‹ De l'influence que la mort du poumon exerce sur la mort du curChapitre 4 sur 9 · POUMON · texte numérisé non relu

POUMON

Selon Goodwjn, la cause unique de la cessation des contractions du cœur, lorsque les phénomènes chimiques s'interrompent, est le défaut d'excitation du yentricule à sang rouge, qui ne trouve point dans le sang noir un stimulus suffisant; en sorte que, dans sa manière de considérer l'aspMxie, la mort n'arrive alors que parce que cette cavité ne peut plus rien transmettre aux divers organes. Elle survient presque comme dans une plaie du venti'icule gauche, ou plutôt comme dans une ligature de l'aorte à sa sortie du péricarde. Son principe, sa source, sont exclusivement dans le cœur. Les autres parties ne meui^ent que faute de recevoir du sang; à peu près comme dans une machine dont on arrête le ressort principal, tons les autres cessent d'agir, non par eux-mêmes, mais parce qu'ils ne sont point mis en action.

Je crois, au contraire, que dans l'interruption des phénomènes chimiques du poumon il y a affection générale de toutes les parties, qu'alors le sang noir, poussé partoat, porte sur chaque organe où il aborde l'affaiblissement et la mort; que ce n'est pas faute de recevoir du sang, mais faute d'en recevoir <lu

rouge, que chacim cesse d'agir; qu'en un mot, tous se trouvent alors pénétrés de la cause matérielle de leur mort, savoir, du sang noir; en sorte que, conmie je le dirai, un peut isolément asphixier une partie, en y poussant cette espèce de fluide par une ouverture faite à l'artère, tandis que tous les autres reçoivent le sang rouge du ventricule.

Je remets aux articles suivants à prouver l'effet du contact du sang noir sur toutes les autres parties; je me borne, dans celui-ci, à bien rechercher les phénomènes de ce contact sur les parois du cœur.

Le mouvement du cœur peut se ralentir et cesser sous l'influence du sang noir, de deux manières : 1^. parce que, comme l'a dit Goodwyn, le ventricule gauche n'est point excité par lui à sa surface interne; 2°. parce que, porté dans son tissu par les artères coronaires, ce fluide empêche l'action de ses fibres; agit sur elles comme sur toutes les autres parties de l'économie, en affaiblissant leur force, leur activité. Or je crois que le sang noir peut, comme le rouge, porter à la surface interne du ventricule aortique, une excitation qui le force à se contracter. Les observations suivantes me paraissent confirmer cette assertion.

1°. Si l'asphixie avait sur les fonctions du cœur une semblable influence, il est évident que ses phénomènes devraient toujours commencer par la cessation de l'action de cet organe, que l'anéantisse-

ment des fonctions du cerveau ne devrait être que secondaire, comme il arrive dans la syncope, où le pouls est sur le champ suspendu, et où, par là même, l'action cérébrale se trouve interromxiue.

Cependant, aspliixiez un animal, en bouchant sa trachée -artère, en le plaçant dans le ^ide, en ouvrant sa poitrine, en le plongeant dans le gaz acide * carbonique, etc., vous observerez constamment que la vie animale s'interrompt d'abord, que les sensations, la perception, la locomotion volontaire, la voix se suspendent, que l'animal est mort au dehors, mais qu'au dedans le cœur bat encore quelque temps, que le pouls se soutient, etc.

Il arrive donc alors, non ce qu'on observe dans la syncope, où le cerveau et le cœur s'arrêtent en mêm.e temps, mais ce qu'on remarque dans les violentes conmiotions où le second survit encore quelques instants au premier. H suit de là que les différents organes ne cessent pas d'agir dans l'asphixie, parce que le cœur n'y envoie plus de sang, mais parce qu'il y pousse un sang qui ne leur est point habituel.

'2p. fei on bouche la trachée d'un animal, une artère quelconque étant ouverte, on voit, comme je le dirai, le sang qui en sort s'obscurcir peu à peu, et enfin devenir aussi noir que le veineux. Or, malgré ce phénomène qui se passe d'une manière très apparente, le fluide continue encore quelque temps à jaillir avec une force égale à celle du sans roujie.

11 est des chiens qui, dans cette expérience, versent par Tartère ouverte une quantité de sang noir plus que suffisante pour les faire périr d'iiémorrhagie, si la mort n'était pas déjà amenée chez eux par Tasphixie où ils se trouvent.

