CLINIQUE
jours à cause de la jeunesse ordinaire de la grossesse, l'œuf, la plupart du temps, s’est décollé silencieusement (1) et le sang se met à couler goutte à goutte par le pavillon, non moins en silence. Il en résulte qu'avant les accidents graves, qui forcément nous mettront en garde, il existe ordinairement une sorte de période prodromique mais pendant laquelle l'attention n'est pas éveillée, au moins au début.
La femme, en effel, commence seulement par se sentir mal à l'aise. C'est un malaise indéfinissable : un peu d'écœurement, de lourdeur de tête et de pesanteur abdominale ; et la patiente y prête elle-même d'autant moins attention, du moins au début, que le décollement de l'œuf s’est souvent fait à l’occasion d’excès, excès de table ou de coït, qui suffiraient à eux seuls, au prime abord, à expliquer ces légers troubles.
Mais ceux-ci, loin de s’atténuer, s’en vont augmentant, soit insensiblement, soit par poussées successives ; parfois apparaît une légère perte vaginale, mais surtout la céphalée, les vertiges, la lipothymie : enfin, brusquement, lorsque cette hémorragie silencieuse a atteint certain degré — et \ y a parfois déjà 24 heures que cela dure el deux ou trois litres de sang dans le ventre — comme si une dernière goutte venait faire déborder le vase, brusquement la femme à une syncope et perd plus ou moins connaissance. C’est vers ce moment aussi que la douleur est devenue plus nette: ce n’est plus la vague pesanteur du début, mais ce sont des coliques qui, pour n'être pas
(4) Dans certaines observations on peut pourtant trouver une douleur passagère à ce moment, puis tout semble rentrer dans l'ordre.
toujours aussi vives ni aussi nettement limitées en un point que dans les cas de rupture, n'en sont pas moins souvent violentes.
Enfin, à partir de ce moment, toutle syndrome de grave hémorragie interne est constitué : pàleur du visage, décoloration des muqueuses, refroidissement et cyanose des extrémités, facies grippé, anxieux, pouls petit, rapide, fuyant, puis filforme et incomptable, tandis que la tempéralure reste basse et parfois au-dessous de la normale.
A ce tableau s'ajoutent Fagitation parfois ébrieuse, les troubles respiratoires, la dyspnée, le hoquet, les troubles sensoriels divers, les vertiges, les bourdonnements d'oreilles, la vue qui se voile ou disparait.
Avec ces troubles fonctionnels et généraux, notons les symptômes physiques: le ballonnement du ventre, qui voile souvent à la percussion la matité des parties déclives, tandis que le toucher vaginalou rectal pourra en quelques cas, très rares d’ailleurs, montrer lenvahissement du Douglas par une collection liquide abondante ; tandis que, d'autre part, l'utérus, petit, est mobile, le col fermé, un peu gros peut-être, et mou à Pextrémité, les annexes peu appréciables, les culs-de-sacs latéraux déprimés.
Enfin, sila malade est revenue de sa syncope initiale, si elle n'est pas encore dans le collapsus ou le coma, son intelligence est souvent intacte et elle se rend compte de son état.