‹ De l'inspiration des CamisardsChapitre 1 sur 23 · RUE GARANCIÈRE · texte numérisé non relu

RUE GARANCIÈRE

Paris, 31 décembre 1858.

Monsieur ,

J'ai vu avec intérêt l'étude que vous avez faite d'un épisode de l'histoire de votre pays incomplètement expliqué jusqu'ici.

Je n'ai pas à vous féliciter de votre style si précis et si clair, si simple, si coulant et si plein d'animation. Je n'ai pas a vous louer de la modération et de la convenance de vos critiques, de l'exactitude scrupuleuse de vos récits, de la justesse de vos aperçus. Ces qualités de la forme de votre travail disparaissent devant l'importance du fond, et l'actualité du sujet. Et d'ailleurs il ne m'appar-

tient, à moi, d'apprécier un livre, queL qu'il soit, qu'au point de vue de la vérité, de l'utilité morale et de la religion.

En portant vos recherches sur les phénomènes extraordinaires qui se sont produits sur une si large échelle chez les Camisards, vous avez traité une question dont je ferai ressortir tout à l'heure l'importance. Mais dès à présent, je veux vous féliciter de la forme que vous avez adoptée pour votre travail. Elle me paraît ne pouvoir laisser désormais, même pour les volontés rebelles, le moindre doute sur la nature de l'agent mystérieux à qui sont dus les prodiges observés pendant tant d'années parmi les protestants révoltés des Cévennes. Sans doute , des esprits systématiquement hostiles à la lumière, ou dont l'intelligence est obscurcie par un matérialisme aux abois>

nient la réalité de ces phénomènes. Mais qu'importe? en ont-ils moins existé malgré cette négation? De nos jours encore, certains protestants prétendent que tes Camisards ont été de pauvres hallucinés, dont l'imagination surexcitée aurait pris pour des réalités les tristes rêves d'un puissant délire. Mais quelle thèse ridicule! quelle pitoyable manière de raisonner! En parlant ainsi, on ne considère pas que, dans cette hypothèse, ce ne sont pas les inspirés qui seraient des hallucinés , mais bien leurs témoins , et à leur tête le maréchal de Villars, puisque ce sont eux qui affirment l'existence et la réalité des prodiges dont il s'agit. D'un autre côté, quelques médecins, en essayant vainement de les expliquer çar la science, et d'établir leur prétendue identité avec des faits analogues obser-

vés pendant certaines maladies , démontrent, eux aussi, l'existence des faits* C'est donc faire un travail important que de'ramener leur interprétation à la vérité , puisqu'on y a manqué jusqu'ici , soit par insuffisance dans l'examen, soit au contraire par un coupable calcul.

Votre travail, Monsieur, me paraît devoir être considéré à un point de vue dont les conséquences sont extrêmement précieuses. En faisant une analyse complète de l'épidémie dont les Camisards ont été victimes, et en disant qu'elle servira à l'intelligence de certaines manifestations modernes, vous avez émis une pensée dont l'utilité, aux jours où nous sommes, ne saurait échapper à quiconque regarde dans l'avenir et sonde les malheurs auxquels le défaut de foi expose notre âge. En effet, dans un siècle

aussi positif que le nôtre, ne pas hésiter à démontrer l'existence du surnaturel dans l'histoire en dépit d'une philosophie qui s'est flattée de l'avoir rayé pour toujours des annales du monde , c'est aider à faire sortir l'étude de l'histoire de la voie pernicieuse dans laquelle on l'a cauteleusement engagée depuis plus de deux siècles. C'est rendre un service éminent à une société dévorée par le matérialisme le plus raffiné, que de lui prouver , à côté et au-dessus de la matière, l'existence de puissances spirituelles dont l'action se manifeste à certaines époques déterminées.

Ce dogme n'est pas nouveau sans doute, et pour être obligé de le rappeler, il faut que les principes élémentaires de la religion soient bien obscurcis dans les âmes. Mais qui se souvient aujour-

d'hui de la doctrine catholique? Dans ce siècle où l'ignorance le dispute à l'orgueil , c'est donc un devoir pour les hommes de cœur à qui Dieu permet de s'occuper d'études sérieuses, et qui veulent la vérité; de se mettre résolûment à sa recherche et de ne pas balancer à la proclamer, surtout en ce qui touche les faits que la science ou la philosophie modernes tentent en vain de traiter en pitié ou de couvrir de ridicule, parce qu'elles n'y comprennent rien.

