‹ De l'insensibilité produite par le chloroforme et par l'éther et des opérations sans douleurChapitre 2 sur 2 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Les faits dont nous allons rapporter les principaux traits ont eu pour témoins de nombreux confrères, parmi lesquels je citerai MM. Goffkes, Mestre, Joyeux, Du-

KERLEÏ, BOUDIER, PASTORET, SCHNEITER , JACOBI, RUEF,

Robert, Michel, Strobl, etc., etc., MM. les internes de l'hôpital , Zeller , Bamberger , Bourguignon , Levï , Kaiser, Simon, Gros, Delaulle, Hermann, et la plupart des élèves de nos services. Nos premiers essais commencèrent le 25 novembre, et depuis ce moment nous passâmes peu de jours sans pratiquer une ou plusieurs opéralions sur des malades soumis aux inspirations du chloroforme. Au lieu de suivre l'ordre chronologique de nos observations , nous les classerons d'après l'instantanéité et la perfection des effets anesthésiques obtenus, et cette méthode nous permettra d'indiquer d'une manière plus éclairée et plus sûre la raison des différences phénoménales offertes par quelques malades.

Obi. 1. G***, vingt ans. assez forte constitution, porteur d'uD va-le abcès au côté externe du la jambe gauche, est soumis aux inspirations de chloroforme le 15 décembre 18W. L'éponge de l'appareil de M. Klser avait été imbibée d'eau cbaude, puis fortement exprimée avant de recevoir 6 grammes environ de chloroforme. Le malade respire librement avec l'appareil, se renverse en arrière et perd la sensibilité et le mouvement en cinquante secondes, en laissant entendre un ou deux léjers ronflements. Une large incision est alors pratiquée sur l'abcès , et l'opération , à partir de la première inspiration de ch'oroforme, est terminée en soixante-trois

secon les. A ce moment M, le doctem Boddikr relire l'appareil ; la face est un peu pâle ; le pouls a perdu île sa plénitude et donne soixante seize pulsations, la respiration vingtsix; les membres soulevés retombent sur le lit parleur propre poids. En moins 'l'une minute le malade revient à lui; il n'a rien senti , ne souffre pas ; aucune céphalalgie; bon sommeil la nuit suivante ; aucune trace persistante de l'action de chloroforme. Nous noterons que ce malade était soumis à l'action du chloroforme pour la deuxième fois (voy. obs. 13,.

Il est important que l'éponge soit exactement traversée par l'air extérieur, pour obtenir des effets anesthésiqucs très-prompts. Si le malade respire une certaine quantité d'air uon chargé de chloroforme, la perte de connaissance est retardée. Nous conseillons pour éviter ce dernier résultat d'appliquer l'éponge au devant de la soupape inspiratoire B. (voy. la fig. 2). L'espace est dans ce point moins large , et l'éponge occupant tout le diamètre de la sphère creuse de l'appareil ne se dérange pas.

Obs. 2. P*'*, vingt-quatre ans, forte constitution , atteint d'un décollement di-s téguments à la région fessière. Soumis •un inspirations de chloroforme le 14 décembre , avec l'appareil précédent , dans lequel on avait verse quelques gouttes seulement de liquide ; le malade respire avec régulai île, sans parler ni faire de mouvements pendant quatre minutes, puis il éloigne l'appareil que tenait M. le docteur Borjmi u , et dit qu'il a élé un moment endormi , mais qu'il s'est ensuite réveillé. Ou constate que l'air inspiré n'était presque pas cba> gé de chloroforme ; on ajoute une plus grande quantité de cette substance, et eu deux minutes les mouvements avaient disparu cl une incision cruciae des téguments ilecullés était terminée. Le malade reprend rapidement connaissance eu une minute et demie; il ne souffre ni de la poitrine , ni de la lête; l'odeur et la saveur du chloroforme lui ont paru agréables. Aucun ci achetneut , aucuue uausce. La première

impression qu'il ail ressentie a été une sorle de constriclion autour du fronl. Le pouls, un instanl déprimé, se relèïe, sans changer de fréquence : soixante-seize pulsations. La respiration a peu varié. L'appélil est eicellent toute la journée , et le malade n'a ressenti aucun changement appréciable dans son état habituel de santé.

Les plus rapides effets d'insensibilité que nous ayons observés, furent produits en quarante secondes. Nous croyons cependant que des personnes très-impressionables pourraient être privées de la conscience de leurs actes dans un temps encore plus court. Cinq ou six inspirations de chloroforme exigeant j à peine vingt à trente secondes, suffiraient , comme l'a dit M. Simpson, pour déterminer un étourdissement complet avec perte de mémoire , et peutêtre même un véritable état d'insensibilité.

06s. 3. B**, vingt-sept an» , constitution ordinaire. Ptérygiou de l'œil droit. Inspiraiions de chlorolorme le 12 décembre, avec le même appareil. Insensibilité et commencement de résolution des membres en une minute trois quarts, l'excision a dure une minute un quart, en tout trois minutes. Le malade avait repoussé les premières inspirations, qu'il trouvai! trop chaudes; mais presqu'aussitôt il les avait supportées; face congestionnée , regard fixe, puis les yeux se convulsent en haut et en dehors sous la paupière supérieure ; aucune agitation , aucun mouvement. Alors pâleur du visage, membres inerte- et retombant par leur propre poids. Fouis à cent vingt; respiration à vingt-huit par minute.

Un a cessé l'emploi dû chloroforme après l'opération, et les vapeurs de ce corps ont ainsi été inspirées pendant trois minutes. Le malade reste dans l'insensibilité et l'immobilité les plus absolues pendant huit minutes. A ce moment les membres offrent un peu de résistance, quelques légers mouvements sont exécutés; les pjupicres s'enlr'ouvrent; lo regard s'anime et l'intelligence réparai'. Pendant cet inler

valle le pouls est resté rréi|ueni, mais a beaucoup faibli, ainsi que la respiration; les progrès île l'élhérisine avaient évidemment continué après la suspension <lu chloroforme, et la vie paraissait près de s'éteindre. Au bout de quinze minutes le malade se lève pour passer dans une autre salle; mais il a de la peine à se soutenir, et ou est obligé de lui donner le bras. Il n'y a eu ni crachements , ni céphalalgie, ni malaise, et une demi-heure plus tard toute trace des effets do chloroforme avait disparu, et le malade dînait d'un excellent appétit.

Trois points sont particulièrement remarquables dans celte observation. Le peu de durée des inspirations du chloroforme, l'aggravalion et la persistance de l'anesthésie; la complète et rapide disparition de tous les phénomènes produits.

Obs. 4. M. X. , vingl-ncuf ans , constitution ordinaire- Exploration de la vessie et cautérisation urelhrale , le 4 décembre. Inspirations de chloroforme versé sur un mouchoir. Insensibilité, globes des yeux couvnlsés en haut et en dehois en quaraule secondes , sans période marquée d'excitation, ronQeineiit lré<-court. Résolution muscuaire en deux minutes et demie. Je découvre le malade qui était couché, je le place sui le boid du lit, dans la position du calbelérisine; j'explore avec une sonde Mayur toute la cavité de la vessie, puis je cautérise le col de cet organe et la région membraneuse de l'urèlhre avec un porte caustique en gomme élastique. Ces divers temps opératoires ont duié une minute et demie. On cesse alors l'emploi du chloroforme que dirigeait M. le docteur 11 l 1 i . Le pouls est faibli' et à cent douze, la respiration régulière, la résolution musculaire complète. Cet élal se prolonge six minutes; alors le malade ouvre les yeux , se met sui son séant, saule en bas de son lit et va en vacillant se plonger dans un bain de siège qui lui avait été préparé; il demande ce qu'il a éprouvé, n'a pas encore les idées très-nettes et ne veut pas croire qu'on l'ait opéié II vomit

bientôt son déjeuner pris six heures auparavant. Tête lourde pendant deux jours avec une certaine réaction inflammatoire manifestée par la plénitude ■ I la dureté du pouls ; un peu de fatigue dont il ne reste bientôt plus de traces. Lo chloroforme employé nous avait été remis par If malade dont le nez et les lèvres furent très-légèrement cautérisés.

Ce malade redoutait extrêmement i'aclion des sondes et la cautérisation. Avec le chloroforme nous parvînmes à l'exempter de toute douleur, et nos opérations furent beaucoup plus promptes et plus sures. L'exploration de la vessie fut pratiquée avec une rapidité remarquable, et chez une personne conservant sa sensibilité nous eussions été à chaque instant arrêté dans la manœuvre des instruments par des plaintes , et la recherche d'un calcul ne nous eût pas donné la môme certitude négative.

Les légers symptômes d'irritation broncho- gastrique dont nous avons fait meution , dépendaient évidemment de la présence d'une petite quantité d'alcool ou peut-être d'acide formique dans la liqueur, et nous ne les avons plus observés en nous servant de l'appareil de M. Elser.

06s. 5. M. X., vingt-quatre ans, constitution vigoureuse , est opéié le 13 décembre d'une ûstule anale. Un premier orifice existe à deux travers de doigt, un second à cinq travers de doigt de l'extiémilé du rectum. Comme toutes les manœuvres chirurgicales sont extrêmement redoutées par le malade , on lui propose d'essayer le chloroforme afin d'eu juger les effets avant d'entreprendre l'opération.

Quatre grammes du liquide anestbésique sont versés sur l'éponge sèche de l'appareil de M. Elser ; le malade en trouve la saveur et l'odeur agréables. Dix-huit inspirations régulières par minute ; insensibilité au bout de quatre minutes et demie. On sonde les trajets fistuleux , après avoir convena-

blement placé le malade ; ou perd un temps as>ez long à rencontrer l'nriQce interne de la fistule. Incision des trajets ; excision de quelques callosités; division d'une bride interne formée par la muqueuse décollée. Ces divers temps opératoires ont duré vingt-six minute*. ; compris le pansement. Les inspirations d? chloroforme dirigées par M. le docteur Schvhï 'mi , étaient suspendues chaque fois que la résolution musculaire était complète, et M. le docteur Jacobi dut verser dans l'appareil de nouveau cliloroforme pour prolonger les effet* d'insensibilité.

I,e malade est convenablement replacé dans son lit , la léle appuyée sur les oreillers. Les membres et le tronc cèdent à la pesanteur comme des corps inertes. Le pouls est resté, comme avant l'opération, à soixante-huit pulsations par minute, mais il a beaucoup faibli. Le nombre des inspirations s'est élevé à vingt-huit; la figure est un peu pâle. Cet état se prolonge quatorze minutes; alors retour do la lucidité. Le malade n'a rien senli ; il dit avoir fait un excellent somme ; il est trés-content et se trouve parfaitement. Quelques crachemeuls sans uausées; pas de fièvre; pas de céphalalgie; aucun accident. Le pouls était le surlendemain mou . souple et à soixante-huit pulsations.

Nous appellerons l'attention sur l'état du pouls , qui resta mou , souple , peu fréquent et sans aucune trace de réaction inflammatoire. Le chloroforme avait cependant étéinspiré vingt-six minutes , avec quelques intermittences.

Obs. 6. Henri E*". vingt-quatre ans, constitution ordinaire; étranglement, depuis le 6decemhie. d'une hernie inguinale congénitale du coté gauclie : opération le 8 décembre à sept heures cinquante minutes du soir. Les inspiration* de chloioforine parfaitement pur, faites au moyen d'un mouchoir et contourné eu coi net, déterminent une parfaite insensibilité et une résolution musculaire complète en deux minute • et demie avec un léger rondement et sans aucune trace d'excitation. La division du sac herniaire a donné issue à plus l'un verre de sérosité ooirâtie, et on trouve une

anse intestinale bleuâtre Je plus Je Jeux décimètres de Ion gueur en contact direct avec le testicule. Un étranglement produit par le collet du sac herniaire , formant une bride circulaire Tort serrée , est débridé à l'anneau. L'intestin préseule en ce point un sillon déprimé , et offre une teinte moins foncée et une surface lisse au-dessus de ce collet. Je cherche en vain à repousser l'anse intestinale dans l'abdomen, je rencontre une résistance due à un second collet tout aussi étroit et situé beaucoup plus baut. Je le débride sur la pulpe du doigt indicateur engagé de toute sa longueur dans le basventre. Kéductiou facile ; pansement à plat après avoir enveloppé le testicule dans le sac herniaire, partie intégrante de la vaginale. L'opération a duré dix-sept minutes , et pendant ce temps on a cessé plusieurs fois l'emploi du chloroforme pour ne pas porter trop loin l'étbérisme. Le pouls, d'abord à cent vingt pulsations, est tombé à cent seize, et est très-faible; les inspirations s ni restées à vingt-huit, mais sont à peine sensibles; persistance de l'aneslhésio pendant dix-neuf minutes avec pâleur du visage ; la prostration , au lieu de diminuer après la cessation du chloroforme, a augmenté d'une manière inquiétante. A la dix-neuvième minute , mouvements presqu'imperceptibles des paupières , ensuite des membres, puis soupir; les yeux s'entr'ouvrent , et le malade fait entendre quelques paroles incohérentes, lin quart d'heure après il commence seulement à reconnaître les personnes qui l'entourent, et s'endort sans avoir recouvré une parfaite lucidité. Trois heures plus tard il se réveille, et apprend seulement alors qu'il a été opéré. Le pouls est resté plein et fréquent les huit premiers jours. Quatre saignées du bras ont été faites , et le sang, non couenneux, formait un caillot épais sans sérosité. Aucune trace de péritonite; suppuration de l'intérieur du sac herniaire, que l'on écarte pour faciliter l'issue du pus. Le 14 décembre la fièvre est tombée ; l'appétit très-vif. On accorde des aliments, et depuis ce jour la convalescence fait de rapides progrès.

