VII.

La première concerne une jeune fille de 14 ans qui vint à l'hôpital le 19 janvier 1890, pour une exophtalmie de l'œil droit. Elle déclara qu’elle avaït été déjà fatiguée à plusieurs reprises et qu’elle souffrait depuis plusieurs années de rhumes et de maux de tête périodiques. A la fin de l'année 1889, elle avait été violemment frappée par la queue d’une vache, à la région de l'œil droit, et elle prétendit avoir remarqué que son œil droit commenca à ce moment à saillir de son orbite. Il n'existait pas chez elle de diplopie. Le globe oculaire droit faisait une saillie de 2 centimètres. La tumeur ne fut enlevée qu'un an plus tard après plusieurs opérations, Elle était volumineuse.

Nous faisons ici une réserve sur le rapport du traumatisme avec la tumeur, celle-ci paraissant bien rapprochée de celui-là.

Observation VIII.

La deuxième observation est celle d’un journalier de 30 ans qui fut hospitalisé le 17 juin 1891. Il s’était jusque là bien porté et ne présentait point d’hérédité. En 1887, tandis qu'il était occupé à peser des moutons, il avait reçu un coup de pied dans la région de l'œil gauche à la suite duquel l'œil et les paupières étaient restées longtemps ecchymotiques. Il

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soutenait que c'était de cette époque que datait la saillie de la paupière supérieure de l'œil gauche, Cette paupière était d'ailleurs restée longtemps normale, mais dans les dernières années elle prit de temps en temps un aspect rouge œdématié, et parfois une douleur assez vive se fit sentir. Pas de diplopie. C’est2 ans après l'apparition de cette exophtalmie que je le vis à Prague. Bonne constitution. Fosses nasales bien perméables ; la région de l'orbite gauche, fait saillie en avant. La paupière inférieure est normale, la supérieure est œdématiée, l’exophtalmie mesure 1 centimètre 1/2. Le 30 juin 1891, on fit une opération incomplète après laquelle la tumeur resta stationnaire.

Fibromes de l'orbite et des paupières.

Ces tumeurs naissent de la capsule de Tenon, du périoste orbitaire, des gaines du nerf optique, du tissu fibreux présclérotical. Leur étiologie ne reconnaît rien de spécial L'hérédité n’a pas d'influence et l’âge est indifférent. Le trauma est parfois signalé. Nous en donnons 4 exemples assez nets. À noter qu'ici le traumalisme est léger, l’évolution de la tumeur lente. Les signes objectifs et histologiques de ces néoplasmes sont similaires et ils offrent Lous un caractère de bénignité.

Observation I. — De LapErsonne et Merrey.

Chez un homme de 36 ans a débuté une tumeur 6 ans auparavant après un traumatisme qui n'est pas spécifié. L'évolution en fut lente, sa grosseur était celle d'un pois. Il y a 18 mois, nouveau traumatisme qui fit augmenter de facon plus rapide cette grosseur, Quand nous vimes le malade, nous constatèmes une tumeur à la partie moyenne du sourcil, très mobile sur le plan osseux, de consistance ferme. La peau est mobile sur elle.

L'ablation montra une grosseur en forme d'amande blanche, dure, et entourée d'une capsule peu épaisse. C'était une tumeur fibreuse peu vascularisée qui avait pris naissance dans le tissu lâche, sis entre les fibres du sourcilier et le périoste du rebord orbitaire. Mais entre ces travées fibreuses fusent des éléments embryonnaires qui, d'après M. de Lapersonne représentent le premier stade de l'évolution néoplasique, laquelle se serait transformée en éléments fibreux. Quelques hémorrhagiesinterstitielles y sont signalées. Donc, tumeur fibreuse à pronostic bénin ct lointain,

k Observation Il.

Chevallereau et Chaillous ont rapporté l'histoire d'un fibrome de l'orbite chez une jeune fille de 18 ans, apparu T ans auparavant 2 mois après un coup de règle.

L'augmentation en fut assez marquée pendant un mois.

Puis elle fut stationnaire pendant 5 ans ; elle a erù lentement depuis 2 ans. Quand on voit la malade, on constate que la moitié externe de la paupière supérieure est distendue par une saillie quiremonte jusqu'à l'arcade sourcilière, anormalement relevée et qui descend jusqu’au niveau du sillon palpébral supérieur qu'elle effacecomplètement. La tumeur aenviron une largeur de 3 centimètres et une hauteur de 2. Elle est dure comme du cartilage et indolore, elle est à peine mobilisable. Elle fut facilement enlevée par M. Chevallereau. i

La tumeur examinée au microscope démontra du tissu fibreux.

Observation III.

