‹ De l'influence que la mort du poumon exerce sur la mort du curChapitre 9 sur 9 · REMARQUES SUR LES DIFFÉRENCES QUE PRÉSENTENT LES DIVERSES ASPHIXIES · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LES DIFFÉRENCES QUE PRÉSENTENT LES DIVERSES ASPHIXIES

Quoique dans le double genre de mort dont je viens d'exi^oser l'enchaînement successif, le sang noir influe toujours spécialement, par son contact,

sur raffaiblissement et rinterruption de raction des organes, il ne faut pas croire cependant que cette cause soit constamment la seule. Si cela était, toutes les aspliixies se ressembleraient par leurs phénomènes, comme le prouvent les considérations suivantes:

D'un côté, il y a dans toutes ces affections interruption de la coloration du sang noir, et par conséquent circulation de cette espèce de sang dans le système artériel; d'un autre côté, le sang ne X)résente aucune nuance ijarticulière à chaque as- I>lij:s:ie; dans toutes il est le même, c'est-à-<iire qu'il passe dans l'appareil yasculaire à sang rouge, tel qu'il était dans l'appareil opposé. J'ai eu occasion de m'assurer très souvent de ce fait. Quelle que soit la manière dont j'ai essayé de faire cesser les fonctions chimiques du poumon, dans mes expériences, la noirceur m'a toujours paru à peu près uniforme.

Malgré cette uniformité relative aux phénomènes de la coloration du sang dans les asphixies, rien n'est plus varié que leurs symptômes et que la marche des accidents qu'elles occasionnent. Leurs différences ont rapport, tantôt au temps que, la mort reste à s'opérer, tantôt aux phénomènes qui se développent dans les derniers instants, tantôt à l'état des organes, à la somme des forces qu'ils conservent après que la vie les a abandonnés, etc.

1°. L'asphixie varie par rapport à sa durée: elle

est prompte dans les gaz hydrogène sulfuré, nitrenx, dans certaines vapeurs qui s'élèvent des fosses d'aisance, etc.; elle est plus lente dans les gaz acide carbonique, azote, dans l'air épuisé par la respiration, dans l'hydrogène pur, dans l'eau, dans le vide, etc.

2". Elle varie par les phénomènes qui l'accompagnent: tantôt l'animal s'agite avec violence, est pris de convulsions subites, finit sa vie dans une agitation extrême; tantôt il semble tranquillement voir ses forces lui échapper, passer d'abord de la vie au sommeil, et ensuite du sommeil à la mort. Lorsqu'on compare les nombreux effets du plomb des fosses d'aisance, des vapeurs du charbon, des différents gaz, de la submersion, etc., sur l'économie animale, on voit que chacune de ces causes l'influence d'une manière très différente et souvent opposée. , \

3°. Enfin les phénomènes qui suivent l'asphixie sont aussi très variables. Comparez le cadavre toujours froid d'un noyé, aux restes longtemps chauds d'un homme suffoqué par les vapeurs du cha.rbon; lisez le résultat des diverses expériences exjjosées dans le Rapport des commissaires de l'Institut, sur l'influence que le galvanisme reçoit des diverses asphixies; parcourez l'exposé des symptômes qui accomi)agnent le méphitisme 'des fosses d'aisance, symijtômes développés dans un ouvrage du 0. Halle, qui a aussi spécialement concouru au Eai)port dont

je viens de parler; rapijrocliez les nombreuses observations éparses dans les ouvrages de différents antres médecins, du C. Portai, de Lonis, de Haller, de Troja, de PecMin, de Bartholin, de IMorgagni, etc., etc.; faites les expériences les plus ordinaires, les plus faciles à répéter sur la submersion, sur la strangulation, sur la suffocation par les divers gaz : vous verrez partout des différences très remarquables dans toutes ces espèces d'aspMxies; vous observerez que chacune est presque caractérisée par un état différent dans les cadavres des animauA. qui y ont été exposés.

Pour rechercher la cause de ces différences, distinguons d'abord les asphixies en deux classes: 1°. en celles qui surviennent par le simple défaut d'air respirable; 2°. en celles où à cette première cause, se joint l'introduction dans le poumon d'un fluide délétère.

