CHAPITRE VII
Objections au traitement.
Que peut-on reprocher à ce mode de traitement de l'hypertrophie prostaliqne ?
On peut d’abord objecler que chez les prostaliques non opérables, il n’est pas toujours nécessaire de placer une sonde à demeure pour obtenir la miction volontaire et que les cathétérismes répétés une ou mieux deux fois par jour peuvent donner les mêmes résultats.
Nous répondrons que chez de nombreux prostaliques nous nous sommes contenté de sondages journaliers et que nous avons vu plusieurs de ces malades recouvrer la faculé de vider naturellement leur vessie, mais tous ces malades étaient à leur première crise de prostatisme, ceux qui avaient eu des atteintes antérieures n'ont pas été améliorés par ce moyen de traitement, tandis. que lorsqu'on leur eut mis une sonde à demeure pendant quelque temps ils purent uriner normalement.
Un autre reproche, c'est que la sonde à demeure oblige le patient à rester couché; on peut donc craindre la congestion hypostatique chez les vieillards.
Cela est vrai quand on se sert d'une sonde béquille en gomme, mais en plaçant une sonde.de Malécot, on peut tous les jours lever le malade quelques instants en bouchant la sonde au moyen d’un fosset. |
Troisième objection : Certains prostatiques ne peuvent supporter une sonde à demeure.
et
Nous estimons que si certains. malades ne peuvent, surtout lorsqu'ils ont de la cystite, supporter une sonde dans le canal, il est facile de rendre leur vessie plus tolérante par un ou deux cathétérismes quotidiens suivis de lavages ou d’instillations, et nous avons vu plusieurs prostatiques, qui au début souffraient beaucoup avec une sonde dans la verge, la garder plus tard sans aucune gêne, surtout si la sonde dont on se sert est une sonde molle de Malécot épousant sans peine la forme de, l’urètre. :
On a encore reproché à la sonde à demeure d’être la cause d'une urétrite à peu près inévitable et même de provoquer des abcès interstiliels dans le canal si l'inflammation ne se localise pas à la surface de la muqueuse.
Ces lésions sont provoquées par un abaissement exagéré de la sonde pour entrer dans l’urinal. On peut donc les éviter en relevant le col de celui-ci au moyen de bourrelets de linge ou de coton. Elles peuvent encore être dues à une sonde trop grosse, il ne faut donc pas qu'elle exerce sur les tissus une pression exagérée. |
On a signalé des ulcérations de la paroi postéro- inférieure de la vessie. Elles tiennent à un mauvais fonctionnement de la sonde, de même que les accès fébriles et les besoins pénibles causés par la stagnation de l’urine dans le bas-fond vésical.
Tous ces accidents n’ont pas lieu en prenant beaucoup de précautions pour la mise au point de la sonde et en surveillant attentivement son bon fonctionnement. Pour cela, on pratique de temps en temps un petit lavage de vessie; si le liquide s'écoule en jet, ces complications ne sont pas à craindre.
Des orchites accompagnent quelquefois la mise à demeure d'une sonde. |
Il ne faut jamais oublier qu’on doit toujours surveiller attentivement le scrotum d’un urinaire et, au moindre symptôme faisant craindre une orchite, on doit, pendant quelques jours, enlever la sonde de l’urètre et faire des cathétérismes avec un instrument bien slérilisé.
Lorsque la prostatectomie est dangereuse pour le malade,
Charlès 3:
nor
par suite du mauvais fonctionnement des reins ou de l'infection, la cystotomie sus-pubienne provoque en général une grande amélioration dans leur état.
Les partisans de l'intervention chirurgicale objecleront qu'au lieu d'employer une sonde à demeure comme moyen de traitement, il est préférable de faire une cystotomie.
Malheureusement, si cette petite intervention donne quelque-fois des résultats tels que l’on peut plus tard recourir à la prostatectomie, il n’en est pas toujours ainsi; il arrive que l'amélioration obtenue n’est pas suffisante pour motiver une grave opération, et beaucoup de prostatiques préfèrent, à la gêne occasionnée par le port d'un appareil collecteur d’urines, tout autre mode de traitement, même les cathétérismes journaliers ; il nous parait donc logique d'essayer chez eux le traitement par la sonde à demeure.
En résumé, il nous semble que la sonde à demeure n’a d'inconvénients que si elle n'est pas bien maniée. Son emploi est indiqué chez les malades qu'il est possible de surveiller ou de faire surveiller attentivement par quelqu'un de compétent, donc à l'hôpilal, dans une clinique ou chez des malades à qui leurs moyens permeltent d'avoir près d'eux quelqu'un au courant des questions d'urologie.