DU DROIT D*ASILE
grand nombre de conciles publièrent des canons en faveur de cette immunité.
Citons d'abord entre beaucoup d'autres, deux de ce^ canons^ Tun du vi* siècle, l'autre du ix*. Voici le premier, tiré du concile d'Orléans, tenu en l'année 51 1 :
a Nous décidons qu'on observera ce qu'ont décc crété les canons ecclésiastiques et la loi romaine, « à savoir qu'il ne soit permis à personne d'enlever
< les accusas ou criminels des sanctuaires et vesti- « bules des églises, non plus que de la maison des
< évêques où ils auront cherché un asile : on ne doit « pas non plus les remettre aux mains d'un magis- « Irat, à moins que celui-ci ne jure sur l'Évangile « d'épargner la vie et le corps de ce malheureux et « de ne lui infliger aucun châtiment corporel ; on c doit cependant veiller à ce que le criminel qui aura « profité de l'asile donne une satisfaction convenable « à celui qu'il aura lésé. » (1)
Trois siècles après, en 81 3, un concile de Mayence s'exprime à peu près dans le même sens: « queper- « sonne ne puisse enlever par force un accusé qui se
(1) Condl. Aurelian. ann. 511, cap. xxxvi.
ou DROIT d'asile. 217
<r sera réfugié dans une église et ne le livre à la mort « ou à une peine grave, afin de conserver l'honneur « qui est dû à Dieu et à ses saints. Mais que les rec- « teurs ou desservants de TÉglise s'efforcent de sau- « ver la vie et les membres de ce malheureux, et « d'obtenir qu'on lui accorde la paix : sans préjudice « néanmoins d'une composition légitime pour ce qu'il « aura fait d'injuste» (1).
Ainsi l'Église stipulait toujours l'abolition de la peine de mort pour quiconque était venu s'abriter sous ses autels. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner cette grande réforme proposée dans notre droit pénal : mais on sait qu'elle est devenue en quelque sorte le dernier mot de la philantropie moderne.
Au surplus, voici un trait de la vie de St Bernard qui éclairera d'une lumière plus vive encore le véritable esprit dans lequel l'Église entendait le droit d'asile.
Ce grand saint, étant abbé de Citeaux, rencontra un brigand de grand chemin que l'on conduisait à la potence. Il s'empressa de le soustraire à ce supplice et le fit mener dans son monastère. Thibaud^ comte
(1) Concîl. Mogant. ann. 813, cap. ix.