C'est un apostolat à accomplir contre l'erreur, et par conséquent au profit de l'Église catholique , seule dépositaire de la vérité.

Continuez, Monsieur, à suivre la voie dans laquelle vous êtes entré à propos de vos études sur l'inspiration des Camisards. Suivez-la avec courage et per-

Digitiz

sévérance, quels que soient les obstacles, les détracteurs que vous pourrez rencontrer sur votre roule. C'est une grande chose que de savoir appliquer les moments de liberté que laissent de graves occupations à redresser les erreurs élevées par l'ignorance, là haine ou le mensonge, au détriment de notre religion. En agissant ainsi, soyez certain, Monsieur > que Dieu bénira vos travaux.

Recevez, Monsieur, etc.

Le P. Ventura de Raulica.

La fin du xvir siècle et le commencement du xvm e ont été marqués dans le midi de la France par des événements qui méritent de fixer l'attention de l'historien.

On voit pendant une quinzaine d'années toute une population se soulever en se prétendant inspirée par l'esprit de Dieu. L'inspiration se répand sur des gens de tout âge, hommes ou femmes, depuis l'enfant jusqu'au vieillard, les tenant comme enchaînés 1 sous ses ordres. Elle est la règle de conduite , l'oracle des résolutions, le mobile des actions de chacun. Quand elle a prononcé, l'obéissance la plus rigoureuse lui est accordée.

Un fait de cette nature, qui paraît être uni-

1 Louvrclcuil, I, p. 145.

que dans les annales de notre histoire , peut seul expliquer pourquoi « Ton vit alors Louis XIV , n le roi le plus puissant, le plus absolu et » le plus redouté de l'Europe , réduit à faire » marcher, stfus les ordres de ses généraux » les plus expérimentés, un corps considé- » rable de troupes réglées et aguerries, pour « châtier une poignée de gens de la lie du » peuple »

Cette situation faite à Louis XIV par une poignée de gens de la lie du peuple est extrêmement curieuse. Mais a-t-elle été suffisamment remarquée et étudiée au point de vue des rapports que les phénomènes prodigieux attribués à l'inspiration divine par les protestants ont pu avoir avec la résistance des Cévénols au grand roi?

Les historiens glissent généralement sur l'explication de ces phénomènes , ou n'en parlent même pas. La question néanmoins a une grande importance. En effet, si les prodiges opérés au sein des populations cévénoles sont réels, et si le Saint-Esprit les a produits, comme le prétendent encore aujourd'hui certains au-

1 Court , I , p. 3.

teurs prolestants, ils auraient donc la môme origine que ceux proposés par l'Eglise catholique à la foi de ses enfants. Arriver à une pareille conséquence, c'est dire suffisamment qu'un examen sérieux n'est pas ici hors de saison. D'autres auteurs, il est vrai, ont vu dans les œuvres des Camisards 1 massacrant les prêtres, brûlant les églises, l'œuvre du démon; mais en même temps ils ont paru faire bon marché, soit de la réalité des phénomènes prodigieux dont leur histoire est pleine , soit de la réalité de l'influence de ces phénomènes sur le soulève-

1 * L'origine du nom de Camisards a été très-discutée, t L'opinion la plus commune, dit Court, et celle qui me > paraît en même temps la plus vraie, est que Camisards » vient decamisade : térme qui, comme chacun sait, dé- ?» signe une attaque de nuit, faite par surprise et lorsque t l'ennemi est encore au lit. En effet , les expéditions de i nos mécontents furent, au commencement, presque » toutes nocturnes. * (Court, I, 191.)

Louvreleuil dit qu'on les « nommait Camisards pour trois » raisons. La première, parce qu'au commencement de

* leur rébellion , qui arriva pendant les plus grandes eba- » leurs de l'été, ils portaient presque tous une casaque de » toile. La seconde , parce qu'ils faisaient ordinairement t leurs expéditions de nuit, ce qui s'appelle, en terme de

* guerre, donner la camisar de (sic). La troisième, parce 9 qu'ils occupaient les grands chemins, ou en langue vnl-

* gaire camis. » (Tome III, page 221.)

ment populaire qui les accompagna. D'autres encore y ont vu la folie et ont cru tout expliquer avec ce mot. Nous verrons plus loin ce qu'il faut en penser.

H ne semble dès lors pas inutile, en présentant la question sous une forme nouvelle, d'essayer de déterminer le foyer auquel les Camisards ont allumé leur zèle religieux.