Cette opération fut une des plus graves de celles que nous pratiquâmes en faisant usage du chloroforme. La fièvre traumatique fut intense et persista plus de huit jours, mais on peut l'attribuer à la suppuration du sac her-

maire, lia guérisou était complète dans les premiers jours de janvier.

Ces six premières observations nous présentent uue série d'effets anesthésiques fort remarquables. Nous y voyons des opérations dont la durée totale, depuis le premier moment des inspirations du chloroforme jusqu'au retour de la lucidité et des mouvements volontaires, a été de 2, 5 4/2, 9, 40, 44, 58 4/2 minutes, avec persistance d'un trouble intellectuel assez marqué dans le dernier cas. La période de retour a été chez ces malades de I, \ 4/2, S, 0, 44, 49 minutes, et il est important de faire observer que les effets anesthésiques produits ont été souvent en augmentant d'une manière inquiétante apiès la cessation des inspirations de chloroforme.

L'aneslhésie déterminée par l'cther nous avait paru aller en diminuant dès le moment où l'on suspendait les inspirations de cette substance; le pouls et la respiration revenaient alors très-vite à leur rythme ordinaire et reprenaient graduellement de la force. Ou pouvait donc, jusqu'à un certain point, être certain qu'en cessant l'emploi de l'éther à une époque où les fonctions respiratoires et circulatoires se continuaient eucore, les phénomènes de l'éthénsme disparaîtraient avec plus ou moins de lenteur, il est vrai, mais d'une manière continue. Il n'eu fut pas de même des effets du chloroforme , dont l'aggravation était souveut manifeste. Le pouls et la respiratiou qui étaient encore très-marqués à l'instant où l'usage de cette aubstance était suspendu, devenaient plus tard à peine sensibles. La motililé, qui n'était pas complètement abolie, disparaissait. Ces remarques ferout comprendre la nécessite

d'appliquer au chloroforme, avec plus de soins encore qu'à l'éther, la méthode de l'intermittence dans l'emploi de cette substance. Il est indispensable d'enlever l'appareil et de rendre à la poitrine un air pur, nouseulement dans le cas où la respiration devient moins régulière et moins complète, mais aussi dès le moment que les phénomènes d'anesthésie ont été portés au degré convenable pour la réussite de l'opération que l'on pratique.

La période d'excitation a manqué dans nos six premières observations. Le ronflement n'était pas toujours distinct , quoiqu'il y ait lieu de le signaler comme un des caractères habituels de l'action du chloroforme. Quelquefois cependant il suivait la période de l'insensibilité au lieu de la précéder ou de se manifester dans le même temps. L'odeur et la saveur du chloroforme ne parurent désagréables à aucun de nos malades, et si l'un d'eux (obs. 4/ eut des nausées et des vomissements, nous devons attribuer ces légers accidents au défaut de pureté du liquide dans lequel existait de l'alcool.

Deux malades (obs. 4 et G) eurent une réaction inflammatoire assez prononcée. Les exemples suivants , également tirés de notre pratique , serviront à démontrer quels ont été les cas analogues ou ceux dans lesquels d'autres phénomènes ont été notés. L'étude chirurgicale de l'éthérisme causé par l'éther ou le chloroforme embrasse nécessairement tous les faits; succès ou insuccès doivent être relatés , et de leur comparaison analytique peut seulement surgir la raison des différences observées.

06s. 7. P. G., cinquante-huit ans, constitution robuste, porte depuis longtemps un ulcère ebancreux qui a rongé plus des deu* tirs de la lèvre inférieure gauche , le tieis externe

de la lèvre supérieure, la commissure labiale correspondante et une partie de la joue. Opéré le 30 novembre à la clinique de la faculté, il est soumis aux inspirations de chloroforme versé sur un mouchoir. Légère agitation ; mouvements brusqoes des membres supérieurs pendant quelques secondes; ronflement très-fort à la troisième minute; à trois minutes et demie résolution musculaire complète. On continue trente- trois minutes les inspirations de chloroforme d'après la méthode d intermittence que j'ai déjà signalée. Le pouls, à quatre-vingts pulsations au début, est moule à quatre-vingt-douze; il est plein et assez fort; la respiration est un peu ralentie , mais facile. L'opération a consisté à enlever les tissus altérés en les comprenant dans deux incisions en V adossées par leur hase; on a détaché largement du maxillaire la joue et la portion conservée de la lèvre supérieure, et on a réuni les plaies par deux lignes verticales de sutures entortillées, l'une inférieure, l'autre supérieure. Après la suspension de l'emploi du chloroforme, les phénomènes de l'étbérisme augmentent au lieu de diminuer ; le pouls faiblit et la flgure est très-pâle. Cet état dure huit minutes, au bout desquelles le malade exécute quelques mouvements, puis revient à lui. Aucune conscience de l'opération subie; un peu de céphalalgie; pesanteur à la région épigastrique ; rejet de mucosités assez abondantes ; aucun accident consécutif; sommeil calme dans la nuit; réunion immédiate de la plaie, et guérison complète le quinzième jour.

Dans ce cas, le temps de retour de la sensibilité ne fut pas proportionnel à la durée de l'emploi du chloroforme. Ce corps fut inspiré trente-trois minutes , et les effets anesthésiques avaieut disparu huit miuutes après qu'on en eut cessé l'usage. Cet exemple montre l'importance de la méthode d'intermittence. En maintenant le malade dans les limites d'un degré d'éthérisme peu profond, état facile a obtenir, en cessant l'éthérisation quand la résolution musculaire commence, et la reprenant dès la réapparition des mouvements , on ne risque pas de produire une trop

profonde débilitation, et le malade revient à lui plus promptement et avec beaucoup moins de fatigue.

Au reste le succès fut ici des plus remarquables. Il n'y eut ni période d'excitation , ni réaction inflammatoire vive. La réunion des plaies fut rapide et régulière , et le malade , dont l'aspect était hideux avant son opération , retourna dans ses foyers parfaitement guéri.

Obs. 8. M. Il", chirurgien-élève à l'hôpilal militaire, vingt-' deui an>, le npérament lyraphatico- sanguin peu irritable . porte un abcès extrêmement douloureux dont l'incisioD nous parait indiquée. Inspiration de chloroforme sur un mouchoir le 10 décembre. Au début loquacité, contractions musculaires brusques, mais de courte durée; face congestionnée, puis perle de connaissance et résolution des membres en deux mi* nules et demie. La face a pâli. On cesse l'emploi du chloroforme pendant que l'on ouvre la tumeur. Retour de l'intelligence en une minute avec quelques traces momentanées d'ex citation.

Le malade dit avoir éprouvé de la chaleur dans la poitrine et des battements énergiques du cœur. Il a ressenti une certaine cmisi iclion à la région épigaslrique. Bruits dans les oreilles ; un peu de vertige ; quelques picotements à la surface du corps comme s'il en partait des étincelles électriques, ensuite besoin irrésistible de s'abandonner au sommeil: telle a été la série des sensations éprouvées par M. B., qui n'a pas eu conscience de son opération. Un peu de pesanteur de lète dans la journée , dort bien , va parfaitement le lendemain et les jours suivants.

Nous noterons dans ce cas l'absence de toute réaction inflammatoire. L'opération pratiquée n'avait pas de gravité; le malade était jeune et sanguin. La guérison fut complète en peu de temps.

06». 9. M. M", élève à l' hôpital militaire, vingt et un ans. constitution très-forte, tempérament musculo sanguin , opéré le 10 décembre d'un phymosis par ablation d'une partie du prépuce rl'nn seul coup de ciseaux, puis section de la muqueuse par une incision dorsale, et application de quatre épingles à suture. Le chloroforme est inspiré sur un mouchoir. Paroles incohérentes , et excitation assez vive au bout de quarante secondes; résolution musculaire complète au bout de quatre minutes , relard du au soin avec lequel nous avions cessé l'emploi du chloroforme chaque lois que la congestion de l.i lace nous paraissait s'augmenter; pâleur consécutive très-marquée. L'opération est pratiquée, et le malade revient à lui au moment où j'appliquais la dernière épingle dont la piqûre a été douloureuse. Aucun souvenir des autres temps opératoires. Lps sensations éprouvées ont clé des battements de cœur très-forts; des tintements d'oreilles; une sorte de frémissement dans tout le corps ; picotements semblables  ceux d'étincelles électriques; coustriciion à I épi gaslre; conscience de la perle de connaissance avec sentiment très-vif de bien-être; journée excellente; sommeil online ; suites très-heureuses.

Celte observation mérite une attention particulière, en raison de la graude vigueur du malade et des symptômes d'excitatiou primitive auxquels l'emploi de chloroforme donna lieu. Congesliou de la l'ace; battements violents du cœur; paroles prononcées à haute voix; mouvements désordonnés; cependant après l'opération l'intelligence reparait avec calme : ni céphalalgie , ni nausées , ni perte d'appétit ; guérison franche et rapide. Il serait difûcile de rencontrer un exemple de plus apparente innocuité en faveur de l'anesthésie causée par le chloroforme.

06s. 10. M. E. , élève à l'hôpital militaire, a subi une opération toute semblable le 8 décembre. Inspiration du clilorolorme sur un mouchoir. Agitation vive au bout de quelques

secondes; le malade se mel sur son séanl et parle à haute voix, sans suite et avec exaltation; visage turgescent, bleuâtre , puis pâle en même temps que la résolution musculaire apparaissait. On cosse l'emploi dn cloroforme qui a été inspiré pendant trois minutes et demie. Le malad" revient à lui très-promplemenl en passant par une nouvelle période de divagation au moment où l'on appliquait la dernière épingle dont la piqûre a élé douloureuse. Aucune conscience de l'opération subie. M. E. nous raconte ainsi qu'à MM. Goffres, BocDlEit. Pastoret, etc., qui nous ont prêté leur coucours, que les premières inspirations lui oui paru chaudes et brûlantes, et lui ont causé des soubresauts dans l'abdomen . puis, qu'il a ensuite respiré le chloroforme avec délices et qu'il n'aurait pas voulu qu'on en disconlinuât l'usage. Aucune nausée, tête un peu lourde. Journée et nuit bonnes ; suites

très heureuses.

Dans ce cas, comme dans le précédent, la période d'insensibilité et d'accablement fut accompagnée d'un senliment de bien-êl remarqué. M. E. respirait, dit-il, les vapeurs de chloroforme avec délices, et n'eût pas voulu qu'on en discontinuât l'usage. Nous avions remarqué plus fréquemment encore des impressions de ce genre causées par l'ether.

06s. 11. X. , jeune fille ue vingt ans, forte, bien portante et coloiée, vient se faire opérer à la clinique de la faculté d'nn strabisme interne , le 7 décembre. Inspiration de chloroforme sur un mouchoir. Perte de connaissance en quarante secondes, résolution complète des membres à deux minutes et demie Cessation du chloroforme à trois minutes et quari. Pas d'agitation ; d'abord rougeur vive de la face, puis pâleur. L'opération a consisté dans la section sur un crochet et avec des ciseaux , du muscle droit interne des deux yeux , par une ouverture assez étroite delà conjonctive. La malade est restée onze minutes dans un état de résolution absolu. Elle reprend alors connaissance et ouvre les yeux qui sont devenus par-

faitement droits et réguliers. Le pouls est re-té à soixantehuit et la respiration à vingt- huit. Pas do vomissements , aucun malaise , pas d'exaltation; c'est une véritable résureclion. La malade n'a pu se lever et partir qu'au bout d'une heure, ses jambes refusant de la soutenir. Tète lourde pendant huit jours ; réaction fébrile. Aucun autre accident ; guérison parfaite du strabisme.

