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de Champagne, déclara qu'il lui en coûtait beaucoup de laisser dans l'impunité un criminel aussi endurci, qui avait donné au pays le scandale des plus abominables forfaits. Saint Bernard lui répondit que bien loin d'accorder un pardon complet à ce misérable, il comptait bien lui faire subir des tourments plus durables et plus rudes encore ; qu'il voulait l'attacher à une croix pour plusieurs années, et lui faire endurer une longue mort dans les tourments d'une longue pénitence. ^
En effet, le brigand délivré du supplice avait été conduit à Clairvaux, où on lui avait coupé les cheveux et fait prendre l'habit monastique : il y vécut encore trente ans en se soumettant aux plus pénibles épreuves d'une pénitence rigoureuse (1).
N'est-ce pas là la mise en œuvre de la théorie du système pénitentiaire, que l'on croit être une invention récente et qui a été pratiquée par TÉglise depuis plusieurs siècles?
Au surplus, à supposer même que le droit d'asile favorisât souvent des évasions et une certaine impull) Biblioth. Cisterc, tom. I, p. 51-52, tom. II, p. 17, etThomassin. De la Discipline de l'Église^ tom. II, p. 1868.
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nité, gardons-nous de blâmer ces excès d'indulgence et de miséricorde ; car ils faisaient contrepoids à des excès inouïs de vengeances et de cruautés. Dans * la première période du moyen âge, où le sang et les larmes couvraient presque partout la face de la terre, on devait au christianisme de rencontrer çà et là des espèces d'Oasis où tout était paix, espérance et consolation : c'était lui, qui , après avoir fondé les monastères et bâti les Églises, interdisait aux haines sanglantes d'en franchir jamais le seuil.
Peu importe, après cela, que, dans son volontaire et saint aveuglement, le clergé chrétien sauvât quelquefois le coupable avec les innocents, l'opprimé avec les oppresseurs. D'abord, dans ces temps de désordres et de violences, il aurait été presque toujours fort difficile de discerner quelle était la cause la plus équitable et la plus juste. Ensuite la religion ne repousse pas le coupable lui-même : seulement elle lui impose le repentir et la pénitence. Or, à cette époque, il y avait moins loin qu'on ne pense de Thabifude des plus grands forfaits à la pratique des plus
héroïques vertus. L'abîme qui semble séparer au-
jourd'hui le crime de la sainteté était souvent franchi
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en un moment par ces hommes plutôt passionnés que dépravés, plutôt emportés que pervers. Il suffisait, pour les éclairer et les changer entièrement, d'un rayon de la grâce parti de ce sanctuaire où ils avaient trouvé un asile après que toutes les portes s'étaient fermées dans le monde sur leur misère et leur abandon.
Il faut donc ne pas juger le passé avec les idées du présent, et savoir faire la part des temps et des mœurs. Mais c'est précisément la règle qu'à suivie l'Église dans le gouvernement des affaires mixtes qui l'ont mise en rapport avec les sociétés temporelles ; c'est ce qu'elle a fait notamment au sujet du droit d'asile, dont nous nous occupons en ce moment.
Aussi dans le seizième siècle la discipline change totalement sur ce point. Le concile de Cologne en 1536 permet d'arracher des autels les voleurs publics, les homicides volontaires, ceux qui font des larcins dans les cimetières et dans les Églises, enfin ceux qui commettraient des crimes dangereux pour la société, pourvu que le magistrat ne s'en saisisse qu'après les avoir examinés avec l'official de Tévêqùe (1).
(l)Can20.
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Déjà, en 1504, le pape Jules II avait écrit aux évêques anglais que ceux qui seraient atteints des crimes de lèse-majesté, d'homicide, ou de vols sur les grands chemins, devraient être retirés de force des églises où ils se seraient réfugiés (1 ).
L'ordonnance de 1539, rendue par François P% fit un pas de plus; elle ordonna que quand il y aurait prise de corps décernée contre des accusés, ils pourraient être tirés de la franchise des Églises, sauf à les réintégrer, s'il était ainsi ordonné par le juge.
« On pouvait encore douter après cela, dit Tho- < massin, si c'était au juge de l'Église, ou au laïque, € de tirer les criminels hors de l'Église. Les avis « sont partagés, mais les magistrats se sont mis en « possession de le faire en France, et en Espagne » (2).
On ne voit pas que le clergé de ces deux pays, d'ailleurs si éminemment catholiques, ait fait de bien sérieuses protestations contre le droit nouveau que s'y est arrogé la magistrature civile (3) ; celle-ci agissait
(1) Rainald, n« 35.
(2) Thomassin, ibid., p. 1876.
(3) n y a eu pourtant des remontrances du clergé de France à ce sujet ; mais ces remontrances, mal accueillies par le pouvoir civil, n'ont pas été réitérées.
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d'ailleurs dans un intérêt purement social, et employait dans Texereiee de son autorité tous les égards et tous les ménagements com patibles avec ce qu'elle regardait comme un devoir.
Ainsi que nous l'avons dit plus haut, l'Église a eu égard à la différence des époques ; ce qui avait été un bienfait social au onzième siècle devenait au seizième siècle l'occasion de beaucoup d'abus. De plus, si elle avait désiré le maintien des asiles, c'était afin de pouvoir, comme l'avait fait saint Bernard, donner le temps aux coupables d'expier leurs crimes en faisant une longue et sévère pénitence ; cela était devenu impraticable dans nos temps modernes. On a donc vu l'Église, de concert avec les princes, renoncer de bonne grâce à des immunités qui pouvaient gêner l 'action de la justice, dans un état de société où l'on tient avant tout à la régularité des rouages administratifs.
Que deviennent, en présence de ces faits bien établis et bien prouvés, les accusations portées contre l'ambition et l'esprit d'envahissement du pouvoir ecclésiastique? Quand la société temporelle, encore dans une sorte d'enfance, appelle l'Eglise à son secours,
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celle-ci accepte des privilèges qu'elle n'aurait ni sollicités, ni même désirés : plus tard la société tempoporelle, se croyant devenue majeure, lui demande Fabandon de ces mêmes privilèges ; elle l'obtient sans la moindre peine.
Au surplus, l'Église avait déjà provoqué de graves restrictions au droit d'asile, soit par la voix de quelques-uns de ses conciles, soit par Torgane de la papauté: elle avait en quelque sorte donné elle-même au pouvoir civil le signal de cette grande réforme. Comment ne s'y serait -elle pas prêtée avec cette condescendance et cette abnégation qui la caractérisent toujours, quand on ne lui demande que de sacrifier des avantages temporels.