C'est pour arriver à ce résultat que nous avons entrepris notre travail.

Dans ce but, il nous a paru nécessaire de constater d'abord que l'inspiration joue le premier rolc au commencement comme à la fin de la guerre des Câmisards , objet principal de ce travail 1 . Il est essentiel d'être bien édifié sur ce point, si l'on veut comprendre l'énergie du soulèvement des Cévennes, sa persistance, son but.

En dehors de l'influence des inspirations , rien ne s'explique dans cette lutte; avec elle au contraire on comprend pourquoi le gouvernement de Louis XIV ne regardait nullement les Câmisards comme des rebelles ordi-

1 Nous avons rapporté ce qui s'est passé d'analogue vers la môme époque dans le Dàuphiné , comme so liant étroitement à notre sujet.

noires \ L'inspiration anime et conduit les populations ; partout et toujours on voit le prophète gouverner les masses populaires. Le prophète excite le soulèvement, le propage, le dirige; le prophète est toujours consulté, toujours écouté comme un oracle. Il est en même temps la tête et le !>ras de la révolte, et si, dès l'origine, il réclame du sang, aux derniers jours, le fusil à la main il essaye encore, en combattant contre les troupes royales, de ressusciter une cause perdue.

Après avoir raconté dans un premier chapitre la suite des événements, pour établir la durée de l'inspiration à toutes les époques de cette histoire, nous avons parlé de l'inspiration elle-même. Nous avons indiqué d'abord le mode de manifestation ou de communication que l'inspiration affectait. Mode variable, car tantôt un baiser était le signe de transmission, tantôt la ferveur du sujet, ses jeqnes, la fréquentation qu'il

1 Bost, Les Prophètes protestants, p. 105, note. — Lorsque le maréchal de Villars eut pacifie le Languedoc, « le Roi le nomma duc et lui donna le collier de Tordre i du Saint-Esprit ; double récompense en harmonie avec i 1c caractère u la fois politique et religieux de sa vic- » loiro. t (Peyraf, Histoire des Pasteurs du désert, I. II, p. 246.)

Taisait des assemblées où se trouvaient déjà des inspirés, lui suffisaient pour obtenir d'être visité par l'Esprit qui élisait domicile chez lui. Mais si la communication ou la manifestation spontanée étaient révélées par des moyens différents, il y avait un signe commun auquel l'inspiré était toujours reconnu pour tel parmi ses coreligionnaires, un signe indiquant que l'Esprit agissait en lui et par lui : nous voulons parler des agitations et des convulsions du corps remarquées chez les individus possédés par l'Esprit.

Du reste, tous n'étaient pas honorés au même degré de l'élévation spirituelle; selon qu'ils étaient plus ou moins dociles , plus ou moins aptes à remplir l'office que l'Esprit attendait d'eux , les inspirés étaient plus ou moins haut placés dans la hiérarchie de l'inspiration. Les derniers sur cette échelle ne recevaient que ce que Ton appelait Y avertissement : c'étaient ceux à qui l'Esprit daignait parler de loin en loin et par condescendance seulement; aussi n'étaient-ils pas très-considérés; les seconds, qui avaient reçu le souffle , étaient un peu plos honorés; mais ils étaient loin encore de jouir d'une influence pareille à celle

des prophètes, lesquels exerçaient un grand pouvoir, leurs arrêts étant toujours irrévocables. Malheur à qui les avait contre soi ! Les quatrièmes enfin recevaient le don, c'est-à-dire ce qu'il y avait de plus sublime parmi eux.

Ces bienheureux mortels vivaient en communication perpétuelle avec l'Esprit, et savaient tenir \e profane vulgaire éloigné de leurs personnes.

Un des caractères les plus remarquables de l'inspiration a été la contagion. Des provinces entières se sont trouvées atteintes de cette maladie spirituelle qui gagnait tout le monde, même des catholiques, lorsque, par un mouvement déréglé, ils se rendaient volontairement, par exemple , dans des assemblées où l'inspiration était en pratique. Mais un fait curieux, c'est que les prêtres catholiques n'en ont jamais été atteints.