Tous les témoins de cette opérai ion, parmi lesquels se trouvaient MM. les docteurs Coffres, Robert, Boudier, Pastoret , Scballer , elc. , furent comme nous frappés de l'instantanéité et de la persistance de l'anesthésie ; nous avions sous les yeux une jeune et belle fille, plongée en quelques secondes dans une complète insensibilité. Un mouchoir mouillé de chloroforme et appliqué sur labouche, pourrait donc dans un lieu public et fréquenté, détruire toute conscience et toute résistance sans que personne , pour ainsi dire, en fût averti. Quarante secondes, montre en main , paraissent s'écouler lentement , mais au milieu des préoccupations les plus ordinaires de la vie , quarante secondes passent inaperçues. C'est à peine le temps de dire un mot , d'entendre une réponse, de faire quelques pas , et il est probable qu'à aucune époque on n'a observé des effets anesthésiques plus remarquables , car il faut faire la part des exagérations habituelles, et les spectateurs d'effets si prompts out dû très-souvent les supposer instantanés.

Obs. 12. S. C. , cinquante ans, charpentier, constitution assez robuste , entre à la clin que pour une tumeur bémalique développée dans la bourse muqueuse de l'olécrane , à la suite d'une chute sur le coude gauche. La tumeur est molle, fluc-

tuante . du volume d'un œuf de pigeon, et ne présente pas le craquement fibrioem caractéristique des épanchemenls sanguins On suppose qu'en raison des pressions déjà subies ou du travail de l'absorption , il ne reste plus de caillots. Le malade s'étant refusé à toute opération , on a recours sans succès aux topiques résolutifs. Un de nos confrères essaie de rompre le kyste avec les doigts, et y étant parvenu , il en fait disparaître en grande partie la saillie. Le lendemain la tumeur s'est reformée avec le mémo volume ; nouvelle rupture et nouvelle récidive. Le malade , convaincu de l'inutilité de ces tentatives , accepte l'opération que je lui avais proposée, et nous pratiquons le 4 décembre l'incision sous-cutanée des parois du kyste.

Le malade soumis à des inspirations de chloroforme versé sur un mouchoir, semble perdre connaissance en quarante secondes ; on suspend un instant les inspirations , et aussitôt S. C. parle à haute voix et s'agite. Les yeux sont fermés , la tête renversée en arrière, la face est vultueuse , puis pâlit, et la résolution musculaire devient complète en trois minutes, après avoir été précédée de ronflement. La petite plaie causée par le ténotome a donné issue à une sérosité brunâtre ; on la ferme avec un morceau de taffetas gommé , et on cesse l'emploi du chloroforme à la cinquième minute. Une minute plus tard le malade revient à lui; il est étourdi et se sent la tête un peu lourde, pas de douleurs à l'épigaslre , pas de conscience de l'opération subie. Quelques minutes après les jambes sont encore faibles et tremblantes et ne peuvent supporter le poids du corps. Au bout de deux heures toute trace d'éthérisme a disparu. Légère compression des parois du kyste. Guérison complète.

Nous avons obtenu beaucoup de succès des incisions sous-cutanées dans tous les cas où nous y avons eu recours , et jamais nous n'avons vu cette méthode suivie d'accidents sérieux. Nous avons ainsi extrait un corps étranger (noyau fibro-cartilagineux) de l'arliculalion du genou, traité des tumeurs ganglionnaires du poignet, divisé des kystes remplis de fragments fibrineux, multi-

plié les sections de tendons, de ligaments et d'aponévroses dans le traitement des difformités articulaires, et il doit être aujourd'hui parfaitement reconnu par tous les chirurgiens que la méthode des incisions sous-cutanées a apporté de notables perfectionnements à la pratique de l'art. C'est un résultat dont l'honneur revient principalement à M. J. Goérin, qui mieux que personne a compris les avantages de cette méthode et en a généralisé l'usage.

06s. 13. G., vingt el un ans, (aille grêle et élevée soutenant des membres robustes, a été atteint sans causes connues d'un abcès aigu ou arrière de l'omoplate. Soumis aux inspirations de chloroforme le 1 er novembre , il a perdu connaissance et le mouvement en moins de deux minutr». On arrive à l'abcès eu divisant couche par couche les tissus intermédiaires. Aucun mouvement. On cesse l'emploi du chloroforme à la cinquième minute; retour à la lucidité quatre minutes plus tard. Aucune céphalalgie ni nausée; fréquence et dureté du pouls pendant deux jours ; appélil ; va bien.

L'on sait combien il est douleureux et difficile de pénétrer dans les abcès sous-musculaires. La profondeur des foyers purulents est alors trop considérable pour y plonger rapidement la lame d'un bistouri, comme pour l'ouverture des abcès sous-cutanés. Il nous fallut dans ce cas inciser le muscle grand dorsal et une partie du muscle grand rond , et nous le finies avec une sûreté et une uettelé d'exécution qui eussent été presque impossibles sur un homme douloureusement affecté de nos manœuvres opératoires.

Ce cas serait sous d'autres rapports bien digne de méditation. Le malade parfaitement portant jusqu'au mo-

ment de sou abcès , présenta successivement deux autres abcès aux jambes, puis aux cuisses , et fut en quelques jours atteint de suppurations multipliées. Le pus de l'abcès situé sous l'omoplate était épais , bien lié, sans odeur, tandis que les autres foyers renfermaient du sang mêlé à nue sérosité lymphatique et légèrement purulente (voy. obs. 4 re ). Quelles étaient les causes d'un pareil état? Nos explications à cet égard seraient fort hypothétiques. Le malade, aujourd'hui 4 janvier \ 848, va fort bien sous l'influence d'un traitement tonique; mais les raisons de la maladie et celles de la guérison restent à nos yeux d'une regrettable obscurité.

Obs. 14. J.. vingt-quatre ans , boulanger. Épanchement suppuré du genou gauche avec dénudalion et érosion des os , est soumis aux inspirations du chloroforme le 11 décembre , pour le rendre insensible à la ponction et à l'injection iodée articulaires qui avaient déjà été répétées trois fois. Avant d'employer le chloroforme, on a fait respirer à ce malade sept à huit litres d'hydrogène proto-carboné mêlés à un tiers d'air atmosphérique.

Ce gaz dont la formule est C-. H 8 , en raison de la combinaison de deux volumes de charbon et de huit volumes d'bydrngene qui le constituent, représente, dans la théorie des substitutions chimiques de M. Dumas , le type d'une série dont le chloroforme ferait partie, ce corps étant composé de C 2 H 2 Cb 6 . ou deux volumes de charbon, deux d'hydrogène et six de chlore. On sait que M. Dumas a pris pour terme de comparaison une statue ou un cube dont les formes resteraient les mêmes si l'on venait a en remplacer chaque molécule par un corps d'une autre nature. Il est clair, en elf et , qu'un cube en or, en argent ou en platine est toujours un cube. Une pareille ressemblance tout extérieure ne suffirait nullement cependant à supposer l'identité des propriétés intrinsèques de chacun de ces corps, si l'on n'y était conduit par la connaissance d'autres analogies chimiques dont nous nous abstiendrons de parler ici.

La >eole particularité qui signala l'emploi de l'hydrogène proto-carboné fut l'amplitude progressive des inspirations, celles-ci, faibles et assez courtes au début, devinrent bienlôt de plus en plus profondes et aussi complètes que paraissait le comporter la cavité thoracique. Nous nous expliquâmes celle circonstance par les besoins instinctifs de l'bématosi>. Le gaz mis en usage , contenant un tiers seulement d'air atmosphérique, devait être inspiré en quantité triple pour oxigéner également le sang.

Aucun effet anesthésique n'ayant eu lieu , on eut recours an chloroforme versé sur un mouchoir. Aucune excitation; mais le malade raidit un instant ses membres qui retombent presqu'aussiiiit ; résolution musculaire et ronflement au bout d'une minute et demie, puis retour immédiat de la lucidité à la On de la deuxième minute. On augmente la quantité de chloroforme; bientôt affaissement complet. L'opération est pratiquée, et l'on suspend le chloroforme dont les inspirations ont duré cinq minutes avec plusieurs intermittences.

La face a été d'abord un peu rouge , puis très-pûle. Le pouls à cent vingt au début est monté à cent cinquante , et les mouvements respiratoires à trente-cinq à la quatrième minute. De cinq à neufminutes le pouls tombe à cent, le malade semble dormir d'un profond sommeil. A quatorze minutes retour des mouvements, paroles sans suite, sensibilité obtuse. A seize minutes, l'intelligence, la sensibilité et la motililô sont rétablies. Aucune conscience de l'opération subie; tête lourde; constriclion du front; sensations de vapeurs chaudes dans la bouche; assoupissement et sommeil pendant quatre heures. La tète est lestée pesante pendant deux jours; le pouls était tendu et un peu plein ; il y a eu de la toux , de l'oppression, perle d'appétil et dès le lendemain de la diarrhée qui a persisté huit jours. Le malade, qui loussu depuis trés-longlemps, se rétablit peu à peu.

On pourrait, dans ce cas, attribuer une partie des phénomènes qui suivirent l'opération à l'action de l'hydrogène carboné autant qu'à celle du chloroforme, mais nous ne le supposons pas.

Nous avions commencé par faire respirer le gaz des

marais à des animaux sans qu'il en résultât aucun accident, et nous étions bien certain de l'innocuité d'une expérience qui avait lieu sous les yeux de nombreux confrères, et avec toutes les précautions convenables.

On se doute à peine des effets des inspirations des différents gaz. M. le professeur Persoz a continué à jouir de toute la lucidité de sou esprit en respirant de l'hydrogène pur six minutes de suite. Seulement sa voix s'était tellement éteinte qu'il ne pouvait plus se faire entendre. L'action de l'azote, du protoxide d'azote, de mélanges artificiels de gaz plus ou moins chargés d'oxigône, serait une étude intéressante, et les recherches actuelles sur l'éthérisme conduiront probablement les physiologistes à comprendre ces observations dans le cercle de leurs expériences.

Obs. 15. M. le capitaine X., trente-oeuf ans , a déjà été soumis deux fois à îles inspirations d'éther. Lors du premier éthérisme, opéré au moyen de la liqueur anodine d'Hoffmann, la période d'exaltation fut trés-prolongée ; agitation des membres supérieurs; discours incohérents exprimés avec une action violenie et à trés-baute voix. La deuxième fois on lit iii;i:f iJ'elher pur et la période d'excitation disparut presqu'entiéremenl.

Le 3 décembre, inspiration de chloroforme sur un mouchoir ; vers la quatrième minute , le malade semble en proie à une vive colère; il prononce des phrases de commandement, semble réprimander et activer des personnes placées sous ses ordres, se livre même à quelques jurements énergiques , mais chose remarquable, la motilité resle étrangère à cette excitation et aucun mouvement violent n'a lieu. A la septième minute, ronflement sonore, insensibilité, résolution musculaire; on cesse immédiatement l'usage du chloroforme «t l'on pratique la formation d'un lambeau anaplaslique. L'aneslbé sie la plus complète persisie onze minutes; pendant ce temps pàlenr de la face, qui avait été dès l'abord congestionnée ; pouls à soixante quatre , respiration à vingt-quatre ; vers la dixième

minute, commencement de résistance dans les membres , dont les supérieurs gardent les positions qu'on leur donne, comme dans an véritable état de catalepsie ; retour de la lucidité à la oozième minute , sans aucune apparence d'excitation. Le malade dit avoir éprouvé un sentiment de constriclion du front , puis des vertiges et un besoin irrésistible de sommeil ; aucun rêve, aucun souvenir. Quelques nausées sans vomissement; disparition rapide des phénomènes de l'étbérisme.

Le malade était fatigué par un séjour au lit très-prolongé, s'inquiétait beaucoup de son état et était naturellement un peu exalté. La perte de conscience , ou au moins l'aunihilation de la mémoire fut très rapide , puisqu'ici , comme dans plusieurs autres exemples déjà exposés, l'opéré ne garda pas le souvenir de ses paroles. La disproportion des périodes de produclion et de permanence de l'élhéiisme est un fait remarquable. Les effets du chloroforme ont été, dans quelques cas, plus longs ù se manifester qu'à se dissiper; mais ici le contraire eut lieu, l'anesthésie ayaut persisté onze minutes après sept miuutes seulement d'inspirations.