3°. On pourrait croire que quelques portions d'air respirable, restées dans les cellules aériennes tant (lue le sang noir continue à couler, lui communi- « quent encore quelques principes d'excitation: eh bien, pour s'assurer que le sang veineux passe dans le ventricule à sang rouge, tel qu'il était exactement dans celui à sang noir, pompez avec une seringue tout l'air de la trachée-artère, préliminairement mise à nu, et coupée transversalement pour y adapter le robinet; ouvrez ensuite une artère quelconque, la carotide, par exemple : dès que le sang rouge contenu dans cette artère se sera écoulé, le sang noir lui succédera presque tout-à-coup et sans passer, comme dans le cas précédent, par diverses nuances; alors aussi le jet reste encore très fort l.endant quelque temps ; il ne s'affaiblit que peu à peu; tandis que si le sang noir n'était point un excitant du cœur, son interruption devrait être subite, ici où le sang ne peut éprouver aucune espèce d'altération dans le poumon, où il est dans l'aorte ce qu'il était dans les veines caves.

4°. Voici une autre preuve du même genre. Mettez à découvert un seul côté de la poitrine, en sciant exactement les côtes en devant et en arrière;

aussitôt le poumon de ce côté s'affaisse, l'autre restant en activité. Ouvrez une des veines jmlmonaires; remplissez une seringue échauffée à la température du corps, du sang noir pris dans une veiue du même animal, ou dans celle d'un autre; poussez ce lluide dans l'oreillette et le ventricule à sang rouge: il est évident que son contact devrait, d'après l'opinion commune sur l'aspMxie, non pas anéantir le mouvement de ces cavités, puisqu'elles reçoivent en même temps du sang rouge de l'autre poumon, mais moins le diminuer d'une manière sensible. Cependant je n'ai point observé ce phénomène dans quatre expériences faites successivement; l'une m'a offert même un surcroît de battement, à l'instant où j'ai poussé le piston de la seringue.

5°. Si le sang noir n'est point un excitant du cœur, tandis que le rouge en détermine la contraction, il paraît que cela ne peut dépendre que de ce qu'il est plus carboné et plus hydrogéné que lui, puisque c'est par Ifi qu'il en diffère principalement. Or, si le cœur a cessé de battre dans un animal tué exprès par une lésion du cerveau ou du poumon, on peut, tant qu'il conserve encore son irritabilité, rétablir l'exercice de cette propriété en soufflant par l'aorte, ou par une des veines pulmonaires, soit du gaz acide carbonique, dans le ventricule et l'oreillette à sang rouge. Donc, ni le carbone, ni l'hydrogène n'agissent sur le cœur comme sédatifs.

Les expériences que j'ai faites et publiées l'an

passé sur les eimpliy sèmes produits jiar divers animaux avec ces deux gaz, ont également établi cette vérité pour les autres muscles, puisque leurs mouvements-^ ne cessent point dans ces expériences, et qu'après la mort l'irritabilité se conserve comme à l'ordinaire.

Enfin, il m'est également arrivé de rétablir les contractions du cœur, anéanties dans diverses morts violentes, par le contact du sang noir injecté dans le ventricule et l'oreillette à sang rouge, avec une seringue adaptée à l'une des veines pulmonaires.

Le cœur à sang rouge peut donc aussi pousser le sang noir dans toutes les parties, et voilà comment arrive, dans l'aspliixie, la coloration des différentes surfaces, coloration dont je présenterai le détail dans l'un des articles suivants.

Le simple contact du sang noir n'agit pas à la surface interne des artères d'une manière plus sédative. En effet, si, pendant que le robinet adapté à la trachée-artère est fermé, on laisse couler le sang de l'un des vaisseaux les plus éloignés du cœur, d'un de ceux du pied par exemple, il jaillit encore quelque temps avec une force égale à celle qu'il avait lorsque le robinet était ouvert, et que, par conséquent, il était rouge. L'action exercé^3 dans tout son trajet depuis le cœur sur les parois artérielles, ne diminue donc point l'énergie de ces parois. Lorsque cette énergie s'affaiblit, c'est au moins, en grande partie, par des causes différentes.

Concluons des expériences dont je viens d'exposer les résultats, et des considérations diverses qui les accompagnent, que le sang noir arrivant en liasse au ventricule à sang rouge, et dans le système artériel, peut, par son seul contact, en déterminer l'action, les irriter, comme on le dit, à leur surface interne, en être un excitant; que si aucune autre cause n'arrêtaît leurs fonctions, la circulation continuerait, sinon, peut-être avec toute autant de force, au moins d'une manière très sensible.

Quelles sont donc les causes qui interrompent la circulation dans le cœur à sang'rouge et dans les artères, lorsque le poumon y envoie du sang noir? (car, lorsque celui-ci y a coulé quelque temps, son jet s'affaiblit peu à peu, cesse enfin presque entièrement; et si on ouvre alors le robinet adapté à la trachée-artère, il se rétablit bientôt avec force).