Lorsque le simple défaut d'air respirable occasionne l'asphixie, comme dans celles produites par le vide, l'iir la strangulation, par le séjour trop prolongé dans un air qui ne peut se renouveler, etc., par un corps étranger dans la trachée-artère, etc., etc.; alors la cause immédiate de la mort me paraît être uniquement le contact du sang noir sur toutes les parties, comme je l'ai exposé très en détail dans le cours de cet ouvrage.

L'effet général de ce contact est toujours le même, quelle que soit l'espèce d'accident qui le produise;

aussi les symptômes concomitauts et les résultats secondaires de tous ces genres de mort présentent ils en général peu de différence entre eux. Leur durée est la même; si elle varie, cela ne dépend que de l'interruption plus ou moins prompte de l'air qui est tantôt subitement arrêté, comme dans la strangulation, et qui tantôt n'est qu'en partie intercepté, comme lorsque ces corps étrangers ne bouchent qu'inexactement la glotte.

Cett^e variété dans la durée et dans l'intensité de la cause aspMxiante, peut bien en déterminer quelqu'une dans certains symptômes; tels sont la lividité et le gonflement plus ou moins grands de la face, l'embarras plus ou moins considérable du poumon, etc., le trouble plus ou naoins marqué dans les fonctions de la vie animale, l'irrégularité plus ou moins sensible du pouls, etc. Mais toutes ces différences ne supposent point de diversité de nature dans la cause qui interrompt les phénomènes chimiques; elles n'indiquent que des modifications diverses de cette même cause. Voilà, par exemple, 1^. comment un pendu ne meurt point de même qu'un homme suffoqué par une tumeur inflammatoire, de même que celui dans la trachée-artère duquel est tombée une fève, un poids, etc.; 2<^. comment, si on fait périr un animal sous une cloche pleine d'air atmo(sphérique, il resliera bien plus longtemps à s'asphixier que si l'on bouche la tracliée-artère avec un robinet, et bien moins que si

la cloclie contient de l'oxigène; 3°. comment les symptômes de l'aspMxie, à une hauteur de l'atmosphère où l'air trop raréfié n'offre pas assez d'aliment à la vie, dans une chaleur étouffante qui produit sur ce fluide le même effet, différent beaucoup en apparence de l'asphixie que déterminent l'ouverture subite de la poitrine, une compression très forte de cette cavité, en un mot toutes les causes qui font commencer la mort par les phénomènes mécaniques.

Dans tous ces cas, il n'v a qu'un principe unique de la mort, savoir l'absence du sang rouge dans le système artériel; mais suivant que le sang noir passe tout de suite dans ce système, tel qu'il était dans les veines, ou qu'il puise encore quelque chose dans le poumon, les phénomènes qui se manifestent pendant les derniers instants, et môme après la mort, varient singulièrement. Je dis après la mort, car j'ai constamment observé que dans toutes les asphixies produites par le simple défaut d'air respirable, plus la vie tarde à se terminer, et plus par conséquent l'état d'angoisses et de malaise qui la sépare de la mort, est prolongé par un peu d'air que reçoivent encore les poumons, moins l'irritabilité et même la susceptibilité galvanique se montrent avec énergie dans les expériences consécutives.

Mais si dans l'asphixie l'introduction d'un fluide aérifo]'me étranger dans les bronches, se joint au

défaut d'air respirable, alors la variété des symptômes ne tient plus à la variété des modifications de la cause aspMxiante, mais bien à la différence de sa nature.

Cette cause est en effet double dans le cas qui nous occupe. 1*^. Le sang resté noir faute des éléments qui le colorent, et porté dans tous les organes à travers le système artériel, comme dans le cas précédent, détermine également l'affaiblissement et la mort de ces organes, ou plutôt ne peut entretenir leur action. 2^. Des principes pernicieux introduits dans le poumon avec les gaz auxquels ils sont unis, agissent directement sur les forces de la vie, et les frappent de prostration et d'anéantissement, n y a donc ici absence d'un excita.nt propre à entretenir l'énergie vitale, et présence d'un délétère qui détruit cette énergie. -

J'observe cependant que tous les gaz n'agissent pas de cette manière: il paraît que xjlusieurs ne font périr les animaux que parce qu'ils ne coteninnent point les principes qui colorent le sang. Tel est, par exemple, l'hydrogène j)iir, où l'aspliixie s'opère à peu près de la même manière que lorsque la trachée-artère est simplement oblitérée, que lors-: que l'air de la respiration a été tout épuisé, etc. etc., et où, comme l'observent les commissaires de rinstitut, elle est beaucoup plus lente à s'effectuer que dans les autres fluides aérif ormes.