Obs. 16. M. le capitaine X., vingt-quatre ans, forte constitution, atteint d'une plaie avec décollement à l'aine, respire le chloroforme sur un mouchoir le 3 décembre. A la septième minute des inspirations, que le malade n'a pas immédiameut supportées, un peu d'agitation, paroles incohérentes, commandements de manœuvres à haute voix; résolution musculaire incomplète à la dixième minute. On cesse l'usage du chloroforme pendant que l'on excise une partie des téguments amincis et décollés; retrait brusque du membre inférieur correspoudaut , sous le coup des ciseaux ; relour calme delà lucidité eu uue minute environ ; aucun souvenir des paroles prononcées ni de l'opération subie; nausées avec rejet de mucosités. Le malade dit avoir éprouvé un peu de gène

respiratoire et des picotements «ers le larynx ; disparition rapide de toute trace d'étbérisme ; guérison achevée le quinzième jour.

Le même chloroforme avait été employé dans ce cas et dans le précédent, mais il avait été très-inégalement inspiré, et il nous parait légitime d'attribuer à cette condition la différence des effets observés.

06s. 17. S. J., soixante ans, forte constitution , entré à la clinique pour un ulcère variqueux de la jambe droite , a été atteint après la guérison de sa plaie d'une tumeur suppuré» (periostite) de la région sternale. Ponction et injection iodée le 9 décembre. Inspirations de chloroforme sur un mouchoir; résolution musculaire complète en deux minutes et quart. Les membres se sont roulis un instant, puis sont retombés comme impuissants et vaincus. On éloigne le mouchoir et aussitôt quelques paroles sont prononcées; on le rapproche et la voix s'éteint , yeux convulsés en haut et en dehors , face d'abord un peu rouge , puis pâle ; pouls à cent vingt , respiration à trente. A la sixième minute on cesse l'emploi du chloroforme. Le pouls est tombé à cent douze. L'opération est terminée, et le malade reprend connaissance à la septième minute. D'abord divagation, puis rires bruyants. S. J. croit sortir de la brasserie et avait vidé un verre de bière ; il est plein de gaîté , interpelle les assistants, n'accuse aucun mal et ne veut pas croire avoir été opéré. Aucun accident consé culif; suites heureuses.

Le contraste entre ce fait et celui de la jeune fille strabiquefvoy. obs. 10) est très-frappant. La période de retour s'accomplit ici en une minute, après six minutes d'inspiration de chloroforme, tandis que chez notre strabique l'anesthésie dura onze minutes après trois minutes et quart

seulement de l'emploi du chloroforme. Nous n'avions pas observé de semblables dispositions de gaité chez aucun autre malade , et nous devons constater que l'action du chloroforme est sous ce rapport très différente de celle de l'éther Avec cette substance , les malades font mille rêves en général heureux ; ils se plaignent souvent d'être réveillés; ils ont une ivresse douce et expansive. Sous l'influence du chloroforme, il n'y a pas de rêves, pas de traces de l'exaltation que causent les vins mousseux. La perte de connaissance est complète, le retour à la lucidité régulier, calme, plulôt accompagné d'abattement que d'excitation. C'est l'image d'un réveil un peu lent après un sommeil profond.

Obs. 18. S., vingt-quatre ans, santé vigoureuse, employé au chemin de fer, portait une tumeur sébacée à la joue, opérée précédemment à la clinique par incision et cautérisation. L'anestbésie avait été produite avec l'étber sulfurique, au moyen de l'appareil de M. Elser. On avait alors remarqué uno forte coloralian de la face, avecyeui bagards, rires prolongés, paroles de défi, chants , mouvements réguliers d'abduction et d'adduction des membres inférieurs, insensibilité et résolution musculaire à la onzième minute. Bientôt après le malade revint à lui; sa figure est souriante; il promène des regards étonnés sur les assistants; il a l'œil humide et brillant de l'ivresse; retour rapide de la conscience. Il dit avoir rêvé voyage en chemin de fer, où il se disputait. Il se lève, mais chancelle el retombe sur sa chaise; il a la tète pesante, comme s'il s'était enivré la veille; il n'a rien senti et ne se croyait pas opéré. Rentré cbei lui , il n'éprouve d'autres suites de l'éthérisme qu'un goût d'éther très-prononcé pendant toute la journée et une disposition trés-vive à aller vider quelques flacons de vin.

Le 30 novembre , nous le soumettons à l'emploi du chloroforme pour le rendre insensible à la cautérisation des parois intérieures du Uysle qui commencent à se détacher partielle

meol; iospirations au moyen d'un mouchoir imbibé de celle liqueur, el phénomènes semblables à ceux produits par l'éther sulfurique, mais plus prolongés ; agitation, cris, rires, chants, propos de défi. La face est rouge et le pouls est monté à cenl cinquante pulsations. A la dix-neuvième minute, pâleur subite, résolution complète du tronc et des membres, petitesse du pouls, ronflement sonore. L'anestbésie a élé comme foudroyante. On cesse l'usage du chloroforme et le réveil a lieu en moins de deux minutes, accompagné de mouvements pareils à ceux déterminés par l'éther. Les premiers mots du malade ont été: «Il m'a dit de vcuir prendre une lasse de café, j'ai dis je veux bien, et puis.... rhum. Il m'a mis dedans. » Bientôt lucidité parfaite. Interrogé sur son rêve et sur les paroles qu'il a prononcées, il n'en a plus souvenir; aucune douleur à la région épigastrique; télé lourde ; jambes vacillantes ; sentiment d'âcreté à la gorge el d'oppression de la poitrine , comme si on comprimait fortement avec les deux mains les régions mammaires. Rétablissement prompt et complet. Ce malade questionné sur la préférence qu'il accorderait à l'éther ou au chloroforme, comme moyen d'insensibilité, s'il avait une nouvelle opération à subir, choisirait l'éther; cependant il Irouve l'odeur et la saveur du chloroforme plus agréables. On ne peut obtenir d'autres détails sur les motifs do ce jugement.

Cette observation offre un intérêt particulier, en raison des phénomènes insolites produits par le chloroforme. Peu de malades nous ont présenté ces apparences de galté, ces rires et ces chants interrompus, déjà déterminés chez la même personne par l'éther. La lenteur avec laquelle se manifesta l'auesthésie , la courte durée de la période de retour, permettent de supposer que la quantité de chloroforme était trop faible ou que cette substance contenait de l'alcool et ne jouissait pas d'une très-grande activité. Nous sommes loin de contester l'influence des idiosyncrasies , mais il faut se garder d'en exagérer la valeur, et nous ne

voudrions arriver à cet aveu d'ignorance qu'à défaut de toute autre explication plus scientifique.

Les différences signalées dans l'état intellectuel et moral des personnes soumises aux inspirations de chloroforme ou d'élherdépendent peut-èire du seul degré de l'anesthésie. Le chloroforme, agissant avec uue extrême énergie, détruirait jusqu'aux dernières traces de la pensée ou en annihilerait complètement le souvenir, tandis que l'éther laisserait encore subsister une certaine activité cérébrale , tout en dissociant pour ainsi dire l'esprit de ses rapports organiques ou matériels.

Obi. 19. X. .i;o ila cinquante ans , d'une constitution assez vigoureuse, entre à la clinique pour un ulcère de la jambe. Cet homme porte depuis dix ans au devant du cou une énorme tumeur, qui i end au devant de la poitrine et que l'on a toujours considérée comme uu goitre, contre lequel on a employé en vain, une foule rie médications internes et externes. Un examen attentif me fait reconnaître un goitre aqueux ou liydrocèle du cou . et je promets au malade de le débarasser de sa tumeur par une simple ponction. Celui-ci consent volontiers à être opéré , mais il demande à être étbérisé. On le soumet le 30 décembre 1847 aux inspirations de chloroforme. Perle de connaissance au bout de deux minutes et demie; ponction et injection iodée; réveil calme à la septième minute; aucune excitation; un peu de céphalalgie et d'aballeineni . Le lendemain légère réaction fébrile ; pouls un peu dur et tendu ; saignée du bras. Le malade va parfaitement à partir de ce moment.

Nous eûmes eu moins de quinze jours l'occasion d'observer deux malades dont les tumeurs du cou , considérées comme des goitres et traitées comme tels, étaient de simples kystes séreux-thyroïdiens. Dans les deux cas la

pooction suffit à faire disparaître les tumeurs , à la grande satisfaction des malades, et la respiration parut immédiatement beaucoup plus libre. Nous avons eu recours aux injections iodées , et en cas d'insuccès nous inciserions la partie déclive de la tumeur dont nous obtiendrions le rétrécissement graduel et l'occlusion définitive au moyeu d'une canule ou d'une mèche. J'ai publiai un cas de ce genre il y a une vingtaine d'années, et j'étais resté depuis ce moment sans en rencontrer de nouveaux.

Obs. 20. R., âgé de vingt su ans , d'une bonne constitution quoiqu'un peu lymphatique, entre à la clinique pour une tumeur parotidieone droite du volume d'un œuf de poule. Soumis le 30 décembre 1847 aux inspirations de chloroforme , il parait plongé dans l'insensibilité au bout de deux minutes, cl à partir de ce moment ou rend l'éthérisaiion intermittente. L'opération a été assez longue et difficile. Il a fallu poursuivre en arriére de la branche de la mâchoire et vers l'apophyse styloïde du temporal, des prolongements de la tumeur formés de kystes Obieux, contenant une humeur comme gélatineuse, de portions indurées de la glande et des ganglions lymphatiques engorgés. Le malade est resté pendant tout ce temps (vingt-cinq minutes) dans une immobilité parfaite , ta respira tion libre et le pouls ballant soixante-douze fois. On cesse l'emploi du chloroforme, et le réveil s'opère au bout de trois à quatre minutes avec un grand calme. Pansement simple; aucune tentative de réunion immédiate; tête un peu lourde ; sommeil dans la journée. Le lendemain santé excellente; pas de gonflement de la face , pas de fièvre , pas de soif, appétit. Les jours suivants le malade reste levé toute la journée; au cuu accident.

L'intermittence de l'élhéiisatioti nous donna ici d'excellents résultats , puisque la période de retour s'acheva en quatre minutes, après \ingt-cinq minutes d'insensibilité.

preuve que l'anesthésie n'avait pas dépassé les premiers degrés de la résolution musculaire. La réaction inflammatoire fut assez faible ; le sujet était jeune, petit, maigre, mais énergique.

Obi. 21. Quarante huit ans; tempérament athlétique; santé habituelle parfaite; étbéri<me avec le chlornforme, pour l'incision d'un panaris ayant envahi la gaine des tendons fléchisseurs du pouce droit, et amené la suppuration des articulalions de la première et de la deuiiéme phalanges. Le malade s'agite et prononce quelques mots. On cautérise ensuite les plaies avec le fer rouge. Quelques plaintes sont exprimées. L'opération et l'élbérisation ont duré quatre minute*. Le malade revient promplement à lui. Il n'a aucun souvenir d'avoir été opéré; aucun accident.

Dans ce cas encore le malade était très-robuste, et il supporta facilement les effets du chloroforme.

Obs. 22. D. , vingt-cinq ans, est opéré le 7 janvier 1848 d'une Qslule à l'anus avec larges décollements. Santé habituelle très-bonne ; pendant deux jours pouls à Un ; aucun accident. Le chloroforme avait été inspiré d'une manière intermittente pendant un quart d'heure.

L'aneslhésie fut difficile à produire, et ce fut à peine si le malade fut plongé dans une entière insensibilité. Cependant les inspirations s'exécutaient librement, mais l'éponge n'avait pas été bien appliquée sur l'ouverture de la soupape inspiraloire, et une grande quantité d'air pur

arrivait à la poitrine. La réaction circulatoire fut Irèsprononcée.

06s. 23. X. âgé de trente ans, d'une constitution Irés-rohuste, a reçu il y a sept ans, dans une rixe un coup de couteau dans la partie supérieure et postérieure de la fuisse droite. Le nerf sciatique parait avoir été complètement divisé: paralysie du membre inférieur d'abord complète, puis limitée au pied et au tiers inférieur de la jambe , qui sont insensibles et privés de tout mouvement. Un ulcère profond, développé sans causes connues au-dessous du talon , s'est ou vert et fermé à plusieurs reprises , et empêche le malade de se livrer à aucun exercice. Le calcanéom est à nu et altéré. L'amputation de la jambe vivement réclamée est pratiquée le 8 janvier 1848, par mon procédé à lambeau externe. Inspiralion de chloroforme pendant vingt-cinq minutes, pouls à 86, respiration à ïi . période de retour 5 minutes.

