‹ De l'influence sociale des concilesChapitre 53 sur 60 · DISTINCTION OU SÉPARATION DES DEUX POUVOIRS · texte numérisé non relu

DISTINCTION OU SÉPARATION DES DEUX POUVOIRS

Du moment que le christianisme a été reconnu officiellement dans le monde, les empereurs et les princes de la terre ont souvent provoqué du Saint- Siège, la convocation des conciles ; ils ont toujours demandé la faculté d'y assister avec voix consultative, par eux-mêmes ou par leurs représentants.

On sait la part active que Constantin prit au concile de Nicée, celle qu'eut l'empereur Sigismond au concile de Constance par lequel s'est terminé le grand schisme d'Occident. Les conciles de Vérone et de Toulouse qui cherchèrent à pacifier la société au commencement du treizième siècle, étaient véritablement des assemblées mixtes, . tant J'élément temporel y était largement repré-

DianvcnoN od bépabation sbs dbux povvoiiis. 963

sente. Le concile de Trente fut désiré par Charles- Quint et par nos rois de France ; s'il n'étouffa pas le protestantisme, il en modéra la propagation, et, à la prétendue réforme il opposa la vraie réforme de rÉglise.

Mais depuis le quatrième siècle jusqu'en 1789, il y a eu une alliance intime entre l'Eglise et l'Etat; les rois et les empereurs, par la cérémonie du sacre, semblaient devenir des évêques du dehors. C'était en quelque sorte^ comme on l'a dit, un huitième sacremement.

Dans le dix-neuvième siècle, on a cherché, parmi les nations même les plus chrétiennes, à démolir le droit divin. Autrefois le roi, qui recevait l'onction sainte, semblait revêtu d'un prestige nouveau et d'une sorte d'inviolabilité. On ne veut plus de Rex unctus ; il ne faut plus aujourd'hui aux souverains, même de vieille race, que le baptême populaire.

Nous ne savons pas si ce sacrement démocratique assure aux trônes plus de stabilité, promet aux peuples plus de bonheur. Ce qu'il y a de certain, c'est que les princes de la terre eux-mêmes semblent accepter le droit nouveau.

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On tend à dénouer peu à peu les liens qui rattachaient l'Etat à TËglise. « L'Eglise, dit-on, gagnera en liberté ce qu'elle perdra en protection : on lui remettra la garde de ses temples, on lui assurera en rentes sur le grand livre I9 paiement de son budget.

c Les gouvernements n'exerceront plus sur elle ni surveillance, ni pression d'aucune sorte. L'Etat ignorera l'Église ou semblera l'ignorer. Elle sera couverte par le droit commun contre toute atteinte à ses propriétés, contre toute confiscation ou suppression de ses rentes, contre toute espèce de trouble porté à son culte. »

Telle est, du moins, la solution que propose^ avec une entière bonne foi et d'excellentes intentions, M. Prévost Paradol, dans son remarquable ouvrage intitulé la France nouvelle. Le régime dont ce publiciste trace le plan suppose un respect inviolable pour la liberté. II exigerait de la part du gouvernement qui en poursuivrait l'établissement une parfaite honnêteté, une loyauté siupérieure. Or les souverains qui l'inaugureraient maintenant en France et en Allemagne en obseveraient fidèlement les conditions, nous aimons à le croire. Mais les empires et les royautés

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durent si peu» aujourd'hui ! Les gouvernements révolutionnaires et démocratiques ont de si grands besoins pécuniaires ! La tentation serait bien forte ! Et il est si facile de confisquer des rentes sur TÉtat! Un décret est bientôt signé, inséra au journal officiel, et, du soir au lendemain , la banqueroute partielle est consommée.

£t puis^ les banqueroutes générales sont-elle donc devenues absolument impossibles!

Il est vrai que la solution proposée par M.

Pàradol n'est pas la seule que l'on puisse imaginer.

Aux Etats-Unis^ par exemple, on n'a pas exclu l'Eglise de la propriété territoriale. L'association des catholiques est reconnue par l'Etat, qui la protège loyalement, comme toute association religieuse ou industrielle. Elle n'est donc pas ignorée par le gouvernement. Seulement, comme ce gouvernement n'est pas catholique, il n'accorde à l'Église que la protection du droit commun.

