‹ De l'influenceChapitre 35 sur 70 · RECHERCHE D'UNE METHODE D'APPLICATION · texte numérisé non relu

RECHERCHE D'UNE METHODE D'APPLICATION

Sommaire. • — Elle est la conclusion pratique des études précédentes sur la loi, le mode et les exigences de l'influence eiïicace : 1. Les trois étapes qu'une double méthode aide à parcourir en deux sens dill'érents. — 2. Méthode d'investigation, — les trois étapes de l'analyse : à travers les assimilations spontanées, qui révèlent les dispositions actuelles du sujet, et au moyen des adaptations réussies, qui montrent quelles influences ont prise sur lui, découvrir ses aptitudes profondes. — 3. Méthode d'action, — les trois étapes de la synthèse : connaissant les aptitudes du sujet, promouvoir l'une d'elles au moyen d'adaptations habiles et progressives, jusqu'à r assimilation à l'idéal où on veut le conduire.

Quel que soit le nom qu'on leur donne, l'être concret possède (c'est chose incontestable) des aptitudes réelles et définies ; et ces aptitudes conditionnent l'efficacité de toute influence exercée sur lui. Elles sont en effet les ressorts de son activité et elles n'entrent en jeu que sous une intervention adaptée à, leur orientation préalable. De toute nécessité, il nous faut donc les connaître ' si nous voulons éclairer notre action. Comment y parvenir ?

Les recherches faites jusqu'ici peuvent nous en fournir les moyens.

1, Les trois étapes. — Partis du point de vue phénoménologique et considérant l'incoercible expansion de notre vie, nous avons, à travers de nombreuses observations et expérimentations, dégagé le fait de l'assimilation conquérante. Cela nous a permis d'énoncer la loi empirique de l'influence réciproque : V influence actuelle ou possible entre des êtres donnés se mesure par leur aptitude actuelle ou possible à une assimilation réciproque (livre premier, ch. V). Ensuite, étudiant cette assimilation elle-même, nous avons, par une série d'éliminations, déterminé le mode nécessaire suivant lequel elle se réalise : elle ne s'obtient pas au moyen d'une compénétration de substances (livre second, ch. II) ; elle ne se fait pas en vertu d'une influence idéale [ibid., ch. III) ; elle n'est point l'effet d'une participation foncière de tous les êtres à une substance unique [ibid., ch. IV) ; elle résulte d'adaptations progressives, qui entraînent l'agent et l'agi dans un acte commun {ibid., ch. V, VI). Enfin, nous avons reconnu que pour se produire ces adaptations elles-mêmes requièrent au sein des êtres en relations l'existence d'aptitudes harmonisées, de ressemblances ébauchées, en un mot de parentés complices {ibid., ch. VII).

Ces énergies intimes, réelles, définies, sont donc la source d'où jaillissent toutes les réactions de l'être, sur lequel on agit. Leur mise en valeur est marquée par des assimilations, auxquelles l'être se plie spontanément sous l'influence étrangère, ou par des adaptations, auxquelles il est contraint et se résigne. Par conséquent, la connaissance de ces assimilations et adaptations nous ouvre une vue non seulement sur la

nECIIERCHl^ D UNE METHODE

plasticité primordiale de leur sujet, mais encore sur ses prédéterminations innées, caractéristiques du genre et de l'espèce, aussi bien que sur ses propensions acquises dues à tout son passé.

Dès lors, par une régression méthodique, nous pouvons remonter du fleuve à la source, des effets aux causes, des assimilations et adaptations réalisées aux aptitudes, qui les ont rendues possibles. Ainsi, des préférences et des répugnances que nous éprouvons, de notre complaisance ou de notre hostilité à l'égard de telle ou de telle intervention étrangère, de notre sympathie ou de notre antipathie pour tel ou tel acte, auquel diverses influences tentent de nous associer, — nous pouvons dégager au sein de notre complexité vivante quelques renseignements sur nos ressources profondes (aptitudes), sur la manière de les mettre en œuvre (adaptations réussies), sur leur degré de déi^eloppement (assimilation actuelle).