Le malade perdit une assez grande quantité de sang artériel dont la couleur était parfaitement rutilante pendant l'insensibilité. M. le professeur Goffbes, qui avait bien voulu exercer la compression de l'ai 1ère crurale, en sentit les battements se relever ou faiblir selon le degré de l'anesthésie; aussi pense-t il que les effets du chloroforme portent spécialement sur le cœur. Le lendemain , pouls à 86. Le 10, à 96; pas de céphalalgie; sommeil calme; état général très-satisfaisant.

Les dix-huit observations que nous venons de rapporter nous ont offert autant d'exemples de succès. Dans tous ces cas l'éthérisroe eut lieu sans accident, sans réaction inflammatoire constante, sans que l'on pût en un mot atlribuer au chloroforme une influence nuisible ou manifestement fâcheuse.

Des fails si nombreux sembleraient ne laisser aucun doute sur la parfaite innocuité du nouvel agent anesthé-

sique. Cependant, nos recherches seraient incomplètes et manqueraient de la sincérité absolue que commande la science, si nous passions sous silence plusieurs cas dans lesquels on remarqua des phénomènes insolites dont l'étude méritait une attention sérieuse.

Trois de nos malades, dont nous allons donner les observations, succombèrent du dixième au onzième jour, après des opérations assez légères, pendant lesquelles on les avait soumis aux inspirations de chloroforme.

Nous ne croyons pas devoir accuser positivement cette substance des terminaisons fatales que nous signalons, et les considérations dans lesquelles nous sommes entré et que l'on trouvera exposées plus loin , feront probablement partager notre opinion à ce sujet ; nous ne saurions toutefois méconnaître des rapports de cause à effets peu favorables.

06s. 24. J. J„ soixante-seize ans , constitution assez forte , .. été frappé étant ivre, et présente un large lambeau du cuir chevelusur la région temporale gauche. Une contre-ouverture a été faite à la base du lambeau le 1 er décembre pour l'écoulement du pus. Le chloroforme respiré sur un mouchoir a déterminé le ronflement, l'insensibilité et une résolution musculaire complète en trois minutes et demie; période de retour quatre minutes ; alors paroles sans suite et un peu animées, deux minutes plus lard, intelligence parfaite. Le pouls est devenu dur et tendu , la tète reste lourde , une bronchite déjà existant s'accroît. Soif, diairhée, langue sèche, puis humide , et de nouveau très-sèche pendant le développement d'un érysipélc de la tète. Assoupissement , saignée laite par l'interne de la salle; sang consistant sans sérosité. Paralysie du côté droit de la face. Mort le 10 décembre. A l'autopsie, on trouve un épanchement de plus de deux verres de sérosité dans les ventricules cérébraux. Aucune autre altération appréciable.

Le chloroforme exerça-t-il dans ce cas une fâcheuse influence sur l'issue de la maladie. C'est une question que nous posons sans la résoudre. II est assez commun d'observer des érysipèles mortels à la suite des plaies de tê|e; mais nous ne saurions nous dissimuler que la blessure avait déjà plusieurs jours de date et que la suppuration offrait de bons caractères. Faudrait-il accuser la contreouverture des complications ? Ou ne serait-ce pas plutôt l'excitation inflammatoire occasionnée par le chloroforme qui aurait réagi sur l'ensemble de la constitution et déterminé une terminaison funeste?

Obs. 25. X., soixante-seize ans, constitution délabrée, grande maigreur; abandonnée à la charité publique, et sans famille pour la recueillir et la soigner, porte une carie à l'extrémité du péroné droit, limitée à la naissance de la malléole; un stylet pénétre dans la cavité du péroné.

Inspiration de chloroforme sur un mouchoir le 30 novembre; aneslhésio avec résolution musculaire en moins de deux minutes; cessation du chloroforme et peisislance de l'immobilité pendant douze minutes, pendant lesquelles on enlève la face externe du péroné et on rugine la cavité osseuse; pansement avec des boulettes sèches de charpie; retour incomplet de l'intelligence ; réponses vagues et sans suite pendant deux heures ; sentiment de faiblesse ; élévation et plénitude du pouls qui reste dur et tendu. Deux jours plus lard seulement l'appétit reparait, la tète est libre et toute trace d'élbérisme semble dissipée. Mais le pouls est plein et fréquent, Cn abcès développé sur le dos du pied est ouvert avec le bistouri. La malade s'affaiblit de plus en plus et succombe le onzième jour , sans avoir offert aucune trace d'inflammation pulmonaire. Le corps ayant été réclamé, l'autopsie ne put être pratiquée.

Le chloroforme employé avait également servi au ma-

lade opéré d'un kyste sébacé de la joue (voy. obs. 18), el la comparaison des phénomènes offre ici des enseignemenls remarquables. D'un côté : faiblesse , âge avancé , sobriété extrême, et, chose douloureuse à dire, privation des objets les plus nécessaires à la vie ; de l'autre , énergie, jeunesse, excès alcooliques. Aussi dans le premier cas, anesthésie rapide et prolongée , taudis que dans le deuxième on est frappé de la longueur de la période d'excitation, et de la lenteur avec laquelle la sensibilité et la motilité disparaissent pour se rétablir presque immédiatement.

La malade succomba- t-elle aux complications opératoires ou aux accidents dépendant du chloroforme? Ces deux causes nous paraissent avoir contribué à ce résultat. La réaction inflammatoire fut plus violente et la malade, en raison de son âge el de sa faiblesse, ne fut pas en état d'y résister.

Obs. 26. G. , vin;t-quati e ans , présente depuis plus <l'uu au une grande faiblesse de la i égion lombaire et des membres inférieurs. Ou a diagnostique une carie vertébrale avec irritation de la moelle épiniére . et on a fait appliquer dis cautères sur les côtés de la région lombaire L<- malade se baisse assez lacilemeni , mais il a beaucoup de peine i se relever. Il est oinacié, pâle, sans appétit , est très-inquiet et constamment préoccupé de la crainte de ne pas guérir. Il a fait de grands excès génitaux et a le, pouls babiluelleinenl fébrile. Il porte un abcès a la région deltoïnieiino droite. Soumis au» inspirations de chloroforme sur un mouchoir le 3 décembre, il tombe dans l'anestbésie , et est opéré en moins de deux minutes; retour rapide de la lucidité; un peu de pesanteur de tète; quelques nausées; dureté et fréquence du pouls ; aucune antro suite apparente de l'éthérisme; l'abcès était presque entièrement fermé le huitième jour.

Le malade avait repris son état habituel de saniè el accusait même plus d'appétit el de force , lorsque le 13 décembre,

rn se levant de son lit, vers trois heures dn soir, il perd connaissance et succombe sans jeter tin cri ni proférer aucune plainte. L'examen cadavérique révéla une carie étendue el très-profonde des quatre dernières vertèbres lombaires. Les excavations suppurées des os avaient jusqu'à - centimètres de protondeur, et avaient donné lien à deux vastes abcès sous les psoas. La carie avait envahi le .anal médullaire de la troisième vertèbre lombaire, et la dure mère i ne Indienne correspondante était épaissie, dans une étendue de deux centimètres el baignée do pus.

La rate était énoi me , le cœur flasque , les poumons congestionnés. La pie-mère é'ail gorgée de sang, mais le cerveau dur et volumineux n'était pas même piqueté.

Ce malade était condamné à une mort inévitable. Mais dans l'ordre des probabilités il eût pu vivre encore plusieurs mois. L'abcès se serait fait jour au dehors; la fièvre hectique serait survenue, et Pémaciation , la douleur, des sueurs nocturnes, une diarrhée colliquative eussent marqué le terme de l'existence.

Le chloroforme a-t-il exercé dans ce cas une influence quelconque? Personne ne paraît aujourd'hui en mesure de l'affirmer ; mais on est disposé à croire qu'il n'est pas resté étranger à cette brusque et fatale terminaison.

Les trois cas de mort que nous venons de signaler n'offriraient cependant rien de particulier et n'exciteraient aucun intérêt, si nous n'avions pas employé le chloroforme. Deux vieillards de soixante-seize ans venant terminer leur vie dans un hôpital ; un jeune homme , atteint d'une vaste carie de quatre vertèbres et d'une énorme hypertrophie de la raie , succombant à une syncope , seraient des faits assez communs. Mais dans les conditions spéciales où ces terminaisons funestes ont eu lieu, on doit leur accorder une assez grande importance, et sans vouloir accuser le

chloroforme d'avoir déterminé des accidents mortels , on peut supposer qu'il a contribué à les faire naître et à aggraver ceux qui existaient déjà. La réaclion inflammatoire , jointe à un affaiblissement général, seraient, selon nous et eu atiendaut des explications plus positives , les deux causes principales des complications , aussi ces faits nous ont-ils paru de nature , en raison de leur obscurité , à fixer l'alteulion. A ces trois cas de mort dont nous avions déjà rapporté l'histoire dans notre article du 20 décembre 1847 (Gazette médicale de Strasbourg) , nous devons joindre un quatrième exemple d'une terminaison funeste survenue le 8 janvier 1 8-58 sur un nuire de nos malades (v. obs. 44). Depuis le 4 4 décembre 4847, jour delà dernière opération pratiquée sous l'iuflurnce du chloroforme, la santé d'abord chancelante s'était affermie. La diarrhée avait cessé, puis avait reparu, et en dernier lieu elle persistait sans déterminer plus de trois ou quatre selles dans les vingt quatre heures. Le pouls était petit et très-fréquent (120); peu de toux ; pas de céphalalgie; sommeil assez calme. Le genou gauche , très-volumineux et tendu, n'était nullement douloureux quoique les os frottassent à nu l'un sur l'autre, et fissent entendre une forte crépitation. Le malade se levait dans la journée et s'étendait dans un fauteuil.

Le 8 janvier, à la visite du malin, je lui parlai de la nécessité de se résigner au sacrifice de son membre. Nous avions tardé autant que possible , lui disais je, à prendre ce terrible parti ; mais le moment nous en paraissait venu pour lui conserver la vie. G. nous écouta avec tranquillité, répondit qu'il désirait en avertir sa famille, écrivit dans la journée , et le soir, en se mettant lui-même et sans aide sur le bassin, il expira.

L'examen anatomique fit reconnaître plusieurs larges cavernes au sommet de l'un des poumons ; quelques abcès suppures ou encore à l'état d'induration du côté opposé. Lésions que nous attribuons à la pyoémie. Le reste du poumon était très-sain. Les condyles du fémur , du tibia et la rotule étaient dénudés. L'articulation remplie de sérosité floconneuse; cœur flasque et gorgé de sang; aucune autre altération apparente. Cet exemple de mort subite , rapproché de l'observation 26 où la môme fatale terminaison eut lieu dans des conditions presque semblables, est-il encore une coïncidence fortuite ou le résultat d'une cause identique agissant sur deux malades également impressionnables et affaiblis?

Nous terminons la série de nos observations par l'histoire de quelques cas dans lesquels le chloroforme a paru déterminer de la réaction inflammatoire; ou est resté sans effets anesthésiques en raison du refus des malades de s'y soumettre, de la défectuosité des appareils, ou des altérations de la liqueur employée.

Est-il nécessaire d'expliquer la valeur du mot réfractaire appliqué aux personnes soumises au chloroforme ou à l'éther?

Plusieurs médecins ont admis l'existence d'idiosyncrasies particulières, réfractaires à l'éthérisme, c'est-à-dire non susceptibles d'en présenter les phénomènes.

Jamais nous n'avons rien observé de semblable. D'où proviendrait donc une pareille différence dans les résultats ? Le voici probablement :

Dans notre manière de voir, le réfractaire serait celui qui résisterait aux effets des vapeurs anesthésiques , inspirées en quantité suffisante et pendant uu temps déterminé.

Si je n'ai pas respiré d'élher, il est clair que je ne saurais êlre dit réfractaire à son actiou ; tels sont les véritables ternies du problème.

Tous les malades déclarés réfractaires au chloroforme ou à l'éther ne voulaient ou ne pouvaient pas en inspirer les vapeurs. Il était facile dès lors d'affirmer qu'ils n'en éprouveraient aucun effet.

Obi. 27. X., entrée à la clinique pour unetumeur fongueuse de l'articulation tibio tarsienne droite, souffre beaucoup, quoiqu'il n'y ail pas de traces notables d'inflammation ; vingt- 'iiii) ans , constitution scrophuleuse , émanation , grande susceptibilité nerveuse. L'huile de foie de morue , l'iodure potassique , le calomel uni à l'opium , les embrocalinns d'huiles narcotiques n'ont pas diminué les douleurs; cauterisalious transcui rentes avec le cautère actuel le 18 décembre. Les inspirations de chloroforme avec l'appareil du M. Elser ont produit l'anestliésie en une minute et quelques secoode9 , et l'opération était terminée à la deuxième minute ; retour de la sensibilité à la troisième minute; accès d'bysiérie peut-être simulé; tête lourde et oppression pulmonaire dans la journée ; pouls dur et tendu ; bon appétit ; sommeil calme.