Morax a publié l'observation d’une tumeur de la région orbitaire animée de pulsations et prise pour un anévrysme artérioso-veineux. On énueléa facilement, par une opération de Kronlein, un fibrome très vasculaire développé aux dépens du périoste orhitaire. Il s'agissait d'un homme de 62 ans qui avait reçu 2 ans 1/2 auparavant sur la région orbitaire gauche, un coup de queue de cheval suivi d'une rupture vasculaire avec léger hématone sous-conjonetival à la paupière supérieure. Cet hématone se résorba et 6 mois plus tard, le malade constata au niveau de la partie externe de la paupière inférieure gauche, une légère saillie qui augmenta lentement de volume entrainant une exophtalmie progressive el latérale. A aucun momentil ne s'était produit de phénomènes douloureux, au niveau ou au voisinage de la tumeur. Dans ces derniers temps, la vision qui était conservée a diminué dans l'œil gauche. Bon état général. La tumeur avait le volume d’une noix ; à la coupe, sa surface était blanc rosé et sa consistance fibreuse. Au raclage, pas de sue. L'examen microscopique à montré de nombreux faisceaux econjonctifs entremèêlés de cellules fusiformes ou polyédriques à noyaux assez volumineux rangées surtout autour des vaisseaux.

Observation IV. — Bapar. — Fibro-sarcome kystique du fond de l'orbite.

Marie B..., âgée de 70 ans, a été frappée il y a 2 ans environ par un cep de vigne. Elle ressentit dans la suite de vives douleurs névralgiques.

Six mois après, douleurs plus violentes et exophtalmie. Fin juillet, la tumeur devient perceptible sous le rebord orbitaire supérieur à sa partie externe ; par le toucher digital à 2 centimètres en arrière où sent une masse solide de consistance fibreuse assez peu mobile. Cette tumeur enveloppée d'une coque fibreuse fut enlevée fin juillet avee conservation de Voœil.

Sarcomes de l'orbite.

Nous répélons pour ces néoplasmes ce que nous avons déjà dit pour les sarcomes de l’œil. La simple différence réside dans leur point d’origine. Dans une séance de la Société d'ophtalmologie de New-York de 1897, Bull, parlant des tumeurs de l'orbite, a signalé l’extrème fréquence de leur récidive après l'opération chirurgicale ainsi que l'augmentation de leur gravilé. Lawford a publié dans les rapports du Royal ophtalmic London, volume 12, un cas de tumeur de l'orbite pour lequel 5 opérations furent suivies par unretour de la tumeur plus rapide et plus grave chaque fois et qui se termina par la mort précoce du patient. Nous donnons ici plusieurs observations de Lurmeurs consécutives à un trauma.

Toutes sont des mélano-sarcomes. Sur 6 cas, 2 sesont produits chez des enfants en bas âze, les autres chez des adultes de 24 à 57 aus. Le traumatisme qui les a précédés a élé violent, chaque fois, sauf pour l'enfant dont Lagrange nous raconte l'histoire.

L'évolution néoplasique à été rapide, puisque la tumeur, dans plusicurs cas, s'est manifestée deux mois après le trauma, le délai maximum ayant élé de 2 ans. Celle de Gayet, cependant, relate un intervalle beaucoup plus long. Mais cette observation a une histoire particulière qui la classe en dehors des précédentes. Sur 6 cas, nous constalons 4 morts par généralisation sarco-

mateuse.

Observation I. — Ginrazvks. — Sarcome de l'orbite.

Un jardinier âgé de 57 ans, d'une bonne constitution, porte à l'orbite gauche une tumeur assez volumineuse. Il y a 7 ans, il perdit l'œil du même côté, à la suite d'une inflammation de cet organe. Deux ans après, il reçut un coup sur la paupière inférieure. I fut renversé par la

violence du choc et obligé de garder le lit pendant 2 jours. En 1839, c'est-à-dire 2 ans après le coup, il ressentit des picotements dans l'œil, et une tumeur apparut qui, graduellement, augmenta de volume, mais la douleur n'augmenta pas. En 1841, la tumeur avait acquis le volume d'une pomme ordinaire, ce fut alors que le malade fut opéré par Giraldès. L'œil fut respecté et la tumeur enlevée; quand on l'incisa pour l'examiner, elle laissa échapper une matière noirâtre, épaisse comme de l'encre de chine, analogue au pigment de la choroïde. Le malade était guéri au bout de 15 jours.

Observation II. — LaGraANGE. — Sarcome embryonnaire de l'orbite chez un enfant.

Alphonse B.., âgé de 4 ans, est amené à la consultation de l'Hôpital des Enfants le 8 octobre 1895, et son père nous raconte ce qui suit : L'enfant, né vigoureux, nourri au sein de sa mère pendant 18 mois, n’a jamais présenté que quelques légers troubles dus à la dentition. A l’âge de 18 mois, sa mère en lui laissant tomber du bouillon très chaud sur la tôte, provoque une brülure intense de tout le crâne et du côté gauche de la face. Les paupières et la joue de ce côté furent longtemps tuméfiées, et le cuir chevelu suppura pendant plus de 2 ans. La guérison de la brûlure était encore incomplète lorsque l'oreille gauche commença à suppurer; l'oreille gauche suppura également mais moins longtemps. Du côté des oreilles tout était fini depuis # mois, l'enfant était bien portant; mais il y a 2 mois, en jouant avec des enfants de son âge il fit, paraït-il, plusieurs chutes sur la tête et sur la face et c'est par ces chutes que le père explique le gonflement de la paupière qui survint au commencement de septembre. Dans l'espace d'une semaine, les progrès du mal furent très consulérables ; l'œil se ferma pour ne plus s'ouvrir, et la tuméfaction ne cessant de s’'accroitre, atteignit bientôt le volume qu'elle a. aujourd'hui.

