Choix d'un idéal. — A la volonté libre échoit la
charge de maintenir l'ordre entre les tendances et de diriger leur évolution ; à elle aussi est réservé le privilège de choisir la fin de la vie humaine, le but où elle entreprend de la conduire ; à elle enfin il appartient de déterminer à la lumière de la raison le type de perfection actuellement possible, auquel elle s'efforcera de conformer l'homme tout entier, l'idéal auquel elle travaillera à le rendre semblable.
Pour accomplir son œuvre, il lui faudra vaincre des inclinations divergentes, parfois violentes, exclusives, jalouses comme le deviennent les passions. Or, les passions que sont-elles, sinon des poussées irréfléchies vers une assimilation, qui élèverait notre état actuel au niveau d'un état imaginaire, où nous croyons trouver le bonheur. Si la raison nous a fait entrevoir l'illusion de ces démarches instinctives, nous aurons à cœur d'en détourner nos énergies, rnais nous ne le pourrons qu'à condition de les orienter vers une autre assimilation, salutaire celle-ci. Bossuet le faisait entendre lorsqu'il comparait l'inclination à un cours d'eau, que la passion transforme en torrent capable de franchir tous les barrages et donc « qu'on n'arrête pas en droit fil )). On ne supprime pas l'élan de l'âme, on peut seulement en changer la direction, c'est-à-dire remplacer un amour par un autre amour.
2. Valeur morale. — Cette substitution voulue est souvent douloureuse. Elle exige un rare déploiement d'énergie. Elle est la forme supérieure de l'action humaine, dont elle met en lumière la responsabilité et le mérite.
Aux prises avec les sollicitations des divers groupes (h; m,otifs et de mobiles, ({ui tentent de ravir son consentement, et pour cela esquissent en son Ame une assimilation pleine de promesses et de charmes, —