Je crois que lie sang noir agit sur le cœur ainsi que sur toutes les autres parties, comme nous verrons qu'il influence le cerveau, les muscles volontaires, les membranes, etc., tous les organes, en un mot, où il se répand, c'est-à-dire, en pénétrant son tissu, en affaiblissant chaque fibre en particulier; en sorte que je suis persuadé que s'il était possible de pousser par l'artère coronaire du sang noir, pendant que le rouge passe, comme à l'ordinaire, dans l'oreillette et le ventricule aortiques, la circulation serait presqu' aussi vite interrompue que dans les cas précédents, où le sang noir ne

pénètre le tissu du cœur par les artères coronaives, qu'après avoir traversé les deux cavités à sang rouge.

C/est par son contact avec les fibres charnues, à l'extrémité du système artériel, et non par son contact sur la surface interne du cœiir, que le sang noir agit. Aussi ce n'est que peu à peu, et lorsque chaque fibre en a été bien ijénétrée, que sa force diminue et cesse enfin, tandis que la diminution et la cessation devraient, comme je l'ai fait observer, être presque subites dans le cas contraire.

Comment le sang noir agit-il ainsi, à l'extrémité des artères, sur les fibres des différents organes? est-ce sur ces fibres elles-mêmes, ou bien sur les nerfs qui s'y reniîent, qu'il porte son influence? Je serais assez porté à admettre la dernière opinion, et à considérer la mort par l'asphixie, comme un effet généralement produit par le sang noir sur les nerfs qui, dans toutes les parties, accompagnent les artères où circule alors cette espèce de fluide. Car, d'après ce que nous dirons, l'affaiblissement <|u'éprouve alors le cœur n'est qu'un symptôme particulier de cette maladie dans laquelle tous les autres organes sont le siège d'une semblable débilité.

On pourrait demander aussi comment le sang inoir agit sur les nerfs ou sur les fibres. Est ce que les principes qu'il contient en abondance, en affaiblissent directement l'action, ou bien n'interromptil cette action que par l'absence de ceux qui entrent

dans la composition du sang ronge, etc., etc.? Là revien diraient les questions de savoir si l'oxygène est le principe de l'irritabilité, si le carbone et l'iijdi'ogène agissent d'une manière inverse, etc., etc.

Arrêtons-nous quand nous arrivons aux limites de la rigoureuse observation; ne cherchons pas à pénétrer là où l'expérience ne peut nous éclairer. Or je crois que nous établirons une assertion très conforme à ces principes, les seuls, selon moi, qui doivent diriger tout esprit judicieux, en disant en général, et sans déterminer comment, (]ue le cœur cesse d'agir lorsque les phénomènes chimiques du poumon sont interrompus, parce que le sang noir qui pénètre ses hbres charnues n'est point propre à entretenir leur action.

D'après cette manière d'envisager les phénomènes de i'asphixie, relativement au cœur, il est évident qu'ils doivent également porter leur influence sur l'un et sur l'autre ventricules, puisque alors le sang noir est distribué en proportion égale dans les parois charnues de ces cavités, par le système des artères coronaires. CeiDcndant on observe prèsque constamment que le côté à sang rouge cesse le premier d'agir, que celui à sang noir se contracte encore quelque temps, qu'il est, comme on dit, <( l'ultimun moriens ».

Ce phénomène suppose-t-il un affaiblissement plus réel, une mort i)lus prompte dans l'une que dans l'autre des cavités du cœur? non; car, comme l'ob-

serve Haller, il est commun à tous les genres de mort des animaux à sang chaud, et n'a rien de particulier pour rasphixie.

Si d'ailleurs le ventricule à sang rouge mourait le premier, comme le suppose la théorie de Groodwyn, alors voici ce qui devrait arriver dans Touverture des cadavres asphixiés: 1°. distension de ce ventricule et de l'oreillette correspondante par le sang noir qu'ils n'auraient pu chasser dans l'aorte; 2°. plénitude égale des veines pulmonaires et même des poumons; 3°. engorgement consécutif de l'artère pulmonaire et des cavités à sang noir. En rni mot la congestion du sang devrait commencer dans celui de ses réservoirs qui cesse le premier son action, et se propager ensuite de proche en proche dans les autres.

Quiconque a ouvert des cadavres d'asphixiés, a dû se convaincre, au contraire. 1°. que les cavités à sang rouge et les veines pulmonaires ne contiennent alors qu'une quantité de sang noir très petite, en comparaison de la quantité du même fluide qui distend les cavités opposées; 2°. que le terme où le sang s'est ai*rêté est principalement dans le poumon, et que c'est depuis là qu'il faut partir pour suivre sa stase dans tout le système veineux; 3°. que les artères en renferment à proportion tout autant que le ventricule qui leur correspond, et que ce n'est point par conséquent dans le ventricule plutôt qu'ailleurs, qu'a commencé la mort.