Mais lorsque, par les exhalaisons qui s'élèvent

à Pair libre, d'une fosse d'aisance, d'un caveau, d'un cloaque où des matières putrides se sont amas- Isées, un homme tombe asphixié à l'instant même où il les respire, et avec des mouvements convulsifs, des agitations extrêmes, etc., alors certainement il y a plus que l'interruption des phénomènes chimiques, et par conséquent que la non-coloration en rouge du sang noir.

En effet, 1°. il entre encore dans le poumon assez d'air respirable avec les vapeurs méphitiques dont cet air est le véhicule, pour entretenir pendant un certain temps la vie et ses diverses fonctions; 2°. en supposant que la quantité des vapeurs méphitiques fût telle qu'aucune place ne restât pour l'air respirable, la mort ne devrait venir que par gradation, sans des secousses violentes et subites; elle devrait être, en un mot, telle qu'elle est prod-uite par la simple privation de cet air: or la manière toute différente dont elle survient, indique qu'il y a ici, outre le contact du sang noir,' l'action d'une substance délétère dans l'économie animale.

Ces deux causes agissent donc simultanément dans l'asphixie par les différents gaz. Tantôt l'une prédomine; tantôt leur action est égale. Si le délétère est très violent, il tue souvent l'animal avant que le sang noir ait pu produire beaucoup d'effet; s'il l'est moins, la vie s'éteint sous l'influence de ce dernier autant que sous celle du premier; s'il

est faible, c'est principalement le sang noir qui suffoque.

Les aspliixies par les gaz ou les vapeurs méphitiques, se ressemblent donc toutes par l'affaiblissement qu'éprouvent les organes de la part du sang noir; c'est sous ce rapport aussi qu'elles sont analogues à celles que détermine la simple i^rivation de l'air respirable. Elles diffèrent par la nature du délétère; cette nature varie à l'infini; on croit la connaître dans quelques fluides aériformes, mais dans le plus grand nombre nous l'ignorons encore presque entièrement; elle nous est surtout peu connue dans les vapeurs qui s'élèvent des matières fécales longtemps retenues, des égouts, etc.

D'après cela je ferai abstraction de la nature spéciale des différentes espèces de délétères, et de la variété des symptômes qui peuvent naître de l'action de chacune en particulier; je n'aurai égard qu'aux effets qui résultent de cette action considérée d'une manière générale.

Je remarque aussi que la variété de ces effets peut beaucoup dépendre de l'état dans lequel se trouve rindividu, en sorte que le même délétère produira des symptômes divers suivant le tempérament, l'âge, la disposition du poumon, celle du cerveau, etc., etc. Mais en général ces variétés portent plus sur l'intensité, sur la force ou la faiblesse des symptômes, que sur leur nature qui reste assez constamment la même.

Comment les différentes substances délétères qui qui sont introduites dans le poumon, avec les vapeurs méphitiques qu'elles composent en partie, agissent-elles sur l'économie? Ce ne peut être que de deux manières; 1°. en affectant les nerfs du poumon, qui réagissent ensuite sympathiquement sur le cerveau; 2^. en passant dans le sang, et en allant directement porter, par la circulation, leur influence sur cet organe, et en général, sur tous ceux de l'économie animale.

Je crois bien que la simple action d'une substance délétère sur les nerfs du poumon, peut avoir un effet très marqué dans l'économie, qu'elle est même capable d'en troubler les fonctions d'une manière très sensible; à peu près coname une odeu]', en frappant simplement la pituitaire, agit sympa thiquement sur le cœur, et détermine la syncope, comme la vue d'un objet hideux produit le même effet, comme un lavement irritant réveille presque tout-à-coup et momentanément les forces de la vie, comme la vapeur du vinaigre, le jus d'oignon portés sur la conjonctive pendant la syncope, suffisent quelquefois pour réveiller tous les organes, comme l'introduction de certaines substances dans l'estomac se fait subitement ressentir dans toute l'économie, avant que ces substances aient eu le temijs de passer dans le torrent circulatoire, etc.