Cela parait très-simple en principe. Cependant l'organisation de l'Église catholique aux États-Unis s'est faite lentement et ^laborieusement, quoiqu'il y ait eu de la part de l'Eglise et de celle de l'État beau-

t66 msTmonoN ou sirAiATioN m» deux pouvons.

ooup de loytiité et de bonne foi. Le régime qui a prévalu, depuis le dernier concile de Baltimore^ semble concilier tous les intérêts. Mais que Ton se donne la peine de lire, dans le Correspondant du 25 octobre dernier, un article de M. de Chabrol sur ce sujet difficile et délicat : on y verra par combien de tâtonnements et à travers quelles difficultés l'Église cadio- Kque est arrivée à se cré^ un modus vwendi avantageux pour elle et acceptable pour les divers états de TUnion.

Il y a très peu de temps que ces concordats I0MUX9 si Ton peut s'exprimer ainsi, ont été conclus (1) dans les principaux centres et dans les villes même les plus éclairées. Ainsi, à New-Yorck, l'arrangement définitif entre l'État et l'Église ne date que de 1863 !

Sii la question a été si difficile i régler aux États- Unis, où aucune tradition n'existait, et où le Gouvernement, représentant de la majorité, ne croyait pas au catholicisme, combien ne serait-elle pas plus embarrassante à résoudre pour nos vieux gouverne- Ci) Et encore il parut quedes ntodifications y seront peut-être denumdées !

DitnoreTioN ou sApàiation dbs deux muvoim. nei

ments d'Europe, et pour l'Église elle-même, dont rhéritage serait presque impossible à liquider.

D'ailleurs, nos gouvernements européens sont tel* lement ombrageux, qu'ils se résoudraient difficilement à laisser se mouvoir librement, en d^ors de leur action, une association aussi pleine de vitalité et de puissance que l'Église catholique. Ils ne sont que trop disposés à regarder comme ennemi tout ce qui est indépendant.

Si donc ils se décidaient à prononcer la séparation de TÉtat d'avec l'Église, on pourrait penser que ce

ne serait ps^ dans des vues d'impartiale protecticm. Ce nouveau régime serait une concession évidente à cette société non-chrétienne qui n'existait pas il y a cent cinquante ou deux cents ans, et qui s'est formée peu à peu à côté de l'Église et trop souvent même cœitre l'Église. Comme l'a dit dernièrement un ingénieux érudit, nous serions placés dans un état de choses voi&in sous certains rapports de celui sous lequel vivait le christianisme^ pendant le règne des empereurs payens,lorsque la persécution venait à cesser entièrement. Ce ne serait certes pas un progrès de rétrograder ainsi jusqu'au troisième sièd&^e notre

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ère ; il n'y aurait rien à gagner pour la civilisation à voir des gouvernements indifférents ou secrètement hostiles à l'Église, la replacer sous leur inquiète surveillance, et lui mesurer d'une main avare et jalouse la liberté de posséder. Cependant, si l'on se donnait la peine d'étudier les premiers temps du christianisme, on serait bien amené à reconnaître que la société païenne elle-même fût forcée par les nécessités de la paix publique, d'accorder à la société des chrétiens le droit de propriété collective. On n'avait recours aux confiscations que lorsque la persécution était déclarée, et que l'on cherchait à exterminer à tout prix le culte nouveau (1). Donc les gouvernements qui refuseraient aux membres de l'Église catholique le droit de mettre le pied sur un coin de terre qui fût à eux, seraient conduits à adopter la politique à outrance des Dèce et des Dioclétien.

(1) C'est ce que prouve très -clairement, et avec une grande abondance d'érudition, M. de Richemont dans un art. intitulé : Le cimetière de Callist^ devant l' histoire ^ p. 49, 50 et suivantes, Revue des questions historiques, du l*"^ janvier 1869, et c'est ce qui ressort ides découvertes curieuses faites par M. de Rossi au moyen des inscriptions si souvent mutilées des Catacombes, qu'il a interprétées et commentées avec une rare et profoQ^eLhabile||I

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