Etat actuel. — L'état général est excellent ; sur la tête se voit la large cicatrice consécutive à la brûlure, les oreilles montrent des tympans cicatriciels. L'œil droit est normal. Il n'y a pas de ganglions. L'aflection est concentrée dans l'orbite gauche, qu'elle remplit sur toute sa base ; elleest du volume d'une grosse pomme. Il semble qu'une masse morbide née en arrière du cul de sac conjonctival s’est introduite entre la conjonctive et la peau, qu’elle a dédoublé la paupière en faisant en avant une saillie très considérable. La paupière inférieure est intacte. L'œæil gauche est normal, mais caché en bas par la paupière inférieure. La vision parait absente. Cette tumeur est irréductible et indolore. Une exentération fut pratiquée le 14 octobre 1896. Nous avons constaté

que la peau de la paupière n’adhérait nulle part à la tumeur. Celle-ci arrondie et blanchâtre ne présente pas de foyers hémorragiques. Elle s’étendait jusqu'au fond de l'orbite sans le dépasser. Elle est formée d'un tissu embryonnaire jeune avec des vaisseaux peu nombreux. Elle récidiva 2 semaines après et l'enfant ne tarda pas à mourir. L'autopsie à montré un abcès dans le lobe frontal gauche repoussé par la masse de la tumeur.

Observation III.

Lagrange mentionne également une observation de Verral publiée dans le British medical Journal du 29 avril 1893 que nous n’y avons pas retrouvée. C'est celle d'un homme de 24 ans qui recut un coup de corne de bœuf dans l'œil droit, Peu de temps après, apparu tà l'endroit blessé une tumeur arrondie ayant le volume d'une noisette; c'était un sarcome myéloïde qui récidiva après une première opération, se généralisa et entraina la mort du malade.

Observation IV. — BerGEer. — Sarcome traumatique. In Dufail 1882.

En 1874, vient à l'hôpital Beaujon un homme dans la force de l’âge qui était atteint d’une tumeur de l'orbite droite ayant déterminé une protrusion avec fixité du globe oculaire ; la vision était néanmoins conservée. La tumeur était animée de battements faibles qui firent penser à un anévrysme artério-veineux de l'orbite et cela d'autant mieux que plusieurs mois auparavant, cet homme était tombé sur une branche de bois qu'il tenait à la main et celle-ci avait pénétré par son extrémité pointue au travers de la paupière supérieure, au niveau de laquelle se voyait encore une cicatrice. Le gonflement de l'orbite et la saillie de l'œil avait commencé à se produire peu de temps après cet accident. L'examen anatomique montra une tumeur mélanique qui ultérieurement récédiva sur place et dans les ganglions lymphatiques, et détermina là mort du malade.

Observation V. — Gayer. — Sarcome traumatique.

Gayet présente à la Société de médecine de Lyon, un malade porteur d'une tumeur de l’orbite droite saillante, à surface ulcérée et noire, croûteuse, anfractueuse ayant toutes les apparences d'une tumeur mélanique intra-oculaire tendant à s'échapper à travers la cornée. Cette apparence est trompeuse, car l'œil a été énucléé en 188%. Bayet présente la pièce anatomique sur laquelle on constate deux taches noires staphylomateuses, situées dans l'épaisseur de la selérotique et laissant la choroïde indemne. Cet hommeavaitsubi en 1884 cette énucléation pour les suites d’un trauma

ayant entrainé la perte de la vision de ce côté et menaçant par sympathie la vision de l'œil gauche. Au mois d'août 1896, il a constaté sur le moignon une tache noire, et une tumeur s’est développée depuis jusqu’au volume actuel. Le point intéressant de cette observation ressort de l'étude de la pièce anatomique. Elle permet de constater l'existence de trois taches mélaniques extérieures. n’intéressant point la choroïde et dépourvues de malignité lors de l'énucléation exigée par les suites du trauma. Après avoir sommeillé plus de 12 ans, la malignité des germes mélaniques

persistant sur le lambeau conjonctival s’est éveillée et a produit la tumeur -

présente À un point de vue général on peut remarquer que des naevi mélaniques, longtemps inertes, deviennent malins après des périodes plus ou moins longues.

Il est difficile de Urer une conclusion de ce cas, par suite de celle longue somnolence des germes mélaniques.