On rencontre à chaque instant de ces exemples où le simple contact d'un corps sur les surfaces

muqueuses, produit tout-à-coup une réaction sympathique sur les divers organes, et occasionne des phénomènes très remarquables dans tout le corps.

Nous ne pouvons donc rejeter ce mode d'action des (substances délétères qui s'introduisent dans le poumon. Mais la même raison qui nous porte à l'admettre dans jjlusieurs cas, nous engage à ne pas en exagérer l'influence.

\Je ne connais point, en effet, d'exemple où le simple contact d'un corps délétère sur une surface muqueuse, produise subitement la mort. Il peut l'amener au bout d'un certain temps, mais jamais la déterminer dans l'instant qui suit celui où il agit.

Cependant, dans l'asphixie des vapeurs méphitiques, telle est souvent la rapidité avec laquelle survient la mort, qu'à peine le sang noir a-t-il eu le temps d'exercer son influence, et que^ bien manifestement la cause principale de la cessation des fonctions est l'action des substances délétères.

Cette considération nous porte donc à croire que ces substances passent dans le sang à travers le poumon, et que, circulant avec ce fluide, elles vont porter à tous les organes, et principalement au cerveau, la cause immédiate de leur mort. Plusieurs médecins ont déjà soupçonné et môme admis, mais sans beaucoup de preuves, ce passage dans le sang, des substances délétères introduites par la respiration des vax^eurs méphitiques. Voici un très grand

nombre de considérations qui me paraissent l'établir d'une manière indubitable:

1°. On iie iDeut douter, je croiSj que le i>oison de la vipère, que celui de plusieurs animaux venimeux, que celui de la rage même, ne s'introduisent dans le système sanguin, soit par les veines, soit par les lymi)liatiques, et qu'ils ne déterminent par leur circulation avec le sang, les funestes effets qui en résultent. Pourquoi des effets plus funestes encore, et surtout plus subits, ne seraient-ils pas produits de la même manière dans les asphixies par les vapeurs méphitiques?

2°. Il paraît très certain qu'une portion de l'air qu'on respire passe dans le sang, et que, se combinant avec lui, il sert à sa coloration. Ce passage se fait à travers la membrane muqueuse môme, et non par le système absorbant, comme le prouve, dans mes expériences, la promptitude de cette coloration. Or, qui empêche que les vapeurs méphithiques ne suivent la même route que la portion respirable de l'air? Je sais que la sensibilité propre du poumon peut le mettre en rapport avec cette portion respirable, et non avec ces vapeurs; qu'il peut, par conséquent, admettre l'une et refuser les autres. Voilà même sans doute pourquoi, dans l'état ordinaire, les principes constitutifs de l'air atmosphérique, autres que celui qui sert à la vie, ne traversent point ordinairement le poumon, et ne se mêlent pas au sang. Mais, connaissons-nous

les limites précises des rapports de la sensibilité du poumon avec toutes les substances? ne peut-H pas laisser^ passer les unes, quoique délétères, et s'opposer à l'introduction des autres?

S"". La respiration d'un air chargé des exhalaisons qui s'élèvent de l'huile de térébenthine, donne aux urines une odeur particulière. C'est ainsi que le séjour dans une cliambre nouvellement vernissée, influe d'une manière si remarquable sur ce fluide. Dans ce cas, c'est bien évidemment par le poumon, au moins en partie, que le principe odorant passe dans le sang, pour se porter de là sur le rein; en effet, je me suis plusieurs fois assuré, qu'en respirant dans un grand bocal, et au moyen d'un tube, l'air chargé de ce principe, qui ne saurait alors agir sur la surface cutanée, l'odeur de l'urine est toujours notablement changée. Si donc le pouomn peut laisser pénétrer diverses substances étrangères à l'air respirable, pourquoi n'admettrait-il pas aussi les vapeurs méphitiques des mines, des lieux souterrains, etc. ?

4*. On connaît l'influence de la resi)iration d'un air humide sur la production des hydropisies. Plusieurs médecins ont exagéré cette influence qui n'est point aussi étendue qu'ils l'ont dit, mais qui cepen dant très réelle, prouve, et le passage d'un fluide aqueux dans le sang, avec l'air de la respiration, et, par analogie, la possibilité du passage de toute autre substance différente de l'air respirable.