Cette méthode rationnelle d'examen de conscience, nous pensons l'étendre a l'étude d'autrui : et, si nous y réussissions, elle serait d'une grande utilité pédagogique. Plus que partout ailleurs, en effet, dans l'œuvre délicate de l'éducation, il importe de voir clair avant d'agir, car une erreur peut rendre vains tous les efforts entrepris en vue de la formation d'une âme, ou, ce qui est pire encore, peut la froisser et la fausser d'une manière irrémédiable. Sans doute, la nature de l'enfant est souple et, dans une certaine mesure, malléable au gré de quiconque agit sur elle. Elle possède cependant des prédispositions héréditaires ou acquises, qu'on ne méconnaîtrait pas sans grave dommage. Il est impossible de mettre tous les esprits dans un même moule (1), et quels que soient les pro-

(1) Cf. L. Cellerier, Esquisse d'une science pédufjngique (Paiis, 1910), p. 128 : « Qu'il n'existe pas deux hommes rigoureusemenl pareils, il serait

grès de la pédagogie, l'application de ses lois sera toujours d'un art infiniment compliqué. Vraies dans leur généralité, celles-ci sont trop souvent impuissantes à guider notre action sur un être concret « merveilleusement ondoyant et divers ». Aussi, sentonsnous le besoin d'une méthode aidant à l'étude de chaque cas particulier en lui-même, d'une méthode qui permettrait d'abord de conduire avec sagesse une investigation nécessaire et adaptée aux tendances, que manifeste le sujet, — et qui permettrait ensuite d'orienter avec succès l'évolution de ces dernières. Certes, cela réclame beaucoup de tact, c'est-à-dire, avec une générosité de cœur qui ne compte pas les sacrifices, une finesse d'intelligence qui fait comprendre l'âme d'autrui, et une délicatesse d'intervention, qui permet de l'influencer sans la meurtrir. Or, ce sont précisément les qualités que notre méthode travaillera à développer.

2. Investigation. — Elle nous enseignera donc Vart de décoiwrir les ressources du sujet, sur lequel nous voulons agir, le genre d'influences qui seront efficaces sur lui, ainsi que rétat dans lequel il se trouve actuellement. Mais c'est là seulement la moitié de la tâche à remplir. Eclairés par la précédente analyse, il nous reste à déterminer Vidéal ou la forme d'idéal (1), qui correspond aux ressources du sujet ; puis à promouvoir vers ce but leur évolution. Une méthode d'action efficace nous est ici nécessaire et nous pensons pouvoir la tirer encore de nos précédentes conclusions.

|)U('Til (le le dire ; les théoriciens semblent rif^norer. Et pourtant ce fnit domine toute la ]iédafi;ogie », et p. 131 : « Toiilc action pédagogique est condilionnée par la naliire de l'élève ».

(1) Ihid., p. 1()-21, où l'auteur, après avoir montré la diversité de formes (|ue revêt l'idéal de l'éducation, chez Pestalozzi, Fouillée, Ilerbart, S]iencer, (îuyau, énonce cette détinilion : « L'édiiccdion est la préparation de l'en/ant à la destinée que ses parents eslimenl la meilleure pour lui », p. 21.

tlËCHERCHE d'une METHODE ^ 225

3, Action. — En efTet, si après avoir remonté le courant de la synthèse incessananient progressive, qui constitue la vie, nous avons constaté le fait dans lequel elle se concrétise à chaque minute : l'assimilation conquérante ; si nous avons analysé le mode, suivant lequel s'opère cette conquête : l'adaptation ; pour arriver enfin à savoir quelque chose des énergies du conquérant, — cela ne nous révèle-t-il pas les conditions que doit revêtir une influence pour être efficace sur lui ?

Nous savons désormais sous quelles interventions s'éveillent ses aptitudes, à quelles adaptations il est prédisposé, et comment par leur moyen nous le conduirons peu à peu de ses assimilations actuelles à l'assimilation ultime avec l'idéal, que nous avons rêvé de lui voir atteindre.

Dès lors, comme l'expérimentateur provoque le jeu des forces cachées au sein des corps, puis en canalise l'expansion afin de les faire servir au but, qu'il poursuit, — nous pouvons entreprendre d'éveiller les puissances intimes d'une âme, d'influencer leur développement, de le diriger par une série d'interventions habilement adaptées, afin de conduire l'être tout entier vers la perfection que nous voulons pour lui. Sans doute, l'œuvre est autrement difficile, car l'homme est loin d'être soumis à la rigidité d'actions et de réactions que manifestent les substances matérielles ; mais la nmltiplicité de ses puissances souvent divergentes, si elle rend nécessaire l'éducation, nous en montre du même coup la possibilité.

Comnient faire un choix entre toutes ces puissances encore à, l'état d'enveloppement et comment assurer la prépondérance aux élues ?

En nous attachant à la solution de ces problèmes, nous voudrions faire voir la fécondité de notre double

226 ÀppLicAfioN

méthode àHriçesti galion et d^ action. Non point certes que nous songions à composer un traité de pédagogie. Nous voulons uniquement prouver — et cela en nous teriant, comme nous l'avons résolu au point de vue humain du problème, — que la connaissance analytique des conditions et des lois de l'influence efficace peut sortir du domaine de la théorie et être utile à quiconque entreprend de coopérer à cotte synthèse éminemment pratique, qu'est la formation d'une âme.

Page 1