Le 19, la malade s'applaudit de son opération, qui a fait disparaître en partie les douleurs articulaires, mais le pouls est encore plein; saignée du bras <'e 130 grammes, sang très plastique sans sérosité; va très-bien.

Il y eut plus tard un léger mouvement diarrhéique; mais il nous faut noter que cet état de dérangement dans les fonctions intestinales était à cette époque assez commun dans nos salles. Était-ce une >imple coïncidence ou un effet particulier de l'action du chloroforme chez notre malade? Dans tous les cas, cette complication n'eut rien de fâcheux. La saignée suffit à combattre la réaction circula-

toire , et le sang était dense el sans sérosité comme nous l'avons déjà signalé.

06s. 28. 0. G., vingt neuf an9. cordonnier, constitution minée par une suppuration du mollet datant de deux mois, est alleinl d'un nouvel abcès aigu qui lui cause beaucoup de douleur, avec fièvre , insomnie , etc. Je lui fais respirer le 25 m> vembre du chloroforme conservé depuis un an , et versé dans un segment de vessie. Les inspirations se continuent vingt minutes sans effets sensibles. On employa l'éther sulfurique au moyen de l'appareil Elser, el le malade lombe presque immédiatement dans l'anesthésie.

L'inefficacité du chloroforme s'explique beaucoup mieux dans ce cas par l'altération de ce liquide ou les défauts de l'appareil employa , que par uu état réfractaire idiosyncrasiqtte. La preuve en fut donnée immédiatement par les effels si prompts des inspirations d'éther.

06s. 29. J. C , vingt-quatre ans , dout nous nous sommes déjà occupé fvoy. obs. 15), fut soumis le 27 novembre au« inspirations de chloroforme. Appareil composé d'une vessie comme dans le cas précédent, mais chloroforme reclifié. Insensibilité produite en quinze minutes avec commencement de résolution des membres. L'opération n'a pas été doulou reuse. Mais le malade en a conservé un faible souvenir.

Si l'anesthésie fut quinze minutesà se produire et demeura incomplète , nous ne devons en accuser que l'imperfection de notre procédé, puisque le même malade (voy. obs. 1 ■'<) soumis plus tard au chloroforme avec l'appareil de M. El-

ser , fut plongé en une minute et demie dans un état d'insensibilité absolu. Cet exemple n'est-il pas de nature à démontrer qu'il n'y a réellement, comme nous le soutenons, aucune personne réfractaire aux effets anesihésiques du chloroforme ou de l'éther ? L'opinion contraire perd chaque jour de ses partisans et ne trouvera bientôt plus de défenseurs.

Obt. 30. X., dix neuf ans , émaciée par une ostéite suppurée du fémur, datant de deux ans; ongle rentré dans les cbairs. On essaie le chloroforme le 16 décembre ; agitation; la malade éprouve de la gène respiratoire , un sentiment de chaleur dans la poitrine. On n'insiste pas , et il n'y a eu aucun commencement de perle de connaissance ni d'.meslhésie. L'opération est faite par la section superficielle, et l'arrachement delà portion d'ongle incarnée ; la douleur a été assez faible; pouls fréquent et plein; quelques crachats teints de sang dans la journée; tète lourde; mauvaise nuit.

Le 17, saignée du bras de cent grammes; respiration plus libre ; pouls à soixante-six ; ensuite diarrhée pendant un jour, puis rétablissement avec persistance de la faiblesse.

Dans ce cas, quelques faibles inspirations de chloroforme par une jeune ûlle très-délicate et très-irritable déterminèrent des accidents pulmonaires. Un pareil fait mérite d'être pris en grande considération comme preuve des ménagements avec lesquels on doit procéder à l'anesthésie chloroformique chez les personnes dont la poitrine et la constitution offrent une vive susceptibilité. Il y eut là des effets de réaction inflammatoire dont nous avons eu d'autres exemples , et qu'il nous fallut combattre par la saignée. Il serait inutile de chercher à démontrer que cette jeune fille ne fut nullement réfractaire au chloroforme. La

seule remarque à faire est qu'elle ne voulut pas en supporter les inspirations.

Telles ont été depuis le 25 novembre les trente opérations que j'ai eu l'occasion de pratiquer en faisant usage dn chloroforme. J'en aurais multiplié le nombre, si j'avais toujours eu à ma disposition une quantité suffisante de cette substauce. Mais nous éprouvâmes , dés l'abord , une certaine difficulté à nous en procurer, et nous dûmes dans quelques cas recourir à l'élher pour obtenir les effets anesthésiques que réclamaient les malades. Avant d'aborder les conclusions auxquelles nous paraissent conduire les observations précédentes, je rapporterai encore deux faits empruntés à l'expérience, l'un de mon honorable collègue M. le professeur Gabriel Tourdes , dont on connaît les curieuses et savantes recherches sur l'éthérisme , l'autre de M. le docteur Bocdier, chirurgien aide-major à l'hôpital militaire d'instruction.

06s. 31. M. le professeur G. Todbdes Tut appelé le 17 décembre, à huit heures du matin, adonner des soins à une petite fille de deux ans , qui s'était renversée sur la poitrine, les bras, le cou et une partie des épaules un vase rempli d'eau bouil lante. La brûlure et. ni au deuxième degré et l'épiderme s'en lovait avec les vêlements. L'enfant , exaspérée par la douleur, jetait des cris déchirants et luttait avec désespoir contre toute tentative de pansement. M. Tourdes verse sur un mouchoir quelques g uttes de chloroforme et le fait respirer à la petite malade qui lombe dans l'insensibilité en moins d'une minute et demie. On la déshabille immédiatement et comme l'anestliésie disparaissait au bout de deux minutes, on recommence l'emploi du chloroforme qui détermine de nouveau le< mêmes effets. Des inspirations de chloroforme furent ainsi

continuées pendant quinze minutes d'une manière intermittente. La face avait été rouge , la respiration plus lente et accompagnée il'un léger rondement. Le pansement consista vu application de coton cardé , vt l'enfant s'endormit ensuite plusieurs heures et parut ne plus souffrir. Aucun accident.

Cette observation est certainement très-remarquable, en raison du jeune âge de l'enfant (deux ans), de la rationalité des indications et du succès avec lequel elles furent remplies. Quelles ressources pour l'opérateur et pour l'enfant, et quelles terribles angoisses épargnées à une famille et surtout au cœur d'une mère !

06t. 32. M. le docteur Boddier pratiqua le 17 décembre une opération de phymosis, en suivant le procédé dont j'ai indiqué les principaux temps (voy. obs. 9). L'appareil de M. Elser fut rmploye vl l'anoslhésie complète en une minute et demie ; à la troisième minute, l'opération était terminée et le m» lade revenait à lui. Aucun accident.

' De pareils faits n'ont pas besoin de commentaires et ils constituent la meilleure des démonstrations.

Voici une dernière observation due à l'obligeance de M. Dofour, l'un de uos élèves les plus distingués de l'hôpital militaire:

Obs. 33. J'ai versé quelques gouttes de chloroforme sur un mouchoir, que je me suis appliqué sur les narines, laissant la bouche demi-ouverte afln d'aspirer en même temps des va peurs aneslhésiques et de l'air pur. Dès la troisième ou quatrième inspiration , j'ai senti ma tète devenir plus pesante.

el un engourdissement insensible me gagner île proche en proche en irradiant de la lête el du tronc vers les membres : les objets placés autour de moi semblaient s'agiter confusément. On a augmenté la quantité de chloroforme, et après deux ou trois nouvelles inspirations . je n'ai pins eu conscience de ce qui m'entourait , el la transition à cet état a été marquée pour moi par une sorte d'explosion des pulsations du cœur et des arléres ; en même temps un bruit insolite fatiguait mon oreille, comme celui d'nn timbre éclatant qui aurait vibré. On a pu m'arracber une dent sans que j'aie manifesté la moindre douleur; ce pendant les a>sislants m'ont dit que j'avais été très-agité, que la pâleur du visage était extrême , les yeox convulsés en haut, le pouls plein et fréquent, les membres toujours animés d'une certaine résistance et sans résolution complète. Revenu à mi , j'ai éprouvé pendant un quart d'heure un malaise profond; la pâleur s'est prolongée quelques minutes; j'ai eu quelques nausées sans vomissement ; j'.ittribiie ces nausées à ce que je venais de déjeuner. Au boui d'unedemi heure , j'avais recouvré mon état de santé normal, seulement ma respiration exhalait cl a exhalé pendant le reste de la journée une odeur très-manifeste de chloroforme.

J'avais essayé les inspirations élhérées avant celles de chloroforme afin d'en établir le parallèle. Les premières m'ont semblé peut être un peu plus pénibles au début, parce que l'éther cause une impression plus chaude et plus vive; mais l'agiément des inspirations de chloroforme, dont la saveur est iraii'li ■ et aromatique , est bientôt remplacé par unn sensation violente et profonde qui semble remuer tout l'organisme; cette sensation m'a semblé incompatible avec les rêvei délicieux qu'ont souvent suscités les inhalations éthérées.

M. Dufodr choisirait l'éther, s'il devait se soumettre à une nouvelle opération. Cette opinion, que je partage, est aussi celle du savant et habile chirurgien en chef de la marine, à Cherbourg, M. Joles Rodx , auquel les vapeurs o si nauséeuses et si sucrées » du chloroforme, ont paru plus pénibles à respirer que celles de l'éther. (Voy. VUnion médicale, 4 janvier 1848. T. XI, n° 2.)

CONCI.USIOiNS.

Personne ne saurait mettre en doute les propriétés aneslhésiques fies inspirations de chloroforme. Cette substance agit évidemment avec une extrême énergie , et les cinquante faits indiqués par le docteur Simpson, ceux déjà publiés dans quelques journaux et le bulletin de l'Académie des sciences, nos propres observations semblent démontrer l'innocuité habituelle de ce mode d'éthérisme. Il est fort important , toutefois, d'en comparer les avantages à ceux de l'ôlher, et d'arriver à déterminer la supériorité spéciale de ces deux agents.

Le chloroforme est d'une saveur plus douce et plus agréable que l'éther, et ne provoque ni répugnance, ni suffocation , quand on en ménage les premières inspirations. Il n'en est plus de même si les vapeurs en sont trèsabondantes dès le début ; alors elles amènent une grande gêne respiratoire , la congestion de la face et une véritable imminence d'asphyxie. De là l'utilité de doser avec soin les premières inspirations, et on y réussit aisément soit en écartant le mouchnir imbibé de chloroforme, soit en maintenant ouverte la soupape expiratoire de l'appareil de M. Elser. Le chloroforme est alors parfaitement supporté, et les inspirations deviennent même quelquefois plus amples et plus répétées qu'à l'état normal, ce qui explique clairement comment des élhérisations d'égale durée ont produit des éthérismes très- variables en profondeur et en persistance.

Il n'est pas nécessaire de précipiter l'anesthésie ; il faut au contraire l'amener graduellement , sans efforts et sans

violence; suspendre un instant les inspirations de chloroforme pour les reprendre ensuite en se guidant sur la régularité des mouvements respiratoires; cette règle que nous avions déjà adoptée pour l'emploi de l'éther, nous a toujours réussi.

Il y a cependant un double écueil dont il importe de se préserver. Si l'on fait respirer une trop grande proportion d'air pur, l'anesthésie ne se manifeste pas assez promptement, et est accompagnée de phénomènes d'excitation. Si , au contraire , on donne tout à coup un air trop chargé de vapeurs de chloroforme , la respiration s'arrête , comme nous l'avons dit, et on perd un temps précieux en attendant la cessation de la suffocation ou des spasmes.

L'habileté consiste à éviter ces deux causes d'embarras et de retard , et à faire inspirer dans le temps le plus court la plus grande quantité possible de chloroforme, sans altérer l'ampleur et la régularité de l'acte respiratoire.

Il est indispensable de ne jamais chercher à agir par surprise et d'une manière brusque et instantanée. On n'y réussirait pas toujours, et il faudrait recourir à la force, dont on doit s'abstenir, comme d'un procédé brutal et odieux.