Ce pouvoir de contagionner prouve une force extraordinaire d'expansion , et laisse deviner le degré d'autorité que l'Esprit devait exercer sur l'inspiré : cette autorité était absolue. Une fois possédé par l'Esprit, l'inspiré perdait toute volonté personnelle. Durand Fage nous apprend, dans le Théâtre sacré des Cévennes , que « tous ceux que l'inspiration fait parler ont

n ceci de commun, c'est que les paroles

» sont formées dans leur bouche sans qu'ils y. » contribuent par aucun dessein; de même, » que leurs corps sont mus par une puissance » qui les domine, et à laquelle ils ne font que » prêter leurs organes. » En un mot, l'Esprit délogeait pour ainsi dire son esclave et s'établissait en maître chez lui 1 .

Comme dernier trait enfin de cette singulière situation, on doit rappeler que la présence d'un catholique, et d'un prêtre catholique surtout, était un sujet de souffrance et de douleur pour les inspirés, qui ne pouvaient être soulagés si l'on ne chantait des psaumes à côté d'eux!... L'inspiration changeait du reste tellement l'inspiré, que l'un d'eux raconte qu'après avoir été visité par l'Esprit , il ne pouvait seulement regarder l'église catholique sans frissonner.

Dans un troisième chapitre , nous avons rapporté les phénomènes prodigieux que l'Esprit,

1 Une épidémie spirituelle analogue à celle des Camisards s'est produite en Suède vers Tannée 1844. Les caractères de ressemblance sont frappants. On pourra en juger par la relation que nous en donnons aux pièces justificatives (A).

par l'organe de ses inspirés, s'est plu à accomplir chez les Cévénols et les Dauphinois.

Ces phénomènes sont de deux ordres distincts : les uns spirituels, les autres physiques. Ceux du domaine de l'intelligence ont formé l'objet 'd'un premier paragraphe; les phénomènes matériels ont été réunis au second rang.

Parmi les phénomènes spirituels, nous avons signalé d'abord le don des langues et de l'éloquence, comme étant le plus curieux. On voit & chaque instant s'exprimer en français des individus qui n'entendaient pas ou qui matériellement n'auraient pu parler cette langue, alors même qu'ils l'auraient su : des enfants à la mamelle, de jeunes enfants, des idiots, des imbéciles. Toutes les pages du Théâtre sacré des Cévennes sont pleines du récit de faits de cette nature. La langue française était la langue sainte , et l'inspiration passée, l'inspiré reprenait Y idiome roman des Cévennes.

Les inspirés prédisaient l'avenir, ils exhortaient en dormant; mais en dehors de l'extase leur mémoire était incapable de rappeler ce qu'ils avaient dit pendant la durée de l'inspiration. Cette particularité prouve d'une autre manière encore le pouvoir de l'Esprit sur l'in-

spire, puisque ce dernier ne pouvait conserver le souvenir de ce qu'il avait prononcé au moyen de son fesprit d'emprunt.

Quant aux phénomènes physiques, nous avons rapporté les chutes, les coups de fusils" ou d'instruments tranchants sans blessures qu'on a remarqués chez les inspirés. Puis nous avons parlé des larmes de sang versées par les inspirés au commandement de l'Esprit.

A la suite nous avons cité ces jeûnes excessifs que l'Esprit infligeait à ses adeptes , le silence qu'il leur imposait. Enfin nous avons relaté aussi l'effet que le feu produisait en certains cas à la voix des inspirés contre les églises catholiques , l'épreuve par le feu subie par un Camisard d'après l'ordre de l'Esprit; nous avons parlé encore des lumières qui la nuit servaient de guides aux Camisards égarés, les chants qui s'entendaient dans les airs, etc.

Après l'exposition des prodiges tant spirituels que physiques, nous avons rappelé en quelques mots les preuves tendant à établir leur certitude. Ces preuves résultent autant de l'accord des historiens à constater leur existence, quelle que soit d'ailleurs leur manière de les expliquer, que de

INTRODUCTION, il

la constance de la population à donner sa vie en témoignage de sa foi aux prodiges dont il s'agit. Or, quand cette dernière preuve a été fournie, malgré les vicissitudes de la guerre, malgré les répressions judiciaires, pendant près d'un quart de siècle, il n'est pas possible d'admettre que cette population ait été victime d'une illusion ou d'un artifice , et il faut bien reconnaître que ce qu'elle dit avoir vu ou fait a été réalisé et observé par elle.

Les différentes opinions émises pour expliquer les phénomènes sont passées ensuite en

revue. Fléchier, Brueys, auteurs catholiques, semblent ne les attribuer qu'à l'habileté, à l'adresse de ceux qui les opéraient. Mais une seule observation réfute ce système ; quelle que soit en effet l'habileté d'un prestidigitateur, il ne pourra former école de gens qui sauront parler une langue qu'ils n'auront pas apprise. Les phénomènes observés chez les inspirés ne constituent donc pas une imposture.