Ont-ils suivi le traumatisme accidentel, l’énucléation, ou bien étaient-ils antérieurs à tous les deux ? Les trois hypothèses sont possibles.

Observation VI. — Tomas Hay. — Sarcome de l'orbite chez un enfant.

L'enfant fit une chute en novembre 1872, à laquelle la mère fait remonter l’origine du mal. L'enfant ne présente pas d'antécédents néoplasiques. La tumeur apparait en janvier 1873, elle est opérée pour la première fois en août 1873, pour la deuxième en février 1874, pour la troisième en août 1874. L'enfant est mort en février 1875.

Observation VII. —— CHEVALLEREAU et CHAPELLE. * Sarcome de l'orbite.

Mile I1..., 58 ans, ne signale rien de particulier dans ses antécédents héréditaires. Comme antécédents personnels, on ne relève chez elle que des migraines fréquentes même en dehors de ses règles, accompagnées parfois de vomissements.

Ses migraines sont moins fortes et moins fréquentes depuis 3 ans. Elle nous raconte que son œil droitpleure depuis un an Elle à recu sur cet œil, en juin 1905, un coup de museau de chien sur le globe oculaire, qui fut très douloureux sur le moment, mais qui cependant ne laissa pas de trace. Tout de suite après le coup, là vue a été brouillée du côté droit, et la malade à remarqué une ligne droite noire et fixe plus nette dans le regard à droite. À la fin du mois d’août, en passant la main

sur les paupières, elle à remarqué une nodosité dans la paupière inférieure de la grosseur d’un haricot, qui était indolore et dure au toucher. La peau qui la recouvrait n'avait pas subide modifications. Cette tumeur resta stationnaire jusqu'au moment de l'opération.

Le larmoiement augmentait davantage. Pas de céphalées ni de douleurs En octobre, elle vint consulter le docteur Chevallereau, qui constate une tumeur appliquée contre la paroi inférieure del'orbite, et refoulant un peu l'œil en haut ; tumeur lisse, arrondie, allongée transversalement, grosse comme une amande et commençant à l'angle externe. L'œil droit présente une myopie de 19 D, ainsi que l'œil gauche avec de nombreuses plaques de choroïdite atrophique et quelques opacités du cristallin vers la partie centrale. Assez bon état général, sauf les migraines. Huit jours après, le 21 octobre, la tumeur parait avoir augmenté sensiblement, l'œil est plus refoulé en haut et en avant. La malade est opérée sous le chloroforme le 24 octobre 1905. La guérison se fait bien, mais vers le 15 novembre, la malade constate une nouvelle grosseur du volume d’un petit pois qui augmente très vite ; elle siège en dedans de la cicatrice de l’opération. Elle est assez saillante, et parait remplir le fond de l'orbite, refoulant un peu le globe en avant. Le 16 décembre la malade est opérée à nouveau. M Chevallereau lui fait une ablation complète de la paupière inférieure et des tissus sous-jacents jusqu’à l'os, et après l’'énucléation du globe oculaire, il procède à une éviscération de l'orbite. La tumeur paraissait du reste bien limitée et l'enlèvement en fut assez facile. L’æil présentait une sclérotique très amincie, et un diamètre antéro-postérieur de 33 millimètres Elle paraissait intacte de toute invasion néoplasique. La guérison de la plaie à suivi un cours régulier. Tout paraissait bien, lorsque 3 semaines après, apparut un léger œdème de la paupière supérieure vers sa partie externe et une petite tumeur indurée ne tarda pas à s’y faire sentir.

Cette grosseur a augmenté très vite de volume et 8 joursaprès sa première constatation douteuse, elle occupait toute la largeur de la paupière supérieure, La malade serefusant à toute nouvelle intervention que contre-indique du resteson état cachectique, va subir un traitement par les rayons X.

M. Monthus, le distingué chef de laboratoire de l'Hôtel-Dieu, après avoir examiné la tumeur primaire enlevée l’a classée sarcome malin.

Kystes et néoplasmes des glandes lacrymales.

Les kystes se produisent par rétention des larmes consécutive à une alrésie des canalicules, par infection ascendante (Sour-

dille) ou par rétrécissement accidentel des conduits excréteurs. L'étude de ces néoplasmes est encore obscure. Nous n'avons relevé sur 58 observations qu'une seule digne d'intérêt.

Observation VIII. — Coppez. — Myxo-sarcome de la glande lacrymale post-traumatique.

La tumeur aurait apparu 6 mois après le trauma ; elle était de la grosseur d'un pois, dure, et non douloureuse. Une petite plaie superticielle produite par ce trauma se cicatrisa en quelques jours. Il n’y eut pas d’ecchymose, mais quelques troubles visuels légers. Ces troubles disparurent assez vite. Dans les antécédents, nous relevons que la mère est morte d’un cancer du pylore à l’âge de 72 ans.