Pourquoi cette portion du cœur cesse-t-elle donc de battre avant l'autre ? Haller Ta dit ; c'est que celle-ci est jjIus longtemps excitée; contient une quantité plus grande de sang, laquelle afflue des veines et reflue du poumon. On connaît la fameuse expérience par laquelle, en vidant les cavités à sang noir, et en liant l'aorte pour retenir ce fluide dans les poches à sang rouge, il a prolongé le battement des secondes bien au delà de celui des premières. Or, dans cette expérience, il est manifeste que c'est du sang noir qui s'accumule dans l'oreillette et le ventricule aortiques, puisque pour la faire il faut ouvrir ijréliminairement la poitrine, et dès que les poumons sont à nu, l'air ne pouvant y pénétrer, ne saurait colorer ce fluide dans son passage à travers le tissu de ses organes.

Voulez-vous encore une preuve plus directe? fermez la trachée-artère par un robinet, imm.édiatement avant l'expérience: elle réussira également bien, et cependant le sang arrivera alors nécessairement noir dans les cavités à sang rouge. On peut d'ailleurs, en ouvrant ces cavités à la suite de cette expérience et de la précédente, s'assurer de la couleur du sang. J'ai plusieurs fois constaté ce fait remarquable.

Concluons de là que le sang noir excite, presqu' autant que le rouge, la surface interne des cavités qui contiennent ordinairement ce dernier, et que si elles cessent leur action avant celles du côté

opposé, ce n'est pas parce qu'elles sont en contact avec lui; mais au contraire parce qu'elles n'en reçoivent pas une quantité suffisante, ou même quelquefois parce qu'elles en sont presqu'entièrement privées, tandis que les cavités à sang noir s'en trouvent remplies.

Je ne prétends pas, malgré ce que je viens de dire, rejeter entièrement la non-excitation de la surface interne du ventricule à sang rouge par le sang noir. Il est possible que celui-ci soit un peu moins susceptible que l'autre d'entretenir cette excitation, surtout s'il est vrai qu'il agisse sur les nerfs que l'on sait s'épanouir et à la surface interne et dans le tissu du coeur; mais je crois que les considérations précédentes réduisent à bien peu de chose cette différence d'excitation. Voici cependant une expérience où elle paraît assez manifeste. Si un robinet est adapté à la trachée-artère coupée et mise à nu, et qu'on vienne à le fermer, le sang noircit et jaillit noir pendant quelque temps avec sa force ordinaire; mais eniîn le jet s'affaiblit peu à peu. Donnez alors accès à l'air: le sang redevient rouge presque tout-à-coup, et son jet augmente très visiblement.

Cette augmentation subite paraît d'abord ne tenir qu'au simple contact de ce fluide sur la surface interne du ventricule aortique, puisqu'il n'a pas eu le temps d'en pénétrer le tissu. Mais pour peu qu'on examine les choses attentivement, on ob-

serve bientôt qu'ici cette impétuosité d'impulsion dépend surtout de ce que l'air entrant tout-à-coui) dans la poitrine, détermine l'animal à de grands mouvements d'inspiration et d'expiration, lesquels de\iennent très apparents à l'instant où le robinet est ouvert. Or le cœui-, excité à l'extérieur, et peut-être un peu comprimé par ces mouvements, expulse alors le sang avec une force étrangère à ses contractions habituelles.

Ce que j'avance est si vrai, que lorsque l'inspiration et l'expiration reprennent leur degré accoutumé, le jet, quoiqu'aussi rouge, diminue manifestement; il n'est même plus poussé au delà de celui qu'offrait le sang noir dans les premiers temps de ti-on écoulement, et avant que le tissu du cœur fût pénétré de ce fluide.

D'ailleurs l'influence des grandes expirations sur la force de projection du sang par le cœur est très manifeste, sans toucher à la trachée-artère. Ouvrez la carotide; précipitez la respiration en f Elisant beaucoup souffrir l'animal (car j'ai constamment observé que toute douleur subite apporte tout-à-coup ce changement dans l'action du diaphragme et des intercostaux); précipitez, dis-je, la respiration, et TOUS verrez alors le jet du sang augmenter manifestement. Vous pourrez même souvent produire artificiellement cette augmentation, en comprimant avec force et d'une manière subite, les parois pectorales. Ces expériences réussissent sui'tout sur les

animaux déjà affaiblis par la perte cFune certaine quantité de sang: elles sont moins apparentes sur ceux pris avant cette circonstance.