5°. Si on asphixie un animal dans le gaz hydrogène sulfuré, et que, quelque temps après sa mort, on place sous un de ses organes, sous un muscle, par exemple, une plaque de métal; la surface de cette plaque contiguë à Forgane, devient sensiblement sulfurée. Donc le principe étranger qui ici est uni à l'hydrogène, s'est introduit dans la circulation par le poumon, a pénétré avec le sang toutes les parties que probablement il a concouru à affai^ blir, et même à interrompre dans leurs fonctions. Les commissaires de l'Institut ont observé, dans leurs expériences, ce phénomène qui prouve manifestement et directement le mélange immédiat des vapeurs méphitiques avec le sang, ainsi que leur action sur les organes. J'ai fait une observation analogue, dans l'asphixie, avec le gaz nitreux. On connaît les phénomènes de même nature, qui accompagnent l'usage du mercure, pris intérieurement ou extérieurement.

Je crois que nous sommes presque déjà en droit de conclure, d'après les phénomènes que je viens d'exposer, et d'après les réflexions qui les accompagnent, que les substances délétères dont les différents gaz sont le véhicule, passent dans le sang à travers le poumon; et que, portées par la circu> lation aux divers organes, elles vont les frapper de leur mortelle influence. Mais poursuivons nos recherches sur cet objet, et tâchons d'accumuler d'autres preuves sur les premières.

Je me suis assuré, par uu grand nombre d'expériences, qu'on peut, sur un animal vivant, faire passer dans le sang, par la voie du poumon, l'air atmosphérique en nature, ou tout autre fluide aériforme.

Coupez la trachée-artère d'un chien, pour y ada])ter un robinet; poussez, par ce moyen, et avec une seringue, une quantité de gaz plus considérable que celle que le poumon contient dans une inspiration ordinaire; retenez le gaz dans les bronches, en fermant le robinet: aussitôt l'animal s'agite, se débat, fait de grands efforts avec les muscles pectoraux. Ouvrez alors une des artères, même parmi celles qui sont les plus éloignées du cœur, comme ài la jambe, au pied: le sang jaillit aussitôt écumeux, et présente une grande quantité de bulles d'air.

Si c'est du gaz hydrogène que vous avez employé, vous vous assurerez qu'il a passé en nature dans le sang, en approchant de ces bulles une bougie allumée qui les enflammera. Je fais ordinaii-ement l'expérience de cette manière-là.

Quand le sang a coulé écumeux trente secondes et même moins, la vie animale s'interrom^jt; le chien tombe avec tous les symptômes de la mort qui succède à l'insufflation de l'air dans le système vasculaire à sang noir. Il j)érit bientôt, quoiqu'on donne accès à l'air en ouvrant le robinet, et en rétablissant ainsi la respiration.

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En général, dès que le sang s'est écoulé de l'artère, mêlé avec des bulles d'air, déjà il a porté son influence funeste au cerveau, et on peut assurer que, quelque moyen qu'on emploie, la mort est inévitable.

On voit qu'ici les causes qui déterminent la mort j:ont les mêmes que celles qui naissent de l'insufflation de l'air dans une veine. Toute la difl'érence est que dans le premier cas l'air passe du poumon dans le système artériel, et que dans le second, c'est du système veineux et à travers le poumon, qu'il se glisse dans les artères.

Dans l'ouverture cadavérique des animaux morts à la suite de ces expériences, on trouve tout l'appareil "S'asculaire à sang rouge, en commençant par l'oreillette et le ventricule aortiques, plein de bulles d'air plus ou moins importantes. Dans quelques cii'cou stances le sang passe aussi en cet état par le système capillaire général, et tout l'appareil vasculaire à sang noir est également rempli d'un fluide écumeux. D'autres fois les capillaires de tout le corps sont le terme où s'arrête l'air mêlé au sang, et alors, quoique la circulation ait encore continué quelque temps après l'interruption de la vie aninuile, cependant le sang noir ne présente pas la moindre bulle aérienne, tandis que le rouge en est jsurcliargé. '