NÉOPLASMES DES VOIES LACRYMALES. — Les cas de néoplasmes des voies lacrymales, canalicules et sacs lacrymaux, polypes, carcinomes et sarcomes sont rares. On trouve d'habitude dans leurs antécédents des obstructions antérieures. Nous avons cependant découvert an cas de carcinome consécutif à l’extirpation du sac lacrymal et qui se greffa sur la trace de l'incision. Nous en donnons ici la traduction complète, bien que ce fait paraisse plutôt rentrer dans la catégorie des néoplasmes culanés que dans celle des néoplasmes du sac lacrymal.

Observation IX. — DALEN, observation Jura.

S..., 24 ans, ouvrière de fabrique, se présente en juin 1898, pour la première fois à la clinique ophtalmologique de Vienne. Huit ans auparavant, elle avait souffert d’une dacryocystite du côté gauche. Une fistule en était résultée par laquelle s'était écoulé du pus. Il y a 2 ans, on lui extirpa le sac lacrymal, elle guérit 8 jours après, et une année après, la guérison était complète. La cicatrice étendue qui existe maintenant dans la partie interne de la paupière s’est, au dire de la malade, développée depuis un an et s’est étendue en surface. A peu près au même moment la patiente remarqua que de petites nodosités commencaient à croître sous la peau; cette croissance était très lente. Tout le monde est bien portant dans la famille.

Etat actuel, — La jeune fille parait bien portante. A la partie interne de la paupière gauche, la peau est cicatricielle. Cette modification s’étend jusqu’à 2 centimètres 1/2 plus loin, sur une largeur d'environ 1 centimètre.

La partie inférieure de la cicatrice est nette et souple; plus loin au-dessus répondant au bord inférieur de l'orbite, on peut sentir sous la peau, une tumeur bosselée, Cette tumeur nodulaire est dure, de la grosseur d’un haricot et s'étend autour du bord de l’orbite et sur son plancher allant en profondeur. On ne peut pas atteindre avec le doigt, la partie reculée de la tumeur. Une deuxième nodosité repose sur le dos du nez; elle est plate. La peau est mobile sur elle. Du côté temporal, existe une troisième nodosité. Les trois tumeurs paraissent réunies dans la profondeur, mais elles sont mobiles à la surface. La raie cicatricielle, qui a la forme d’une demi lune est rouge, enflée, mais pas dure. La conjonctive est un peu hypérémiée. Les ganglions de l'oreille et du cou ne sont pas pris. La mobilité oculaire est est un peu réduite au dedans, il existe de la diplopie dans le regard à droite.

V. D= 6/5; V. G = 6/18. Fond normal. Au 6° et au 7° mois, la peau devient livide et immobile. Au 8° mois, Fuchs opère la malade le 19 juillet. Il sectionne la moitié interne des deux paupières inférieure et supérieure et enlève la tumeur qui est adhérente à la peau et qui présente une surface de section de couleur grise. Elle s'étend dans l'orbite jusqu'à la région de la poulie. La guérison est normale ainsi que la vision, Une nouvelle récidive fut opérée le 13 décembre. La malade n’est pas revenue, ce qui fait penser à une guérison définitive. L’examen histologique a montré que les deux tumeurs primaire et secondaire étaient du carcinome.

On pourrait penser que la dacryocystile d'autrefois était le symptôme de la tumeur déjà existante. Un cas semblable, dans lequel on à signalé une tumeur comme dacryocystite, a été signalé par Piccoli (Quatorzième Congrès de la Société ophtalmologique de l'Italie).

Dans le cas qui nous occupe, cette possibilité doit être surement exclue, parce que 6 années se sont écoulées entre la dacryocystite et l’extirpation du sac lacryma 1.

Dans cet espace de temps, la tumeur eut certainement atteint une plus grande dimension et n'aurait pu passer inaperçue au moment de l'opération. La suite clinique de ce cas, montre que la tumeur a pris naissance dans la raie cicatricielle consécutive à l'opération. Il est naturel par conséquent de rechercher la matrice de la tumeur, dans la fistule consécutive à la dacryocystite. On peut admettre la possibilité que des cellules épithéliales de la surface aient pénétré dans la cicatrice et aient dégénéré en tumeur maligne. À partir de cet endroit, la formation nouvelle s’est étendue sous la peau dans des directions différentes spécialement dans l'orbite et en dehors de la cicatrice.

Plus tard seulement, deux nodosités se développèrent avec la peau. L'âge de la patiente n’est pas normal, car les carcinomes du visage ne se produisent presque que dans l’âge mur. Dans le manuel de Graele

Chapelle 5

Saemisch, on trouve que le cancroïde de la paupière est seulement observé à partir de 40 ans. Dans les grandes statistiques de carcinome, qui lui sont postérieures, dans celle de Von Winiwarther, par exemple, on trouye quelques cas de carcinomes de la paupière, qui ont commencé avant l’âge de 25 ans, mais cela est très rare.