Les auteurs protestants qui n'ont pas cru à une cause surnaturelle sont sobres d'explications sur ce point , ou ils ont cru devoir ne parler de l'inspiration qu'à titre de renseignement historique, parce qu'ils no pouvaient pas

12 INTRODUCTION, absolument la passer sous silence, ou bien ils ont attribué l'exaltation spirituelle des Camisards à l'extase, mais sans définir l'extase, ce qui n'est que reculer la difficulté sans la résoudre.

Un auteur a traité ce sujet plus complètement, M. Calmeil, médecin de la maison des aliénés de Charenton. M. Calmeil a rapporté au genre hystérique et épileptique les phénomènes observés chez les Camisards. Cette théorie est-elle admissible? Peut-on attribuer, par exemple, le don des langues ou de l'éloquence à des gens uniquement parce qu'ils sont atteints d'hystérie oud'épilepsie? Si cela était, pourquoi les épileptiques d'aujourd'hui n'ont-ils plus, ainsi que les Camisards, le don des langues?

Nous trouvons plus de logique dans l'interprétation de M. le marquis de Mirville, qui, sans être médecin , nous paraît avoir beaucoup mieux apprécié l'épidémie des Cévennes que le médecin de la maison des aliénés de Charenton. M. de Mirville conclut à la possession des Camisards par un esprit autre que le Saint-Esprit. Mais si la science est muette, qu'en conclure? Que les phénomènes dont ils s'agit sont le résultat d'une cause surnaturelle.

Quelle est donc cette cause?

Chez les protestants on entend dire : le doute n'est pas permis , c'est à l'Esprit-Saint que tout l'honneur des inspirations doit revenir 1 . En présence d'une affirmation de cette nature , la marche est tracée si Ton veut savoir la vérité ; il suffit de juger l'arbre par ses fruits.

Or, le Saint-Esprit étant supposé l'auteur des phénomènes en question, la sainteté des actes des inspirés doit nécessairement prouver leur origine céleste. Il s'agit donc de s'assurer si les actions des Camisards portent l'empreinte d'une source divine.

Nous nous sommes borné à demander aux populations inspirées la preuve de l'existence parmi elles des trois vertus qui sont l'effet le plus ordinaire de l'action de l'Esprit-Saint , savoir :

La charité , la pureté , l'esprit d'ordre.

L'histoire, interrogée sans passion et sans le parti pris d'établir telle ou telle doctrine, nous a montré la cruauté, le meurtre, le sacrilège, la corruption, l'esprit de confusion

1 Cette thèse vient d'être défendue tout récemment encore par un ministre protestant, M. Bost, dans ses Mémoires t tome II.

14 INTRODUCTION, régnant parmi les Camisards. Pour qu'on ne pût d'ailleurs suspecter notre désir sérieux d'avoir la vérité vraie, nous nous sommes attaché à choisir nos preuves dans les auteurs protestants, et nous n'avons cru devoir les puiser chez les auteurs catholiques que lorsqu'elles ont été admises ou complétées par les auteurs protestants, ou que, d'après les citations précédentes extraites de ces derniers, on ne pouvait les écarter sous prétexte d'exagération.

Un seul mot maintenant sur la méthode qui a présidé à l'exécution de ce travail. Les appréciations personnelles d'un auteur ayant l'inconvénient de prévenir l'esprit de ses lecteurs, il nous a paru convenable de nous appliquer bien moins à donner notre opinion qu'à citer les faits, à les citer toujours en les classant dans un ordre qui permit de saisir très-clairement leur moralité. En effet, toute discussion peut laisser du doute ou de l'obscurité après elle, mais un fait étant l'expression de la vérité, et la vérité même, ne peut être récusé. « En suivant cette méthode, dirons-nous » avec un auteur protestant, nous suivrons » celle qui a tiré les sciences naturelles du » chaos dans lequel elles s'étaient égarées jus-

» qu'alors. On n'a pas commencé par des » théories, au contraire on les a écartées; on » a humblement et sagement recueilli des faits ; y> et ce n'est qu'à mesure qu'ils ont parlé qu'on » a rassemblé leurs enseignements, pour en ti- » rer quelques conclusions générales \

1 Bost, Les Prophètes protestants ? VIII.

DE

L'INSPIRATION DES CMIISARDS

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