Il est infiniment préférable d'habituer le malade à l'idée de l'épreuve qu'il va subir ; on lui fait connaître l'odeur et la saveur de l'agent anestbésique; on lui en signale les effets , et en lui révélant les impressions dont il sera assailli, et lui recommandant un peu de confiance et de courage, on voit l'éthérisrae se produire sans violence , et les apparences du sommeil se manifester dans un état de calme parfait.

Si l'on avait à opérer des personnes craintives et impressionnables , que la peur rend incapables d'écouter aucun

conseil, et pour lesquelles tout inconnu est effrayant, je conseillerais de leur faire respirer le chloroforme sur un mouchoir. C'est le moyen le plus simple. La seule précaution est de laisser une cavité au milieu de l'étoffe , pour ne pas trop gêner la respiration. Il est aussi fort important que l'aide chargé des inspirations n'accorde pas toute son attention aux manœuvres opératoires , et ne détermine pas l'occlusion de la bouche et des narines par des pressions dangereuses.

On commence par verser sur le mouchoir quelques gouttes seulement de chloroforme, pour eu rendre la tolérance plus facile, et dès que l'odeur et la saveur eu sont supportées sans arrêt respiratoire, on ajoute sur-lechamp quatre à cinq grammes de la liqueur, l'intelligence se trouble , les yeux seconvulsenl, les membres se roidissent lentement et l'othérisme est produit.

Malgré l'extrême simplicité apparente de l'éthérisalion , il faut néanmoins , comme en toutes choses , une certaine expérience et un peu d'adresse pour se bien acquitter de cette tâche.

Ou doit Gxer l'attention des malades au moment où leurs idées deviennent confuses; leur parler tantôt doucement, tantôt avec autorité ; éviter que le mouchoir ne se déplisse et ne laisse arriver de l'air pur; l'éloiguer si la respiration est moins ample; le rapprocher si les effets anesthésiques sont trop leuts à apparaître, ou tendent à se dissiper trop tôt.

C'est du reste au chirurgien à veiller lui-même à ces diverses indications et à les faire strictement remplir par les aides qu'il en a chargés.

Une éponge creuse, imbibée de chloroforme, sert également bien à déterminer l'aneslhésie ; mais nous y

avons en rai émeut recours. L'appareil que nous recommandons est celui de M. Elser. Nous trempons l'éponge dans de l'eau chaude et nous l'exprimons fortement entre les doigts avant de l'appliquer en dedans de l'ouverture de la soupape inspiratoire B. Celte éponge serait propre à retenir l'alcool absolu et l'acide formique, s'il s'en trouvait dans la liqueur, et elle favorise l'évaporation de cette dernière par la chaleur dont l'a imprégnée le coulact de l'eau chaude. Elle est mince et assez large pour remplir exactement le diamètre intérieur de l'appareil. Nous y versons 4 ù 5 grammes de chloroforme, et après avoir revissé la partie percée de trous C, nous en appliquons l'embout sur la face , de manière à embrasser le nez et la bouche. Dans les premiers moments la soupape expiratoire A doit être maintenue ouverte, pour que le malade contiuue à inspirer de l'air pur pendant sept ou huit secondes. Dès que la respiration s'exécute librement on abaisse peu à peu la soupape expiratoire , de manière à faire arriver dans les poumons une certaine quantité de vapeurs anesthésiques. Quelques tâtonnements fort délicats, mais que l'expérience enseigne vite, sont nécessaires pour amener le malade à respirer sans peine un air saturé de chloroforme. L'auesthésie se manifeste et on la maintient par la méthode d'intermittence dont nous avon s si longuement exposé le but et le mécauisme.

On ne saurait mettre en doute la convenance de n'éthériser personne sans témoins. L'annihilation delà conscience et des mouvements volontaires , les phénomènes d'excitation qui peuvent avoir lieu, la nécessité de maintenir le malade dans une position favorable à la respiration et aux manœuvres opératoires, etc., etc., rendent les aides indispensables, et l'on mériterait un blâme sévère si l'on

ne réclamait pas l'assistance de ses confrères et des amis ou parents des opérés.

Nous insistons également sur une recommandation plus importante et plus délicate encore. Dans l'emploi de l'éther il suffit de s'abstenir aussitôt que la respiration s'embarrasse; c'est la seule indication de l'intermittence. En cessant l'usage de l'élher au moment où les inspirations deviennent moins fréquentes ou moins profondes , et y revenant lorsque le jeu régulier de la respiration a reparu , on parvient , comme nous l'avons l'ait , à éviter tout accident. Les phénomènes anesihcsiques semblentdouc s'arrêter et neplus s'accroître dès l'instant que l'on suspend l'usage de l'élher. Il n'en est pas de même du chloroforme. La pâleur, le refroidissement , la petitesse du pouls, la faiblesse de la respiration vont en augmentant , d'une manière alarmante, longtemps après que l'on a cessé l'usage de cet agent. Plusieurs fois je fus effrayé de cette annihilation de la vie, et personne ne s'en étonnera en apprenant que les individus complètement éthérisés offrent toutes les apparences de la mort. Placé à une certaine distance et sans possibilité de constater la chaleur de la peau, les battements du cœur et le souffle respiratoire, un médecin resté entièrement étranger aux phénomènes de l'éthéiisme , ne serait pas seulement disposé à juger la mort réelle, il serait souvent tenté d'en reporter la date à un intervalle déjà éloigné.

Plusieurs de nos opérés , ayant le pouls plein , la respiration forte et régulière, au moment où l'on cess ait l'emploi du chloroforme, tombaient graduellement dans un étal de prostration de plus en plus marqué et y restaient quelque temps. Nous croyons donc indispensable de ne plus seulemeut se guider sur l'acte de

la respiration conme avec l'élber, mais de suspendre l'action du chloroforme aussitôt que commence la résolution musculaire , troisième période dont il ne serait pas prudent de dépasser les premiers degrés. Il est d'autant plus néces saire de vriller attentivement à celte indication , que les malades conservent mieux qu'avec l'éther une respiration large et facile, et qu'ils peuvent absorber ainsi une énorme masse de chloroforme dont les dangers n'offriraient aucune compensation.

Il nous est arrivé souvent de faire cesser les inspirations anesihésiques au moment où les membres offraient de la résistance et exécutaient encore quelques mouvements; nous voulions verser dans l'appareil une nouvelle quantité de liqueur, essuyer la bouche du malade couverte de mucosités, ou bien l'opération était terminée. Or, loin de remarquer alors nue diminution de l'élhérisme, nous en constations l'aggravation, la moliiité disparaissait et la résolution musculaire devenait complète.

De pareils exemples portent au plus haut degré d'évidence l'avantage de suspendre I'éthérisalion d'intervalle en intervalle pour en observer les effets ultérieurs.

Si la prudence nous défend, comme nous l'avons exposé, de ne jamais continuer l'emploi du chloroforme après l'apparition de la résolution musculaire , elle nous conseille, ajouterons-nous, de ne pas même atteindre cette période, ou au moins de se mettre en mesure, par une intermittence calculée, de ne pas en dépasser les premières limites.

Les personnes affaiblies par l'âge, les excès, la misère les maladies, ou rendues très-impressionnables par une extrême sobriété et la privation complète des boissons alcooliques, paraissent vivement ressentir les effets duchln-

roformc. Chez elles l'aneslhésie apparaît rapidement et se dissipe lentement en laissant des traces plus ou moins profondes. Chez les individus vigoureux et bien portants, le contraire a lieu, l'anesthésie arrive avec lenteur, et disparait très-vite sans symptômes consécutifs.

L'action du chloroforme est, comme l'a dit le docteur Simpson, beaucoup plus rapide, plus énergique el plus persistante que celle de I'éther ; l'emploi en est d'une rare simplicité , puisqu'il suffit d'en verser sur un mouchoir ; les inspirations en sont bien supportées , et causent peu ou point de spasmes ni d'étouffements. On remarque rarement des vomissements, mais souvent d'assez abondantes mucosités. Le* péi iodes d'excitation manquent habituellement ou sont très-courtes. Tous ces avantages, nous les admettons, et nous y ajoutons même celui de ue pas exposer aux détonnations par le mélange accidentel du chloroforme à l'air atmosphérique , dans le cas d'opérations faites à la lumière artificielle.

Le chloroforme peut être donné à un prix très-bas. On le débite déjà à Strasbourg à moins de cinq centimes le gramme, et comme il n'en faut pas beaucoup plus de dix grammes pour chaque cas particulier. la dépense sera réellement très-minime , comme l'avait annoncé M. Simpson.

La question d'innocuité ne nous parait pas complètement résolue en faveur de cet agent et il convient d'en bien préciser les termes. On ue devra jamais oublier que les inspirations trop prolongées de chloroforme peuvent devenir mortelles. Delà le précepte de maintenir la régularité de l'acte respiratoire et de ne dépasser daus aucun cas , et surtout chez les personnes affaiblies, les premiers degrés de la résolution musculaire et même de suspendre de

moments en moments l'élhérisalion , afin de voir si celle péiiodene s'établit pas spontanément.

Dans ces limites, l'emploi du chloroforme est généralement exempt de tout danger immédiat. Les malades reprennent bientôt leur lucidité, et au bout de quelques heures, ne présentent plus habituellement de traces de l'anesthésie à laquelle ils ont été soumis. Toutefois si la faiblesse était extrême, nous n'oserions pas recourir au chloroforme, ni même à l'éther. Appelé le 7 janvier -1848 à pratiquer une opération de kélotomie sur un vieillard de soixante-deux ans dont la hernie était étranglée depuis six jours, nous trouvâmes un malade tellement débilité que l'on attendait sa mort de moment en moment, et qu'on avait combattu le refroidissement des membres par des applications de sinapismes. Je jugeai l'opération indiquée malgré des avis contraires; mais l'éthérisatiou me parut dangereuse et je n'y eus pas recours. Le malade se sentit immédiatement soulagé après que l'étranglement eût été levé et la hernie réduite; il reprit de la chaleur et des forces, n'eut plus de vomissements et allait bien à la visite du troisième jour.

Nous avous accordé à l'éther de diminuer les réactions inflammatoires, d'augmenter le calme et la confiance des malades , et de concourir ainsi à la rapidité et à la sûreté de leur guérison.

Le chloroforme offre-t-il les mêmes avantages consécutifs? Les observations réunies dans ce travail, celles dont nous avons été chaque jour témoin, depuis le 18 décembre 1847, nous permettent d'affirmer que tels sont en partie les résultats ordinaires de l'emploi de cette scbstance.

Mais nous devons aussi déclarer, pour rester dans la

vérité, que dans certains cas dont nous avons rapporté l'histoire, il est survenu des accidents.

Nous avons eu des réactions circulaires fort intenses (voy.obs. 4, 6, U, \ô, U, 19,22, 24, 25, 26, 27 et 50), que nous n'avions pas remarquées à la suite des inspirations d'éther. Chez la plupart de ces malades le pouls est resté dur et tendu pendant plusieurs jours, et nous avons dû faire pratiquer quelques saignées que nous regrettons peut-être de ne pas avoir plus multipliées. Le sang tiré de la veine était plastique, sans couenne et se prenait en totalité en un caillot dense et résistant. Les opérés atteints de bronchite ou de phlhisie ont vu l'état de leur poitrine s'aggraver, au moins momentanément. La dépression des forces a été généralement plus grande et plus prolongée qu'avec l'élher. Quelques opérés out eu de la diarrhée (voy. obs. \h, 27 et 50), d'autres out dit avoir été huit jours avant d'avoir la tête libre et de reprendre leur première santé (voy. obs. K\). Je ne voudrais pas sans doute exagérer ces inconvénients; mais je croirais cependant dangereux de ne pas s'en préoccuper beaucoup.

Nos expériences nous ont permis de constater l'efficacité des inspirations ammoniacales , comme moyen de suspendre et de dissiper les phénomènes anesthésiques. Des chiens plongés dans un état complet de résolution musculaire, et exposés aux vapeurs de l'ammoniaque liquide, reprenaient généralement la liberté de leurs mouvements en deux fois moins de temps que les animaux abandonnés à eux-mêmes. Il serait donc convenable d'avoir à sa disposition un flacon d'ammoniaque pour les cas de trop grande persistance aueslhésique. On pourrait en même temps recourir aux allusions d'eau froide sur la tète et la poitrine ; aux frictions sur les tempes et les régions mastoïdiennes ;

maintenir la bouche ouverte, et rendre les inspirations plus complètes par des pressions thoraciques cadencées , après avoir placé le malade dans une position demi-assise. La saignée serait le moyen le plus propre à remédier aux réactions inflammatoires et à prévenir toute complication sérieuse. Aucun chirurgien ne méconnaîtra cette importante indication, et il serait trop peu rationnel de vouloir étendre la bienfaisante influence du chloroforme à toutes les suites possibles des opérations.