Il faut cependant remarquer, que dans le cas qui nous occupe la tumeur s’est développée dans une cicatrice, et que d'après les données de l’auteur précisément, les carcinomes sur cicatrice, se produisent aussi chez des individus jeunes. Je n'ai pu trouver aucun cas semblable au mien dans les ouvrages que j'ai compulsés.

Tumeurs des paupières.

ELepaanNTiasis DES PAUPIÈRES. — Cetle affeclion est souvent congénitale. L'hérédité n’y joue aucun rôle. Le trauma au contraire a une action très notable ; il ne suffit peut-être pas à produire l'affection mais il a une grande influence sur la rapidité de son développement. Le trauma chirurgical a une action aussi nocive que le trauma accidentel ; bien souvent la première intervention chirurgicale n’a servi qu’à accélérer le mal.

Chez un malade de Beck, l'affection se développa après l’énucléation ; chez un malade de Lagrange l'affection récidiva plusieurs fois. Nous signalons ici deux faits recueillis dans sa thèse

par Guiet 1892.

Observation.

Le premier de Tettamanzi est celui d'un métis de Cuba qui vint à la consultation pour un éléphantiasis remontant à 20 ans, et qui avait succédé à un coup de branche reçu dans un fourré profond. Le second de Carron du Villard, concerne une jeune fille de 17 ans, qui à l'âge de 10 ans fit une chute sur la tête et reçut une contusion suivie d’une bosse sanguine qui se résorba difficilement. À partir de ce moment, les tissus augmentèrent et il se forma une tumeur du volume d'une orange. La tumeur enlevée se composait d'un tissu flasque à peine adipeux et formé uniquement par l'hypertrophie de la peau, en tout semblable, moins là couleur, à la tumeur du précédent.

SARCOMES DES PAUPIÈRES. — Le développement de ces sarcomes

est rapide à la suite du coup. Le pronostic en est grave et fatal.

LEE Ve

Dans celui de Lagrange que nous donnons ici, notons un sarcome à Jeunes cellules, malgré l’âge du sujet qui avait 70 ans. Dans une comparaison que cet auteur fait de son cas avec un de Gallenga, il trouve une grande simililude entre les détails histologiques des deux tumeurs. Il ne semble donc pas que le trauma donne une tournure spéciale au néoplasme qui lui succède, une constitution différente. En revanche, nous sommes frappés par la marche rapide qu'ont affectée les sarcomes des trois enfants dont nous rapportons l'histoire. L'apparilion de ces tumeurs a été précoce et leur développement très rapide. Malgré les nombreuses et larges interventions pratiquées, des récidives malignes n'oni pas lardé à se montrer et à causer la mort de leurs victimes. Mais il nous semble plus rationnel de rapporter l’évolution maligne de ces néoplasmes plulôt au jeune âge des sujets qu’à la force du trauma.

Observation I. — Lacrance. — Tumeur mélanique sousconjonctivale, sous la paupière supérieure gauche.

Jean S...,70 ans, entre à l'hôpital Saint-André le 25 septembre 1890. S2s antécédents héréditaires et personnels sont bons. Il y a 10 ans, il eut une kératite qui entraîna un leucome opaque et lui supprima presque la vision. Aucune diathèse spéciale n’explique cet accident ; il n’y a ni rhumatisme, ni alcoolisme ; seulement un peu de misère physiologique. Au commencement de juin 1890, S... reçut un vigoureux coup de bâton sur la tempe gauche ; il en résulta un gonflement très accusé de la région. La paupière supérieure devint noire, ecchymotique, tendue par l'infiltration sanguine qui remplissait les mailles de son tissu. Le sang se résorba lentement ; lorsque la peau de la région reprit sa coloration normale, c’est-à-dire quelques semaines après, notre malade constata dans l'épaisseur même de la paupière, la présence d’une tumeur dure, régulière, aussi volumineuse dit-il que celle qu'il présente en entrant à l'hôpital. Dans le courant des mois de juillet, août et septembre, cette grosseur palpébrale serait restée la même, dure, un peu irrégulière à sa surface, toujours recouverte par une peau mobile sur elle. A son entrée à la clinique, S.... porte une tumeur grosse comme une noix. A travers la demi-transparence de la peau on distingue la couleur noire du néoplasme. Le bord libre de la paupière est intact. La conjonetive bulbaire présente en plusieurs endroits des taches noirâtres, ces taches paraissent s'être développées en même temps que la tumeur el

pour les mêmes causes. L'état ganglionnaire est sain ainsi que l'état général De cet examen, il résulte que le malade porte une tumeur datant de 3 mois, développée à la suite d’une forte contusion et localisée dans le tissu cellulaire de la paupière entre le cartilage tarse et la peau. De quelle nature est cette tumeur ? Il n’est pas rare de voir des néoplasmes succéder aux traumatismes. Les tumeurs du sein, du testicule en offrent de fréquents exemples ; dans notre cas, il est donc conforme aux lois de la pathologie générale, d'admettre que le néoplasme a succédé à l'irritation cellulaire engendrée par le trauma. Mais d’après les antécédents bien nettement indiqués par le malade, il est certain qu'un gros caillot, un hématome, s’est d’abord formé dans la paupière, et que la tumeur d'aujourd'hui lui à directement succédé. Sans doute, il ne s'agit pas d'un caillot organisé, puisqu'il est démontré (Ranvier, Durante) que les caillots ne s'organisent pas, mais peut-être d’une tumeur due à la prolifération des cellules conjonctives entourant le caillot. Ce diagnostic s'accorde à la fois avec les allures du mal et la couleur noire du tissu malade. Nous croyons avoir à faire à une tumeur bénigne accidentellement colorée par des pigments sanguins.