Pourquoi dans l'état ordinaire les grandes expirations faites Yolontairement ne rendent-elles i)as le pouls plus fort, puisque dans les exi)ériences elles augmentent très souvent le jet du sang ? j'en ignore la raison.

Il suit de ce que nous venons de dire, que l'expérience dans laquelle le sang rougit et jaillit toutà-coup assez loin à l'instant où le robinet est ouvert, n'est pas aussi concluante que d'abord elle m'avait paru; car pendant plusieurs jours ce résultat m'a embarrassé, attendu qu'il ne s'alliait point avec la plupart de ceux que j'obtenais.

Eeconnaissons donc encore une fois, que si l'irritation produite par le sang rouge à la surface interne du cœur, est un peu pins considérable que celle déterminée par le noir, l'excès est peu sensible, presque nul, et que l'interruption des phénomènes cliimiques agit principalement de la manière que j'ai indiquée.

Dans les animaux à sang rouge et froi<i, dans les reptiles spécialement, l'action du poumon n'est point dans un rapport aussi immédiat avec celle du cœur, que dans les animaux à sang rouge et chaud.

J'ai lié sur deux grenouilles les poumons à leur racine, après les avoir mis à découvert par deux

ÎDcisions faites latéralement à la poitrine; la circulation a continué comme à l'ordinaire, pendant un temps assez long. En ouvrant la poitrine, j'ai vu même quelquefois le mouvement du cœur précipité à la suite de cette expérience, ce qui, il est vrai, tenait sans doute au contact de l'air.

Je tei'minerai cet article par l'examen d'une question importante, celle de savoir comment lorsque les phénomènes chimiques du poumon s'interrompent, l'artère pulmonaire, le ventricule et l'oreillette à sang noir, tout le système veineux, en un mot, se trouvent gorgés de sang, tandis qu'on en rencontre beaucoup moins dans le système vasculaire à sang rouge, lequel en présente cependant davantage que dans la plupart des autres morts. Le poumon semble, en effet, être alors le terme où est venue finir la circulation qui s'est ensuite arrêtée, de proche en proche, dans les autres parties.

Ce phénomène a dû frapper tous ceux qui ont ouA^ert des asphixiés. Haller et autres l'expliquaient par les replis des vaisseaux pulmonaires: j'ai dit ce qu'il fallait penser de cette opinion.

Avant d'indiquer une cause plus réelle, remarquons que le poumon où s'arrête le sang, parce qu'il offre le premier obstacle à ce fluide, se présente dans un état qui varie singulièrement, suivant la manière dont s'est terminée la vie. Quand la mort a été prompte et instantanée, alors cet organe n'est nullement engorgé; l'oreillette et le ven-

tricule à sang noir, Tartère pulmonaire, les veines caves, etc., ne sont pas très distendus.

J'ai observé ce fait, 1^ sur les cadavres de deux personnes qui s'étaient pendues, et qu'on a apportées dans mon ampMtliéâtre; 2°. sur trois sujets tombés dans le feu, qui j avaient été tout-à-coup étouffés, et par la même aspkixiés; 3°. sur des cMens que je noyais subitement, ou dont j'interceptais l'air de la respiration en fermant tout-àcoup un robinet adapté à leur tracliée-artère; 4'\ sur des cochons d'Inde que je faisais périr dans le vide, dans les différents gaz, dans le carbonique spécialement, ou bien dont je liais l'aorte à sa sortie du cœur, ou enfin dont j'ouvrais simplement la poitrine pour interrompre les phénomènes mécaniques de la respiration: car dans cette dernière cli'constance c'est, comme je l'ai observé, parce que les phénomènes chimiques cessent, que le cœur n'agit plus, etc., etc. Dans tous ces cas, le poumon n'était presque pas gorgé de sang.

Au contraire, faites finir dans un animal les phénomènes chimiques de la respiration, d'une manière lente et graduée; nojez-le en le jDlongeant dans l'eau et l'en retirant alternativement; asphixiez-le en le plaçant dans un gaz où vous laisserez, d'instants en instants, pénétrer un peu d'air ordinaire pour le soutenir, ou en ne fermant (pi'incom- Xjlétement un robinet adapté à la trachée-artère; en un mot, en faisant durer le plus longtemps possi-

ble, cet état de gêne et d'angoisse qui, dans l'interluption des fonctions du poumon, est intermédiaire à. la vie et à la mort; toujours vous observerez cet organe extréînement engorgé par le sang, ayant ^7n volume double, triple même de celui qu'il présente dans le cas précédent.

