DANS LA VIE VOLONTAIRE
rhoiTime a conscience de pouvoir choisir lui-même la direction de son activité. Mais ce choix immole certaines tendances au profit de l'élue, à laquelle il entend se vouer afin de la réaliser dans sa vie.
Cette œuvre commence avec l'intention. Avec elle, en effet, l'homme se donne déjà à la vertu, objet de sa résolution, et par cette assimilation anticipée, il fait sienne l'excellence de la fin qu'il s'est imposée. A cette excellence, il participera chaque jour davantage, jusqu'à ce que par une assimilation complète, il la fasse vivante en lui et en quelque sorte l'incarne dans ses actions.
3. Mouvement entre deux assimilations. — La volonté opère donc entre deux assimilations comme en un mouvement circulaire qu'après Aristote, Saint Thomas a lumineusement exposé : « La réalité, qui nous charme, impose d'abord à notre volonté une certaine assimilation (coaptatiunem, adaptation mutuelle), qui constitue la complïiisance en l'objet aimable et provoque un mouvement vers lui. Car « le mouvement affectif s'accomplit en cercle « (comme il est dit dans le de Anima, liv. III, texte 55). En effet, l'objet aimable meut notre volonté. Pour cela, il se réalise en quelque sorte dans l'intention, qui nous le fait poursuivie. Ensuite, la volonté cherche à atteindre réellement l'objet aimable de manière à ce que son mouvement finisse là où il a commencé » (1). Né d'une ressemblance
(1) Cf. Sam. theol, la Ilae, q. XXVI, art. 2, in c, édit. de Parme, t. II, p. 99 : « Sic etiam ipsum appetiiiile, dal appetitui primo quidem quamdam coaptationem ad ipsum. quae est quaedam complacentia appctiJjilis, ex qua sequilur molus ad appetiijile. Nam « appetilivus motus circulo aj^ilur » ut dicitur in 'A De Aninvi (lext.55). Appetiijilc enim movet appetitum facions se qnodammodo in ejus intcntionem et appetitus tendit in api)etibile realiter consequendum, ut sit il)i finis motus, ulji fuit principium ».
Saint Tliomas api)lique cette fine analyse psj'chologique à Vamour on général : il en trouve le principe dans Vappelilus soit conciipiscibilis, soit rationalis. Ce dernier n'est autre chose que la volonté.
Nous remarquerons donc que les ol)servations ici utilisées valent aussi pour l'étude de l'activité sensible et de son mouvement circulaire.
initiale, qui a engendré l'amour, le mouvement de la volonté aboutit à la possession de son objet dans une union avec lui par une ressemblance de plus en plus parfaite. Ce succès apporte à l'homme la suprême satisfaction d'être devenu ce qu'il a voulu.
Cependant, la perfection particulière ainsi acquise ne le laisse pas dans un repos stérile. Elle continue sa conquête et, comme tous les autres phénomènes psychologiques, elle est à son tour un centre nouveau d'influence, qui attire à lui et s'assimile toutes les ressources intérieures capables de lui prêter un concours efficace. C'est de cette façon qu'une vertu, grâce à un amour de volonté constamment en éveil, réussit parfois à envahir notre être et à l'assainir jusque dans ses profondeurs. Peu à peu elle se fait dominante. Elle intéresse à son développement toutes nos facultés : elle les gagne à son action. On dirait qu'elle absorbe pour les transformer toutes nos énergies. Son influence se manifeste désormais dans toutes nos œuvres ; elle se reflète dans toutes les entreprises de notre vie morale ; elle transpare même dans nos attitudes corporelles. Si elle est vraiment aimée, elle progresse donc sans grande résistance, car toutes nos aspirations élevées se font ses complices et viennent se ranger à sa merci.
Mais cette unification intérieure n'est que le prélude d'une autre action, qui oriente l'ensemble de l'âme vers l'idéal où tend cette vertu préférée. S'en rapprocher chaque jour davantage et atteindre, sous cet aspect, le Bien, cause finale qui la meut nécessairement comme objet d'amovir, voilà le terme vers lequel — sous peine, si elle hésite, de faillir à sa mission morale — doit emporter la volonté. La raison lui a montré le principe et la fin de ce devoir, dont l'expression est tout entière contenue dans la belle formule de Platon « ressembler à Dieu autant quil est possible ; assi-
DANS LA VIE VOLONTAIRE Si
milation qui est source de justice, de sainteté, ainsi que de sagesse » (1). Cette formule, le christianisme l'a reprise en montrant à l'homme dans la personne du Christ l'idéal concret et vivant, sur lequel il doit se modeler. Il reste donc à la volonté d'accepter librement d'entreprendre cette œuvre et, dans la mesure permise à la faiblesse humaine, de s'élever dans un effort de suprême union jusqu'à Dieu par çoie d' assimilation.
A la suite de toutes ces observations, nous croyons pouvoir dire désormais que dans la vie volontaire, comme dans la vie sensible et dans la vie connaissante, les influences réciproques, que l'analyse psychologique nous permet d'étudier, s'accomplissent par assimilation progressisme.
(1) Cf. Théétèle, édit. Firmin-Didot. n° 176, b.