Nous croyons aussi que la pureté du chloroforme est une des conditions importantes de l'éthérisme. La présence de l'alcool est la cause la plus habituelle de la période d'excitation et de l'irritation des bronches , et nous avions déjà fait la même remarque pour l'éther. Il serait très-utile de préciser les causes de la réaction circulatoire, que nous ne confondons pas avec un véritable état fébrile. Le pouls est dur, fréquent, tendu , mais on ne remarque ni chaleur à la peau, ni céphalalgie, ni perte d'appétit constantes, ni soif. Plusieurs de nos malades avaient continué à présenter un pouls souple et lent; les conditions étiologiques offraient donc à cet égard des variétés, dont nous ne nous rendons pas parfaitement compte.

On a dit que les caractères de l'éthérisme produit par le chloroforme ou par l'éther étaient identiques. Je ue suis pas de cet avis. Outre les différences signalées dans l'instantanéité , la persistance et les effets consécutifs des phénomènes aneslhésiques , les sensations et l'état moral des malades ne se ressemblent nullement.

Avec l'éther le réveil est gai, riant, expansif, affectueux, l'exaltation douce. Les rêves sont constants, et laissent ordinairement des souvenirs agréables ou même délicieux. Les malades sont communicalifs , éveillés , eau-

senrs, et cette sorte d'heureuse animation dure quelques heures ou même une journée entière sans réaction inflammatoire, et semble imprimer plus d'énergie à l'ensemble de la constitution.

Avec le chloroforme le retour à la lucidité est en général calme et régulier; c'est le réveil d'un sommeil profond. Les malades n'ont pas eu de rêves , ou au moins ils n'en ont pas conservé le souvenir. Ils sont mornes, froids, abattus ; parlent peu , ont besoin de repos et de silence; s'endorment promptement et restent dans un état d'affaissement assez prolongé , quelquefois compliqué de flèvre inflammatoire , de réaction vive du côté du cœur; d'oppression pulmonaire de toux et même de diarrhée '.

Les traits de ce tableau ne sauraient être contestés par la raison qu'en lisant nos observations on trouverait un certain nombre de malades auxquels ils ne seraient pas applicables. Pour connaître les différences des sujets que l'on compare, il faut les étudier dans leurs caractères les

' Tels sont les inconvénients que nous avons cru voir résulter de l'emploi du chloroforme dans quelques cas réellement exceptionnels , et l'étude des phénomènes inurbidcs cl des altérations organiques nous parait seule capable de fournir des objections sérieuses contre l'usage de ce nouvel agent anesthésique. Telle n'est pas en ce moment l'opinion de l'Angleterre , si j'en juge par un opuscule que M. le professeur Simpson vient d'avoir l'obligeance de (n'adresser. Dans ce travail l'auteur a consacre un chapitre spécial à la discussion des objections religieuses faites à sa pratique (answers tn some alleged objections to t/ie superinduction ofanesthesia in labour) , et il nous n'M'Ic tes attaques dont il a été l'objet de la part de plusieurs mioistres du culte, parlant au nom de la Genèse et invoquaat l'autorité des Ecritures, Certains points de la réponse de notre savant confrère nous semblent excellents, surtout celui où il démontre que Dieu a été le premier inventeur de l'anestbésie en endormant Adam pour lui enlever sans douleur la côte dont il lit la femme. « Notandum Adam profonde sopore fuisse demersum , ne ablationis costœ dolorem scntireU»

plus tranchés, et à ce point de vue l'élher et le chloroforme déterminent des effets dont la nature peut être en partie la même, mais dont l'expression n'est pas identique.

L'influence du chloroforme sur la couleur du sang artériel est la même que celle de l'éther; nous avons vu le saug couler rouge pendant l'insensibilité, mais devenir complètement noir si la respiration était gênée. L'anesthésieet l'asphyxie sont deux états différents, très-souvent connexes et nécessairement liés lors de la dernière période de l'éthérisme.

Les phénomènes d'anesthésie produits par l'élher sulfurique sont lents à se manifester, mais prompts à disparaître sans laisser de traces profondes. Les modifications de l'organisme sont légères, presque instantanées, sans fixité et sans persistance. Le réveil, avons-nous dit, est gai, l'esprit disposé à la confiance et aux sentiments expansifs et affectueux. La seule précaution d'assurer la régularité de la respiration met à l'abri de tout accident. Les inconvénients sont: une attente pénible pour l'opérateur et pour le malade; une certaine irritation des bronches; la difficulté des premières inspirations , les spasmes de la glotte et de la mâchoire.

En réfléchissant au mode d'action de l'éther qui ne parait pas se combiner chimiquement au sang, on y aperçoit les conséquences de propriétés comparativement peu énergiques.

Ce serait dès lors un motif parfaitement rationnel de re courir à l'emploi de cette substance chez les personnes affaiblies et de peu de utalilé, comme nous l'avons précédemment établi.

Le chloroforme a des propriétés plus puissautes; aussi l'instantanéité et la persistance des effets en sont-ils les ca

ractères essentiels. Ici l'anesthésie atteint rapidement un très-haut degré ; dès lors l'excitation , les rêves , l'ivresse joyeuse disparaissent , et sont remplacés par une prostration profonde , suivie d'un besoin marqué de repos et de sommeil.

L'organisme a été fortement troublé, et peut-être le saug devient-il le siège de combinaisons dont la flxité expliquerait l'aggravation spontanée des phénomènes auesthésiques quelque temps encore après la cessation des inspirations de chloroforme. Il ne suffit plus d'assurer le libre jeu de la respiration ; il faut ne pas dépasser les premiers signes de la résolution musculaire , et même les attendre par une intermittence d'éthérisation sciemment ménagée. Dans ces limites aucun danger; inspirations faciles, peu irritantes, quelquefois même agréables, mais rarement accompagnées d'un sentiment de bien-être prononcé. Nous reconnaissons donc au chloroforme presque tous les avantages attribués à cet agent par M. Simpson; mais nous ne partageons pas aussi complètement l'opinion de notre confrère sur la question de l'innocuité. Nous croyons avoir constaté que les malades soumis au chloroforme offrent un plus ou moins grand affaissement du sytème nerveux encéphalo-rachidien , avec tendance à une assez forte réaction circulatoire , manifestée par la dureté, l'ampleur et la fréquence du pouls. Cet état peut se compliquer de diarrhée, se prolonger lougtemps, et ne parait pas avoir été sans influence fâcheuse sur l'issue fatale de quelques opérations 1 .

■ Comme le chloroforme n'a pas encore reçu d'applications industrielles, nous croyons qu'il serait convenable de l'assimiler aux substances médicamenteuses dont la vente est seulement permise aux pharmaciens, sur signature d'un docteur en médecine.

Ces remarques nous ont été inspirées par une comparaison attentive et répétée des phénomènes offerts par des malades soumis simultanément les uns à l'action du chloroforme, les autres à celle de l'éther. C'est le seul moyen de découvrir des phénomènes différentiels qui eussent échappé nécessairement, ou ne seraient pas pris en considération suffisante si les exemples en étaient trop éloignés ou peu multipliés.

Tels sont les effets comparatifs de l'élher et du chloroforme. Il est assez remarquable que sept ou huit malades soumis à ma connaissance à des anesthésies produites tantôt par le chloroforme, tantôt par l'élher, ont tous préféré ce dernier agent.

Ce simple fait ne révèlerait-il pas une action défavorable du chloroforme sur l'organisme L'éther fatigue quelques personnes, au premier abord, puis elles s'y habituent , et en affrontent les effets répétés avec plaisir, ou au moins sans aucune répugnance. Le chloroforme est bien inspiré une première fois, mais ensuite on le redoute et on l'évite avec une sorte de répulsion iustinclive.

Ce sont là deux agents d'une merveilleuse mais inégale puissance. Des indications spéciales doivent en être déduites. Le chloroforme domptera facilement la résistance des personnes vigoureuses, d'une énergique vitalité, habituées aux boissons alcooliques. Il sera d'un emploi beau coup plus facile pour les chirurgiens , et il devra être préféré chez les malades qu'incommode l'éther.

Cette dernière substance sera particulièrement applicable aux individus déjà affaiblis, et nous maintenons la contre-indication de l'aneslhésie chloroformique dans tous les cas d'extrême débilitation.

Le temps seul permettra de fixer avec précision les

questions que soulève la magnifique découverte de Jackson. L'étude en commence à peine et nous nous bornerons à déclarer que le professeur Simpson uous parait avoir bien mérité de la science , en faisaut connaître les applications du chloroforme aux opérations chirurgicales.

Nous croyons , d'après ces considérations , que l'on peut adopter l'emploi du chloroforme pour des sujets jeunes et robustes, ou des personnes très-impressionnables et Irès-indociles, mais d'une suffisante vitalité; seulement on doit le faire avec ménagement et en prenant eu sérieuse considération les règles sur lesquelles nous avons si souvent insisté. L'inexpérience et trop de hardiesse exposeraient à de terribles regrets; car s'il est vrai que des accidents aient été provoqués par l'éther, on ne saurait se dissimuler que l'usage du chloroforme entre des mains inhabiles offrirait infiniment plus de danger.

Ouvrages du même auteur.

Traité de médecine opératoire , bandages et appareils , a\cc 530 figures intercalées dans

le tOXte. I fort fol. in-8" Je 1000 pages. Taris 18-ïG. filiation de ta campagne de Constanttne de 1 837 , avec planche. 1 Vol. in-8°. Paris 1 838. De l'Opération de l'empjème, avec planche, 2° édition } gr. in-8" (Thèse de concours

pour la chaire du baron Riciiera»d). Paris 18ÎI. Des Amputations dans ta continuité et la contiguïté des membres (Thèse de concours pour

la chaire de Dcpcytiip*]. Paris 1838.

Des K/sics (Thèse de concours pour la chaire de c'iniquu chirurgicale de Strasbourg).

Paris 1841.

De la Phlébite tranmatique {Thèse de concours pour l'agrégation). Paris 1832. Des dit-ers Modes de consolidation des plaies (Thèse de concours pour l'agrégation). Paris

Du Nerf pneumo-gastrique et de ses fonctions (Thèse de doctorat). Paris 1829.

Mémoire sur In luxation isolée du cubitus , en arrière de l'humérus , sans déplacement du radius , présenté ii l'Académie des science».

Mémoire sur une luiattnn du bras en arrière , ou dans la fosse sous-épuieuse , réduite au bout d'un an et quinze jours. Lu a l'Académie des sciences.

De t 'application des moufles et du dynamomètre au traitement des luxotions. Mémoire lu à l'Académie dos sciences.

De l' A 'nutomie pathologique et d'une nouvelle classification des luxations du bras. Mémoire présenté a l'Académie des sciences

Des Luxations congénitales , coxa/giques et traumatiques du fémur. Mémoire lu à l'Académie, des sciences.

HJémnire .sur une nouvelle espèce de luxation du bras. (Académie de médecine. Rapport de M. Douvier).

Mémoire sur l'amputation coxo- fémorale , et observation du premier cas de guërison ob. tenue à Paris à la suite de cette opération. (L'Académie des sciences a volé l'insertion du co mémoire dans lu Journal des savants étrangers).

Nouveau Procédé d'amputation mèdio-tarstenne , IV«C pltncha

Nouveaux Procédés d'amputation de ta jambe , A lambeau oialuire } B lambeau externe

Nouvelle Methoae autoptasttque , appliquée à la clieiloplastie.

Nouveau Procédé de ligature des artères carotides primitives.

De ta Pltque polonaise. Iq-8". Paris 1832.

Mémoire sur t' étranglement herniaire.

Mémoire sur l'innocuité des plaies sous-cutanées.

Mémoire sur un appareil tnamovible employé par les Arabes , pour tes fractures compliquées de plaies. (Académie de médecine. Rapport de M. Renoull).

Comptes-rendus de la clinique chirurgicale de Strasbourg.

De t' ' Étherisation et des opérations sans douleur.

Discours d'ouverture du cours de clinique. Discours prononcé à la distribution de» piîi du Val-dc-Gràee. Notice sur L*Rni:v , etc.

Sous presse :

De tu Gastro-stomie , ou de l'alimentation stomacale directe; gr. in-8 u atec planches. De l' Infection purulente ou pyoemte , in S" aver planches.

Accession no.

Author

SéciillotjC.E.

De l'insensibilité produite par le Call no. chloroforme

VTT.204a

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