Entre l'extrême engorgement et la vacuité presque complète des vaisseaux pulmonaires, il est des degrés infinis; or on est le maître, suivant la manière dont on fait périr l'animal, de déterminer tel ou tel de ces degrés; Je l'ai très souvent observé. C'est ainsi qu'il faut expliquer l'état d'engorgement du poumon de tous les sujets dont une longue agonie, une alîection lente dans ses progrès a terminé la vie : la plupart des cadavres apportés dans nos amplii théâtres présentent cette disjjosition.

Mais quel que soit l'état du poumon dans les asphixiés, qu'il se trouve gorgé ou vide de sang, que la mort ait été par conséquent longuement amenée ou subitement i)roduite; toujours le système vasculaire à sang noir est alors plein de ce fluide, surtout aux environs du cœur; toujours il y a sous ce rapport une grande différence entre lui et le système vasculaire à sang rouge; toujours par conséquent c'est dans le poumon que la circulation trouve son principal obstacle.

De quelle cause peut donc naiti'e cet obstacle que ne présentent point au sang les plis de l'organe, ainsi que nous l'avons vu ? ces causes sont rela-

tives; 1^. au sang; 2°. au poumon et B°. au cœur.

La cause principale relative au sang, est la grande quantité de ce fluide, qui passe alors 'des artères dans les veines. En effet, nous verrons bientôt que le sang noir circulant dans les artères, n'est point susceptible de fournir aux sécrétions, aux exlialations et à la nutrition, les matériaux divers nécessaires à ces fonctions, ou que s'il apporte ces matériaux, il ne peut point exciter les organes, il les laisse inactifs.

n suit de là que toute la portion de ce fluide, enlevée ordinairement au système artériel par ces diverses fonctions, reflue dans le système veineux avec la portion qui doit y passer naturellement, et qui est le résidu de celui qui a été employé: de là une quantité de sang beaucoup plus grande que dans l'état habituel; de là, par conséquent, bien plus de difficultés pour ce fluide à traverser le poumon.

Tous les praticiens qui ont ouvert des cadavres d'asi)iiixiés, ont été frappés de l'abondance du sang qu'on y rencontre. Le C. Portai a fait cette observation; je l'ai toujours constatée dans mes expériences.

Les causes relatives au poumon, qui, chez les aspMxiés, arrêtent dans cet organe le sang qui le traverse, sont, d'abord son défaut d'excitation par le sang rouge; en effet, les artères bronchiques qui y portent ordinairement cette espèce de fluide, n'3^

conduisent plus alors que <iu sang noir; ide là la couleur de brun obscur que prend cet organe, dès qu^on empêche d'une manière quelconque l'animal de respirer. On voit surtout très bien cette couleur, et on distingue même ses nuances successives, lorsque, la. poitrine étant ouverte, l'air ne peut pénétrer dans les cellules aériennes affaissées, pour rougir le sang qui y circule encore.

La noirceur du sang des veines pulmonaires concourt aussi, et même plus efficacement, vu sa quantité plus grande, à cette coloration qu'il faut bien distinguer des taches bleuâtres naturelles au poumon dans certains animaux.

Le sang noir circulant dans les vaisseaux broncMques, produit sur le poumon le même effet qui, dans le cœur, naît de son contact, lorsqu'il pénètre cet organe par les coronaires: il affaiblit ses diverses parties, empêche leur action et la circulation capillaire qui s'y opère sous l'influence de leurs forces toniques.

La seconde cause qui, dans l'interruption des phénomènes chimiques du poumon, gêne la circulation de cet organe, c'est le défaut de son excitation par l'air vital. Le premier effet de cet air parvenant sur les surfaces muqueuses des cellules aériennes, est de les exciter, de les stimuler, d'entretenir par conséquent le poumon dans une espèce d'érétisme continuel: ainsi les aliments arrivant dans l'estomac excitent-ils ses forces; ainsi tous les ré-

servoirs sont-ils agacés par l'abord des fluides qui leur sont habituels.

Cette excitation des membranes muqueuses pac les substances étrangères en contact avec elles, soutient leurs forces toniques, qui tombent en partie et laissent par conséquent la circulation capillaire moins active lorsque ce contact devient nul.

Les différents fluides aériformes, qui remplacent l'air atmosphérique dans les diverses asphixies, paraissent agir à des degrés très Aariés sur les forces toniques ou sur la contractilité organique insensible. Les uns, en effet, les abattent presqae subitement, et arrêtent tout-à coup la circulation que d'autres laissent encore durer pendant plus ou moins longtemps. Comparez l'aspliixie par le gaz nitreux, l'hydrogène sulfurée, etc., à celle par l'hydrogène pur, par le gaz acide carbonique, etc., vous verrez une différence notable. Cette différence, ainsi que les effets variés qui résultent des diverses asphixies, tiennent aussi, comme nous le verrons, à d'autres causes; mais celle-ci y influe bien évidemment.