Je n'ai jamais observé dans ces expériences, qui ont été très souvent répétées, que les bronches aient

éprouvé la moindre déchirure; cependant j'avoTie qu'il est diflicile de s'en assurer dans leurs dernières ramifications; seulement voici un phénomène qui peut jeter quelque jour sur cet objet: toutes les fois qu'on pousse l'air avec une trop grande impétu(>sité dans le poumon, on produit, outre le passage do ce fluide dans le sang, son inliltration dans le tissu cellulaire où il se propage de proche en Ijroche, et détermine par là l'emphysème de la poitrine, du cou, etc. Mais si l'impulsion est modérée, et que seulement la quantité d'air soit augmentée au delà de la mesure d'une grande inspiration, il n'y a que le i^assage de l'air en nature dans le sang, et jamaîri l'infiltration cellulaire.

Les expériences dont je viens de donner le détail, présentent des phénomènes qui se passent dans un état différent de l'inspiration ordinaire: je sens bien par conséquent qu'on ne peut en tirer une rigoureuse induction pour le passage des substances délétères dans la masse du sang; mais cependant je crois qu'elles en confirment beaucoup la possibilité, qui d'ailleurs est démontrée par plusieurs des remarques précédentes.

D'après tout ce qui a été dit ci-dessus, je ne pense pas qu'on puisse refuser d'admettre ce passage. En effet, 1°. nous avons vu que la seule transmission du sang noir dans les artères ne suffisait pas i)our rendre raison d'une foule de phénomènes infiniment variés que présentent les diverses a^-

phixies; 2°. que le simple contact, sur les nerfs pulmonaires, des substances délétères qui forment certaines vapeurs mépliitiques ne pouvait produire une mort aussi rapide que celle observée quelquefois dans ces accidents; 3°. que nous étions conduits conséquemment à soupçonner, d'après le défaut d'autres causes, celles du passage de ces substances délétères dans le sang; 4°. qu'une foule de considérations établissait positivement, ce passage qui se trouve ainsi prouvé, et par voie indirecte, et jjaj" voie directe.

Ce principe étant une fois établi, voyons quelles conséquences en résultent. La première de ces conséquences est le mode d'action qu'exercent les substances délétères sur les divers organes où les porte le torrent de la circulation.

Rechercher lé mécanime précis de cette action, ce serait quitter la voie de l'expérience pour entrer dans celle des conjectures. Je ne m'en occuperai pas plus que je ne me suis occupé à trouver comment le sang noir agit précisément sur les organés dont il interrompt l'action.

Je me borne donc à examiner sur quel système se porte principalement l'influence des substances délétères mêlées avec le sang dans diverses espèces d'asphixies. Or tout nous annonce, 1^. que c'est en général sur le système nerveux, sur celui surtout qui préside aux parties de la vie animale; car les fonctions organiques ne sont troublées que con-

sécuti veinent; 2°. qne dans le système nerveux animal, c'est le cerveau qui se trouve spécialement affecté; 3". que sous ce rapport le C. Pinel a eu raison de classer parmi les névroses différentes asphixies, celles, surtout, dans lesquelles il y a, outre le contact du sang noir, la présence d'un délétère. Voici différentes considérations qui me paraissent laisser peu de doutes sur cet objet.

1° Dans toutes les aspliixies où l'on ne peut révoquer en doute la présence d'un délétère, comme I)ar exemple dans celles produites par le plomb, les symptômes se rapportent presque toujours à deux phénomènes généraux et opposés; savoir, au spasme, à celui surtout des muscles à mouvement volontaire, où à une torpeur, à un engourdissement analogues aux affections soporeuses. Deux ouvriers sortent d'une fosse d'aisance de la rue Saint- Andrédes-Arts, frappés des vapeurs du plomb: l'un s'assied sur une borne, s'endort et tombe asptdxié; l'autre s'enfuit en sautant convulsivement jusqu'à la rue du Battoir, et tombe également asphixié. . Le sieur Verville s'approche d'un ouvrier tué par le plomb; il respire l'air qui s'exhale de sa bouche: soudain il est renversé sans connaissance, et bientôt il est pris de fortes convulsions. La vapeur du charbon enivre souvent, comme on le dit. J'ai vu périr les animaux asphixiés par d'autres gaz avec une roideur des membres, qui indique le i)lus violent spasme. Le centre de tous ces symptômes,

Porgane spécialement affecté dont ils émanent, est sans contredit le cerveau. Il arrive alors ce qui survient quand on met cet organe à découvert, et qu^on l'irrite ou qu'on le comprime d'une manière quelconque: l'irritation ou la compression donnent lieu tantôt à l'assoupissement, tantôt aux convulsions, suivant leurs degrés, et quelquefois suivant la disposition du sujet. Ici il n'y a point de compression; mais l'irritant est le délétère apporté au cerveau par la circulation.