Cette tumeur est enlevée le 29 septembre 1890. Elle à l'aspect et la coupe d’une truffe. Elle est composée de cellules fusiformes et de cellules rondes. Quelques vaisseaux et de rares travées fibreuses, enfin du pigment mélanique très abondant. Presque partout les cellules sont jeunes. Le pigment est intra-cellulaire et formé de mélanine. Le diagnostic est donc: sarcome mélanique de nature grave. L’affection récidiva 2 ans après.

Observation II. — GuIBERT, in-LAGRANGE.

P..., 48 ans, journalier, s’est fait à l'âge de 10 mois, une brûlure à la joue gauche : la paupière supérieure, la tempe et la paupière inférieure sont recouvertes actuellement de tissu cicatriciel, la paupière inférieure fortement en ectropion, offre un énorme bourrelet conjonctival. I y à un an, le malade à remarqué sur la partie brülée de la paupière inférieure, une petite grosseur dure, siégeant sur le rebord palpébral. Elle s'est accrue considérablement depuis 8 mois. Quelques douleurs depuis 3 mois. L'aspect de la tumeur est celui d’un énorme ectropion noirâtre. Elle fut enlevée le 25 août 1895, et classée sarcome mélanique de la paupière. Elle était constituée par un mélange de cellules fusiformes et embryonnaires, contenant un pigment analogue au pigment choroïdien, ne paraissant pas d'origine hématique.

Observation III. — Dusar. — Sarcome de la paupière supérieure.

Le 2 septembre 1899, on amenait à ma consultation la jeune Agnés, âgée de 8 aus. Très bien portante jusque-là, elle avait eu 40 jours aupa-

ANR:

ravant un petit accident ; elle s'était en courant frappée le front contre celui d’une compagne. Quelques compresses d’eau de Goulard lui furent appliquées ; au bout de 12 jours, lorsque l'ecchymose fut disparue, on aperçut un petit lobule du côté de l'angle interne de la paupière supérieure gauche. Ce lobule augmentant, la mère se décida à venir me consulter. A cette époque, il y avait un ptosis complet de la paupière supérieure gauche ; en la soulevant, on apercevait l'œil, qui n’avait pas subi de déplacement sensible. On sentait, en appliquant le doigt sur la paupière, une tumeur formée de deux lobules durs, arrondis, sur lesquels la peau était bien mobile. Je portai le diagnostic de sarcome et proposai une large intervention, mais la mère ne me permit que l’extirpation de la tumeur.

Les masses que j'enlevai, contenaient une sorte de gélatine ressemblant vaguement à du lait caillé. La guérison opératoire se fit bien. Mais l’enfant nous revint 15 jours après avec une paupière énorme et fortement tuméfiée, Je vidai alors l'orbite. La tumeur était un sarcome à cellules rondes, en pleine karyokynèse. Quelques temps après, nouvelle récidive inopérable.

Observation IV.— Van Duyse. — Myxo-sarcome de la paupière supérieure,

Une jeune fille âgée de 7 ans, vient à l'hôpital de Gand, pour une tumeur de la paupière supérieure. Neuf semaines auparavant, l’enfant avait reçu un coup de corde qui a contusionné la paupière supérieure gauche et a produit une ecchymose, La contusion a été suivie au bout de 8 jours, de la production vers le milieu de la paupière d’une petite tumeur que l'on compare à un chalazion. Le nodule grandit très rapidement etau bout de quelques jours acquit le volume d’un gland. Il était à ce moment indolore et la peau était de coloration normale. Après un arrêt de 8 jours dans son évolution, la tumeur atteignit bientôt le volume du poing. La peau est amincie, la couleur rouge pourpre ; elle est sillonnée de veines dilatées, dont les troncs principaux se dirigent surtout transversalement. La tumeur est molle, rénitente, élastique, non réductible, elle est le siège d'aucune pulsation. Le palper semble douloureux. Il n’y a pas de ganglions. La tumeur enlevée pèse 80 grammes ; elle tremblotte et a la consistance d’un cerveau bien frais. Van Duyse place l’origine du néoplasme dans le tissu cellulaire lâche, qui sépare le tarse du muscle orbiculaire vers le milieu de la paupière. D'une part, sur les coupes, on ne découvre de glandes ni de trainées épithéliales ; nulle part de pigmentation des éléments, ni de pigment hématique. Il s’agit d’un sarcome parvi cellulaire, à cellules fusiformes courtes. Une récidive fut enlevée le 2 octobre.