Enfin la cause relative au cœur, qui chez les aspjiixiés fait stagner le sang dans le système vasculaire veineux, c'est l'affaiblissement du ventricule et de l'oreillette de ce système, lesquels, pénétrés dans toutes leurs fibres par le sang noir, ne sont plus susceptibles de pousser avec énergie ce fluide vers le poumon, de surmonter par conséquent la

résistance qu'il y trouve: ils se laissent donc clis^ tendre par lui, et ne peuvent non plus résister à l'abord de celui qu'y versent les veines caves. Celles-ci se gonflent aussi comme tout le système veineux, parce que leurs parois cessant d'être excitées par le sang rouge, étant toutes T)énétrées du noir, perdent peu à peu le ressort nécessaire à leurs fonctions.

Il est facile de concevoir, d'après ce que nous venons de dire, comment tout le système vasculaire à sang noir se trouve gorgé de ce fluide dans Taspliixie.

On comprendra aussi, par les considérations suivantes, comiTLent le système à sang rouge en contient une moindre quantité.

1°. Gomme l'obstacle commence au poumon, ce système en reçoit évidemment bien moins que de coutume; de là, ainsi que nous avons a^u, la cessation plus prompte des contractions du ventricule gaucke.

2"". La force naturelle des artères, quoiqu'affaiblie par l'abord du sang noir dans les fibres de leurs l^arois, est cependant bien supérieure à celle du système veineux, soumis d'ailleurs à la môme cause de débilité; par conséquent ces vaisseaux et le ventricule aortique peuvent bien plus facilement surmonter la résistance des capillaires de tout le cor^js, que les veines et le ventricule veineux peuvent vaincre celle des capillaires du poumon.

3°. Il u'y a dans la circulation capillaire générale qu'une cause de ralentissement, savoir, le contact du sang noir sur tous les organes, tandis qu'à cette cause se joint dans le poumon l'absence d'excitation habituelle déterminée sur lui par l'air atmosphérique. Donc au poumon, d'une part, plus de résistance est offerte au sang qu'y apportent les veines, et moins de force se trouve, d'autre part, pour surmonter cette résistance: tandis que dans toutes les parties on observe au contraire, à la terminaison des artères, et lors du passage de leur sang dans les veines, des obstacles plus faibles d'un côté, de l'autre des forces plus grandes pour vaincre ces obstacles.

4°. Dans le système capillaire général, qui est l'aboutissant de celui des artères, si la circulation s'embarrasse d'abord dans un organe particulier, elle peut se faire encore un peu dans les autres, et alors le sang reflue par là dans les veines. Au cont;raire, comme tout le système capillaire auquel aboutit celui des veines, se trouve concentré dans le pouirion, si ce viscère perd ses forces, sa sensibilité et sa contractilité organiques insensibles, alors il est nécessaire que toute la circulation veineuse s'arrête.

Les considérations précédentes donnent, je crois, Texplication de l'inégalité dans la plénitude des deux systèmes vasculaires, inégalité que les cadavres asphixiés ne présentent pas seuls, mais qui est aus^i

plus ou moins frappante à la suite de presque toutes les maladies.

Quoique le système capillaire général offre dans Faspliixie, moins de résistance aux artères, que le système capillaire pulmonaire n'en présente alors aux veines, cependant cette résistance, née surtout de Tabord dii sang noir à tous les organes dont il ne saurait entretenir les forces, y est très manifeste, et elle produit deux phénomènes assez remarquables.

Le premier est la stase dans les artères, d'une quantité de sang noir bien plus considérable qu'à l'ordinaire, quoique cependant beaucoup moindr-e que dans les veines. De là une grande difiiculté chez les asphixiés à faire les injections, qui réussissent en général d'autant mieux, que les artères sont plus vides: le sang qui s'y trouve alors est fluide, rarement pris en caillot, parce qu'il est veineux, et que tant qu'il porte ce caractère, il est moins facilement coagulable, comme le prouvent, 1°. les expériences des chimistes modernes; 2'^. la comparaison de celui renfermé dans les varices, ^vec celui contenu dans les anévrismes; 3". l'inspection de celui qui stagne ordinairement après la mort dans les veines dn voisinage du cœur, etc.

Le second phénomène né dans l'asphixie, de la résistance qu'oppose aux artères le système capillaire général affaibli, c'est la couleur livide que jjrésentent la plupart des surfaces, et les engorge-

ments des diverses parties, coname de la face, de la langue, des lèvres, etc. Ces deux phénomèues indiquent une stase du sang noir aux extrémités artérielles qu'il ne peut traverser, comme ils dénotent le même effet dans les vaisseaux pulmonaires, où Tengorgement est plus manifeste, parce que, comme je l'ai dit, le système capillaire est concentré là dans un très petit espace, tandis qu'aux extrémités artérielles il est largement disséminé.