2°. La vie animale est toujours subitement interrompue avant l'organique, dans les cas où l'asphixie a été telle qu'on ne peut soupçonner le contact du sang noir de l'avoir seul produite. Or le centre de cette vie est le cerveau; c'est lui auquel se rapportent les sensations et d'oii partent les volitions. tout doit donc être anéanti dans les phénomènes de nos rapports avec les êtres voisins, lorsque l'action cérébrale a cessé.

3°. J'ai ijrouvé que lorsque le sang noir tue seul l'animal, le cerveau se trouve d'abord spécialement affecté par son contact. Pourquoi les substances délétères qui, dans l'asphixie, sont apportées comme le sang par les artères céphaliques, n'agiraient-elles pas de la même manière sur la plupe cérébrale ? ;

4°. J'ai poussé par la carotide différents gaz délétères, l'hydrogènes sulfuré, par exemple; j'ai fait parvenir au cerveau quelques-unes des substances

connues qui vicient la nature de ces gaz, en les mêlant avec des liquides; et toujours l'animal a péri asphixié, soit avec les symptômes de spasme, soit avec ceux de torpeur indiqués plus haut. En général, rien de plus semblable aux asphixies des différents gaz délétères, que la mort déterminée par les substances nuisibles, quelle que soit leur nature, qu'on introduit artificiellement dans la carotide pour les faire parvenir au cerveau. J'ai exposé dans un des articles précédents plusieurs expériences relatives à cet objet.

5°. Tous les accidents qu'entraînent après elles ces sortes d'aspliixies, lorsque le malade revient î\ la vie, supposent une lésion, un trouble dans le svstème nerveux, dans celui surtout dont le cerveau est le centre. Ce sont des paralysies, des tremblements, des douleurs vagues, des dérangements dans l'appareil sensitif extérieur, etc., etc.

Concluons ;d0s considérations prcéédentes, que c'est sur le cerveau, sur le système nerveux cérébral, et par conséquent sur tous les organes de la vie animale qui en sont dépendants, que les princii)es délétères Introduits dans la grande circulation par les asphixies, portent leur première et leur principale influence, et que c'est de la mort de ces parties que dérive spécialement celle des autres. Les divers organes sont sans doute aussi frappés et affaiblis directement dans ce cas; ils peuvent même mourir par le contact inunédiat des

principes qui j abordent avec le sang ; et sous ce rapport, leur action est analogue à celle que nous avons dit être produite par le contact du sang noir. Mais tous ces pliénomènes sont constamment bien plus marqués dans la ^ie animale que dans l'organique, où ils se développent sans doute comme nous avons dit que cela arrive par le contact du sang noir.

Au reste, n'oublions jamais d'associer dans la cause de ces sortes de mort, l'influence de ce sang noir à. celle des délétères, quoique nous ayons fait ici abstraction de cette influence. Elle est d'autant plus marquée, que la circulation a continue plus longtemps après la première invasion des symptômes, parce que le sang noir a eu plus le temps de pénétrer les organes.

D'après ce que nous avons dit de l'introductioji des délétères dans le sang, et de leur action sur les diverses parties, on se fera aisément, je pense, une idée de toutes les différences indiquées plus haut dans les asphixies qu'ils produisent. La nature infiniment variée de ces délétères, doit produire en effet des symptômes très différents par leur intensité, par leur rapidité, i)ar les traces qu'ils laissent, et dans la vie des organes de celui qui échappe à l'asphixie, et dans les cadavres de ceux qui y succombent.

Au reste, ces différences tiennent beaucoup à la disposition du sujet: le même délétère peut^ com-

me je l'ai dit, produire, suivant cette disposition, clés effets très divers, et quelquefois opposés en upparence.