Une deuxième récidive nécessita l’'évidement de la cavité orbitaire en février 1888. Il se forma encore une énorme récidive qui emporta le malade, en août 1888.

Observation V.— ZEHENDER.

Il s'agit d'un garçon de 6 ans, chez qui se développa une tumeur de la paupière supérieure dans l’espace de quelques semaines. La causé invoquée par le père est un coup. Van Duyse fait de cette tumeur un sarcome, Nous n'avons pas d’autres détails sur cette observation.

TUMEURS DES PAUPIÈRES NÉES DU TISSU ÉPITHÉLIAL. — Ces tumeurs sont assez rares. Elles paraissent consécutives aux irrilations des bords ciliaires et aux infections fréquentes en ces tissus. L’épithélioma des glandes de Meibomius, se développe lentement. Son accroissement est quelquefois accéléré par une opération chirurgicale.

Telle est la récidive qui se manifesta 45 jours après l'ablation de la tumeur du malade de Sourdille dont l'histoire est rapportée par Lagrange. M. Morax a publié l'histoire d’un épithélioma des paupières dans laquelle nous lrouvons signalé un traumatisme. C’est cellé d’un homme de 70 ans, qui reçoit sur la figure, en 1897, une plante déracinée qui lui fait de petites blessures au bord inférieur de la paupière de l'œil droit et dans la région temporale droite, D’après le malade ces plaies ne se seraient pas cica-

trisées et auraient été l’origine de l'affection. En septembre 1898, .

le malade vint aux Quinze-Vingts, où le docteur Kalt lui fait une excision palpébro-conjonctivale. L’affection récédiva. M. Morax lui fit une éviscération de l'orbite et une réseclion des paupières. Un appareil prothélique fut appliqué pour masquer la difformité. Nous terminons par une observation de M. Lacaussade présentée par M, Poulard à la Société d’ophtalmologie de Paris.

Observation. — Lacaussapg. — Kpithélioma des paupières. Lefrançois, ancien maçon, âgé de 75 ans, hospitalisé depuis un an

parce qu'il est aveugle et impotent, atteste des antécédents rhumatismaux. Il porte sur la région orbitaire gauche une tumeur lobulée, à

surface bourgeonnante, framboisée, saignant au moindre contaët et qui:

laisse écouler un muco pus peu abondant. Cette tumeur mesure 8 centimètres dans son diamètre horizontal et 6 dans son diamètre vertical Elle est bosselée sur toute sa surface et présente plusieurs lobes séparés par des sillons. PA

Le lobe principal est implanté sur la moitié interne de la paupière supérieure recouvrant toutela partie antéro-interne del’orbite. Il est contigu à un lobe plus petit qui adhère à la face latérale gauche du nez. Il s'incurve en bas au contact d'un lobe inférieur également volumineux qui recouvre la paupière inférieure avec laquelle il fait corps.

En écartant avec les doigts les deux lobes supérieur et inférieur, on aperçoit la cavité orbitaire, de dimension réduite, vide de son globe. En haut et en dehors il reste encore un centimètre de tégument palpébral sain, ainsi que presque tout le sourcil. Tout le reste de la paupière supérieure et la paupière inférieure en entier sont dégénérés et transformés en tissu néoplasique.

La tumeur est bosselée dans ses trois quarts externes et ulcérée et apla tie dans son quart interne.

Le ganglion préauriculaire est à peine sensible, c'est tout.

L’œil droit, à la suite d'une kératite survenue il y à # ans et probablement terminée par la perforation de la cornée, est en voie d’atrophie. La vision est presque nulle. Le malade nous apprend que son affection débuta, il y a 25 ans, à la suite d'une piqüre par une épine blanche sur l'angle interne de la paupière supérieure. Il se produisit alors une inflammation à la suite de laquelle se formèrent des croûtes. Pendant 7 à 8 ans, le mal resta stationnaire sous forme d’un bouton de la dimension d’un gros pois. Après ce temps, le bouton augmenta lentement de volume.

Deux ans après cet accident, la vue du malade se brouilla et un bouton similaire au premier se forma sur la paupière inférieure, C'est tout au plus si, pendant ce laps de temps, le malade à éprouvé quelques démangeaisons qui l’incitaient à se gratter, à faire tomnber les croûtes ce qui faisait saigner la surface néoplasique. Il semble que depuis un an le volume du néoplasme ait augmenté avec plus de rapidité.

Après quelques réflexions fort-judicieuses sur la pathogénie de cette tumeur, Lacaussade ajoute que l’étiologie invoquée par le malade (piqûre de l’angle interne de la paupière par une épine) se rapporte bien à l’épithélioma dont la cause occasionnelle est souvent, d’après Lagrange, un petittraumatisme de cette région, du moins chez les sujets prédisposés.

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