POUMON
L'interruption de l'action du cœur ne peut succéder à celle des phénomènes mécaniques du poumon, que de deux manières, 1°. directement, parce que le sang trouve alors dans cet organe un obstacle mécanique réel à sa circulation; 2*^. indirectement, parce que le poumon cessant d'agir mécaniquement, il ne reçoit plus l'aliment nécessaire à ses phénomènes chimiques, dont la fin détermine celle de la contraction du cœur.
Tous les physiologistes ont admi^ le premier mode d'interruption dans la circulation pulmonaire. Repliés sur eux-mêmes, les vaisseaux ne leur onXi point paru propres à transjnettre le sang à cause
des nombreux frottements qu'il y éprouve. C'est par cette explication emijruntée des phénomènes hydrauliques, qu'ils ont rendu raison de la mort qui succède à une expiration trop prolongée.
Goodwyn a prouvé que l'air restant alors dans les vésicules aériennes en assez grande quantité, pouvait suffisamment les distendre pour permettre mécaniquement le passage de ce fluide, et qu'ainsi la permanence contre nature de l'expiration n'agit point de la manière dont on le croit communément. C'est un pas fait vers la vérité; mais on peut s'en approclier de plus près, l'atteindre même en assurant que ce n'est point seulement parce que tout l'air n'est pas chassé du poumon par l'expiration, que le sang y circule encore avec facilité, mais bien parce que les plis produits dans les vaisseaux par l'affaissement des cellules, ne peuvent être un obstacle réel à son cours. Les observations et expériences suivantes établissent, je crois, incontestablement ce fait.
1°. J'ai prouvé ailleurs que l'état de plénitude ou de vacuité de l'estomac et de tous les organes creux en général, n'apporte dans leur circulation aucun changement apparent; Que par conséquent le sang traverse aussi facilement les vaisseaux repliés sur eux-mêmes, que distendus en tous sens. Pourquoi un effet tout différent naitrait-il dans le poumon de la même disposition des parties?
2'^ 11 est différents vaisseaux dans l'économie, que
Ton peut, alternativenieuL et à yolonté, ployer sur eux-mêmes ou étendre en tous sens: tels sont ceu>: du mésentère, lorsqu^on les a mis à découvert X)ar une plaie ijratiquée à l'abdomen d'un anlmaA. Or dans cette expérience, déjà faite pour prouver l'influence de la direction flexueuse des artères sur Je mécanisme de lenv pulsation, si Von ouvre une des mésentériques, qu'on la plisse efc qu'on la déploie tour à tour, le sang jaillira dans l'un et l'autre cas, avec la même facilité, et dans deux temps égaux l'artère versera une égale quantité de ce fluide. J'ai répété plusieurs îoU comparativement cette double expérience sur la même artère: toujours j'en ai obtenu le résultat que j'indique. Or ce résultat ne doit-il pas être aussi uniforme dans le poumon? l'analogie l'indique; l'expérience suivante le prouve.
3°. Prenez un animal quelconque, un chien par exemple; adaptez à sa tracliée-artère mise à nu et coupée transversalement, le tube d'une seringue à injection; retirez subitement, en faisant le vide avec celle-ci, tout l'air contenu dans le i)oumon; ouvrez en même temj)s l'artère carotide. Il est évident que dans cette expérience, la circulation devrait subitement s'interrompre, puisque les vaisseaux i)ulmonaires passent tout-à-coup du degré d'extension ordinaire au plus grand reploiement possible, et cependant le sang continue encore quelque temps à être lancé avec force par l'artère ou-
verte, et par conséquent à circuler à travers le poumon affaissé sur lui-même. Il cesse ensuite peu à peu; mais c'est par d'autres causes que nous indiquerons.
4°. On produit le même effet en ouvrant, des deux côtés, la poitrine d'un animal "^dvant: alors le poumon s'affaisse aussitôt, parce que l'air échauffé et raréûé contenu dans cet organe, ne peut faire équilibre avec l'air frais qui le presse au dehors. Or ici aussi la circulation n'éprouve point l'influence de ce changement subit; elle se soutient encore quelques minutes au même degré, et ne s'affaiblit ensuite que par gradation. On peut, pour x)lus d'exactitude, pomper avec une seringue le peu d'air resté encore dans les vésicules, et le même phénomène s'observe également dans ce cas.
5°. A côté de ces considérations, plaçons, comme accessoires, la permanence et même la facilité de la circulation pulmonaire dans les collections aqueuse, purulente ou sanguine, soit de la plè^Te, soit du péricarde, collections dont quelques-unes rétrécissent si prodigieusement les vésicules aériennes, x>lissent par conséquent les vaisseaux de leurs parois d'une manière si manifeste; nous aurons alors assez <le données pour pouvoir évidemment conclure que la disposition ilexueuse des vaisseaux ne saurait jamais y être un obstacle au passage du sang; que par conséquent l'interruption des phénomènes mécaniques de la respiration ne fait point
directement cesser l'action du cœnr, mais qu'elle la suspend indirectement, parce que les phénomènes ckimiques ne peuvent plus s'exercer, faute de Faliment qui les entretient.
Si donc nous parvenons à déterminer commenfc, lorsque ces derniers phénomènes sont anéantis, le cœm* reste inactif, nous aurons résolu une double question.
Plusieurs auteurs ont admis comme cause de la mort qui succède à une inspiration trop prolongée, la distension mécanique des vaisseaux pulmonaires par l'air raréfié, distension qui y empêche la circulation. Cette cause n'est pas plus réelle que celle des plis à la suite de l'expiration. En effet, gonflez le poumon par une quantité d'air plus grande que celle des plus fortes inspirations; maintenez, cet) air dans les voies aériennes, en fermant un robinet adai)té à la trachée-artère; ouvrez ensuite la carotide: vous verrez le sang couler encore assez longtemps avec une imijétuosité égale à celle qu'il affecte lorsque la respiration est parfaitement libre;, ce n'est que peu à peu que son cours se ralentit, tandis qu'il devrait subitement s'interrompre, si cette cause qui agit d'une manière subite, était en elfet celle qui arrête le sang dans ses vaisseaux.
II. Déterminer comment le cœur gesse d'agir par l'interruption des phénomènes ghlmiques du