I II. DANS LE PLUS GRAND NOMBRE DES MALADIES LA MORT COMMENCE PAR LE POUMON

Je viens de parler des morts subites; disons un mot de celles qui succèdent lentement aux diverses maladies. Pour peu qu'on ait observé d'agonies, on s'est, je crois, facilement persuadé que le plus grand nombre termine la vie par une affection du poumon. Quel que soit le siège de la maladie principale, que ce soit un vice organique, ou une lésion générale des fonctions, telle qu'une fièvre, etc., presque toujours dans les derniers instants de l'existance, lo poumon s'embarrasse; la respiration devient pénible; l'air sort et entre avec peine; la coloration du sang ne se fait que très diflicilement; il passe presque noir dans les artères.

Les organes déjà affaiblis généralement par la maladie, reçoivent bien plus facilement alors l'inlluence funeste du contact de ce sang, que dans les asphixies, où ces organes sont intacts. La perte des sensations et des fonctions intellectuelles, bientôt celle des mouvements volontaires, succèdent à l'embarras du poumon. L'homme n'a plus de rapport

avec ce qui l'entoure; toute sa vie animale s'interrompt, parce que ie cerveau pénétré par le sang noir, cesse ses fonctions qui, comme on sait, président à cette vie.

Peu à peu le cœur et tous les organes de la vie interne se pénétrant de ce sang, finissent aussi leurs mouvements. C'est donc ici le sang noir qui arrête tout à fait le mouvement vital que la maladie a déjà singulièrement affaibli. En général, il est très rare que cet affaiblissement né de la maladie, amène la mort immédiate; il la prépare; il rend les organes entièrement susceptibles d'être infl.uencés par la moindre altération du sang rouge. Mais c'est presque toujours cette altération qui finit la vie. La cause de la maladie n'est alors qu'une cause indirecte de la mort générale; elle détermine celle du poumon, laquelle entraîne ensuite celle de tous les organes.

On conçoit très bien, d'après cela, comment le peu de sang contenu dans le système artériel des cadavres est presque toujours noir, ainsi que nous l'avons déjà dit. En effet, 1°. le plus grand nombre de morts commence par le poumon; 2f\ nous verrons que celles qui ont leur principe dans le cerveau, doivent présenter aussi ce phénomène. Donc il n'y a que celles, assez rares, où le cœur cesse subitement d'agir, à la suite desquelles le sang rouge peut se trouver dans l'oreillette et le ventricule aortiques, ou dans les artères. En général on

ne fait guère une semblable observation que dans le cœur des animaux qui ont péri subitement d'une grande hémorragie, dans celui des guillotinés, etc., quelquefois dans les cadavres de ceux qui ont fini par une syncope, circonstance où cependant cela n'arrive pas toujours.

D'après la fréquence des morts qui commencent par un embarras de poumon, on conçoit aussi comment cet organe se trouve presque toujours gorgé de sang dans les cadavres. En général, il est d'autant plus gros, plus pesant, que l'agonie a été plus longue.

Quand ces deux choses, 1°. la présence du sang noir dans le sy>stème vasculaire à sang rouge, 2\ l'engorgement du poumon par ce sang noir, se trouvent réunies, on peut dire que la mort a commencé chez le sujet par le poumon, quelle qu'ait été d'ailleurs sa maladie. En effet, la mort n'enchaîne jamais ses phénomènes immédiats (je ne parle pas des phénomènes éloignés) que de l'un des trois organes, pulmonaire, céphalique ou cardiaque, à tous les autres. Or nous avons déjà vu, d'un côté, que si elle a son principe dans le cœur, il y a vacuité presque entière des vaisseaux pulmonaires, et ordinairement présence du sang rouge dans le ventricule aoi-tique; d'un autre côté nous verrons que si la mort frappe d'abord le cerveau, on observe, il est vrai, du sang noir dans l'appareil à sang rouge, mais aussi nécessairement le poumon se trouve alors

yide, à moins qu'une affection antécédente et étrangère aux phénomènes de la mort ne l'aifc engorgé, Donc le signe que j'indique ici, dénote que les premiers phénomènes de la mort se sont d'abord dé- ^^eloppés dans l3 poumon.

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