CHAPITRE PREMIER LES DIVERSES HYPOTHÈSES
Sommaire. — 1. Leur accord au sujet du fait de l'assimilation ; — leur divergence au sujet de son explication. — 2. Pourquoi on ne peut étendre purement et simplement au monde extérieur les conclusions tirées de l'observation interne. — 3. Le phénoménisme. — 4. Les hypothèses proposées.
Les multiples théories proposées pour expliquer le l'ait des influences apportent une précieuse confirmation historique aux résultats de l'enquête que nous venons d'achever. Diverses et opposées entre elles, elles s' accordent à regarder V assimilation comme le signe caractéristique de Vinfluence efficace. Tous leurs efforts convergent en ce point : comment rendre raison de cette production de ressemblance ?
1. Accord et di<^ergence. — On le constate à la manière dont elles essaient de résoudre le problème. L'empirisme parle d'une compênétration de substances ; l'idéalisme leibnizien invoque une harmonie préétablie, qui ferait de chaque monade un miroir de l'univers ; le monisme en appelle à une identité foncière de tous
les êtres, que rapprochent les actions et réactions, dont nous sommes les témoins. A tous, en un mot, l'influence apparaît comme génératrice d'assimilation. Les divergences commencent avec l'explication de ce fait.
2. Correction imposée à robjectiçadon des données internes. — La solution qui s'offre d'elle-même à nous consisterait à étendre au monde extérieur, ce que nous avons constaté dans notre monde intérieur, oii l'influence se fait en quelque sorte par l'intussusception d'une énergie commune, que les phénomènes se ravissent tour à tour. Mais cette traduction spontanée, cette objectivation des données de l'expérience interne subit nécessairement dans son application à l'extérieur une correction capitale, d'où naît aussitôt et même dans le domaine de l'apparence toute la difficulté du problème : il nous semble bien que les uns par rapport aux autres nous ne sommes pas dans la même situation que les phénomènes psychologiques entre eux ; que nous ne somnies pas une série de phénomènes en relation avec d'autres phénomènes, que nous existons en nous-mêmes et indépendamment de nos voisins. « L'individuation est réelle... Voilà, avoue Schopenhauer, un jugement en faveur duquel protestent mes os et ma chair » (1). Nous sommes invinciblement amenés à considérer notre vie psychologique, comme une activité immanente opérant en un système clos, dans lequel les autres ne pénètrent pas à leur gré (2). Nous pensons en un mot qu'en nous et hors de nous, il y a plus que des « lignes d'événements » (3).
(1) Cf. Le jondcmcnt de la Morale, Irad. A. Burdeau, p. 189 (Paris, 1900).
(2) Nous avons exposé cette constatation dans le Livre premier, principalement dans le Chapitre premier,
(3) Cf. H. Taine, De l'Intelligence, t. I, préf., p. 8 (9^ édit., Paris, 1900).