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CHAPITRE XIV

DE LINFLUENGE DES CONCILES SUR l'eSPRIT DE DÉLIBÉRATION.

On s'est demandé d'où venait^ au moyen âge, Tesprit de délibération qui avait fini par prévaloir dans les Cortès d'Espagne^ dans les diètes germaniques et polonaises, dans les états^généraux de France et dans le parlement d'Angleterre, cet esprit que l'on retrouvait partout, dans les états provinciaux, dans les assemblées de communes et jusqiies dans les réunions de paroisse. Évidemment, on en trouvera l'origine, au moins en partie, (1) dans le salutaire exemple que l'Église en a donné dans ses conciles et ses synodes si multipliés

(1) Je ne prétends pas nier l'influence des traditions gennaniques à cet égard i maisi^les deux causes ont concouru au même

résultai

DB L*1NFLUBNCB DBS CONCILES, ETC. ^57

dès les premiers siècles de Tère chrétienne (1). Or, des états particuliers et généraux, des anciennes assemblées provinciales et nationales, sont nés les corps législatifs, les parlements, les chambres et les congrès d'aujourd'hui : ce sont ces assemblées qui, dans les républiques, comme celles des États- Unis, représentent la nation tout entière, et partagent avec le pouvoir exécutif la direction des affaires publiques: ce sont elles encore qui, dans les monarchies, coopèrent à la confection des lois et exercent sur les actes du gouvernement un utile controle. Ces assemblées sont ou doivent être les organes de toutes les opinions raisonnables, les échos de toutes les plaintes légitimes, les foyers appelés à concentrer l'action des plus vives et des plus grandes lumières du pays ; enfin, grâce à elles, le gouvernement ne saurait jamais avoir l'air de se prendre lui-même pour but, mais il doit montrer qu'il s'attache à consulter l'opinion publique, et qu'il recherche l'avantage et le bonheur du plus grand nombre*'

(1) C'est ropinion d'un grand publiciste catholique, mort il j a peu d'années, — Jacques Balmès, ^ qui fut une des gloires de l'Espagne. Voir le Protestantisme comparé au Cathol^isme, tom. m, de la traduction française, p. 293.

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La discussion, toujours libre comme le vote, n'a pas le caractère des discussions politiques, où tout peut être mis en question. Les vérités de la foi et de la morale se constatent, elles ne se prouvent pas comme des thèses de droit public. « On ne doit pas employer, en annonçant Jésus-Christ, dit saint Paul, le langage persuasif de la science humaine, mais montrer les effets sensibles de l'esprit divin, afin que la foi ne soit pas établie sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu (1). » Sans doute la même méthode ne saurait être à l'usage de nos assemblées délibérantes : mais il en résulte un tel désintéressement de soi dans chacun des orateurs du concile, un dévouement si complet à la vérité et au bien des fidèles, que, si des qualités semblables existaient, même à un degré relatif dans les membres de nos parlements, leurs lois et leurs votes seraient bien plus près de la perfection.

Sans doute la faiblesse humaine peut se faire jour dans les discussions des conciles, mais tout est calculé pour en prévenir les écarts.

Ainsi, l'emploi de la langue latine doit contri-

(l) Corinth. H, 1 et suiv.

Sun l'esprit de délibération. 261

buer à tenir la gravité dans les débats. Une langue morte, un idiome qui n'est pas usuel, ne se prêtent pas à la vulgarité et à l'emportement. Du reste, il y a dans le génie même du latin une certaine austérité, une certaine ampleur qui rappellent à la fois Caton et Cicéron. L'idée de l'éloquence latine • semble liée à celle de la toge sénatoriale que les patriciens de Rome portaient avec une si majestueuse fierté.

Les pères du futur concile, venus de toutes les parties de l'univers, seront, comme les patriciens du genre humain tout entier. Seulement, l'humilité chrétienne, sans leur ôter la dignité du caractère^ efiacera chez eux l'orgueil et la hauteur des patriciens antiques.

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