Tous les auteurs rapportent la couleur livide des asphixiés au reflux du sang des veines vers' les extrémités; cette cause est peu réelle. En effet, ce reflux qui est très sensible dans les troncs, va toujours en diminuant vers les ramifications où- les valvules le rendent nul et même presqu'impossible.

Voici d'ailleurs une expérience qui prouve manifestement que c'est à 'l'impulsion du sang noir transmis i)ar le ventricule aortique dans toutes les artères, qu'il faut attribuer cette coloration :

1^. Adaptez un tube à robinet à la trachée-artère mise à nu et coupée transversalement en haut; 2°. ouvrez l'abdomen de manière à distinguer les intestins, l'épiploon, etc; 3°. fermez ensuite le robinet. Au bout de deux ou trois minutes, la teinte rougeâtre qui anime le fond blanc du péritoine, et que cette membrane emprunte des vaisseaux rampants au-dessous d'elle, se changera eu un brun obscur, que vous ferez disparaître et reparaître à volonté en ouvrant le robinet et en le refermant.

On ue i)eut ici, conime si on faisait l'expérience sur d'autres parties, soupçonner un reflux se pro- Ijageant du ventricule droit vers les extrémités veineuses; puisque les veines mésentériques font, avec les autres branches de la veine-porte, un système à part, indépendant du grand système à sang noir, et sans communication avec les cavités du cœur qui correspond à ce système.

Je reviendi^ai ailleurs sur la coloration des parties par le sang noir; cette expérience suffit pour X:>i'Ouver qu'elle est un effet manifeste de l'impulsion artérielle, laquelle s'exerce sur ce fluide étranger aux artères dans l'état ordinaire.

Il est facile, d'après tout ce que nous avons dit, d'expliquer comment le poumon est plus ou moins gorgé de sang, plus ou moins brun; comment les taclies livides répandues sur les différentes parties du cori)s sont plus ou moins marquées, suivant que l'aspliixie a été plus ou moins prolongée. , Il est évident que si avant la mort le sang noir a fait dix à douze fois le tour des deux systèmes, il engorgera bien davantage leurs extrémités, que s'il les a seulement parcourus deux ou trois fois, puisqu'à chacune il en reste dans ces extrémités une quantité plus ou moins grande par le défaut d'action des vaisseaux capillaires.

J'observe, en terminant cet article, que la rate est le seul organe de l'économie susceptible, comme le poumon, de pren<lre des volumes très différents.

A peine la trouve-t-on deux fois dans le même état. Tantôt très gorgée de sang, tantôt presque vide de ce fluide, elle se montre dans les divers sujets sous des formes très variables.

On a faussement cru qu'il j avait un rapport entre la plénitude ou la vacuité de l'estomac et les inégalités de la rate. Les expériences m'ont appris le contraire, comme je l'ai dit ailleurs; les inégalités, étrangères à la vie, paraissent survenir seulement à l'instant de la mort.

Je crois qu'elles dépendent spécialement de l'état du foie dont les vaisseaux capillaires sont l'aboutissant de tous les troncs de la veine-porte, comme les capillaires du poumon sont celui du grand système veineux; en sorte que quand les capillaires liéjjatiques sont aiîaiblis par une cause quelconque, nécessairement la rate doit s'engorger et se remplir du sang qui ne peut traverser le foie. Il survient alors, si je puis m'exprimer ainsi, une aspMxie isolée dans l'ax)pareil vasculaire abdominal.

Dans ce cas le foie est à la rate, ce que le poumon est aux cavités à sang noir dans l'aspbixie ordinaire: c'est dans le premier organe qu'est la résistance; c'est dans le second que se fait la stase sanguine. Mais ceci pourra être éclairé paj* des expériences sur des animaux tués de différentes manières. Je me propose de fixer rigoureusement, I)ar ce moyen, l'analogie qu'il y a entre le séjour

du sang dans les branches diverses de la yeineporte, et celui qu'on observe dans le système veineux général, à la suite des divers genres de moil. Je n'ai point observé de particularités i)Our la rate et son système de veines, dans l'asphixie ordinaire. An reste il est inutile de dire qu'on doit distinguer l'engorgement de ce viscère par le sang qui l'infiltré à l'instant de la mort, engorgement que tous ceux qui ont vu des cadavres ont observé, d'avec celui plus rare que déterminent, dans cet organe, les maladies diverses. L'insjjection suffit pour ne pas s'y méprendre.

QUE

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